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Full text of "Mercure de France, Volume 52"

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MERCURE 



DE 



FRANCE, 



JOURNAL LITTÉRAIRE ET POLITI 




TOME CINQUANTE-DEUXIÈME. 




A PARIS, 



Chez ARTHUS-BERTRAND , Libraire , rue Haute- 
feuille , N® 23 , acquéreur du fonds d« M. Buisson 
et de celui de M™ V* Desaint. 



i8ia. 



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THENFW YORK 

tPUBLlCLir^RARY 

TiLDeM Fc. v;, ri.- ^3 



DE ITMPRBŒRIE DE D. COLAS, rue du Vicux- 
"^ Colombier , N^ 26 , faubourg Saint-Germain. 



.;:tf! 



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MERCURE 

DE FRANCE. 



N" DLXXII. — Samedi/^ Juillet 1812. 



•««• 



POESIE. 

liE LIÈVRE ET LES AMIS. 

]PABLE. 

Uk li^Tie avait de Pesprit oomme quatre , 
Et c*e6t dire beaucoup : l'animal est futé. 
Demandeï aux chasseurs Texacte yérité : 
Et quand même à bon droit vous devriez rabattre 
Les trois quarts de leurs longs discours , 
n en résulterait toujours 
Çu'un lièvre vétéran , en ruse est trës-fertile , 
£t quH faut être infiniment habile 
Pour deviner et déjouer ses tours. 

Celui dont je vous parle en avait joué QÛUe « 

Qu*il savait an mieux raconter. 
On venait d^une lieue , au moins , pour Técoattr i 
Car, outre le plaisir qu'on avait à l'entendre , 

On apprenait encore k se défendre 
Des embûches que rhonune à chaque pas dressait. 
Pour ie9 frères , pour lui i saas cesse il épiUt 



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4 MERCURE DE FRANCE, 

Les chasseurs et les chiens de toute la contrée* 

Mes amis , disait-il , prenez garde à ceci , 

n faut demain matin nous éloigner dlci ; 
Toi renard , ta perte est Jurée ; 

Lapin , de ton terrier on doit boucher Tentrée. 
Enfin ^ tous il donnai» d«s avis , 

Et Ten était heureux de les ayeir snÎTts. 

Chacun lui protfstatr rive reconnalsiancé : 
Chacun paraissait souhaiter 
Qu*un jour , heureuse circonstance 

Présentât le moyen de pouvoir s^acquitter. 

Ce moment arriva , car malgré sa prudence 

Dans un piège il se trouva pns ; 
Une pâte j resta. Le malheureux se traîne 
Et tâche comme il peut de gagtier son logis ; 
Quand soudain d*une meute il reconnaît les cns i 
Elle était encor loin , mais sa perte est certaine « 
La trace de son sang le fera découvrir. 
A its jeux , d*un lapin le trou vient à s*oi&ir ; 

Ce dernier lui devait la vie , 
H va donc pour entrer chez son meilleur ami 3 
Arrêtez , dit Jeannot , avez-rous donc envie 
De me faire égorger , et mes enlans aussi ? 
Si ce n'était que moi , mais hélas je suis përe ! 
Ce devoir est sacré , c'est le premier de tous } 

Votre malhei^r me désespère « 
Croyez à mes regrets : adieu , je vais pour roua « 

A Tinf tant ^ me mettre en prière ; 
Puissez-vous obtenir salut et guérison? 
Cela dit , cet ingrat lui ferme sa maison. 
Dans ce moment passait un renard jeune et leste f 
I?otre4ièvre Tappelle et lui dit son malheur. 
Te voilà prévenu de ce piège funeste , 
Ajoute-t-il , de plus j'ai des droits sur ton cœur $ 
Porte-moi sur ton dos dans la forêt prochaine ; 
Les chasseurs aujourd'hui ne battent que la plaine , 

Et nous serons en sûreté tons deux. 
Je*sais ce que je dois à vos soins généreux , 
Repartit le renard , une autre fois Sans doute 

De moi vous pourrez disposer , 
Mais je ne puis m'écarter de ma route , 



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JUILLET i8ia. 5 

Kenardine m^attend et je yais Tëpouser ; 
L*amour sur toute oboae exige préférence « 

Et vous avez trop connu sa puissance 
Pour ne pat daigner uTexeoser. 
Accompagnant cela d*une humble révérence , 
Le perfide s*échappe et yole comme un trait. 

Un sanglier près de là se vautrait. 
Duii<ïyre il entendit la plainte douloureuse , 
Et sortant du bourbier une tète fangeuse : 
Est-ce toi , lui dit-il? — Àb I dit Tinfortuné , 

De vous enoor serai-je abandonné ? 

— Non « mon ami % je suis né trop sensible , 
If on « )e n'ai point comme eux oublié tes bienfaits ; 
Je rôle à ton secoutf , maie ita «Mawnl permets 

Que )e savoure un plaisir indieible.- 
L*autre eriait en yain : voue le pimrrts aprës. 
n se roule , il se plonge ae fond de son marais. . * . 
Cependant les chasseurs ont poursuivi leur proie , 
Tout-à-ooup par les chiens le lièvre est érente , 
Us accourent ; Mirant a eignalé le roie , 
La meute lui répond par «11116 crû de joie , 
Le sanglier lui-même en est épouvanté s 
Mes efforts , se dit-il , seraient vains à cette heure : 
Sauvons-nous , c'est la loi de la nécessitéj 

Le pauvre ami mérite qu^on le pleure , 
Et j^accfuse le ciel de trop de cruauté. 

AueUSTX DE BXLISLX. 

L'ABSENCE. >' 

Homanc^ mise en mtLsUfué pïïr BdtWBT , de la musique 
particiiUèpe^de Sa Me^esié V Empereur et Aoi (^). 

Chaorih flétrît mon cœuv 
Loin de van douée amie | 
Le printems de ma vie 
Se fane dans sa û&nu 



(*) Celte nouvelle prciductlon in M. Bouflct se trouve cbex Na« 
I dcrman, éditeur. 



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« MERCURE DE FRANCE, 

Une langueur secrette 
Consume mes beaux jours « 
El ma Ijrre muette 
Ne dît plus les amours. 

l^éjà sombre a^Oon 
,^ A glacé la montagne « 

Depuis que ma compagne 
A quitté le yallon. 
Une langueur secrette 
6onsume mes beaux j[ours » 
Et ma Ijre muette 
Ne dit plus les amours. 

Xaure me fit serment» 
A la saison nouvelle» 
De revenir fidelle 
A son premier amant. 
Près de ma bien-aimée 
Ren^tront les beaux jours » 
Et ma lyre charmée 
Redira les amours* 

Mais des lobitains climats » 
Vers Tami qui Tappelle 
Revient jeune hirondelle. . . « 
Laure ne revient pas I 
En vain mon cœur soupire 
Après son doux retour ; 
Plu& d*espeir , et ma lyre 
ITa plus de chants d*amonr. 

F. Dl PufST* 

f 

IiA BOUTEILLE DE GRÉGOIRE. 

c BovTiiLi.1 , maudite bouteîHe , 
» Toi que bol femme abhorre à Pégal du poison» 
» Source de nos chagrins , fléau de ma maison » 
» Va , je ne boirai plus de ta liqueur vermeille.. « • 
9 Et toi I viens à mon aide , officieux bouchon » 
9 Entre profondément » titas-inti lieu dç roisQA» 



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JUILLET i8i».* 

> Poisse snr ell« en nin Grégoire le repose.* 
n dit , et de son mieux rebouchant le flaeon « 
▲ moitié plein encore à ses pieds le dépose. 

Après ee généreux effort , 
De lui-même content le brave homme s^ndort. 

Mais bientôt la soif le réyeille ; 

Et par un yieil instinct conduit « 
Il prend , quitte , reprend , lâche un peu » ressaisi! 
Le flacon enchanteur plein du jus de la treille. 
Le liège a beau tenir , un tour de main suffit» 
Kt le tire-bouchon décoiffe la bouteillew 

Pour yaincre un dangereux penchant 
Lliomme promet en rain de faw des mirades s 

H ne lui présente d*obstacles 
Que ceux qu'il ercit pouroir éeartef aisément. 

M. £B 'PXLLEUtfr 

ÉNIGME. 

Lk modeste piéton ainsi que le chasseur 

Qui sur les monts et dans la plaine 
Marchent dès le matin , brûlés par la chaleur « 
Le soir ront me chercher au bord d*«ne fontaine 

Où régnent Tombre et la fraîcheur. 
Un asîle champêtre , une simple chaumière , 

Me plais^t plus que les palais ; 

Même à la cour je les préfère. 
Le pauvre vertueux me goûte à peu de frais , ^ 
Et je fuis loin des- cœurs qu*habitent les foriaits. 
Cicéron me trouvait dans les bois de Tuscule ; 

Avec Pline son digne émul^ 
Loin du forum à Tibur f habitais ; 
Les bois d*Auteuii m^oflEiraient ^ l*Horace français» 
Aux lieux où vingt pédans armés de la férule 

A cent marmousets font la loi , 
Nous n'habitons jamais le silence ni moi. 
A me chanter parfois le poëte s*escrime « 

U me perd tandis que , rêveur « 
En se grattant le front il court après la rime « 
Ci je le fuis alors qu'il rante ma doueenr.. 

RzmÉTAKSOK 



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8 MERCURE DE FRANGE, JUILLET i8i«. 
' ; LPGOGRIPHE- 

FoRWÉ tantôt par Part , tantôt par la nature « 

Sur ijnatre pieds , )e ànîs un li^ii ehaïmant ; 
J*a£&t aux yeuj^ttnchantés et Tombre et la rerdure t 

Mais fréquttité , je sais craint de Tainant. 

tfnpied de m^ins , |e iuU d\in gr^nd usage , 

Par dfessàs tout , au robuste sauvage. 

P. élNTT , étudiant #n droi$^ 

CHARADE. 

Hkwbvx fà tQ9eke k mm. pmnier I 
Miilbeureiix <jui se voit réduit k mon dernier 

Pour tout mets ! Quant k mon entier , 

Jams^s , s*il faut que je le dise , 
On ne le vit que hora^ du giron de Téglise. 



Jkîots de rfiiJGMS 9 4u LoGOGRiPHi H de la CflARAPy 
insérés daas le, dernier Numéro^ 

Le mot de l*Enigme est SoutL 

Celui du Logogriphe est Paris, dans lequel on trou re: p<Ur, -dit^is^ 

Celui de 1» Charade est antichambre» 



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SCIENCES ET ARTS. 

Sur quelques 4éoouveries géologiques des saimns Jiran^ 
çais y et sur la noui^elle introduction à la géologie do 
M. Scipioii Be£isxa&(i). 

Cest un spectacle bien intéressant aue de voir Iliomine 
occapé de rëtade du globe qu'il habite , essayant d'en 
expliquer les pbënomèdes , passaàt d'erreur en erreur , 
jusques à la découverte de la vérité , et ramenant enfin sa 
pensée sur les premiers jours de la création. Mais hélas ! 
c'est Ut que son génie vient échouer. Ce que l'Eternel créa 
d'un mot , des millions de volumes n'ont pu Texpliquer* 
Les svstèmes se succèdent , le monde reste le même , et 
les plus profondes méditations n'ont servi qu'à dévoiler 
notre faiblesse. Pour découvrir quelques vérités , la science 
a donc dû changer de marche } ce ne sont plus des sys- 
tèmes qu'elle demande , ce sont des expériences. Les (dé- 
couvertes surprenantes de Lavoisier ont appris comment 
on devait étudier la nature , et elles ont , pour ainsi dire , 

f réparé les théories du célèbre Laplace et du savant 
atrin sur ta formation du globe et sur la formation des 
volcans. Ces théories que l'expérience confirme chaque 
}our y- ont été généralement adoptées , et plusieurs savans 
étrangers n'ont pas craint même de se les approprier. Dana 
le nombre de ces savans on distingue M. Breisiak. , et c'est 
de lui seul que nousr nous occqperons dans cet article. 
Nous verrons comnîient il s'est cru l'auteur des théories de 
MM. de Laplace etPatrin , et comment il a essayé de les 
déguiser en y joignant les idées les plus romanesques. 

Dans sa topographie physique , imprimée à Florence en 
1798 , M. Breisiak ayait expliqué les embrâsemens du 
Vésuve en supposant qu'il existait sous ce ^mlcan un réser* 
voir immense de bitume > L'idée n'était pas nouvelle , aussi 

(i) Un rolome in-S^». Cties J. Kloitermann fils , lîfaraîie 9 rtto 4u 
Jardinet , n* 23^ > 



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îo MERCURE DE FRANCE, 

M. Breîalak n'en Tëclamaît-il pas l'honneur; Gepemlant ^ 
en 1801 y un an après la publication* de la théorie de 
M. Palrin , M. Breislak , frappé des v<Srités qu'elle renfep-' 
mail y crut en être Tinventeur , détruisit le réserpoir de 
bitume et n'oublia xiea pour naettre dans tout son jour la 
justesse et la solidité de cette théorie ; it n'oublia rien , 
dis-je, sinon d'en indiquer le véritable auteur, et il poussa 
la distraction jus^ues à la donner comme de lui. Qu'ar- 
riva-t-îl ? les savans virent la vérité , adoptèrent la théorio 
de M.Patrin , et se moquèrent de M. Breislak , qui retourna 
en Italie écrire qu'il ny avait dans la langue française 
aucun bon ouvrage de géologie \ après quoi il se mit à en 
composer un dont il puisa Tes principales idées dans les 
livres français dont.il niait l'existence , ce qui prouve que 
M. Breislak n'est point aussi ignorant que son assertion 
semblait l'annoncer. Mais que penser de la versatilité de ses 
idées y lorsque dans le nouvel ouvrage qu'il publie on le 
voit rétablir son réservoir de bitume et faire quelques 
objections maladroites contre la théorie qu'il avait si vail- 
lamment soutenue , sans pouvoir se l'approprier? N'est-ce 
pas le cas de lui appliquer le mot de Montaigne sur la for» 
lune 7 Puisque nous ne la pouvons avoir ^ pengeons^nous 
par en médire. 

M. Breîslat^ soutient , dans s» préface , comme Je l'ai 
d'jjit dit f qu'il ne connaît aucun ouvrage ni en français^ 
ni en italien , qui puisse servir de guide dans l'étude de la 
g^'ologie. Quant aux livres allemands , ils ne renferment 
iHie la doctrine de Wemer» fort bonne, dit-il, pour la 
partie mînéralogique , mais dont les principes géologiques 
vagues et incertains, et les assertions fondées sur la seule 
îiiilorité du maître , ne semblent propres qu'à dégoûter do 
rêlude de la géologie quiconque aipie à raisonner. Cette 
doctrine , conlinue M. Breislak, qui a déjà été propagée 
en Anglelerre et en France par cent plumes bonnes ou 
mauvaises , menace d'envahir encore l'Italie ; c'est pour- 
quoi M. Breislak exhorte ^^^ compatriotes à se tenir en 
garde contre elle , et en même tems il annonce qu'il va 
leur offrir des principes tout-à-Jait d\flérens. Qui ne croi- 
rait , d'après un tel début , que l'auteur va produire un 
chef-d'œuvre supérieur à tout ce qu'on a vu paraître jus- 
qu'à ce Jour? Il n'en est rien cependant , et 1 analys^^ 01 i 
no\u allons eb faire démontrera ce que nous avaPi ' n . 
Four être plus sûr de ufi^ citations , nous nous servirons 



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JUILLET i8fi. it 

de Tonvrage îlalicn et non de la tradaclioo firaoçaise qu'on 
Tient de publier. 

L'iotroducttOD à la géologie est divisée en neuf chapitres. 
Les trois premiers, qui remplissent i66 pages , sontconsa-' 
fsté^ à discuter la question si la fluidité pnmitive du globe 
éi^\i aqueuse ou ignée. L'auteur soutient celle dernière 
opinion. Suivant lui, le globe terrestre a été formé par des 
fluides aériformes émanes du soleil : ces fluides ont passé 
à l'état solide par l'effet des attractions de leurs moléculea 
respectives. On voit que malgré sa promesse d'offrir des 
principes tout-^-^fait différens ^ il a au moins lu le beau 
traité de M. de Laplace. 

Les premières matières qui se consolidèrent furent le 
granit , le gneiss , les schistes , les porphyres et le calcaire 
primitif. Le noyau du globe conserva long-tems sa fluidité 
Ignée : l'auteur suppose , d'après le magnétisme de la terre , 
que ce noyau était d'aiman , idée qui appartient encore à 
plosiebrs géologues français. 

Pour expliquer comment les matières qui avaient d'abord 
été consolidées se trouvèrent ensuite dans un état de fusion , 
l'auteur dit qu'à mesure que les gaz passaient à l'état solide , 
ils laissaient échapper leot calorique latent, lequel devenu 
libre , réduisait sur-le-champ les matières consolidées à 
l'état de fusion ^ et comme il s'échappait continuellement de 
nouveaux gaz de l'intérieur brûlant de la terre , ces gaz 
soulevèrent çà et là les matières qui formaient la croûte du 
globe , et ce fut là l'origine des montagnes primitives. 

Les gaz hydrogène et oxigène en se combinant for- 
mèrent l'eau ; l'oxigi^ne et l'azote formèrent l'air, et comme 
ces gaz en s'élevant dans l'atmosphère emportaient le calo- - 
rique , la terre se consolidait de plus en plus. 

Dans Je chapitre IV, l'auteur explique de quelle ma* 
nière se sont cristallisées les substances qui composent les 
plus anciennes roches , par la diminution graduelle du 
calorique. Si l'on suppose , dit-il , que là la quantité de 
calorique fut loo , et qu'on en retrancha i , le quartz cris- 
tallisait. Si l'on en retranchait encore un , le mica cristal- 
lisait. Si L'on en retranchait encore un , le feld-spath cris- 
tallisait , et ainsi des autres. 

Le chapitre V explique la formation des roches de tran^ 
sition , que l'auteur aime mieux appeler intermédiaires,^ 
Suivant lui , ces roches 9ot été formées des matières qui 



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i» MERCURE DE FRANCE, 

y 

restèrent aprè9 la cristallisation générale et des débris des 
roches primitives. Voici ce qui donna lieu à ces débris» 

Quand la chaleur du globe , dit-il , fut assez diminuée 
pour que Teau cessât d'être à Tétat de vapeury Teau retomba 
sur la terre et forma la mer. Or cette mer était fort diSé^ 
rente de la mer actuelle , elle avait une chaleur très-consi^ 
dérable , et elle contenait les principes chimiques qui 
avaient été enlevés avec les vapeurs et qui étaient retombée 
avec l'eau. Elle était violemment agitée par les vents , par 
le fluide électrique , etc. Ces mouvemens extraordinaires 
brisaient , trituraient et transportaient çà et là les ^artief 
les plus friables des roches primitives , et en les accumor 
tant foonaient les montagnes intermédiaires. 

Quant aux montagnes secondaires ^ l'auteur ne les co»-* 
sidère que comme de simples modi6cations des montagnes 
intermédiaires. Les Allemands , dit-il , les appellent roches 
stratifiées , comme si la stratification était leur caractère 
essentiel et distinclif. Cependant, suivant M. Breislak» 
' il n*y a. point en effet de stratification ; ce qui en o0ro 
l'apparence n^est qu'un effet de la décomposition » puis- 
qn'on voit , dit-il , quelques-unes de ces roches dont lea 
prétendues couches sont inclinées en divers sens. ^ 

Il faut néanmoins que l'auteur suppose qu'il y a eu 
Quelque formation proprement dite de ces roches secon-^ 
daires , car il dit que c est dans le tems de cette formation 
que se sont faits les grands dépôts de sel gemme et do 
tnntières combustibles. Ceux de sel marin ^ssile ont été 
produits par des émanations du noyau brûlant de la terre , 
«le la même manière que nous voyons se former les ma-> 
tières salines des volcans. 

La production du soufVe et du gypse est due à Thydro^ 
gène sulfuré provenant de la décomposition des pyrites. 

Quàtat II la formation de la houille , l'auteur 1 explique 
de la manière suivante. Aussitôt , dit-il , que quelquea 
parties de la surlace du globe furent consohdées , la vé-« 
gétation ne tarda pas à sy développer, à la faveur de la 
chaude température de la terre et de la mer \ mais comm6 
la surface du globe était encore sujète à de fréquentes catas- 
trophes par l'écroulement des cavernes /et parles violentea 
éruptions des fluides élastiques , souvent on voyait s'abfmer 
dans la mer de ^aadet étendues de pays couvertes de 
végé4aux et d'animaux , lesquels étant pénétrés par la 
grande chaleur des eaux, étaient réduits à un état pâteux^ 



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JUILLJÊT iRia. i3 

et c^^t dans cet état que ces matières mêlées avec des 

Sarties terreuses , ont formé des amas de couches et des 
Ion» , et qu'elles se sont modifiées en substances bitu* 
mineuses. , 

Le chapitre VI traite de divers phénomènes qui ac- 
compagnèrent la consolidation du globe terrestre : le 
premier fut la formation des filons métaUiques produite 
par Tefiet des affinités. Ici M. Breislak réfute le système de 
Weraer par les mêmes raisons qui ont été déjà employées 
par d'antres auteurs^ Le second phénomène fut la formation 
des grandes cavernes qui résultèrent du refroidissement àii 
globe, de même que les vides des laves résultent de leur 
refroidissement. La plupart de ces cavernes se sont en- 
suite écroulées , ce qui a produit plusieurs catastrophes , 
telles que la submersion de l'Atlantide de Platon. Le troi- 
sième phénomène fut la formation des montagnes primi- 
tives que les fluides élastiques qui se dégageaient de Tinté- 
rieur du globe soulevèrent^ et comme ces fluides suivaient 
la direction de Test à l'ouest , il en est résulté que les prin-* 
cipaies chaînes de montagnes ont cette même direction. 

CTest aussi par l'écroulement des cavernes que la mer a 
successivement diminué d'élévation en allant s'engonflrer 
dans ces vastes cavités : vieille idée qui n'en est pas moins 
ridicule. 

Dans le chapitre Vil , l'auteur entre dans un grand détail 
relativement aux corps organisés devenus fossiles; et pour 
expliquer leur origine, il suppose que lorsque la mer s'e^ 
ainsi précipitée dans ces antres souterrains , la secousse 
donnée aux terrains voisins en a fait tomber dans la mer 
des portions qui étaient couvertes de corps organisés ter- 
restres qui se sont mêlés avec les corps marins. 

Le chapitre Vlll a pour objet l'explication des phéno- 
mènes volcaniques, lesquels, suivant le dernier avis de 
l'auteur , sont dus principalement au pétrole. Ce bitume , 
dil-il , est extrait des houilles et des terrains bitumineux 
par la chaleur des pyrites qui sont en décomposition ; ce 
pétrole coule comme l'eau , par des canaux souterrains ; 
et aomme les liquides tendent toujours aux lieux les plus 
bas , ces ruisseaux de pétrole vont se rendre au bord de 
la mer; c'est ce qui fait que les volcans se trouvent dans. 
son voisinage. 

Enfin ^ dans le chapitre IX et dernier l'auteur traite du 



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i4 MERCURE DE FRANCE, 

basalte, et il réfute le système des Uéphénisies par Ici 
argumeas dont se servent les volcanistes. 

D'après ce qu'on vient de lire , il n'est pas difficile dé 
voir que l'ouvrage de M. Breislak n'est point aussi neuf 

âu'il l'annonce j c'est tantôt une compilation d'idées prises 
e tous côtés, et tantôt un jeu d'imagination aussi bizarre 
que romanesque. Cet écroulement des cavernes , vCes ruis-* 
seaux souterrains de pétrole , cette formation de monta-* 
gnes, ne présentent rien de neuf qu'un tissu de folies qui 

Srouvent , comme le disait Cicéron , qu'il n'y a rien 
^absurde qui ne soit sorti de là tête des pnilosophes. 
Pour mieux convaincre nos lecteurs de la légèreté da 
système de M. Breislak , nous examinerons seulement son 
opinion sur la cause des phénomènes volcaniques, qui est 
pourtant son objet fayori. Toutes ses idées à cet égard se 
réduisent aujourd'hui à imaginer un réservoir de pétrole 
établi sous chaque volcan , comme si une supposition aussi 
absurde pouvait répondre à aucune des questions qu'on 
peut faire sur ces grands phénomènes. 

On pourra juger de l'insuffisance d'un pareil système 
en consultant les notes que M. Fatrin s'est fait un plaisir 
d'ajouter à mes Lettres à Sophie. La manière dont il répond 
lui-même aux douze questions principales qu'on peut faire 
sur les volcans^ savoir, i^. quelle #st la cause de leur. in- 
flammation? 20. Quelles sont les matières combustibles 
qui servent d'aliment k leurs feux? 3**. D'où proviennent 
les matières qui forment la masse énorme de leurs éjections? 
4**. Pourquoi les volcans brûlans ne se trouvent-ils que 
dans le voisinage de la mer? 5®. Quelle est la profondeur 
de ce qu'on appelle leur foyer? 6®. Quelle est la puissance 
qui élève les laves aux sommets des volcans? 7®.Tourquoi 
1 on trouve toujours des couches de houilles dans le voisi- 
nage des volcans éteints ? 8**. Pourquoi les paroxysmes de» 
vokans éprouvent des intermittences? j**. Qu'est-ce que 
les volcans vaseux? lo*. Quelle est l'origine du basalte? 
1 1®. Quelle est la cause des tremblemens de terre ? 12**. Pour- 
quoi les éruptions sont-elles accompagnées de pluies d'é- 
clairs et de tonnerres ? 

Quand on aura lu les réponses que la théorie de M. Pa- 
trin fournit à ces questions , on jugera si les réservoirs de 
pétrole peuvent répondre d'une manière aussi satisfaisante. 

C'est apparemment pour punir M. Patrin d'avoir donné 
une théorie des volcans si supérieure à celle de M. Breislak, 



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JUILLET 181A. iS 

^ue celaî-ci a îmagiDé de lui faire leà ÎDculpations les c^iis 
mal fondées. M. Fatrin a dit dans l'article Volcans du Dic- 
^ooDaire d'Histoire Naturelle (article qui n'est qu'une vé- 
pétitioD de sa théorie publiée en 1800) y u que quoique ks 
» volcans qui ont brûlé à la même époque n'aient )ama)s 
» été peut-être aussi nombreux qu'aujourd'hui , néanmoins 
» le nombre des volcans éteints surpasse de beaucoup 
ji celui des volcan s en activité , parla raison que noQs avons 
» sous les yeux les restes de ceux qui ont brûlé , et qui 
n se sqnt éteints à des époques fort éloignées les unes des 
ji autres, n 

M. Breislak en tronquant et défigurant ce passage a 
trouvé qu'ily a contradiction : cependant il n'y en a pas même 
Tapparence, puisqu'il est bien reconnu , par M. Breislak 
Im-méme , que les anciens volcans ont brûlé à des époques 
bien différentes , et que par conséquent ils pouvaient étr« 
à chaque époque moins nombreux qu'aujourd'hui. S'il en 
eût été autrement, comment M. Breislak pourrait-il expli- 
quer la déflagration simultanée des soixante volcans dont 
il a vu les restes dans im seul canton de la Campanie ?le 
réservoir de pétrole qui aurait dû fournir à la conservation 
de ces soixante bouches >à feu aurait été bientôt misa sec, 

3uand même l'alambic où M. Breislak fait la distillation 
es houilles de l'Apennin , eût été plus grand que le globe 
de la lune. 

Voici une autre inculpation de M. Breislak tout aussi 
bien fondée : M. Patrin a prouvé dans sa théorie que les 
volcans tirent leur aliment de la mer; d'où il résulte qu'ils 
5'éteignent à mesure que la mer s'éloigne d'eux , et, comme 
il dit dansuu autre endroit de cette théorie, que ul'étendue 
fi des côtes de l'Océan , allant toujours en augmentant à 
s mesure que ces eaux diminuent , il est probable que le 
» Bombre des volcans augmentera dans la même propor- 
f> tion. » Sur quoi M. Breislak se récrie qu'il y a là encore 
une contradiction manifeste. Cependant il est bien évident 
que, puisque les volcans ne sauraient être ailleurs que 
sur les côtes de l'Océan qui leur fournit l'aliment , plus ces 
côte^ seront étendues, et plus il y aura de points sur la 
terre où la nature pourra former des volcans. C'est-U une 
vérité que M. Breislak n'a pu se dissimuler ] aussi , pour 
trouver la contradiction qu'il cherchait , a-t-il fait une pe- 
tite falsification dans le texte en faisant dire à M. Pairin 
4ue le nombre des volcans modernes augmente à mesure 



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i6 MERCURE DE FRANCE, JUILLET iSis. 

que les eaux da TOcëaà BnàiifUENT et 8'Éi.ôl6Ktir^'i>B 6BS 
HIYAOISS. Il numéro dei polcani modemi ^^ ^crescendo a 
misura che le aque deW Oceano si'diminuisconoesiiiti^ 
rano dalle spiagge* Ge qui «eimit en effet uûë CôUttadiction 
et une abêurdité , d'après la théorie de M. Patrin ; mais on 
Tient de voir que c6 qu'il a dit a un èens tout«-à-fait diffé* 
rent de ce qu'on a voulu lui faire dire. 

Tel est le nouveau traite de géologie que M. Breislak 
vient de donner à lltalie. Je souhaite que ses cavernes et 




souvent la moisson de son voisin. C'est ce qu'a fait* 
M. Breislak y malheureusement cette moisson n'a pas pros* 
péré dans see mains. 

Lours-AiMÉ MA&iur* 



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LITTERATURE ET BEAUXA] 

SUR LE NOUVEAU POÈME DE M. DEI 

(troisième articls. ) 

Jusqu'à préseor M. Delille s'est pefrais de rire avec aoï 
de quelques originaux, dont toutes nos sociétés sont d'or^ 
dioairesnfEsammentffaniies. Cependant, quelques manies » 

?aelques gaucheries aamour^propre , quelques travers dans 
esprit y quelques bizarreries aans r humeur , quelques 
manques d'éducation » quelqu'oubli de certaines conve- 
nances f ne sont que des ridicules d'une espèce foëoigoe , 
et n'tmpécfaent pomt que ceux qui s'en trouvent attaqués 
oe puissent être les plus honnêtes gens du monde ; mais il 
y a d'autres ridicules qui tiennent à une plus mauvais* 
racine, et qui, nioins pardonnables, sans cesser quelque- 
fois d'être aussi risibles , méritent encore plus de figurer 
lur le théâtre de M. Delille. 

L*OTgiieil en rein le élsslaiile , 
Les sots et les perrert te mpproehent entrVaz | 

Le viœ est sootetit ridieole , 

Le ridicule est souvent videux* 
Dans^ la soeiété Tun et Tautre cttenle ; 
L*iin vient d« caractère , et Ventre de Tesprit. 

Ces deux principes étaient bons k distinguer t Ton est b 
foyer de dos idées , l'autre est la pente commune de toutes 
DOS volontés; et dès-lors tout ce qui vient du caractère 
scquiert uoe gravité qu*en aurait tort d'attribuer à ce qui ne 
vient que de l'esprit; c'est le sentiment du poëte. 

Aussi d*Qa ton plus pà jus^Hci dans mes vers t 
Des censems eonuyenxfai décrit les tnvers; 

Mais dans la nouvelle carri^ 
Dont ma muse % regret a frandii la barrit t 
Que de pTétcurions , de -vices , de déftiuts 
Vont attrister mon cœur et noircir mes tableaax 1 

Je vois d*ici la sombre défiance , 
La folle vanité , la froide insouciance ^ f te. 

B 



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ig MERCURE DE FRANCE, 

. La scène vais'ouyrir par l'ëgoïsme , ce père commun ie 
bien des défauts et de bien des vices ; trop heureux encore 
l'égoïste , qu'on ne le prenne que par ses paroles, et que ,' 
sans porter la lumière au fond de sa pensée , on ne le raoa- 
Ire qu*avec les ridicules dont lui-même nous fait confidenoe! 

Four nous entre tenir' d« soi , 
, Heureux ^and il trouve un prétexte : 
C*est son premier besoin , c^est sa suprême loi ; 
Cha^e mQt lui fournit uq texte , 
Où son orgueil fait revenir le moi. 

S'il entend louer qui que ce soit, sur quoique ce soit » il 
interrompt pour se mettre en parallèle avec celui dont on 
parle y et se donner de manière ou d'autre quelqu'avan- 
tage. Tous les sujets qui peuvent se présenter aans le cours 
de la conversation , la bonne chère , le bon vin , les. belles 
maisons > les beaux jardins , l'astronomie , la chimie, la 
musique, la boi^ne compagnie , les aventures, et jusqu'à 
la niorale , sont pour lui autant de chapitres de son éloge : 
quîdçuid dixeris , ar^umentabor. Serait-il par hasard ques- 
tion aune grande naissance , d'une longue suite d'aïeux? 

DVieox I eh nWil pas les siens , 

Tous plug nobles et plus anciens ? 

Depuis la source de sa race , 
De branche en branche , il les suit à la trace j 
Et de tous ces grands noms , de lui-même enchanté 9 
U ajoute à son moi toute sa parenté. 

Le moi chez lui tient plus d^une syllabe , etc. 

Encore lui sait-on gré de ne s'occuper que de lui , et le 
fiemeroéi-b-oa de ne point prendre garde à vous. 

. Mais le! n'esif point cet importun , 
, Autre égoïste assez commun , 
* Quly courant en tous lieux oflrir %eÈ bons officti,, 
Vous tourmente de ses services. t 

Wc vous y TTompez pas , des soins qu'il prend d*autrui , 
Tout calculé , Puni-que objet c'est lui. 

Après Tégoïste officieux et fatigant, le poète , habile à 
faire valoir ses tableau)^' par leur opposition entr'eux , nous 
amène régoiste indolent, et trop absorbé sans doute dans 
la contemplation de lui-même, pour faire seulement le 
semblant de s'apercevoir des autres. On en a beaucoup 



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reneontrë de cette e^odf mw-k la mimîirtdoat celui-ci 
est peint , il semble le» voir tous À»la**ibiA, . p 'f 

yi^dp^^i^etrcjpplidelni^-niêikie, , , '.,A 

Soo'aô%oiir-propfeex(r#iipe« j .n . ) 

. Au p^s jiftiil^bap^i^oU^ sii Irak lc:pltuiMi]]«it« 
Refiije de prêter une oreille attendre , 
En dormant tous écoutd , et répopd en bâillant. 

Rien d^étrangêr à lui ne flatte ton oreille. * 

Voulaz-fons ijarvacher ^ »a di^i^tioi^ ? 
Aree iextècké «opehes sa pai^ioiL,, .;. . . j 

Végcnsmt, en tntsaut lout--è<pCQttp je réreiHe « . , i 

Et charmé de fixer Vattention d'autrui 
Rerient k tous par amitié pour lui. 

Mais cette paralysie presque totale .àm Tame ne tardera ' 
pas à faire place . •• • 

A la TÎTacité bruyante 
De ce babillard turbulent , 
Qui , dans son air « ton langage et son geste , 
Est moins joyeux que fou , plus étour^ ^ue leste. . 

Ici les vers eux-mêmes ont , sut ^^lut l'usage presqu'inl-» 
mitable de M. Belille, tme certaiiip> liarmoiiié imllative, 
parfaitement d'accord avec le hourdoBnemeut importun 
do ce fâcheux persoBuage , et finissent par.uua l^gfUL qu'on 
ne doit cesser; iie répéter qu^ .quaAâ..ejy^ sera générale- 
ment suivie i ^ . , . I . , 

ts bon tsn n*est jamaiif btn;f ànt. • ' 

« ' > » ... .»». 'J I 

, Encore peut-on laisser crier leMtÀ'aoD aise un,]^avard 

qui ne s'adresse point ji voms*^ maÂStii^n'ei) est pas ainsi 

pour un ms^udit ({uestionneurqui vous force à lui répondre, 

..!..'. . Unhomm^jûwwppvr^tOe^ ., » • " ,. 

Pins atteot'^^, mais noi> pas plus ainpiabU | 
Qn*un invincible iustiuct de curiosité '. 

Rend incommode à la société. " " 

Celui-là s'inform« soigneusement de tt^ut^ee qui yous con- 
cerne, comme s'il ëtait chargé d^en dresser procèa^verbal s 

Oubliant ^c ce ton léger 



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so MERCURE DE FRANGE,* 

Dtni on 4tmigtr •! t blâttiablt « 
St fM rwdlîé ieob a droit dlntekro^. 

Arrétodf-ttous maibteDaiit entre le nmtëritiur et TIa« 
discret , que le poêle a placée en regard l*Utt via^-^ ém 
Taulre. Je Tai m , dit^il en partant du promîer) 

Je r«i m te eraîgnaot lui-même , 
Se baiuer , et tout dire k ToreSlle , tout bat , 
Talma jouera ce foir, mais ne me dtéx pas. 

Tandis que si la fantaisie prensît de faire un eonrs bien 
complet d'indiscrétion , on ne pourrait pas mieux faire que 
de prendre dans le morceau suivant la table des chapitres* 

Un iadiscret est toujours curieux ; 
Dabs les fiiubourgs , ,k la ville , en tous Henx^ 
. . * San itispeotion vagabonde 
Tous les madns recommence sa rende. * ' 'i 

X<e soir à Topera guettant les rendes-rovs f 
Les œilladct , les billets doux « 
De sa lorgpettê inexorabie 
' H ponrsuit un sexe adorable ; 
Sur les maris , les riraux , les jaloux f 
Braqne de loin Ae tube redoutable ; 
Cest de kd qa^on apprend ks seorets ddi aîénafts^ 

Lee^voreiBs* les mariages. 
Dana nos oereles galans a-t-il fini son tour? 
Les notes dans sa poebe , et la méBMke plettae > 

U enregistre à son zetoart , 
Nuit par nuit , jour par jour , semaioe par semaine « 
Les revers de rbjmen , les exploits de Tamour j 
• ' fitildelamîlioeiln*ettleca{^tainet 
11 en est da moins le tambour. 

Le défiant , le contrariant , le Aalteiir el quelque! aotreé 
figurent ensuite, en eitendant 

Le médisant , tpi semant le scandale | 
Disâlle le poison de sa langue iafemate. 
Son oreille attentire et iti jeux indiscrets, 

Pour les trahir , ont surpris nos secrets. 
A peine il Tient ^jourrir la boucbc« 
Vingt réputations ont péri sous ses traits. 



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JUILLET 181*. »x 

CrêÊt trop peu de tes eDoemift , 
Il*B*épergQe pat mi maô$* 

Et à cette occaiJOD avec quel intérêt touchant » avec 
quelle triatetse alteiidriisaote le poète français nona rend 
lea paroles douces et déchirantes du poète hébreu ! 

Cas mois dHn roi propkHe et po?te Ijrri^e. 
Que mes pers^cuteun t^acbarneDt soiUre moi « 

Que met riraos mt déehirent. MaU toi 9 
Toi qoe f aiflMi aoanne mon frère 9 

Qo! partageais la table de mon père, 
A qui f omrfis mon eoBor, dont {e terrai la malB « 
ConuDent de ton ami te fiils-tn l*a8satsin? 

n y aurait duns ce passage de q«oi tirer les lannea des 
jeux » même d*nn méchant. 

Quand on n'aurait k reprocher au 'médisant de profes* 
sien que de faire parade de la plus odieuse espèce de con* 
naissances , de révéler des torts ou des faiblesses qui sans 
Ini pourraient demeurer ignorés , et d'essayer d'en amuser 
la mali^ité secrète qu'il suppose à tout ce qui l'écoute , 
la médisance aurait toujours une cruauté^ mais ^ue dirons- 
nous de ces esprits malveillans par natore, qui vont por- 
tant et rapportant entre les amis les plus intimes des 
semences ae haine ; empoisonnant parleursinterprétations 
venimeuses les discours ou l^s actions des amis absens , et 
ne* cessant d'attiser le feu de la discorde , comme les ves- 
tales entretenaient le feu sacré 7 M. Delille fait remonter 
cette race de brouillons presque au-delà de la création du 
l^obe. 

LoKS^e de l*Btivmel la sagetsa profonde 

Dans les ablmet dn chaos 
S^ra Tair , la flamme , tt la terre et les Ilots « 
Un gMe ennemi , perfurbatenr dn monde , 
Fonr retarder la ohef-d^osuvre de Dieu , 
Be nonvean bronlUaic Tair , et la terre « et le te. 
Jjt brpaillon « de ce monstre et le fils et rîaiag|i » , 
Va par-tont rendant tes poisons odieux» 
Dans son lanfSfe insidieux 
A peine le traître à IVreillo ^ 

A dit nn mot , la paix n'existe plus ; 
\ entre deux amis qu'on avait va la veille » 
•tes attira eonaSKàtant 



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« MERCURE im FRANCE, 

Qu*uD flacon , de la paix heureux médiateur. 
Tous deux auprès de la même bouteiUe , 
. , !^B même table , assis eu un fe;$tia * ,, ^ 
Le pardon sur la bouche ^.et le Terre à la main, 
Se yerser en Vient le doux jus de la treille . » . 
A la voix du brouillon , infâme délateur, 
Le soupçon assoupi tout-à-coup se réveille \ 
Et peu Ven faut , etc. 

Fresque tout ce aecond chant porte , comme nous en 
étions prévenus , i^ur des sujets trop gravos pour admettre 
les-^mêmes saillies de gaîté que le premier. DaDs l'un 9 
M. Deliile a peint de simples travers dont le ridicule passe 
le danger ^ dans le second, ce sont des passions dont le 
danger passé le ridicule. H a donc faim templacer left 
grâces par des beautés. < 

C'est vous , s«r-tout , fougueuses passions^ ^ 

Dont les folles émotions 
Des plus chers entretiens nous gâlenjt, le9 àélices | 
j, Four en savourer la douceur ,. . 

Il faudrait y porter Theureuse paix du eoeur , ete* 

Admirons ici comme la poésie a le don de rendre la 
raison aimable. Au reste, la muse se dédommage d'un 
'moment de contrainte dans son portrait de l'avare, et sur- 
tout dans la rencontre de ce pauvre riche avec un de ses 
pareils. On y apprend que celte espèce abjecte qu'on aurait 
droit de supposer si détachée de tout ce qui tient à l'estime, 
ne laisse pas que d'y avoir aussi des prétentions , maia 
seulement entre gens de même robe. 

Monsieur , mille pardons , 

Je vous ai « Tan dernier , fait passer de mes vignes 
Quelflpiea vins qui de vous n'étaient pas trop indignes : 

Si vous pouvez renvoyer les poinçons , 
Kt les flacons vidés , et même les bouchons , 

Je voua saurai gré du message. 
C^est TOUS faire descendre à de bien petits soins; 
Mais vous vous occupez comme moi da ménage f 
Et sûrement si vous m*en aimez moins, 
y mis m*en estimez davantage. 

Voici doQG enfin notre poëte k son aiae; ilarempUlapai^ 
tie la plus difficile de sa tache : la satire ^ la câtique même. 



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JUILLET i8ii. a3 

le faljgue. Dans là «alîre , il craint presque toujours de 
trop punir et de ne point asses corriger ; dans la critique , 
il est quelquefois assez bon pour se reprocher la gaité dont 
il l'assaisonne. Son troisième chant va le reposer en lui 

5 résentant un traTail plus agréable. Adnairateur ingénieux 
e Fauteur de ÏEnéide, il a vu comment, aprâ avoii 
peint l'Enfer, 

Bientât parmi les fleats et la rosée , 
Loin de cei abîmes brûUms « 
Dans tes rers consolans 
n ooTxe aux morts heureux !• riai;it Eljsée. 

Et de même, après nous avoir montré le mauvais câtf 
de la conversation , il entreprend de noua en peindra le» 
cbarmes : 

Chtr même aux rivaux qu*Sl «fiaoe , 
Le dîscoui^r aimable est ce mortel charmant t^ 

Qui sans paresse et sans empressement , - ^ 

R^onct arec justesse , interroge arec grâce , 
Nourrit Tattention , et jamais ne la lasse , 

Parle , s'arrête , et reprend à propos , 
D*inoHles détails ne charge point sa phrase t 
Et simple avec noblesse , et noble sans emphase t 
A Ttstime du sage et le respect des sots. 

M. Delille continue , toujours avec le même talent , un 
portrait dont il ne se doutait pas que le modèle était devant 
sa glace , et se rappelle ensuite qu'il a autrefois recom» 
mandé dans son poëme des Jardins, 

Qu*au sortir du bereeau , 

Cha^e plante , chaque arbrisseau « 
Pût à son gré déployer son feuillage , 
Que bravant le croissant , Téchelle et le treillagf , 
Chaque branche , en dépit des vieux décorateurs , 

Et des ciseaux mutîlateurs , 
Pût rendre un libre essor k son luxe sauvage « 
Suivre sa fantaisie , et dépasser ses sœurs ; 
Qu'on affranchit les boM , la terre et Tonde. 
Tel doit être un jardin , tel doit être le mondes 
Le libre épanohement de Fesprit et du coMir f 
Veilà des «ntittiens la prtnîère danoeas* 



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ft4 MERCURi: DE FRANCE, 

Xet eoQTj^ftadons sont Tétut popuhîr* , 
Nul n*y veut êtrt iloniaé , 
On j dépUtt en ohtroluint trop k plaire , 
Et qui rent régner teul est bientôt détrôné. 

D revient encore à Thônaime cle bonne conversation , qui 
•'âccomiBode à tous les |[oû(s , qui parle à chacun son lan- 
gaçe,^et qui plaît au moins autant par ks défauts qu'il n'tt 
point , que par les agrëmens qu'il a r 

Ainsi tons les esprits lai sont oondliés ; 

Les amonrs-propres qu*il ménage 

Autonr dn sien sont ralliés ; 

SottOBs sans être humiliés , 
Tous k Tenri déposent à $9$ pieds , 
De leur respect Thommage Tolontaire « 
La haine môme est réduite k se taire « 
Et de ses ennemis il fait des alliés. 

Toote cette tirade , qui ne paraîtra sfirement jamàia 
assez longue aux leeteura de M. JDelille , tiendrait ici trop 
de place. Je voudrais au moins en citer, par-ci, par-là, 
quelques vers que j'avais cru d'abord remarquer entre 
tous , mais j'ai vu après que ceux d'à côlé sont tout aussi 
remarquables ; chacun a sa {rrace et en prèle à sea voisins. 
Ecoutons notre aimable législateur prescrire à la gaité dea 
limites que la sienne n'a jamais paasëes. 

* L^^onnête Itomme plaisante « et ne taille jamais. 

Le sage au^ s6ts peut montrer leur image , 
Hais ne leur jette point te miroir au visage. 

X<e bon plaisant 

Fait de son <épée un fleuret | 
Retient, psàt de firapper, la pointe menaçante ^ 
Use en jouant de cette arme innocente ; 
C'est un athlète et non un assassin « 
n laisse respirer son trop*faible adrersaire , 
Prolonge sans blessure un combat sans colère , etc. 

Ces bornes si justes que la bienveillance et la sagesse r^u« 
nies impotent à la plaisanterie, laissent à la gaité tout l 
champ dont elle a beaoin pour s'amuser et pour amuser 
Gc sont dci roaea qui oonserrent leur éclat et leur parium 



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JUILLET 1811. bS 

et qui n'ont perdu cpie leur» ëpiiiea* L'bomnM TrÙBMBt 
aimable saura donc se réfute» 

Le saroai me erael , là ttordante épigramme « 

Et l'ironie ao toik moqueur ; 
Le trait ea s'éehappant déeMierait ion etMir* , 

Ce dernier vers est à lui seul la confession générale de 
M. Delille.' Eh ! que la sensibilité dëdommage heureuse- 
ment Feaprit de tous les traits quVUe lui interdit ! 

Nous aimerions à nous rappeler en détail cette foule de 
beautés qui se succèdent sans interruption dans tout ce 
troisième chant , si nous n'étions pressés d'en venir à celles 
qui le couronnent. On sera moins étonné de notre impa- 
tience quand on verra ce brillant et touchant éloge d'une 
personne enlevée , trop tôt , quoique bien au-deU du terme 
ordinaire de la vie « aux arts , aux lettres , aux vertus , au 
malheur, i Famitié.... M^* GeofiHn , mieux connue peut- 
être dans ces derniers tems que jamais , par l'honorable 
témoignage que M. Moréllet vient de lui rendre ; c'e*t elle 
dont l'esprit juste , l'expérience consommée et le goAt 
sévère avaient souri aux premiers triomphes de Virgile 
renaissant , et que le poète veut k son tour associer à son 
immortalité. 

Ce n'est pas sans quelque projet qu'il a tardé jusqu'ici à 
payer aux femmes en général un juste tribut de reconnais* 
aance pour tout ce que la société n'a cessé de gagner k la 
douceur de leur commerce ; il s'accuse auprès eelles de 
ses torts prétendus i et les répare. C'est aux femmes qu'il 
fait honneur de cette finesse d'esprit , de ces manières 
élégantes , de ce langage délicat , de ce goAt épuré , de 
cette galanterie décente qui , si nous en croyons nos flat* 
teurs , distinguent entre toutes les nations l'élite de la 
noire. On partage le plaisir au'il prend à les montrer dans- 
tout l'éclat de la jeunesse et ae la beauté, et l'on sent nue 
le portrait est fait con amore. Au reste , M. Delille n'a fait 
en cela que suivre et surpasser les autres poètes qui n'ont 
jamais eu assez d'encens pour les jeunes et jolies femmes ; 
mais seul peut*étre entre tous, il entreprend la consolation 
des vieilles. Four peu que ces bonnes dames sussent de 
latin , elles pourraient lui dire eris mihi magnus 4poïï09 
et au fait, eUee ne lui diraient pas plus haut que son nom» 

ICème lorsque le teau vient snr votre vissfe 
Graver ^s|n|]iros de, r^g^, 



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i6 mercure; de FRANCE, 

Ettlépouiller de fleurs votre arrière-sitlsoii ; 
Des sens désenchantés si roas perdei: rhommage « 
Des bons esprits vous aurex le sqffrag^ 
Et le sceptre de la raison.. 



Dans SCS jeunes ans une .belle , 
Coonaissanr peu le monde et les secrets du cœur 9 
De son sexe adoré n'est encor que la fleur , 
\ Avec le tems elle en est le module. 

. Ceci amènç tout naturellemeut M"* GeoffnD, et c*e«l 
ipaur en venir là qu'il a pris son tournant d'une manière ai 
adroite.' 

Telle autrefois dans son brillant déclin , ^ 

J'ai vu la célèbre Geoflrin , 
' D*nn choix de vieux amis aimable présidenta » . 

Et quelquefois utile confidente. 
Son zlîle généreux de leurs besoins discrets 9 
Souvent à leur profit surprenait les secrets ; 
Pour elle une bonne œuvre était une conquête 9 
. Les pauvres des amis , leur bonheur une fôte , 
Son luxe des bienfaits , la vertu son pouvoir , 
Son esprit le bon sens , la raison son savoir. 

Malheur à la jeune femme qui né donnerait pas de bon 
cœur son joli visage pour des traits comme ceux-là ! le pin* 
ceaa de van Dik ou de G-érard ne les aurait pas mieux ren- 
dus , mais la peinture est réduite à saisir une position 
miique , au lieu qu'un portrait en{vers , sur-tout de la main 
de noire Apelle , les présente doutes à-la-fois , témoin 
celui-K^i : 

Au talent jeune encore elle ouvrait la barrière ^ 
Accueillait la vieillesse au bout de sa carrière. 

Avec quel art sur-tout dans ses mains souveraines 9 
Des conversations elle tenait les rèses ; 
Elle rendait Tessor à la timidité , 
En imposait à la témérité. 



Avec Tâge avancé , Tâge mûr , et Tenfance , 
De son utile expérience 
Gardait la vieille autorité. 



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• Jtîïtï.Ë'T îfeja. é^ 

berçait 9cmt ngnenr sa donev stRTeîHaaoe-v 

Par UD accaàt de bienveillance , « 

Tempérait la sévérité , 

Consolait la laideur , conattillait la beaoté. 

' Remdait la medattic àTorgueil efironté « 
A TafiSsctation Vaimable négligeaoe , 
L*espoir à la {aihlesse , au pouvoir IHodulganoe , 
Liouait par sentiiiient , et grondait par Ironté. 

Ou recoDDah dans ce dernier hémistîclie jusqu'au défaut 
du modèle , mais une maiu amie en a su faire une grâce. 

On voit dans la belle apostrophe qui termine le poëme , 
que Texcellente M"* GeofTrin avait osé proposer au jeune 
.poète , moins favorisé' des^dons de la, fortune 'que de ceux 
3u génie , quelques secours dont tout autre en pareil, caa 
aurait fait gloire de profiter j mais ceux que la muse a 
marqués ppur siens ^ n« ressembtent en.jrlen au commun 
des nommes. 

Atnc offifos de ta bienfaisance 
Ma fiëre ptfavreté ne consentit jamais « 
Mai» en refusant tes bienfaits 
J*ai gardé ma reoonnaissaooe. 

Sans doute îl ne lui en élaît pas moins redevable, mais 
convenons en même tems qu'il fallait être aussi riche que 
M. Delille, poux s'acquitter aussi magnifiquement. 

BOUFFLERS. 

p. s. On m'accusera peut-être , après m'avoîr lu , d^e 
m'étre livré avec trop d'abandon au plaisir de louer un 
poëte qui n'a pas pins besoin d'éloge que le jour de lur 
mi ère ^ je répondrai que je n'ai pu m'en empêcher t moa 
eentiment d'accord avec mon opinion mie pressait de len* 
4re un témoignage public ^ un homme c^e je n avrais pa^ 
besoin d'aimer pour l'admirer ; ni d'adiwcc^ pour raimasi 



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sS MERCURE DE FRANCE, 

Adriaha, ou les Passions (Pune Italienne^ par R. J« 
SaiiBBiiT. Avec cette épigraphe : 

JEstuût ittgsns 

Imo m O0rdê pudùry mistoifu» insanUt luctm # 
Ki^uriis agiiatus amorf et oo m t a i a pirius» 

Elle sent à-la-fois bouilloBDer dans son coMir 
La doulear insensée et la haine et rbonnaïur^ ; 
Et Tamour furieux et sa )alouie rage 
JBgarent set esprits 

DEhlhtM* 

Trois vol. îtt-ia. — A Paris, chez Piliei, rue Chri** 
tine,n^5. 

Vota un romaii qui mérite d'être dîstingïlë dans U 
foule de ceux qui se fabriquent pour Tamusement de$ 
oisifs. Ce n*est point en effet un ouvrage de fabrique. 
L auteur n*y a point employé les grands moyens. U tC% 
mis. en usage aucun genre de merveilleux; il n'a ai 
spectres , ni tours ténébreuses , ni prédictions , ni sou* 
terrains. Il n entasse point les événemens pour tenir la 
curiosité de ses lecteurs en haleine; ceux qu'il racopte 
n'ont rien de bien extraordinaire , et s'il n a pu se défen- 
dre d'en admettre quelques-uns que Ton retrouverait 
•illeurs avec d'antres circonstances , cela tient unique^ 
Aent à ce qu'il vient après tant d autres romanciers qui 
semblent avoir épuisé toutes les combinaisons de ce 
^nre. Un fonds qu'ils ont moins souvent exploité , cVat 
je jeu des passions, Tinfluence des caractères, et c'est 
^ui'^là que M* Durdent s'est appliqué sur-tout à ïnitm 
valoir. Il esl resté fidèle à l'épigraphe qu'il avait choiéi^ 
ci que nbua venons de rapporter , à cela près que 
ce combat des passions que Virgile nous peint dami 
Tumns , il l'a transporté dans le cœur d une feoune , car 
eest de Tumus que parle Virgile , et M. Durdent n'a pa 
sa servir de la traduction de M. Delille , qu'en altéraat 
légèrement le premier vers. 

Au reste, en changeant le sexe du personnage auqu^ 



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JUILLET iStt. «9 

H prête ces passions, M. DurdenC d« moins ne les a point 
dépaysées. Son Adrîana est italienne comme Turnua 
était italien. L'autenr a pensé sans doute que les pays 
méridionaux sont cenx où ramoar, ta jalousie et la yen* 
geance exercent leur plus puissant empire , et il a choitt 
lltalie et Rome , parce oue là plas que par tout aitleurt 
tl avait à sa disposition le charme des sites et la magie 
des souvenirs. Cette yue secrète qui ne peut appartenir 
qu*à un homme de goût , se dévoile dès le début de son 
ouvrage. Cest dans une huilai>le chapelle près des mure 
de Borne , que d'Amerville , jeune oScier de la marin# 
firançaise, rencontre pour la première fois cette Adrien* 
qui doit décider de aon sort. Adriana est une veuv^^de 
dix-huit ana, noMe, riche, et aussi belle que les plue 
belles héroïnes de roman. Un devoir pieux Tavaitamenétf 
dans cette chapelte , et dans la manière dont elle le reni«« 
flitf on rtconnait cette dévotion exaltée qui distingues* 
iMtion. D'Amerville apprend toutes ces circonstances de 
tun de ces descendans du peuple-roi qui mendient au^ 
fourdliui la pitié et les secours des barbares. Le jeun* 
Français approche enfin d'Adrianaet tous deux sont frap* 
pés des tFtfits de la sympathie: ils se sont vus; ils*'ado^ 
rent pour jamais. Cependant Adriana qui doit retourner 
k Rome, monte seule dans une calèche attelée de ^detix 
ehevaux blancs; sa société, ses amis la suivent en vtrf^ 
lure oii à cheval. D^Amerville, resté d'abord immobile k 
f endroit oik il Tavait vue, est rappelé à lui-même par soit 
Valet ; il se met au galop pour atteindre la belle comtesse 
et ne Tatteist qne pour la dérober au plus grand périU 
Toute préoccupée de sa passion naissante, elle avaitlaissé 
prendve le mors aux dents à st§ chevaux et ils allaient 
ff entraîner dans un précipice, lorsque d'Amerville let ' 
arrête et lui sauve la vie en exposant ses propos joursi 
On connaît le pouvoir de la reconnaissance' sur les amef 
généreuses ; on sait ce qu'elle ajoute de charmes à Tamoun 
&ès ce moment , Adriana est toute entière à d'Amervillei 
Ses amis la joignent; et parmi eux Montalbano, soft 
amant n^albeureux et soumis. On l'engage en vain k paé^ 
aer dans uue autre voiture; elle persis^ à rester dans ta 
sienne, mais elle veut que d'Amerville en soit le 



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)o MERCUiRE DE FRANCS, 

4fi£totnr. Il j «lonte^l ^'asseoit près d-^e;; MonitUNMiill 
•st consterné^ Adriana^' pat ua mouvement de pitié, le^ 
ïpçoit. en troisième d£»ia la calèche; on -se met en toultf^ 
et roi3^Teiitre,paj:.lajpprle,du Peuple. dans ïimcieiijàe oiet 
l^ital^ du monde! civiliaé. u Triotqphatefur d'une esp6co< 
Bou vielle, i dit Mf Durdotit, d'AmervilLe avait dépendant! 
avçc les héros deJ^Jn^ienne Borne œ point de re^«eaiT. 
hlance, qu'il neonaftquait à aontciomphe ni le prix du» 
9uccè3 , ni la piiés6ttce de Tadversaire^vtr lequel il, v^^i(» 
^erenxporler nne.vicWire décisiye..ll W*entait et a^abai^. 
4oonaità tout ce i{ue sa situation poré^dnt^ lui oflii^d^ 
flaiteur et de délioieux. » ^; . , - iî 

Tel est le premi^c incident à^o^i^ nûisient • tou^ çe^^ 
^i remplissent ;loui^r>^ y et suri )e,3<^elA nou^spMmeii 
k>in de vouloir/ provenir nos lecteuns..Ge serait antipîper. 
sur les di'otts de l'auteur , et tout toe. <^ nous< peuv^^A 
faire, c'est d esquisser rapidemyent:les'p^râot&nage6 qM^ 
îoiyent y pren(ire part.. On a déjà ri^GdtiiiiidaiîS Adri^Mi 
un.cQBur prompt àiftpaflfuaçfier^.uttetrame cfipaWe.dfl 
V-waltation la plus noble , etqu^lqvjefoi^Mrplils.'fiiU^e^^j 
Parmi ses avantages , 'û faut encore ,dieltinguer un<^ g^ 
niêrosité sans bornes , un penchant décidé pour la bien-- 
faisance^ parmi ses défaut^ la jalôqsi^ila plus ombra-* 
gQUfte> jointQ h l'amour de la veaj^nce,, et une disii-é 
mulation portée au dogré le plu4 étonj^kant lorsqu e^e e^H 
pffiensée, qui forme le <x)ntrast^le/'pl9s..$inguiieit, ;saait 
manquer à la vraisemblance , ayeç let^^turef^irabandonr 
même .qu'elle portQ. or:4inairemient daqs*. «es actic^^^ Jii^ 
i}9raotère de d'Amerville est moins romaoïesquie , ^çt i^ ntt 
#aii si c'est un bien. L'^moup qu U a^^oaçM'PQur Adrianfr 
ne l'empêche pas. d'éQowierJea. c^Miye^ances, .ne lui ôt» 
rien de cette dét'évence; qu'Ain homn^0?sans passio^as té-; 
PW»g*^^»*d*>^» le chpix dune-épOMS^ ^ pour un pèi^ (3» 
porfr un tuteur. En un mot, quoiquie d'AmervîUe .^pit un 
Kéros dans les combats, il e^t^^np^u fai)>le (Wns le 
pdurs ordinaire de la vie , et cîesi-\ài ce qui le livre auût 
Urtifices de sa, cousine Cécile qui vient tout (exprès ;«lif 
iicyrnalandie à Rome avec M. d^mblimont, leurîonclfi 
i^i^uu qu'elle gouverne, jpourVenJev.^r.à s<i>a Adjiiana^ 
ieteile a, dans isçn. genre un caragtèr© au^si vigou^eiq^ 



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JUILLET iSi«; 3t 

que celui de sa rivale. La vanité en est le trait dommani) 
cette vanité la rend perfide et méch^te ; et malgré ^ 
légèreté naturelle lui donne même la force de dissiDEHiler, 
assez long-tems dunioins poiir arriver à ^on but. Je; ne 
dis rien de M. d'A^iblimont son oncle ^ son extrême 
faiblesse , si elle Or a rien d'invraisemblable , ne permet pa< ' 
de s y intéresser. Mpntalbano , Tamant rebuté d'Adriana^ 
semble d'abord presqu*aussi faible. U supporte tout par 
respect pour elle, jusqi^'à son bonheur avec d'Amerville. 
Cependant cette résignation Thonore en quelque manière^ 
puisqufUe a sa source dans Tiexcës même de son an\our; 
mais c'est à regret qu'on le voit finir par un trait de 
violence et de folie ^ qui porte à croire que tout^ ^ 
conduite n'a été qu une longue dissimulation. , ., .j^ 
Deux personnages moins importans en eux^m^^?» 
mais qui ont une influence décisive sui;l,e,^rt «des part 
sonnages principaux, sont le lord Glenmore et sa' fiU^ 
Emmeline : tous deux brillent d'unç vertu sans,vmbfeA| 
et ce n'est pas. ce qui attache le plus; da;vs un rom^^ 
mais en contemplant la sérénité mélancolique du lord el 
les passions douces de sa fille ,- on ^ifae quelquefois |l 
se reposer du tumulte que Ion a vu régfxer dans le cœur 
d'Adriana. Au reste, on do^t savoir gré ^ M. !Purdeaa5t 
d'avoir su occuper et intéresser le lecteur pendapt.troi^ 
.volumes avec ce p^tit nombre dercaract^fiÇS- Son secret 
est d'avoif su^ les mettre, en oppositiçn, J^abord ceft 
Tabandon passionné d'Adriaila qui, contrai te avec la cor 
quelteric ruséç d^ Cécile j ensuite la pr9fûn4ç dis^^îpuïT- 
ktion de la comtesse frappe plus vivement encore , com- 
parée à l'impudente élourderie que sa rivale affiche après 
être arrivée à son brrt^f mais un'cofttrarste plttS savant 
encore, et sur lequrf se fondent le dénouement çt,-^ 
morale du roman , c'est celui de la fougueuse Adriana et 
de la modeste Emmeline. Rien de plus touchant et de 
plus moral, Je le répète, que le parti que l'auteur en a 
su tirer. En eflFet , Adriâna a pu vaincre ses soupçon? et 
sa jalousie , elle a pu se repentir de sa vengeance et la 
réparer; mais le bonheur de d'AmerVilla avait été son 
unique but depuis le premier moment, de, leur connaish 
sance , et son cce^ur se brise lorsqu'elle reconnaît enfi» 



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3^ MERCTTHE DE FRANCE , 

que là doiiôe , la modeste , la sensible Emmeline aurait 
pu mieux qu'elle rendre heureux T^potix qu'elle craint 
de lui avoir ôté. 

Le st^le de ce roman est remarquable , en général , par 
sa correction et son élégance. Je n'y ai guère remarqué 
(qu'une phrase embarrassée (tome I/page i4)> dans le 
portrait d'Âdriana. Un mérite particuliei" de Tauteur que 
)e ne dois pas passer sous silence , c'est de peindre fidè- 
lement les événemens maritimes dont il rend compte , 
un naufrage et un combat. Il n'est que trop co|Eimun à 
nos romanciers de trahir leur profonde ignorance dans 
cette partie. M. Durdent parjsft la mieux connaître , et 
«1 aime à rappeler aux marins français de bien glorieux 
^ souvenirs ; les succès dans l'Inde de ce bailli deSufiren» 
Tun des hommes de mer qui ont déployé le plus dé génie^ 
fhumanité du chevalier de La Coudraye, officier aussi 
généreux qu'éclairé. Je ne sais pourquoi à ces noms 
réels M. Dùrdent a joint un autre nom réel pour en 
Irevêtir un personnage imaginaire. H y a eu aussi dans 
la marine un chef d'escadre du nom de d'Amblimont> 
Lés journaux en ont parié récemment encore en an-*» 
lion^t la mort de s» veuve , et il n'eût rien coûté à 
M. Durdent d'en donner un ^utre au faible tuteur dt 
d'Amerville. 

Nous nWons donné sans doute qu'une idée bien su« 
perficielle de cet ouvrage, mais nous croirons avoir 
rempli notre tache si nous avons inspiré aux amateurs 
de romans le désir de le connaître en entier. 

C. V. 

FautasmagoriâvA; ou Recueil dhistoires ^apparitions 
de spectres , re^^enans , Jantômes , etc. } traduit de l'al- 
lemand par un amateur. «-^ Deux volumes in-12. — ^ 
A Paris , chez Fr. Schoell] rue des Fossés-Mont^ 
martre, n** ï4* 

Croyez^ous à là magie? demande la bonne tante dans 
Topera de Marmontel; je n'y crois pas, dit un person^ 
nage j et aussitôt les autres répètent : ni moi, ni moi, ni 



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JUILLET 1811. 33^ 

mol, ni moi. Si jt demande à mes lecteulrs t croyez-vous 
tuz spectres, aux revenons , auf fantômes ? ils me doil* 
neront sans doute la même réponse , et je ferai chorus 
avec eux; mais si je leur adresse cette autre queslioar 
Aimez-vous les histoires de ces spectres, de ces^iwe* 
nans, de ces fantômes aûx^quels vous ne croyez nés t ou 
je me trimipe fort , ou la plupart changeront de l^giage. 
Je suis bien sûr au mùins ijue j'en changerai moi-E^ma^ 
et je serais bien ëtonnë d'être le seul de mon avisir^'e;x^ 
périence prouve en effet que Ton aime encore le i^ejGcï 
veiDeux après avoir cessé d'y croire , et que Ton aïfe^ ^ 
encore davantage à se laisser émouvoir par une terreur 
imaginaire qu'il ne tient qu'à nous de dissiper. • 

Ce n'est point ici le lieu d'examiner à quoi tient ce 
singulier penchant de notre espèce : cette recherche plus 
difficile et plus élevée que l'on ne pense nous mènerait 
beaucoup trop loin. Il nous suffit d'avoir remarqué le 
faif jpour en conclure que l'éditeur de la nouvelle Fan- 
tasmagorie n'a pas fait uM mâuvÂise spéculation , et 
EDur annoncer ison livre avec quelque confiance à un 
on nombre de lecteurs. Je leur promets les apparitions 
les plus bizarres et les plus terribles / les évéhemens les 
plus extraordinaires et les plus inattendus. Je né sais 
trop même si à certains mbihlsns des portraits de jTamiilé ^ 
de fheureJiUaky delà tête de mort ^ tes amateure les plus 
zélés ne sentiront pas un léger frisiioii courir le long de 
la moelle épinière , et Dieu sait quel plaisir c'est qu'un 
pareil frisson , lorsqu'il suffit de poser le livré pour re- 
venir à la plus parfaite tranquillité ! 

Je ne m'étendrai point sur les détails de ces* histoires 
les plus terribles de tout le recueil ; je veux laisser à mes 
lecteurs tout le plaisir de la surprise lorsqu'ils verront 
ces portraits de tamille dont tes regards font frémir lès 
descendans des originaux , lorsqu'ils entendront ces 
neuf coups de l'horloge funèbre dont le dernier est tou- 
jours mortel , lorsqu'à leurs yeux enfin s'agitera sur \t^ 
{lointe de l'épée d'un 'bateleur une tête de mort nouvel- 
ement déterrée , lorsque sa voix sépulcrale ramènera 

dans la bonne voie un fils ingrat ttbp long-tems égaré. 

J'en ai déjà trop dit peut-^tre ; en cherchant à réveiller U 



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34 MERCURF DE FRANCE,^ 

curiosité de mes lecteurs , je crains de leur fttoîr pré-^ 
«enté des images qui ue sont point à leur place dans im 
article de journal. Pour réparer le mal autant qu*il est 
pofisible , je leur parlerai maintenant d'histoires moic^^ 
effrayantes , et laissant à part la Morte Jiancée ,. dont les 
apparitions ne sont peut-être >jf>as assez motivées , je leur 
recommanderaf Thistoire du Rei^enant , ainsi que les 
deux anecdotes de la C/wmhre grise et de la Chambre 
noire , tirées toutes les deux d'un journal de Berlin. Ce 
n'est pas que les apparition» y soient épargnées. L'édi- 
teur n*a pas voulu sortir de son genre et il a fait très- 
sagement , mais tout finit par s'expliquer d'une manière 
très-naturelle ^ et lès prétendus spectres ne sont plus au 
4époujement que de fort honnêtes personnes dont les 
corps très-palpables n'ont rien diufernàl ni d'aérien. Il 
y a quelque chose de consolant dans ces )iistoire%placéeé 
\ la fin du recueil. On se dit, après les avoir lues, que les 
prodiges qu) nous ont tant effrayés dans les autres s'expli- 
queraient peut-être tout aussi naturellement , et* foii 
peut ainsi se donner le plaisir de rire après avoir gpûté 
celui d'avojr peur. , 

Au reste, je ne puis dissimuler que ces. explications , 
qui plairont à tant de pereionnes , pourraient bien ne pas 
réussir auprès de celles qui regrettent une illusion per- 
due, de quelque naturç. quen fût Tobjet. Il est difficile 
i)& contentjBr tout le mon Je ; mais quelle que soit cette 
-difficulté , je crois pouvoir, assurer que dans le premier 
cpQt^qui ouvre le recueil (/'^mowr muet ) elle est com- 
plètement vaincue. Le spectre qui y figprC; est de si 
. i)Oi>ne amitié , les fonction^ quil exerce, sont si plai- 
sante^, le service qu]il implore par signes Ju héros de 
' l'aveuture est d un genre si comique ^ si singulier, que 
^tous Ias .lecteurs s'en, amuseront sans trop sjnquiéter (Je 
^ 1^ wy!4\i^nihksince. Ce specli;e-U .est, .f^ ,dç, manière à 
. dérider Ifls fronts les plus graves , et lorsquoarit on est 
jy^t?^</i.i ûié ,,dit rautPiii; de la Métromqjiie. 

Mi^\s «If» peur qu on ne nfous accuse nous-mêmes de 
j sfificfiyifnaoie , terminons ici cette annonce* Il est permis 
. d iiuliijuer à la ciiripsité des lecteurs un recueil de cette 
^ nature , y mettre queltjue importance serait abuser d? la 



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JUILLET^ i8i V 3» 

permission. Je. me bornerai donc à dire, enfinissfint , 
^e Yanjiateur qui Ta fait pa^er dans ûotre langue ïiesi 
"pas un simple traducteur : qu'il a refondu la plupétt de 
ces histoires pour les accommoder à notre goût ^ assez 
différent de celui de nos voisins , et que son style se dis- 
tingue aussi i^r cette heureuse liberté qui n'appartient 
jamais aux traducteurs s^rvUe?, !.. G. V. 

VAÀIÉTÉS, 

Oh Weat 49* mirl^re. en te&ter cèe» 3uis5on , librairs , 
Y«e GilleA-CsHUT:» n**jo, un ouvrage iotituU : Corre$pon'^ 
dance UttércUre. avec un Soui^erqin di^ Nord , par le haror^ 
fe Grimm et Diderot (*). (ïrimm était connu par la ûexL^ 
bilité de.$Qn ^^prit et la variété de s«s connaissances. Sa 
corres^oodancp est riche en anecdotes et en pièces diversef 
qui Â'ayaîient pojut été publiées jusqu'ici. N^us rendrons 
compte incessamment de cet ouvrage. Eb^ attendant qoU9 
crojon's faire plaisir en remplaçant la Chronique qi)i aurait 
dû paraître aujourd'hui , par une espèce de Ghroniq\ie d^ 
d^cembi^e 1770, que nous copionfldaiis U^Correspondti^cé 
de 6nmm. 

— c Charliii-Jean-Françoiâ Hénault , président {bonoralre au parle- 
Bient, inteodant de la maison de !£">« la'Dauphlne^ Tun des quarante dé 
rAcadémie française et de celle des mscnptit>n8 et belles-lettres , est 
mort le 24 novembre dernier , dans la ^atr^yingt-siziëme année 
de son âge. Il ne faisait qne yjégëter depuis Ion|^-tem8. Sa niëce , la 
comtesse de Jonsac , tenait sa maison ,, donnait à souper , recevait le 
grand mondes le président radotait ou dormait 'dans son fauteuil , et 
était content. A tout prendre, le président Hénault doit être compté 
parmi les hommes les plus heureux de son tems. .Son përe , ancien 
lermier-général , si je ne me trompe , loi avait laissé une grande 
fortune. Né arec des qualités aimables, mais pas assez remarquables 
pour exciter Tenvie et la jalousie de personne , il jouissait du privi- 
légie et du bonheur des genS médiocres , d'être aimé de tout le monde 
aToir un seul e(memi* U était très-fcivole; il n*j avait en lui 



' (*) Cet Gwm^ iavÊUè einq yokunes va^^ de i3oo pages. Prix^ 
-dlfr, . et 36 fr« fraardop^t» - 

C 2 



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à6 MERCÛtlÉ DE FRÀÎiCE, 

qae U mperfieie , mais œtt^ luperficie ^tàlt agréâbU. H feuait ^ 
jolii yen de sooil^té ; il donnait dVxeelleni ' toupen ; il arBÎt été il 
la mode' dans la jeunesse , et arait eonserré Tusage du grand mondé 
dans un âge plus mûr. Four satisfaire sa petite ambition , car tout 
éuit petit et joli en hii , it ^itta de bonne heure le palais , et acheta 
la charge de sorinteildant dto la mabon de U finie feine , et ne laissé 
pas d*aVoir aussi sa petite existence dans ee pirff eerde. Il eomposa 
ensuite spn Ahrégié ehrànolùgùfuê iê F Histoire de France , qui lui 
|»rocura les honneurs iftt^raires et le titre de dou&le académieSea. 
Cet abrégé n*est pas , à beaucoup pr^s « vn ourrage sans mérite ; 
mais on ne peut se caeher''^pie ce mérite *a été infiniment exagéré , 
et '<fut si un pauvre diable relégué dans vn quatrième étage avait 
pnblîé ee livre , il n*i^tait pas reçu la mdètid ém âèpét qui oot'été 
prodiges au président Héaâuh. Persénne tt*a'pliii'eSctooemenl ttai^ 
Vaille k la réputation de det ouvrage qne -ftf. de Voltaire. L'auteur 
y tnit bientôt toute sa gloire , toute son existence. Il ne s*oecupa qa% 
en soigner et multiplier les éditions ; et quand 11 y eu avait une de 
Enie , U en commençait une autre } il en entendait alhii paHer totté 
tes jours de sa vie , .et ee n*est pas ce qui contribua'le moins k son 
bonheur* L*abbé Boudot , employé à la bibliothèque du roi , aujoùr^ 
d*hui paralytique k force d*avoir gagné àes iodîgestidns ches le prési- 
dent , était spécialement ehargé du département littéraire et historique. 

• • • • î r 

Le bon président avait été dans sa jeunesse Tamant de la marquise 
du Défiant , femme célèbre k Paris par son esprit et par sa méchan- 
ceté. Elle a aujourdliuî plus de soixante-dix ans , et il y en a presque 
vingt qu*elle est aveugle ; mais son esprit a conservé toute sa fleur*, 
et sa méchanceté , k forée de s>xereer , est devenue , dit-on , beau- 
coup plus habile. Elle te pique de haïr mortellement tout ce qui 
s*appelle philosophe * et eela fui a eonservé un grand crédit parmi les 
gens de la cour et du monde., eux yeux deaquels les philosophes so^t 
la cause immédiate de tout le mal qui arrive en ^ance. Madame du 
Défiant a cependant excepté de sa haine lè patriarche de Femey, 
jclont elle a trouvé sans doute la grifle trop redoutable. Elle- avait é(ê 
Tamie intime de la mitrquis'e du Cbâtelet, et le lendemain de* la mort 
de cette femme célèbre , elle fit courir nne satire sanglante sous le 
litre et sous la forme de son portrait. t!Ue est restée liée àveo le pr^ 
aident fiténàuk jusqu*à sa fin. Les deux ou troia derniers jours de n 
vie , M Bv ia Défiant était dans rappartemenl du président avec phi- 
ciéufs de ses amis. Four leUîrer de son eseeuptiiement^^. etie lue cria 
k roreiile i*il se rappelait M»* de Cistekanenn? .Ce.tiemjBéfeilU.k 



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JUILLET i8ia. ; 3j 

président « qui réponclit <|u*il se la rappelait fort bien. Elle Ini de- 
manda ensuite t*îl Taraît plus aimée que M»« du Défiait? Quelle 
iijfèrtnem ! s'écria le pauvre noribond taobécille. Et puis il se mit fc 
&ire le panégyrique de Ifn» de Castelmoroii , eC toujours en oom* 
parant %e% excellentes qualités aux vioes d* M ■>• du Defiknt. Ce ra- 
dotage dura une demi-heure en présence de tout le monde , sans qu*il 
fôt possible k Mb« du Défiant de faire taiVe sou panégyriste ou de Id 
faire changer de conrersation. Ce fut le chant du cygne ; il mouni« 
tans savoir k qui il avait adressé un parallèle si véridique. > 

— « M. L. Castilhon qui réside , je croîs , )i Bouillon , et qui a un 
frère résidant obscurément > Firis , a publié , il j a déjà du tems , 
des Considérations sur Iss causes physiques et morales du génie, des 
motfrs et du goueememeni des nations, Vousvoyes que ces eonrîdé« 
rationt roulent sur de petites questions de rien. Quand on veut traiter 
de tels sajets , il faut être un Montesquieu , un Galiani , un Diderot, 
«a Bufibnponrle moins; et quand on n*est rien de tout eela, oa 
est on Ca sti lh on « e*est*ft-dire qu*on traite un sujet sans que personne 
en sache rien. Cependant il y a un auteur tout aussi obscur que 
Castilhon qui a îexX un Msprit des nations, et qui a accusé Tautre èê 
plagiat. Je ne sais si ce grand proeH sera jugé au greffe civil du 
Mercure de France, on an greffis criminel de TAnnée littéraire; 
mais si apr^s la compensation des dépans « ensemble les présent né- 
eestairet à la corruption des juges « il intervient arrêt qui donne aux 
partiat le g^tean de la ^oire littéraire )i partager également , je leur 
promets h Tune et h Tautre que le tout se passera sans indigestion. » 

«-C Sidnejet Voltan, anecdote anglaise, par M. D* Arnaud. D*Ar* 
naud est devenu un des plus grands prédicateurs de vertu par la vole 
des romans à grandt sentimens et à estampes; il a beaucoup de vogue 
parmi les couturières et les marehandes de modes , et s*il peut mettre 
fes fooniés de cbambre dans son parti , je ne désespère pas de sa 
£»rtnne.> 

— c L^année qui va finir a été Vitale aux Peuét Amis; ils se sont 
montrés sur la scène comme deux financiers et deux commerçaiis de 
Lyon , en contes comme deux Iroquoi» , en romant comme deux je 
ne sais quoi ; et Dieu merci , ib ont été %\Biéi partout. Deux amii , 
affligés de voir de quelle manière on traitait en France leurs sem- 
blables par la faute de nos faiseurs de drames « de nos faiseurs de 
•outes et de nos faiseurs de romans , s*en allèrent au mets d*ao<)t 
dernier passer quinse jours aux bains de Bourbonne , près de Lan- 
gres , pour j voir deux amies dont Tune , mère de Tautre , avait 

\ k cet bains ta fille jcime , firaiche , jolie et cependant malade , 



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38 MERCURE DE FRANCE, 

dans IVspéjrance de lui rendte la santé altérée par les suites d*ûB« 
preuAëre couche. Les deux amis . o*était Denis Diderot le philosophe 
et moi , trouyèrcmt le^ deux amies faisant des contes à leurs corres- 
pondans de Paris , pour se désennuyer. Parmi ces correspondons il j 
en avait un d*une crédulité rare ; il ajoutait foi à tous les fagots que 
ces dames lui contaient , et la simplicité de ses réponses amusait 
/lutant les deux amies que la folie des contes qu*el1es lui faisaient. 
Le philosophe voulut pi^ndre part à cet amusement j il fit quelques 
contes que la jeune amie malade inséra dans ses lettres à son ami 
crédule qui les prit pour des faits avérés , et assura sa jeune ami» 
.qu*elle écrivait * comme un ange : ce qui était d*autant plus plaisant 
qu'une de st^ prétentions favorites est ^® reconnaître , entre mille , 
.une ligne échappée à la plume de notre philosophe. Denis Diderot 
«ssaja entr^autres de réhabiliter les deux amis , et il croira le^ avoir 
▼engés de toutes les injures que leurs historiens leur ont attirées 
•elte année ,- si le conte que vous allex lire , peut mériter votre 
auBrage (*). a 

— cI7n poëte russe, auteur de plusieurs tragédies, appelé monsieur 
Snmarokoff , se trouvant à Moscou , s^était brouillé avec la premier» 
actrice du théâtre de cette capitalb ; ces accidens arrivent à Moscpa 
comime à Paris. Un jour le gouverneur de Moscou ayant ordonné la 
représentation d^une des pièces de monsieur SumarokofT, le poëte &*y 
opposa , parce que cette actrice devait y jouer le principal rôle. Cette 
rais;on n^ayant pas paru suffisante au gouverneur pour changer d*avisi« 
le poêle en perdit la tète au point que lorsqu'on leva la toile pour 
conunencer sa pièce, il sauta sur le théâtre , saisit la première actrice 
,qui avait paru avec tout Tappareil tragique , et la jeta dans les cou- 
lisses. Après avoir ainsi troublé la tranquillité publique , il ne se erut 
. piu encore assez ooupable , et dans sa frénésie poétique il écrivit avec 
autant d'indiscrétion que de témérité à l'impératrice elle-même deux 
lettres consécutives , remplies de griefs et d'invectives contre une 
actrice. Je défie un poëte français de faire mieux. 

Conteur Marmontel , que penset-vous qu'il arriva de cette incar- 
tade impardonnable ? — Mais cela est aisé à deviner. Les lettres im- 
pertinentes du poète Sumarokoff ne parvinrent pas à l'impératrice ^ 
le ministre chargé du département poétique les lut , et donna ses 
prdres popr mettre monsieur le poëte dans un cul de basse fosse jus- 
qii*à nouvel ordre , et vraiseml»lablement il y est encore* 

{^) Ce conte est imprimé dans lei Œuvres complètes de Didertt» 



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JUILLET 1811. 3g 

An £«bl6 le eonte et le ooatear hîstoriqaet ! o*ett Un toentilir 
plat et £roîd. De tels d^Doâmens iont bons dans les pa^s ranfés poar 
ÏM dooceui et la politesse des moeurs ; il s*en faut bieo que la police 
toit aussi perfeotionnée en Russie. Sa majesté impériale reçut les 
deux lettres du poète , et aprës aroir donné tes ordres dans fÂrcbi- 
pel , en Moldavie , en Crimée , en Géorgie et sur tes bords de la met 
Hoire , elle eut encore le tems de faire la réponse sulrante. 

«Monsieur Snmarokoff, fai été fort étonnée de Totre lettre dvJ8 

> jaimcr , et encore plus de celle du i«' férrier. Toutes deux oon- 
9 tiennent , à ce qu'il me semble , des plaintes contre la Belmootic 
s qui pourtant n*a £iit que suirre les ordres du comte Soltikoff. Le 

> leld-marécbal a désiré de voir représenter Yotre tragédie; ceU 
s TOUS fait honneur. Il était conrenable de tous conformer au àétit 

> de la premiëre personne en autorité à Moscou ; mais si elle a jugé à 
9 propos d'ordonner que cette piëee fht représentée , il fiidlait exécutes 
>.sa T^onté sans contestation. Je crois que tous saTes mieux que 

> personne combien de respect méritent des hotames qui ont senri 
9 STce gloire ., et dont la tète est couTsrte de cbeTcUx Uanos ; c*est 

> pourquoi je Tous^onseille d*éTiter de pareilles disputes à ^avenir. 
« Par ce mojen tous conserTerez la tranquillité d'ame qui est néees- 
» saire pour tos ouTtages , et il me sera toujours plus agréable de 

> Voir les passions représentées dans tos drames que de les lire dans 
» tos lettres. 

s Au surplus , je suis rotre ifiectiennée. > Signa, CifWBKliri*' 
Je conseille à tout ministre chargé du département des lettres de 
cachet , d*enregister ce formulaire k son greffe , et ft tout hasard de 
n*en jamab délirrer d'autres aux poêles et h topt ce qui a droit d*ètre 
da genre irritable , c'est-k-dtre en£int et fou par état. Apr^s cette 
lettre qui mérite peut-être autant riiumortaliié que les aMnumens de 
\a ui^ûsst st de la gloire du rVgoe actuel de la Russie , je meurs de 
peur de m'affermir dans la pensée hérétique que Tesprit ne gftte 
jamais rien , même sur le trône. > * 

— .m II est trës-TTai que M. Sedainea fait une tragédie en prose « 
qu'elle est reçue à la Comédie françaiss « qu'elle st^a peut-être {ouée* 
avant Pâques. M. de Voltaire en est indigné ; a peur que ce nou- 
Tcau genre , s^il réussit , ne ùa%t tort à la tragédie en Ters Quant k 
BOUS , si ce BOUTesu genre est bon , nous l'adopterons sans préjudice 
d'aucun autre genre également bon. On remarque que , depuie 
quelque tems^ le patriarche parle aree humeur de ton si^le. Il » 
tort; et je m^en tiens 2i un de nos 'anciens arrêts 9 o'sst qu^àtvn^ 
pienire , oc flèoli ea Tittt hiea «a 4ait#« a 



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4if MERCURE DE FRANCE , 

— «]^^||ri«r!ehé a des griefii pliu «érieux contre le Syaêms àé tm 
Nature f il craiot ^e et système ne reRTerse le rituel de Femej , et 
que le petriarohat ne s*eii aille au diable avee lui. G*est-U ^ je pense « 
le motif seoret , mais réritable , de seo humeur contre ce maudit 
97stëae» U s*en est expliqué phis librement dans une lettre k madam* 
Becker^ que |e jm transcrire, Hippatie Necker passe sa Tie aree 
des sjstéinatiques , mais uUe' est diévote à sa manière. EUe roudrait 
être sincèrement huguenote ou socSnienne , ou distique « ou plutôt , 
jiour être quelque cbose , elle ptead le parti de ne te rendre eomptu 
lur lian. Le'patriarcbe connaît ces dispositions , et les met è profit* 

Éxirait tTuhe lettre à madame N&cker. 

Fernej ,/a6 8epteiiJ>re 1770. 

c^ ...Vous me'parles « Madame, du Système dé^U IVa/urv^ livre qui 
» fait grand bruit parmi: les igtlorans , et qui indigne tous les gens 
» sensés. D est un peu honteux à notice nation , que tant de gens aient 
i embrassé si TÎte une opinion si ridicule. H faut être bien fou pou* 
s ne pas admettre une grande intellîgence quand on en a une si petite; 

> mais le comble de Timpertinenee est d^aroir fondé un système tout 

> entier sur une frU'ssè eipérienoe f^te par un fésuite irhndais qa*oa 
9 a pris pour un philosophe. Depuis l'arenture de ce Malorais de In 
a Vigué , qui se donna four une jolie fille faisant des rers . on n*a^ail 
a point TU d*arlequinade pareille. Il était réserré è notre siècle d*éta« 
» hUr wrunm^j^ecte système d^athéismesur une méprise. Les Français 
a ont eu grand tort d*abandQnner les belles-lettres pour ces profondea 
a fkdaises , et on a tort de les prendre sérieusement. 

» A toutprençlre,le siècle de Phèdre et àix Misanthrope râlait mieux. 
» Je Yoils renouTelle, Madame , moki respect, ma reconnaissance 
9 et mon attachement. » 

— «François- Augustin Paradis de Moncrif , lecteur de Ken la reine 
' et de madame la dauphine , l\in des quarante de TAcadémie fran- 
çaise , sVst endormi du dernier sonameil le 1% norembre , âgé de 
quatre-vingt* trois ans. Noue arons de lui plusieurs chansons et 
vimianees dans le vieux. langage naïf et tendra ,^ d^un goût si délicat « 
si exquis « ^*omei peut les regarder comme autant de chefs-d*œuvre. II. 
i{|ut sans doute, plus de génie pour faire Tlliade que pour faire une 
e^ansoa ezoellente i mais la perfection , en quelque genre que co 
l^it , est sans prix , et je ne suis pas plus surpris de voir à un bommo 
^ goût to tête tQucnée dVa couplet plein de sentiment , de déKen* 
t^fie et de ja^ïye^f « que, de le voir dans renthousiasme de la privro 
de FÛAm è Achille. Si ManeùCtt av^i j^uiU bit ^ue ses çhaxûioaA^ 



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JUILLET i8ia. (%, 

et Sê9 romaoees, , tteût été le premier dans spn grat ., et e*e»t ton* 
josxs qvelqae chose qne cl*Atre le premier quelque part^ Maû il a fait 
. plutieurs autres ouvrages ^ui on\ nui à sa réputation* Nous aFoos d« 
lui beaucoup 4*ao tes d'opéra français «^dans ce genre galant et fade 
^ n*est guère moins ipsipid^ à lire cpi*en musique psalmodiante et 
^lée dTairs à petites cabrioles. .11 a fait un Essai sur U^ moyens â0 
plaire qui est un mauvais essaie et dont les faiseurs de pointes disaient 
qu*i} n*avait pas les mojFetvs. Il a fait d^ns sa jeunesse une Histoire 
dgs Chais y que je n'ai pas vue , plaisantene apparcstmeot de société 
jFort insipide., qui lui attira mille brocards et beaucoup d*épigrammes« 
Im poète Roi en ajant fait une très-sanglante , Moncrif 1 attendit au 
sortir du Palais-Royal , et lui donna des coups de béton. Roi • qui 
^taifc accoutumé à ces traitemens , et qui n*avait guère moins da sou- 
plesse ^e de malîguité , retourna la tète , et dit à Afoncrif , en ten- 
djWit le dos au bâton : Paît» de velours , Minon > patte de velours ^ 
Moncrif , abstraction faite de son talent de cbapsonnier tendre et 
g^laot , était uu hooune assez commun , mais il était souple et.conr« 
tisan , et il était parvenu à se donner une sorte de crédit à la cour ou ' 
plutôt dans le cercle de la feue reine. Il j faisait le dévot ; mais à 
P^rif , il était homme de pli^sir ; et il a poussé la passion pour la, 
ifble et pour la créatura , on plutât pour les créatures , jusqu*à Vex^ 
tréme vieillesse. Il n*/ a pas bien long-tems qu*il traversait encore p 
apr^.rppéra , Faréopage des demoiselles de ce tbéétre , eu disant : 
Si fuel^u*une de $es djsmoiselles, était tentée, de souper mpea un ,yieil-' 
lard hien propre , il jr aurait ^uatre^ingt^oin^ marches à monter, un 
petit souper asses Ion, et dix louis à gagner, 

L*appartement qu^il occupait au obiteau des Tuileries était efEecti* 
vement un peu élevé; du reste il s*aoquittait toujours parfaitement 
bien , dans ces parties , eu rôle qu^il s*était imposé, lliioncrif jouissait 
d*une fortune assez considérable par la réunion de plusjeurs places 
que lui avait obtenues la souplesse de son caractère. On dit qu^il était 
noble et généreux dans sa dépense. Dans se$ manières il était recher- 
clié et minutieux, et , comme auteur « fort susceptible. Je me souviens 
que Marmontel, désirant avec ardeur une place b rAcadéodie , prit 
k parti de louer , dans sa Poétique française , presque tous les acadé* 
piiciens vivans dont il comptait se concilier la bienveillance et obtenir 
(a voix pour la première place vacante. Il se fît presque autant de 
tracasseries qu*il avait fait d'éloges ; personne ne se trouva assez loué^ 
ni loué à son gré. Il avait cité, de Ûoncrif un couplet avec les plua 
grands éloge i ; Moncrif prétendit qu*il fallait citer él Uanscrire k 
ebansoa toute entière , ou ne s'en point mêler. J'aroue cpe je no p«â 



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Ji% MERCURE DE FRANCE , JUILLET i«n. 

iii*affliger <!e voir toute cette dépense cl'éloges si peu sincères et pr*^ 
£gnés dans une vue dUntérèt personnel , non-seulement perduo , 
m»Î8 presque produire on effet contraire. Moncrif passa donc sû yî« 
à être saint homme et fort dévêt dans Tanti-cbambre et dans le ca« 
hhnet de la reine , et libertin h Paris. Une de ses plus jolies pièces de 
poésie est /* Bajeuntssgmënt inutile où V Histoire de Tilonet PuÉuror^^ 
il la fît retrancher de tous les exemplaires de son Choix de chansons' 
"qii*fl donnait à la Cour. Sa vieillesse était devenue un sujet de plai- 
sftnterie à la Cour. On le disait beaucoup plus vieux qu*il n^élait^ 
parce que M. le comte de>Maùrepas , ancien ministre d*état , aimait 
à dire que Moncrif aviit été prévât de salle lorsque son përe j faisait 
des armes, ce qui , par une supputation fort aisée, donnait à MoBcxif 
près de cent ans. Mais c'était une plaisanterie : Moncrif était né d*uno 
lioonête famille de Paris, et même avec quelque bien. Il Avait eu 
tisnssa jeunesse la passion des 'armes, il fréquentait beaucoup les 
nQcs oft Ton est en usage d*appeler les plus habiles les prévôts de 
ialle ; mais il n*cn a jamais fait les fonctions par état. Il avait été 
Tami et le courtisan du comte d*Ârgeiison , ministre de la gneite. Le 
toi , qui aime k s*entretenir d*âge , dit un jour à Moncrif, qu*on lui 
^onaîtplus de quatre-vingt-dix ans. Je ne les prends pas , Sire, 
répondit Afoncrif ; et si Ton peut sVn rappotter au témoignage de ces 
demoiselles , il n*en feut jamais les symptômes. > 

— « Si vous voulez vous amuser de Timbécillité et de la fatuité 
d*un barbouilleur de papier , il faut lire les Ohserçations sur Boileau , , 
sur Racine , sur Créhillon , sur AT, de p^oltaire , et sur îa langue 
française en général x par M. d*j4çartf , des académies d^^rras et de 
la Rochelle. Cela est vraiment précieux par l'extrême impertinence 
du sljle et àe$ prétentions de Tauteur. Ce d'Açarq est un ancien 
maître de pension , assez mauvais sujet , moitié béte et moitié fou. II 
se prétend "Sur-tout profond grammairien et élève deDumarsaîs. VL 
dit que le rdpport mutuel et précis des mots ^it les ressorts divins 
d'une langue ; que M. de Voltaire sacriûe -aux agrémens matériels 
raclîve précision qui est d'uu ordre supérieur ; que le stjle gramma- 
tical du quatrième acte de Mérope est assez pur , et qu*il j a det 
beautés dans le style personnel; qnelaveivespiritueuaedeM.de 
Voltaire est inépuisable en éclats sulpbureux et retentissans ; ^ue 
Racine a Tellure tendre, Créhillon Tallure terrible , etqUeM.de 
Voltaire va en tout seus , va toujours, et n*a point d'allure eertaiae ; 
«t moi je dis que UL d'Açard a l'uUurt certaine des petites-maisons. » 



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POLITIQUE. 

La diète de Hongrie a terminé ses séances. Le résultat 
de ses délibérations a été , sauf de très-légères modifica* 
lions y conforme aux plans du cabinet , aux intentions da 

fouverneraent et aux intéiéis généraux de la monarchie, 
/archiduc palatin parcourt en ce moment la Hongrie, et 
visite les ëlablissemens publics. Les archiducs Charles et 
Jean sont revenus de Prague à Vienne. La cour n'a dd 
quitter Prague que vers la fin de juin. L'Impératrice do 
France a du se séparer de ses augustes parens le zj , elle 
'se rendait à Carlscyad , et devait y rester deux jours , etso 
remettre en route le 3o par Bajreuth pf)ur se rendre à 
Wnrtebourg , oh elle prendra encore 'quelque repos. Oo 
espère que le retour de S. M. à Saint-Cl«ud aura lieu avant 
le i5 de ce mois. 

£n Hongrie , en Bohême , en Moravie les récoltes s'an- 
noncent de la manière la plus favorable. Le prix des graini 
baisse de toutes paris, l'abondance s'établit dans tous 
les marchés , et personne ne peut plus songer à faire 
des approvisionnemens ou des spéculations. Cette abon- 
dance et cette circulation se communique de proche en 
proche dans tous les états de la confédération. 

Les lettres de New-Yorck , à la date du 19 mai , sont ar- 
rivées en Angleterre le 24 juin. Elles sont toutes à la guerre. 
La chambre des représcntans a pris une résolution par la- 
quelle fous les membres absens sont rappelés. On croit que 
€*est pour que la question de la guerre soit décidée en 
présence du plus grand nombre de membres possible. Le 
National intellîgcncer , reçu en même tenas , s'exprime 
ainsi : 

«<Nous«croyons en conscience que nous sommes à la 
veille d'avoir "la guerre , et qu'il n'est pas un homme sage 
qui ne doive se préparer à cet événement. Il faut combattre 
avec résolution toute opposition à cette mesure , qu'elle 
vienne de l'intérieur ou aej'extérieur. 

>» Tl faut regarder celui qui n'est pas pour nous , comme 
s'il était contre nous, et il doit être traité en consé- 
quence, n 



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44 MERCURE DE FRANCE, 

C^lle guerre que Jes Amériralna préparent arec le noble ( 
senliiBeDt de-i'jndëpendaDce , l'Auglelerre la voil avec sur- 
prise et avec effroi : qui aurait pu faire comprendre à ses 
«tHiaeils qu'elle aurait à redouter rAmériqîic , qu'elle rece- 
vrait un jour des uotifications humiliantes pour son orgueil, 
inquîëlaules pour ses' ialéréls , son commerce et sa poli- 
tique? Sans aoute, l'Angleterre oe redoute pas l'Amérique 
%\ %e^ ferces navales trop disproportion uées avee les siennes \ 
innis elle a besoin de l'Amer que commerçante; et si cette 
d^mérique lui ferme ses ports , si elle lui refuse ses secours, 
si elle refui^ed^e?! porter toiit ce dont l'Angleterre a besoin 

Sour son intérieur, pour son commerce, et pour les expé- 
itions qu'elle a si imprudemment tentées, que d'entraveâ 
nouvelles sont ajoutées à celles dans lesquelles l'obslindtioa 
de son ministère a mis la Grande-Bretagne ! 

•jta guerre avec rAmérique , écriv it-on de Londres le 
22 )mn, ne menace pas seulement notre commerce; elle 
noiis priverait encore des farines que les Etats-Unis four* 
nissaieut à la péninsule i si ce malheur arrivait, nous serions 
forcés de sunvenir aux besoins de nos alliés ^ en subsis- 
iànees , et Ton sait combien notre pénurie nous mettiail 
d^i>s l'impossibilité de leur fournir ce genre de secours. 
Arjnsi, un d'aulres termes, l'Amérique peut, quand elle le 
voudra , nous forcer. à retirer nos troupes du Portugal , et 
ipctlre ^£sp^gne et ses peuples à la merci d'un ennemi 
vigilant qui suit profiler de tous les avanages. Que l'Amé^ 
rique persiste dans sa résolution , et tant de trésors répan* 
diis, tant de sang anglais versé, tous les malheurs enfin 
où nos conseils et nos perfides secours ont précipité une 

Ïartie do la nation espagnole , auront pour résultat la plus 
onleuse défection. Au reste, il faut l avouer, telle est U 
situation à laquelle nous ont amenés des guides trompeurs , 
que celte défection doit être encore désirée par tout Anglais 
qui aime sou pays et connaît l'imminence au danger, n 

Les Anglais n'ont cessé de porter des regards attentifs 
sur l'Amériqu^ méridionale; ils ont toujours espéré y trou- 
ver iiu dédommagement et des débouchés; iU n'ont rien 
négligé en souplesse ni sacrifîœs pour s'y faire recevoir. 
Leur langage a été celui de médiateurs, de pacificateurs j 
BuVnps-Ayreset Monte^Yidéo, quoique livrés encore à des 
diâérens qui retardent leur complète indépendance , oQt 
^aleipei^t fermé l'oreille aux suggestions anglaises. Le 
Brésil même a pris une attitude bien éloignée cte satisfaire 
les vœux des Anglais. Ce pajs apprécie la nature des obU- 



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JUfLLET iSîii ' 4« 

SatiôDS qti^jlpeut avoir anx Adulais par F Arange manière 
ODt its ont traité le Porlagal qu'ils dëfetldent èo le dévat- 
laDt; rexetnple de la Sicile ne pouvait être perdu', et Ib 
Brésil a appris par ce qui s'est passé dahs la péninsule et 
à Palerme , quels secours il fallait attendre des Anglais , eflt 
^ce qu'il fallait <iraindre d'eux ad moment oh 6n leùr âe- 
corde Fhospitalité. On a^connu en Amérique comme eii 
Europe que par introduction , ifs entendent établissement ', 
jpar secours , contribution , ti par prolec^on , domination 
et monopole. Dans les Caracas ^ .^ Mexique, le mÂme 
esprit règne , celui de l'indépendance américaitie , et non 
celui de l'alliance anglaise toujours trop chèrement pajée. 
Quelques faibles renforts venus de la pédinsule n'étaient 

Sas en état de soutenir le parti de l'ancien gouvernement: 
s n'ont été d'aucuto secours. Miranda pousse son entre- 
prise : les insurgés vojrent sans cesse augmenter leurs forces, 
et l'Angleterre ne voit aucun parti assez faible Ou assek 
imprudent pour acheter ses secours. 

iVau très échecs les attendaient suivie territoire de IfapW. 
Ils ont levé le n>asqiie en Sicile; ub fantôme de régent Jf 
exerce une autorité de nom , le j^énéral anglais est le vice- 
roi véritable. Suivant les nouvelles de Malte, la famtltë 
royale sicilienne devait être transportée dans cette tie , il ne 
devait rester à Palerme qu'un des fils dùprince héréditaire; 
à cette occasion, il n'a pas échappé aux Anglais de faire 
Qoe remarque en effet fort singulière : ils ont si bien sécori^ 
dé leurs alliés^ ils ont été des protecteurs si habiles et si 
puiisans , ils ont été des auxilialre's de si bonne foi , qu'i» 
ont, par-tout où ils se sont montrés , rc^ussi à faire descei^ 
dre les souverainii de leur trône , et à ne donner à l'Empe- 
reiuC de France que des régents pour adversaires. Au sein 
de là Grande-Bretagne elle-même, l'état du roi ne donne 
les rênes du gouvernement qu'l^ un régent. Cadix est auk 
ordres d'une régence dont l'autorité précaire ne àVren^ 
guère au-deU de cette enceinte }' le Portugal est eotie Faii* 
torité nominative d'un régent, et c'est encore iota le nota 
d'un régent que là Sicile est gonveitiéel On dirait que lés 
Anglais ne respectent le pouvoir rojral qu'au second déffé^^ 
ils ne veulent pas être les alliés des souverains qui fptivet» 
nent eux-mêmes lelirs pays , mais ils consentent à dàmetltp 
Féxistence de représenlans deë souverains ; grâces à lebr 
faiblesse, ils usurpent impunément, et régnent en violadl 
toutes tes conventions et tous les droits. 
Leur occupation de la Sicile était peu ) ils ont ViJ^ik tèflt* 



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46 MERCURE I>E rtlANCE; 

ter de nouveau de lenoter.des germes de discordes et d-in« 
aurrectioD sur le territoire napolilain. Up bâliment sicilien 
monté par 40 hommes et armé s'est approché de la çô.le ^ 
il était chargé dy débarquer une bande d^rigands et d'as^ 
tassins. Après un léger combat, ce bâtiment a été forcé do 
8e rendre a une goélette napolitaiine. Eu. vain ûpUils jeté à 1% 
xner une partie de^eui:8 papiers , les lii^^appli^ains ont réussi 
^ saisir dans leurs mains les psiruclions qui leur avaient 
été données. Ces instructions, voici qu'elles étaient: en- 
courager le brigands^ , organiser la révolte, répandre 
l'alarme, Jén ter Jes, sujets ndèles, corrompre el oblenir 
des rapports des états, de situation , c'est ce que devait ten- 
ter une horde de scélérats façonnés à ce genre de crimes* 
Une commission mitîtàire aura bientôt fait justice de ces mir 
téraMes. Les pièces seront imprimées) on y lira avec in- 
dignation ces mois inconcevables : S* assurer si lzsbbigÀvus 
'Sarment dans fe royaume de Naples pourla^ bonne cause. 
Assurément une telle alliance de mots ne pouvait se trou- 
ver oue dans dej( ordres signés pour l'exécution du pillage, 
^e l'incendie, et pour l'prganisation de la guçrre civile. On 
pouvait prévoir qu'elle ne serait pa;? dédaignée par la poli- 
,tique fînglaise dont le cachet senibïe être perjas etnefas ^ 
ip^is on pouvait croire que leurs chefs auraient assez de 
pudeur pour ne pas l'employer dans des ordres écrits dont 
;ia j^ublicité donnera à l'histoire le poyen de constater cet 
J^utrage étrange à là morale et à toutes les lois humaines. , 
Les renseigneraens que cette captiire nous a procurés, dft 
le iifoniteur napolitain, prouvent' que'lBS Anglais n'ont 
aucune idée de notre position., et qu'ils n'ont point d'inteU 
ligences siVes dans le rojaiime. Ds ont dèniandé l'étaf dei 
force,* qui défendent. le royaume j h Moniteur napplitaih 
«^empresse de le leur donner avec pleine satisfaction. Une 
armée française est entière sur le territoire , sous le nom 
i^ Armée d'observation du Midi ^ elle tend "une main aux 
froupps qui soBt dans le ti-devant état romain , et l'autre 




prêts à se porter pa _.. . 

^ballre.Que nos ennemis, dit la feuille citée, cessent donc 
de s'abuser j depuis que le continrent leur est fermé, il a 
.tout-à-fait changé de face. Les Napolitains connaissent 
Jes maux de la Sicile^ ceux qui avaient cru devoir passf*r 
dans cette île sont rentrés et ont contribué à ilésabnser 
Uur3 familles etleurs amis sur le sort d'une cour humiliée 



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^ JUILLJET i8i». 4l 

et •.pprim^e par fies prëtendus protecteurs : îlB'y aplus1|u'im 
parJi daps l'état deNaples , celui d'un gouvernemeDt répar 
rafeur,, juste et loj^al, qui s'occupe avec une égale sollici* 
tude des besoins et de la défense de son peuple. 

Nous arrivons à la partie des nouvelles anglaises qui 
prouve le plus évidemment l'inquiétude du ministère, se^ 
enibarr^s, et le sentiment qu'il a de l'extrême diiliculté de 
sa position ; on donnerait à deviner qyel a été l'objet de 1^ 
dernière discussion parlementaire; cet objet, qui pourrait 
le croire? est celui tant de fois agité, tant de fois repoussi 
sousIf*s mêmes prétextés,' et parles considérations poIiti[- 
qoes dé la même équité , cet acte que Fintérêt^e TAngle- 
terre devait , disaiUou r-dèteadre à jamais d'adopter. Ou 
voit que nous voulons parler de Fémancipation des ca- 
tholiques. M. Cairniqg^, les lords Welleslej , Guy Stan« 
hope cul élevé la voix en faveur des catholiques , et n'ont 
pas dissimulé que , dans la* position actuelle du royaume^ 
il fallait au moins se débarraaser d'une des causes d inqui^ 
tndea' les plus graves , et donner la^ paix aux catholiquçp 
dirlande pour Tavoir en Anjgleterre. Les nobles lords n pot 
plus paru redouter les maximes dp l'Eglise gallicane, sa 
dépendance, sa hiérarchie, ses usurpations iusqu*ici tant 
reaoutées , et une communauté de droits jusqu'à cettW 
époque réservée à' la religion angKcane. ;Ils ont tiré , eb 
nveur de la cause qu'ils défendaient, une conséquence ei-- 
trémement curieuse de l'état actuel du chef de l'église , et 
dece que ce chef n'est plus sourerain temporel. Ils <Wt 
conclu que les religionnau'es qui le reconnaissent spirtfO^ 

iemént n'étaient plus flangereuz. L'histoire donsaorera celte 
déclaration, elle sera un des. titres les plus^éminestf-eli 
faveur de la politique éclairée et de la justice puissante 
du gouvernement français* Il S€9« eonstaté- aux yeux' du 
mimde que les intérêts d'tin Nombre très^considérable é& 

. ca^holiaues ont été servis, «leurs ioÉéfêtS'^sotttenos ,. leur 
cause plaidée , leurs droits légitimés par les actes aiênais 
qu'un zèle mal éclairé a vainement tenté de signaler comme 
contraires à la paix de Féglise et à la prospérité de la rè- 

. Ugion. 

Les gazettes espagnoles contiennent les détails de divers 
engagemens en Caialogne, oà.ks insurgés, ne^figurentquso 
par très-petites bandes dispersées à l'approche des corfts 
français , avec perte d'hotnmes , de niu>fitk)rfls et de eb#- 
iraux ; elles citent une lettre du maréchal duc d'AJtbuferfa 
su général Maurice Mathieu , datée du 14 iulu^ ^ ^ - 



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48 MERCURE DE FRANGE , JUILLET i8i«. 

L«s bruits qu'on s'est plu & répandre sur l'Ând'alousie i 
y est-il dit , sont entièrement f«ux. Je commiinique tou- 
]ours avec la gauche de Tarmëé du Midi <jui occupe Ba^a, 
où elle a battu le général Freyre , lui a pris 5oo hommes et 
25û chevaux. Les Anglais ont fait dei pertes cruelles) ils 
en démissent, et savent bien que c'est eujure perte. 

I/Emperenr , à la date du 20, était à Grumbiben, ville 
de Prusse sur la Pissa : il continuait de passer en revue 
les dlfR^fens corps dé l'armée. .Une diète extraordinaire 
devait être réunie incessamment à Varsovie. S. M. jouit 
*de la plus parfaite santé. S.... 



ANNONCES. 

Traité du lUgimtJbrwstiêr , ml Analjse métliodiqae et raiâonn^ 
'des arrêts , Téglemens , déoisiont , instrnotions et oiroulaire« , concer- 
nant l*organisati<m des officiers et ejmplojét forestiers , et la partie 
administratire de leurs fonctions ; suivie des modèles d*états , prooès- 
>erl>auz et autres actes. Ouvrage servant d*introductîon au Traité 
des Délits et des Peines et des l'rocédures en matière d*cauz et forêts, 
et faisant le complément du Code général des Bois et Forêts , de la 
Chasse et de la Pêche ; par M. Dralet , conscrvateutr dn treixième 
arrondissement forestier. IXenx vol. in^« , avec 40 tfdileauz. Pri^ , 
xo.fir. , et la fr. fcaoe depoct. Ci|es Ar^uiBerdaud , li|^ire,.ii|e 
BautefemPe, ji«a3* 

En a*f dressant direcjtein^t > l-éditeqr', les aljonnfa K^x.Mmmnl$9 
forwtttiérts recavront eét oavrage franco peur 10 fr. , 

.Wémmt9 ^$ Qéttmétru i ^ar Loiiis Bertrand « pco^Mtevr teécite 
âans raeadémie -de Genève « eto. Qb vol. în-'4*. .Prix , la fr. ^ et 
l5 fr. franc de port. Chei.J. J.Paaofaoad« Ebiailce, me. Maaariae » 
tt«sa, ' . 



Ll MxiiCVR^ parait le Samedi de chaque semaine , par Cabibr 
è» trois feuilles. — Le prix de la souscription est de 48 fr. pour 
l'année ; de 24 fr. pour six mois ; «et de la fr. pour trois mois, 
firane de port dans toute L'étesdue de Tempire finaçais. — Xics lettres 
telatives à renvoi du montant <les alionnemens, les livres , paquets » 
et tous objets do^t Tannonce est demandée « devant être adressé^ , 
Jranos de port , au DmcTsirA ç|j|]iaAL Àu Mêrcufê dé Vnmeê « 
eue Hauteféville« N* â3. 



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MERCURE 

DE FRANCE. 



N" DLXXIII. - Samedi II Juillet 1812. 



POESIE. 
ODE 

Sur les bienfaits qui ont signalé le passage de Sa Majesté 
l'Empereur et R©i dans la ville de Montauban , en 
1808(1). 

Si raslTC ëtîiicelant , ardent flamJ^eau du monde , 
S'élançait tout-à-coup dans sa marche féconde 
Vers les rlimets glacés , stériles et déserts , 
Où le Lapon gémit sous d'éternels hivers , 
I^ terre , recouvrant sa force toute entière , 
Entrouvrirait son sein k la fertilité ; 
De ces mers de glaçons croulerait la barrière , 
fil sur ces rocs naitrail Topulente cilé. 



(l) Cette Ode , dont le sujet fat proposé par \a Société des Sciences 
tt Belles-Lettres de Montauban dans sa séance du i5 mai 1811 , et qui 
fut couronnée dans eHle du 16 mai i8ia , se trouve chez Delaunay , 
libraire , PalaisrKoiyal , .galeries de bois , n« 248 ; et chei Lenor- 
mand , impriioenr-libiaire , rue de Seine , , &« 9. 

D 



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io MERCURE DE FRANCE? 

Cest ainsi qu'en dos oaurs , on Dieu par sa préseAC» 
K«ssuscita les arts « ramena Tabondance. 
Hontaubao , dépouillé de toute sa grandeur. 
Déplorait dès long-tems son antique splendeur (2) ; 
Ces temples , ces palais qu*on habités 'nos princes (3) f 
Abandonnés , déserts , périssaient dans Toubli ; 
Et ces routes , jadis Torgueil de nos provinces (4) , 
l7*oflraieat aux rojageurs qu*uii soi mal affermi. 

J)t ses arts autrefois cent rilles tributaires 
V ISntretenaient le cours de ses destins prospères (5)- 
Tributaire à son tour de ces mêmes cités , 
^es citoyens ont fui ses murs inhabités (6). 
Ses ateliers muets languissent solitaires. 
Tout 8*éteint , tout périt dans im morne repos ; 
Et le Tarn , qui jadis enrichissait nos pères , 
Cherche en rain sur ses bords nos hardis matelots. 

Hontauban ! qui pourra changer ta destinée ? 

"Compterais-ttu déjà ta dernière journée ? 

Seul dois-tu succomber quand l*Etat triomphant 

Echappe à sa ruine et brille plus puissant ? 

27on , non , rets tes remparts ton Sourerain s*aTaiic« 9 

Le sort Àes Nations repose dans ses mains : 

U conomiande à l'Europe , il a sauvé la France ; 

"Qu'il parle et d'un seul mot il fixe tes destins. 

Kos vœux sont accomplis ! Napoléon prononce « 
Et c^est par des bienfaits que ce héros s'annonce. 



(a) Montauban avait perdu , par suite de la révolution f FinteA'» 
ilance , Tévèché , la cour des aides , etc. 

(3) Louis Xm , les princes de sa suite , etc. 

(4) Tout le monde connaît les belles routes du ci-devant Laa* 
|;uedoc. 

(5) Montauban faisait un coBuneroe considérable en minots , dra- 
perie , étoffes de soie , etc. 

(6) La plupart des habitans de Montauban quittèrent cette vill» 
lorsque ses grandes autorités n'^xisièreot plut et qw le commerce 
Muait joumeUeqieat. 



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JUILLET lii^i S< 

Ses regarcU radsfidts ont m de toutes part* 
Kos peuples aeconrir au sein de tes remparl i ^ 
Se presser sut ses pas ; par mille crb de joi« 
Porter jasqnes au oiel son nom irictorietix , 
Et cédant à Tirresse où leur ame se noie 

Dans leur nouTcau César se créer d*antres dlenr* 

I 
A oes nobles transports qui font couler ses latines i 
Le héros reconnaît ces guerriers dont les armes (7) 
Ont subjugué TEurope et soumis à nos lois 
Vingt peuples qui jadis faisaient trembler nos rois. 
Il revoit oes soldats , compagnons de sa gloire « 
Qu*il £içonna lui-mftme au métier des combats , 
£t dont le bras naguère à son char de yiotmre 
Enchainait les destins des plus fiers potentats* 

Tant de droits aux bien£aits de son ame attendrie 

Assurent , pour jamais , le sort de ma patrie < 

c Saurons , dit le héros , cette antique cité ; ' 

> Rendons-lui son éclat et sa prospérité. 

s Qu^ici , de mes décrets zélé dépositaire , 

9 Le magistrat commande à ines heureux sujets (8)* 

9 Qu^en ce palais , des lois jadis le' sanctuaire , 

s Thémis prononce encore et dicte ses arrêts (9). 

» Et toi , temple superbe , auguste basilique (lo) , 
» Tes voûtes vont bientôt répéter le cantique 

,(7) Ce département a donné à la France des maréchaux de l%a* 
pire, des généraux et des officiers supérieurs de tout grade. Les 
bataillons qu^il a fournis aux armées ont su s*j faire remarquer par 
lenr bonne tenue et leur courage. 

(8) Montauban érigé en chef-lieu de préfecture. Etablissement du 
préfet dans Tancienne intendance. Décrets du 29 juillet I808 , et 
Sénatus-Cônsulte du 14 novembre suivant. 

(9) Comme chef-lieu de département , Montauban devait avoir 
une cour de justice criminelle : aujourd'hui c^est la cour d^assises qui 
siège ail palais de' la ci-devant cour des aides. 

. (10) La cathédrale de Montauban est un des plus beaux é£fices des 
départemens méridionaux. La création d'un évèché , ordonnée par 
fartiele 2 du décret du 29 novembre z8q8 ^ rcad oécessairemcat k. 
Mthédfale aa service du culte* 



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S^ MERCURE DE FRANCE; 

m Dm dirédam loin de toi n loog-leiiii eziléi ; 

• Bonvre ton sanotoairo k Ces SU désoléi. 

3 Qa*an pxélat y préside a«z pompes de tet fttet t 

• Qu*il 7 xnarehe entouré de léirites nombreoz : 

> Et ^*«a Bien , qui aonlhre et oalme les tempétet « 

> n o£Bre pour TEtat notre enoens et nos tosuz. 

9 Fins loin , f assemblerai, sons eet doetes portique» , 

9 Les zélés* partisans des dogmes hclrétiques (ii). 

9 Peuples , Tçns letir deret et Turenne et Sulli ; 

9 Leurs p^res ont trente ans combattu pour Henri. 

9 Dirisés par le onlto , unis par la patrie ^ ^ 

9 Mettez , mettez un terme à vos sanglans débats ; 

9 Rirauz d*ezp1oits , d*amour , de gloire et de génie « 

9 Nous sommes tous Français , nous soomies tous soldsts» 

9 Mais des infortunés la voiz faible et tremblante 
9 A porté )usqu*à moi leur prière touchante (i^)» 
» L*orphelin délaissé par Tauteur de ses jours , 
9 Sans appui , sans asile , implore mes secours. 
9 De rindigent , à charge à la nature entière , 
» Apaisons les tourmens par de légers trarauz. 
9 Qn^un air plus pur , plus sain , qu%ne douce Inmièrv 
9 Pénètrent jnsqn^cn fond des plus sombres cachots. 

» A ma toiz renaisses , arts « commerce , industrie , 
9 Soutiens de mon Empire , espoir de la patrie. 
.9 Que les dons de Cérès , que les trésors des champs^ 
» Sur un sol plus égal ciroulettC en tdut teAis (i3), 
» Que du Ûeuv9 indompté les ondes fugitires 
9 Ne soient plus désormab Teffroi des matelots (14), 

(zz) Création de la Acuité de théologie du culte protestant dans U 
ei-devant courent des Casmélites de Montauban. Décret du 6 sep- 
tembre z8o8. 

(iz) Restauration des hôpitaux et des prison» ordonnée par lez 
décrets précités. 

(i3) RépantioD des routes ordonnée par Particle premier du 
décret du zç juillet 1808. 

(14) VArejiQu rendu nayipble i article 5 du décret du ^9 >uiUet 
z8o8. 



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JUILLET iSii. fil 

• Et qaVn arcs raspendiis unûsant ma dtux tiret 

» Un iiouTeaa pont s*élè?e et oomouuide à ses flots (iS}. » 

Ainsi , Napoléon , par son Taste génie , 
Change tout , donne à tout une nooTelle ne. 
n commande et soudain m€s ordres sont suirii* 
Les destins à et* lois semblent être asserris. 
On dirait que les dieox lui soumettent ]m terre : 
Et l'Europe , admirant taat de haatt &its dirers , 
Croit Toir au haut des eienz le maître du tonnerre f 
Balançant à son gré le tort de Wmrttê. y 

Fortunés habitans des bords où sa puîssanoe 
Far tsint dlieureus traraux signala aa présence « 
Secondes par tqs ehants net Ijfî^pet aee<«ds ; 
Qne la rec on na i ssance enflamme nos transporta ; 
D'une si belle épo^e éternisons Thistoire. 
Si ringrat en tout tenu fut un monstre odieux » 
L*homme qui des biei^dts sait gacder la mémmre , 
Par ce beau sentiment peiK s'égaler aux dieux* 

ParB. B. MAZtOV. 

I LE BONHEUp. D'UN HOMME DE QUATRE-VINGTS ANS. 

m : ChaniêM f danUM , amuêêM-^ous ; on : Pour tm dêjeùnir 
d0 garçon, 

I Js me souTÎent qu'arant dix ant 

JPens des tourment de toute espèce } 
Les grammaires et }es pédans 
Sont les fléaux de la jeunesse : . . . . 
Le ciel daignant combler met tonix ^ 
J^eiu qtùnMê ans , )e me crus heureux* 

Jusqu'à trente ce fut bien pis, 
J*éprouTai bien d'autres détresses } 
Trompé sourent par mes amis , 
Je fa» trahi par mes maitsesset. 

(i5) Construction d*an jpont sur rA^yroa, et dHm antre tnrlt 
TamàMoissac. Décret pcéâté , artkk a ci sniTana. 



\ 



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64 MERCURE DE FRANCE, 

La raisôD vînt calmer mes sens ; 
Mab j^arais alors cinquante ans. , 

A cet âge <m peut aspirer ^ ' 

A tenir son coia dans le monde ; 
Mais on a tort de l^espérer , 
Si la faveur ne nous seconde. 
Timide, je me* tenais -coi 
Sans qu*on daignât penser à moL 

Je crus tout £ni , san» retour ; 
Mais voilà que les destinées 
M^oBt conservé jusqu^à ce jour 
portant bien quatre-vingts années. 
Les égards ponr mes cheveux blino* 
Me consolent de mes vieux ans. 

Je plais aux maris , anx mamani » 
Et d&la timide, innocence 
Je reçois des baisers charmant 
Donnés ?t pris sans conséquence. 
Et j*ai , par le plus deux lien 
FeqmiQ aimable , qui m*aime bien. 

J^ai la santé , la paix du cosur , 
Et est 8|dme que Tâge 4onne ^ 
C*est un bien d*ant^t plus flattent 
Qu*il ne fait envie à personne. 
Et c'est an gré de bien des gens 
Que }*ai plus de quatre-vingts ans. 

Far M. . . ., membre de PInstitta, né en I7A»« 



ÉNIGME. 

Le Tnd peut quelquefois n^ètre pas vraî|embUble | 

Ce que je vais raconter en Mi foi. 
pour former cet adage on eut reeours à moi , 
èk moi sans qui jamais rien ne fut véritable. 

J*û pour le vice et k verl« 
Vm li griBÂU îiidiffte«B«f f 



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JUILLET 1814; 55 

Qa*à l*un et Tiutre on me roit résolu 
De prêter , en tout tenu , une égale assistaneè. 

Indiatinetement je réside 
A la Tille , au rillage , et par-tout je préside 
Aux Tolontés. Sans moi Ton peut dire : je peux ; 
ICaîJ le plus &a tyrair n^ose dire : je reux. 

En rain , san» mon secours , dirigé par la ^oirc , 

Le héros prétendrait exercer sa valeur ; 

n ne pourrait , sans moi , voler, à la victoire ; 

Nul ne pourrait , sans moi , le proclamer vainqueur. 

Si je n*ezistaif pas , on ne verrait jamais 
L'homme faire éclater de Tafifreuse vengeance 
Contre son ennemi les terribles effet» , 
If i sur eux exercer la moindre violence. 

Non seulement je suis en vie , 
Je suis encor saiis cesse en mouvement : 
Aux yeux de tous je fais #.vie , 
Et Ton ne peut sans moi voir , ni vivre un moment. 

S*il est question de voler , 

Je dirai plus , de violer , 
Enfin de présenter aux parfisans du crime 9 

Aux scélérats une victime , 
Je suis en tète , et c*est par mon secours 
Qn*aux sales voluptés Ton se livre toujours. 

S* ; 



LOGOGRIPHE. 

BAks leurs va&tes contours embrassant les deux mondes ,. 

J'environne à-la-fois et la terre et les ondes» 

Le Grec de son encens prodiguant les faveurs 

D*un culte révéré m*a dressa les honneurs. 

Est-il un seul endroit qui n'offre ma présente ? 

Qui n'a pas éprouvé l'effet de ma puissance ? 

Par-tout en même tems elle se fait sentir ; 

Jusqii^au fond des volcans elle va retentir. 

Léger , souple , inconstant , d^on natiurel mobile « 

Lorsqu^oA yeut me fixer , la chose est peu facile^ 



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56 MERCURE DE FRANCE^ 

A-la-fois je résiste et cède au moindre effort ; 
Je procure la vie et peux causer la mort. 
Bref , de eha^e élément mon être se compose « 
Et de divers effets ou troure en moi la cause. 
A ces traits , si déjà tu ne m*a8 décou?ert , 
A ton esprit , lecteur , tin champ raste est ourett* 
Vois d*abord en mon sein nn personnago illustre « 
De soi seul empruntant son édat et ton lustre ; 
Un poëte naïf, im aoteur estimé « 
Des plus ricbe& ooulears un espace animé ; 
Ce que brave amx combats une andaoe intrépide ; 
Plusieurs vastes cités ; cette vapeur fluide 
Qui , le printems venn , féconde nos guérets ;* 
Deux arbres de futaie ornement des forêts. 
• Vois de plus on tissu , un mets , un personnagt 
A Tair présomptueux , au futile langage , 
En mer un abri sûr , un des points cardinaux ; 
Jadis du fier Romain Tun des peuples rivaux ; 
Le terrible élément ^e dompta le Batave ; 
Puis un dieu qu*adorait le vaillant Scandinave. 
Je t*ofl&e encore un nombre , une époque , un pays » 
j Un prêtre révéré des antiques Parsis ; 

Un amphibie énorme , un petit quadrupède ; 

Plus , deux termes au jeu qu*inventa Palambde ; 

De Gjbèle un surnom ; ce globe radieux 

Qu*un bras puissant dirige et susf^end dans les deux ; 

Ensuite une saison, une feuille , une plante , 

L*une des doctes sœurs ; la substance odorante 

Qu'avec art le chimiste extrait des végétaux ; 

Un fléau qui moissonne et cités et hameaux. 

On trouve encore ici la riante vallée 

Où Ton voit serpenter les ondes du Fénée ; 

La plus belle des fleurs ; ce sage qui jadis 

Fut le soutien des arts , le conseil d*Osiris ; 

A Tart de cultiver un instrument utile ; 

Un sel , un mois , un gaz vapeur subtile ; 

Ce qui sert au nocher k parcourir les mers j 

Une interjection ; Tasile où des hivers 

Tu braves la rigueur ; puis ce qu*un prince sage 

St sélé pour la gloire i aime , honore ^ enoourage* 



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JUILLET i8ts. 
XIHARADE. 

PtACi fOT mon pronier « «n }tnnt téménirt f 
Oobliant «le Phébus la leços salotaire , 
Troara dam IXridan ion funeste trépas. 
Un cœur né mon dernier « ajonte Mz dont ippat 
De oe sexe eharmant qui int formé peur plaire. 
Pour attester des siens la raillanee guerrière , 
Derant son ennemi un -raleureux Romain 
Sur mon tant sans pâHr osa fixer la main. 

Parlemlae. 



Mots d€ rEvien » du LoeoeBinn et âe la CoAMÂim 
insérés dans le dernier Numéro. 

Le mot de l*Enigme est Repos. 

Celui du Lofogriphe est Paro, dans lequel on trouTf : ors. 

Çeki de la Charade est Porudl. 



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LITTÉRATURE ET BEAUXARTS. 

Théâtre db l'Opéra-Comiqub , ou Recueil des Pièces 
restées à ce théâtre ; pour faire suite aux Théâtres des 
jiuteurs du premier et du second ordre , avec des 
Notices sur . chaque auteur , la liste de leurs pièces , 
la date de leurs premières représentations , et une 
N«rtice sur Torigine de rOpéra-Comigue. — Sept vol. 
in-i8. (Les quatre premiers paraissent.) — Prix, 
m fr. 5o c. — A Paris; chez NicoUe^ libraire , rue à% 
Seine, n** la. 

Les Italiens quv sont véritablement fous de leur mu- 
sique , regardent un poëme d'opéra comme un canevas 
créé pour la seule gloire du compositeur ; et , en effet , 
leurs pièces ne sont , en général, que de très-mauvais 
canevas dont le public ignore même i auteur. Il n'en est 
pas de même chez nous ; nous sommes beaucoup plus 
exigeans que les ultramontains , et quelque belle que 
soit une composition musicale , si le poëme pour lequel 
elle est faite n'a pas un certaine mérite , Touvrage tombe, 
et il n'y a plus que les amateurs qui jouissent de quel- 
ques fragmens conservés dans leurs porte-feuilles ; tel a 
été le sort du jeune Henri ^ dont on admire Touverture j 
de la Romance , dont on entend toujours avec plaisir un 
très^joli duo , et de cent autres pièces dont Ténumé- 
ration serait beaucoup trop longue. 

Malgré le mérite qu'on exige dans un opéra-comique , 
ce genre a parmi nous un très-grand nombre de détrac* 
teurs ; on a fait sur ce sujet mille dissertations , parmi 
lesquelles il s'en trouve quelques-unes de raisonnables 
et beaucoup d'extravagantes. Nous croyons inutile de 
nous en occuper dans cet article , parce que nous pen- 
sons qu'il est juste d'assigner un rang honorable à lopéra^ 
comique , sans cependant le placer trop haut, r 

L'éditeur de ce répertoire fait remonter l'origine de ee 



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MERCimEDEFRANCE, JtJILLETi8i2. 5^ 

genre de composition à l'origine des jeux forains , qui 
n'étaient autre chose que des vaudevilles , la plupart 
d'un genre bas , pleins de trivialités , sur des airs de 
ruelles. Il s'appuie pour cela sur le titre d'opéra-comique, 
que prirent une ou deux troupes foraines. Mais comme 
il doit être question ici du genre d'ouvrage et non pas 
de l'enseigne ou titre d'une salle de spectacle , et que 
nous sommes convenus aujourd'hui de n'appeler opéra- 
eomùfue qu'une petite comédie mêlée de couplets et autres 
morceaux de chant pour lesquels on a fait une compo- 
sition musicale , on ne doit faire remonter l'origine de 
ce genre d'ouvrage qu^au 3o juillet î«/53 , , époque de la 
première représentation des //Dçriietirs' ^ paroles de Vadé 
et musique de d'Auvergne , qui fut réellement le premier 
opéra-comique français joué en France. 

Depuis l'an 1 9 53 , on a joué avec succès plus de mille 
pièces de ce genre ( sans compter celles qui n'ont fait 
que passer ) 5 il eh reste encore enmon six cents qn'ott 
joue' sur tous les théâtres de France , et le répertoire 
actuel de Feydeau est de plus de deux cents pièces. 

Si ce genre d'ouvrages ne plaisait pas autant , on n'en 
aurait pas composé une si grande quantité , et Ton ne 
verrait pas tous les jours l'affluence se porter auThéâtrc- 
Feydeau. 

• J'woueraî même que mon goût particulier m'entraîne 
plus souvent à ce spectacle qu'au grand opéra ; je trouve 
à ce dernier des récitatifs assomroans et une musique 
toujours" grave qui me fatigue au lieu de me délasser; 
landis qu'à l'Opéra-Comique je trouve une très-grande 
variété , de l'excellente musique , que je goûte d'autant 
mieux qu'elle est entrecoupée par un dialogue simple 
qui n'a rien de fatigant et qui me plaît presque toujours. 
J'ai peut -être tort , mais je ne donne ici que mon opi- 
nion , qui peut n'être pas la meilleure , quoique je l'aie 
vue partager par beaucoup de monde. 

Je ne prétends cependant pas placer , comme le fait 
l'éditeur de cette collection, les auteurs d'opéra comique 
parmi ceux du troisième ordre; ce serait exagérer beau- 
coup trop leur mérite , car les meilleures pièces de ce 
genre peuvçnt^tout au plus ; être rangées en sixième 



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00 MERCURE DE FRANCE, 

ligne , et un trës-grand nombre d'autres , qu'on voit avec 
plaisir , testeraient plohgées dans le plus profond oubli 
•ans la divine musique des Monsjgny , des Grétry et de 
ceux de leurs successeurs et de leurs contemporains qui 
en ont quelquefois approché. 

Si je trouve ces pièces très^gréables à la représeiw 
tation , il me semble qu'il n'y a rien de plus insipide que 
leur lecture ; en effet , qui peut lire des opéras cooii- 
ques ? S'il existe un homme qui ait ce goût singulier , 
il faut qu'il ait aussi beaucoup de tems à perdre. Cepen« 
dant une collection des meilleures de c^s pièces était 
désirable , non pas pour la lire de suite , mais pour 
ravoir et la consulter* quelquefois ; et parce qu'il est 
beaucoup trop dispendieux d'acheter les œuvres de tous 
ceux qui ont fait des opéras-comiques , afin d>n atoir 
peùt>étte une soixantaine qui méritent d'être conservés. 

Nous croyons donc l'idée de l'éditeur assez bonne , il 
ne nous reste plus qu'à examiner comment ill'a exécutée^ 

On trouve en tête de son premier volume un Jti^is au 
Lecteur qui commence par cette singulière phrase ; 

L' Opéra-Comique , denfiêrne que la Comédie française , 
n eu ses tems de barbarie , son enfance , ses Jours de 
gloire ; et peut-être serait*onJbhdéàdireque sa décadence 
a déjà commencé. 

Voilà rOpéra-comique mis en parallèle avec la Comé^ 
die française , c'est bien ( géométriquement parlant ) , 
comparer aux infiniment grands les infiniment petits !.. 
Et l'on conviendra qu'il faut avoir la rage de crier à la 
décadence pour dire que la décadence de ce genre d'ou- 
vrage est déjà commencée.... Quelles sont les pièces 
anciennes qui sont préférables à Maison à uenare , à 
Adolphe et Clara , et à plusieurs autres petits opéras 
de nos contemporains?... 

' J'ai déjà eu l'occasion de signaler qudqués écrivains 
qui , à force de crier à la décadence , pourraient biea 
la faire venir, et qui entretiennent par leur morosité les 
gens du monde peu observateurs , en générd , dans l'opi* 
nion que tout dégénère en littérature ; )e n'ai rien dit 
des éditeurs , et puisque l'occasion se présente si bdie^ 
je ne dois pas la laissa échapper. 



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JUILLET i8ia. 6» 

ffatli» est cette malheureuse manie qui porte les corn» 

ulaleurs les plus inhabiles à crier k la décadence? 

Ne serait-ce pas ignorance , défaut d'observation? 

Comment se mitril que des gens qui , par spéculation , 
réunissent des ouvrages de divers auteurs , ne sadieni 
pas , que sur cent pièces qu'on représente dans l'es^ 
pace de plusieurs années , à peine y en a-t-il cinq ou 
six qui réussissent ? Que dans la nouveauté d*un genre 
il y a beaucoup moins de difficultés à vaincre? Que le ' 
public devient mfiniœent pliis exigeant lorsqu'il possède 
im grand nombre de bons ouvrages de ce même genre ? 
Que c'est alors que 

Le raisonner tristement s*accrédite ? 

Que ce public , devenu récalcitrant , établit sans cesse 
des points de comparaison plus ou moins désavantageux 
pour les -contemporains? Comme si ces pauvres contem* 
poraÎAs n'étaient pas assez malheureux de n'avoir plus 
qu'à glaner dans un champ où ils auraient peut-^tre 
mieux moissonné que leurs devanciers!.^... Voilà ce 
qu'on peut trouver aisément avec un peu de gros bon 
sens et de réflexion ; mais il semble que la plupart de 
nos éditeurs compilent en dépit du bon sens , et ne ré- 
fléchissent jamais ^ ils perdraient sans doute un tems 
qui leur est très-précieux pour inonder le monde litté« " 
raire des volumineux ouvrages qu'ils font aux. ciseaux^ 
et sans se domier même la peine de choisir ce qu'il y 
aurait de mieux à tailler de la sorte : ils ne peuvent plus 
rien publier sans le louer beaucoup aux dépens des péur 
nés contemporains , qui , quoi qu'ils fassent , sont tou«r 
fours des sots aux yeux de ces habiles gens. 
. Quelques personnes pourraient peut-être penser; 
d'après cette partie de mon article , que j'ai composé.des 
opéra»-comiques; elles se tromperaient fort, et je ne 
crois pas que l'envie m'en prenne jamais ; je ne me sens 
point assez de talent pour y réussir , et si je me croyais 
capable de faire un aussi joli ouvrage que Maison à 
Kendre , ou quelques autres pièces de ce genre , j'aimer 
raîs.mieux remplacer les morceaux de chant par un &up^ 
plément de dialogue , et faire jouer ma pièce aux Fi;an^ 



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6^ MERCURE DE FRAtîCE, 

-çais, si je le pouvais; là an moins ce serait un titre lit- 
téraire , et la moitié de ma gloire ne serait pas pour un 
musicien. Mais revenons à notre collection. 

La Notice historique sur Topéra-comique , qui suit 
immédiatement Tavis de l'éditeur , est un espèce de 
procès-verbal des diverses vicissitudes de tous geni-es 
que lopéra-comique et le vaudeville ont souffertes depuis 
lés jeux forains jusqu'en 1867. Cette notice est plutôt 
un plan , un canevas , un squelette de notice qu'une 
notice historique , et il y a une note qui m'a fort sur- 
pris , et que je rapporterai textuellement. 

On croit généralement que la cause de leur expulsion 
(des Italiens en 1697 )fut P annonce qu^ils avaient faite 
de la Fausse Prude , comédie dans laquelle on recormut 
j}ar aisance Madame de Maintenon. 

Voilà le procès dé Madame de Maintenon parfaitement 
fait , et déclarée fausse prude dans Une no/e sur'P Opéra 
comique !,.., Peut-on rien voir de plus inconvenant?.... 
D'autres auraient peut-être dit que la police trouva quç 
la FaussQ Prude était une satire contre Madame de 
Maintenons mais M. l'Editeur ne se donne pas la peine 
de réfléchir sur la valeuf des mots. - ^ 

Avant daller plus loin, je ferai une petite remarque 
sur le titre de cette collection : Théâtre de POpéra-Co^ 
mique, ou Recueil, des pièces restées à ce théât?^e^ en sept 
volumes. 

Dans les quatre volumes que j'annonce , il y a dix- 
neuf pièces, je suppose que dans les trois autres il y en 
ait quinze , cela nous donnera un total de trente-quatre 
opéra-comiques. Or , comme il y a au moins deux cents 
pièces au répertoire actuel, sans compter celles des 
contemporains , il est clair que TEditexir s'est trompé ou 
qu'il veut tromper le public. C'est donc un choix de sjt 
façon qu'il nous donne , et point du tout le Recueil des 
pièces restées à ce théâtre. Nous allons examiner com- 
ment ce choix est fait. 

La Servante Maîtresse ouvre la iparche: cette pièce 
eut un prodigieux succès , grâces à la délicieuse musi- 
tjue du divin Pergolèse ; car le pocme n'est autre chose 
qu'une très-misérable traduction d'un très-mauvais ca- 



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JUILLET i8it; «9 

bevas italien intitulé la Serva Padrona. H y avait sans 
doute beaucoup de diiEcultés à vaincre pour traduira 
une pièce italienne, et faire ensorte que les paroles 
françaises pussent s'adapter à la musique qui avait été 
composée pour le canevas italien; mais cela ne peut 
point faire approuver de pareils débris de lignes de 
prose , déchiquetés , et rimant à-peu-près les uns sou9 
I les autres : 

Mais qae t*en semble k toi ? 
Dois-je en crever , moi ? 
If on , par ma foi. 



Qn^cn penses-tu t I^*est-il pas md ? 
Hai? 
Bis, toi! 
Quoi ? 
Oui , oui , sur ma foi , eto. 

Et un dialogue aussi bas que celui-ci ^ entre Pandolphi 
tt sa servante : 

ZZABIKE, à pari. 
U en tient , je le yob. 

{à Pandoîphê» ) 
Rien n'efiaee 

Ma graoe ; 
Regardes-moi. 

7AHD0LPHS , à pûTt. 
Pour cela , 
Je pense que j^en tiens , là | ' 

La 4 ralla , 
La , ralla , ra , la , raU&i 

ZEABINE. 

n faut se rendre. 

PAKDOX.PHX, 

Ali ! laisse-moi. 

7ËRBINE. 

n faut me prendre* 

• PANDOLPHZ. 

Tu rêves . je eroiJ 

ZERBIirS. 

Reçois mon costtx et ma foi* _ 



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«4 MERCtJEJE T>E FRANCE, 

PAKDDI«VB|E. 

lToB« je ne T^nx pas de toi. 

XSABniE. 

Tu serai dope à moi. 

. PAMDOLP^Ï. 

Je ne veux pas de toi. 

zxaBiVE. 
Si , sii tu syas à moi. 

PAITDOLPHK. 

/dk ! je suis tout hors de moi* 

Pour cela , 

Je pense ^e f en tiens « II. 

ssaBiinE. 

Je suis jolie 9 

Mais très-jolie , 

Au plus jolie. 

PANDOLPHS. 

La , ralla , la , ralla , ete. 

Quelque délicieuse que fà la musique d un opéra 
nouveau , s'il paraissait avec des paroles de cetle espèce , 
la chute serait complète; .en 1764 on était beaucoup 
moins difficile k contenter , car cette pièce eut cent qua- 
rante-une représentations en neuf mois de tems ; mais ce 
succès ne pouvait autoriser l'éditeur du Théâtre de 
POpéra-Comique à comprendre dans son choix une 
pareille rapsodie. 

La Chsrchsvsx d'esprit serait un très-joli opéra- 
comique ( quoique d'une naïveté beaucoup trop leste 
i^ujourd^hui ) , si l'on avait composé dé la musique pour 
cette pièce ; mais <:omme les morceau:^ de chants sont 
sur des airs connus, elle rentre dafisla classe des vau- 
devilles , et ne devait point foire partie de cette col- 
lection. 

AinnsiTE ET LuBiN de Favart fut d'abord en vaude- 
ville , mais long-tems après Fauteur y fit de nombreux 
changemens , et Martini composa pour cette pièce une 
musique délicieuse , dont plusieurs morceaux sont jus- 
tement placés parmi ce que les grands maitres ont pro« 
duit de plus beau ; l'éditeur a donc très-bien fait de com- 
prendre eette pièce dans $on reciieil; mais néanmoins 



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JUILtET j8ii. 

j*ai un reproche très-grâve à lui faire à ce sy 
que Martini avait composé la musique dà 
(probablement par ouï-dire); et cependat 
nous donner cette pièce telle qu'elle fut^nrrfftgé^ t 
son auteur pour être mise en musique, il j^u$ fd^cl^^ 
d'après la première édition , c'est-à-dire t irsw^uï*^ 
de sorte qu'après avoir lu ^r le titre Musique a^3£g^iX 
on voit un couplet sur Pair : Quand la Bergèi^ rient des 
Champs, et presque tous les autres morceaux sur d au- 
tres airs connus. Il y a plusieurs changemens heureux 
dans la dernière édition , et des morceaux qui ne se 
trouvent pas dans les autres ; la partitioi^ de Martini 
est précédée d'un avertissement qui ne sera point dé-*, 
placé ici. 

u M. Favart , dit-il , le créateur de Topéra-comique , 
j> s'est plu , à l'âge de 78 tins , à rajeunir son Annettc 
» etLiibin , en y faisant quelques changemens. L'inten- 
I» tion de lauteur de la musique , en le donnant au jour,' 
» n'est pas de vouloir détruire Topinion favorable que' 
yi) le public peut encore avoir pour l'ancienne musique 
j) àiAnnette et Lubin^ mais il. croit restituer aux ama-« 
M teurs et aux vrais connaisseurs un poème plein de' 
i> caractères et de situations très-favorables pour la mu-- 
» sique, que de vieux vaudevilles et des airs parodiés, 
» il y a vingt-sept ans , ont presque déjà mis dans l'oubli ,' 
» vu les grands progrès que l'art de la musique a faits 
» en France depuis ce tems. » 

Ce que je regrette le plus A'Annette et Lubin , c'est 
ce joli duo ( qui ne se trouve pas dans la collection que 
fexamine), et que je copie delà partition de Mailini* 

Voici conune il commence ly ' 

j 

LVBI29. 

Ah ! ol^^ire Annette I 

AimSTTS. 

Aklih! Lubin l 

X29SXHBLX. 

U fallait nottf yoir '($• nadn S 

n finit ainsi : 

Aimxxzx^ 
If « pkuvr pat I 



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66 MERCURE DE FRANGE^ 

Ta pleures bien t 
▲ KirXTTS. 

Ai-je tin ecMf différent du tien ? 

Ce duo qui est un modèle de simplicité a inspiré à 
Martini la plus délicieuse musique qull soit possible 
d'entendre 9 le chant ^^4?mv a^ec Annette etLubin, et 
arrache des larmes à rauditeur le moins sensible ; je ne 
sais si c'e3t le souvenir de cette musique qui m attendrit , 
*jnais )e ne puis lire ce joli duo sans éprouver une vive 
émotion. Ceux qui déchiffrent a^sez bien la musique pour 
la chanter des ypux , si je puis m'exprimer ainsi , comme 
cnMt ordin<iirement dês yetix ^ doivent éprouver bien du 
plaisir à parcourir une aussi belle composition. 

Qu*on dise, si on Tose , après avoir lu ces chants sn- 
lilimesy que la musique n'est pas une langue qui émeut 
plus puissamment notre ame que les phrases les phi9 
éloquentes!.... Sans doute, la musique n'est point une 
langue pour les choses vulgaires; mais elle en est une 
plus expressive que toutes les autres lorsqu^il s'agit de 
peindre les passions ; les amans ne trouvent point de 
mots pour dire combien ib aiment et tout ce qu'ils 
éprouvent, la musique seule parvient à le dire et à exr 
primer harmonieusement à Tame les plus fortes nuancei 
de leurs plaisirs, et de leurs chagrins (i). 

Cette digression sur la musique n'est point étrangère 
à mon sujet , parce que je crois qu'elle réfute victorieu- 
âément Topinion des barbares qui blâment l'heureuse 

(i) c La musique , a dît un compositeur dans une note pleine à» 
9 sens et de justesse , ne nomme aucun des objets sensibles de la 
V» nature* mais elle exprime ce que leur présence ou leur absenc» 
J notts fmt éprourer de doux ou de eruel } elle ne nomme pas la 
> r^ie y mais elle exprime la mollesse > la douceur , que son parftin 
» excite en nous ; elle ne prononce pas MurytHee , mais elle exprime 
» les regrets , la douleur , le désespoir d*Orphée. La musique , comme 
» la langue des muets , n*a point de mots , mais des définitions imita* 
» tires ; elle ne dit point oheçal , mais elle imite le galop qui Im 
3 rappeUe ; elle ne dit pas cùlomhê , mais elle gémit tendrement ; eU» 
# 09 dit pas fiotoitt f xsm tUe éclate eii hrv^ente et Mliquwfe joie.^ 



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JUILLET x8il.^ ëj 

nnion de U musique et des vers (a) ; mais il est tems d6 
revemr à notre coHection de rOpéra-Comiqué. 

Les autres pièces de Favart que l'éditeur a jugé à pro- 
pos d'admettre dans son dioïx , sont : Ifineiiéà la Covr, 
ta Fée Urgèk , Isabelle et Gertrude , les Moissonneurs , 
tAmitii à P Epreuve , la BeUè Arsène. 

D a pris , d'Anseaume ; les Deux Chasseurs et la Lai-^ 
tière, le Tableau Parlant f 

De Poinsinét , le Sùrciet; 

De Sedaine , le Roi et le Fermier , ltoSt>et Colas , ft 
Déserteur, les Femmes Vengées, Félix, On ne s'^ai^ise 
jamais dis tout, Aueassin et Nicotette. 

J'aurais bien quelques observations à faire sur ce 

choix , mais f attendrai pour cela que les trois derniers 

volumes aient été publiés ; alors je pourrar en toute con- 

'iiaiss)ance de cause parler de Ttntiète compositioii de ce 

Yecneil. 

n n-en sera pas de même pour les Notices sur les aû^ 
teurs , je dois parler de celles que je tiens entré mes 
main^. 

Ces notices sont dépourvues de tout ce qui pourrait 
les rendre agréables , elles sont plus courtes que celles 
qu'on trouve dans les Dictionnaires historiques\s nïoins 

(s) n ne fiifit pas ^'il 7 ait trop de poésis dans If a reii qa'onyeat 
mettre en musi^e , car il serait inpossible de rendre tout ce ^*un# 
langue articalée est susceptible d^ezprinier en peu de mots ; il ne faut 
^Q^une simple pensée de joie ou de douleur , rendue et délajyée siai- 
plament dans un couplet 4 afin que le compositeur puisse' déreloppey 
■les ressources de son art ingénieux. On n*a jamais composé de la 
musique subliçip sur Iss tt^be^uz vers , parce ^ne les tableaux qui 
se succèdent rapidement dans la dirine poésie , mettent le eomposi- 
tenr dans Timpossib^ifié de les peindre \ sa manière ; roilè pourquoi 
lea belles cantates du grand Rousseau n'ont jamais eu de musiqu# 
digne d'eUes , qaoiqaé' plusieuM compositeurs aient essayé dVn fairs; 
an lieu que les paroles les phis simples ont inspiré des chants snbli-^ 
mes ; il ne faut , nous le répétons , qn*une idée de situation « dé- 
layée et ekprimée raguemenf , pour que le coropositenr réussisse à 
déployer toutes les merreiOes de son art , et c*est par cette raison 
que le joK duo que je riens de citer produit autant d*e^t. 



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ks MERCURE DE FRANCK, 

complets; Vëditeur était impatient de finir , il se fait 
une espèce de gloire de ne rapporter aucune anecdote , 
de peur sans doute d'être trop amusant ^ et quelque 
courtes que soient ces prétendues notices, bien des iex- 
teurs pourront encore les trouver trop longues. Puisque 
l'éditeur était si pressé , il aurait pu abréger encore ce; 
notices en se bornant à donner le nom des auteurs , les 
idates et les lieux de leur naissance et de leur mort ; le 
tout suivi , comme il Ta fait, du titre des ouvrages qu ils 
ont composés. 

Cette Cîainte des longueurs me rappelle une anecdote 
•de Sedaine qui peut s^appliquer ici , et qui n'est pas fort 
connue. 

A la première répétition de Rose et Colas, les acteurs 
qui faisaient les rôles de Mathurin et de Pierre Leroux 
8 étaient fort dépêchés de jouer la huitième scène, qu'ils 
trouvaient beaucoup trop longue ; après la répétition , 
ces deux acteurs vinrent dire à Sedaine qu'ils craignaient 
que cette scène ne parût d'une longueur insupportable , 
et qu^ils seraient d'avis de la diminuer; Sedaine, qui avait 
souffert beaucoup de leur voir aussi mal représenter son 
ouvrage , leur répondit avec humeur : Hé ! Messieurs , 
dites cette longue scène beaucoup plus lentement , et 
alors elle paraîtra infiniment plus courte. Ne pourrait- 
on pas dire à Téditeur : Hé ! Monsieur , employez plus 
de tems et de soin pour faire vos notices , augmentez- 
les de tous les ornemens dont elles sont susceptibles , 
et alors soyez certain qu'elles ne paraîtront pas trop 
longues , qua^d elles auraient vingt pages au lieu de 
quatre ou six. M. 

'Extrait du rapport sur les trwaux de la classe d'his^ 
ioire et de littérature aneienne de l'Institut, fait par 
M. Ghïouené , Pan de ses membres , dans sa séance 
publiqvte, le vendredi 3 juillet 1812. 

LoRSQu'sN rendant compte des travaux de la classe de 
littérature ancienne , on doit prononcer le nom d'Homère , 
et Iprs même qu'Homère n'a pas été l'objet d'un grand 



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JUILLET i8ia. 69 

* travail maïs de simples notes , c'est par lui qu'il convient 
de commeocet. Ab Jove pHncipium ^ Homère est le Jupiter 
de cet Olympe dont les grands poètes sont les Dieux. 

Après tant d'observations faites sur ^e^ poëmes, il en 
est une qui a semblé à M. Toulongeon avoir étë , ou omise , 
ou inaperçue , et qui, dans un poète que Ton ne peut pas 
soupçonner d'inadvertance , lui paraît supposer uqe pro-7 
fonde et affligeante connaissance du cœur numain. Pour* 

3noi Homère s'est-il plu , malgré sa partialité en faveur 
es héros grecs , à mettre parmi eux tous les vices du cœur 
et tous les défauts du caractère , tandis qu'il met toutes les 
vertus réelles , toutes les qualités sociales et aimables dan» 
la ville ennemie , et dans le cœur de ces mêmes guerûerà 
destinés à être vaincus par les Grecs?—- lies enfans qui 
Usent pour la première fois l'Iliade s'intéressent pour les 
Troyens, mais sa passionnent pour les Grecs , aiment et 
estiment Hector , mais admirent Ajax et sur-tout Achille*. 
Homère savait peut-être déjà que les peupIes^ sont tous 
enfans; que c'est sur-tout par de telles fables que Ton plaît 
aux hommes , puisque les. hommes sont toujours enfkns 
par l'imagination. Le désordre moral que présentent lé& 
succès des vices contre les vertus fut peut-être pour Homère 
lin moyen de plus de réussir. Tous tes poètes épiques l'ont 
knifé, hors en ce seul ^oint; et ih lui sont restés infé- 
rieurs. L'épopée a besoin de passions pour se soutenir à. 
toute sa hauteur, et les vices ont beaucoup plus de pas- 
sion s que les vertus. 

Deux observations ont ensuite pour objet ; Tune , l'art 
qu'Homère a eu seul de faire son poème avec un éj>i-^ 
sodé de Faction principale , au lieu de surcharger l'action 
principale d'épisodes , comme l'ont fait la plupart des 
poètes épiques; l'antre , le partage qu'il a fait des perfections 
entre ses héros « tandis que les autres poètes ont voulu 
f^ire leur principal héros parfait. 

Notre confrère se demande , ou dit qu^on peurrait sr 
demander pourquoi Homère s'est plu à l'ai'gcr Jupiter , le 
maître des Dieux; du côté du parti vaincu, xous les poètes 
venus après lui ont encore pris la marche .opposée. Chez 
ki seul y le maître des Dieux a , au-dessus de sa volonté , 
h volonté d'un être qu'on appelle le Destin. Quel était 
donc ce Destin , cejatum plus fort que Jupiter, lequel" 
était pourtant lui-même plus fort que tous les autres Dieux 
ensetnble? Peut-être est ici cachée une de ces opinions qui 
étaient^ dâne l'antiquité païenne ; le partage du petit noms 



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70 MERCURE DE FRANCE, 

bre-, ef qni faisaient partie des secrets que l'on vommunw 
quait aux adeptes dans les initiations aEgypte , dans les 
mystères d*£leusis. Le Destin, dans celle opinion, était 
un être ëlcrnel, immatériel, incorporel, supérieur ii tous 
les D eux de TOlympe. On ne peut guère dputer , dit 
fif. Toulongeon , qn Homère n'ait eu la connaissance da 
cette opinion des sages , et qu'il n'en ait voilé la manifes-* 
tatiôn sous une dénomination abstraite , après avoir per- 
aônnifië et même biimanisé tout ses Dieux. Cette supré* 
inatie qull attribue à fétte indéfini, au Destin, ipotive 
cette espèce d'impiété envers les autres pieux , dont il se 
|oue dans $e$ fictions et auxquels il attribue des défauts y 
der passions et même des vices. 

* tTais cette suprématie que le prince des poètes , et les 
autres poè'tes après lui,' attribuent au JDestin , et l'idëe 
qu'elle donne de cet être , suprême dispensateur des succès 
et des revers , des biens et des maux , les philosophes la 
lui attribuaient-ils de même? Cest une autre question que 
M. Daunou s*est proposé de résoudre dans un Mémoire 
où il examine si les anciens philosophes ont considéré la 
JDestin comme unejbrce açeugle ou comme une puissance 
infeOigente. jy autres , en recueillant leurs opinions sur le 
Destin , ont voulu exposer les divers syst^èiaes qu'ils avaient 
imaginés pour le concilier avec la liberté de 1 homme ; ici 
l'auteur recherche seulement ce qu'ils ont pensé du Destin 
lui-m^nie , s'ils l'o^t fait bon ou mauvais ; ajuste ou équi* 
labié, aveugle ou éclairé. Ce n'est pas Je fond même de 
ces questions qu'il discute ; il se borne à tracer Thistoire 
des épinions qui tendaient à les résoudre. 

n oistingue d'abord les opinions des poètes de celles des 
philosophes sur ce sujet > et fiiit voir en quoi elles ss rap« 
prêchent et en quoi elles difièrent. âe renfermant ensuite 
dans Fexposition des opinions des philosophes , il les par- 
court ', chez les Grecs , depuis Thaïes, Pyihagore , et He- 
raclite , jusqu'à Platon et Aristote. D s'attache particulière* 
ment à développer la dootnne des stoïciens, et i réfuter 
lès accusations intentées contre eux. U prouve ou'îls n'ont 
lii méconnu la liberté de Thoinme, ni professé 1 atkéisme» 
comme, en différens tems, leuiçs ai^agonistes le leur ont 
i^prôché. Quant an Destin dit mathématique, astrologique 
eu chaldéen , M. Daunoa observe que l'astroloeie eUe- 
même n*aUribuait point aux corps célestes une efficacité 
qui vint de leur propre fonds } Dieu , selon eux, y avait 
eetdemcnt écrit en caractères mystérieux le livre de toutét 



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JUILLET i8«\ ^i 

fef destinées Iiumaînes , et iU se yantaient ày laroir lire* 
Notre confrère ne s'arrête point k cette doctrine insensée» 
pas même pour on admirer la rapide et vaste propagation , 
attestée par Cioéron et par Tacite. Cest nn suc^s qui 
appartient de droit aux doetrines superstitieuses , et^ la 
pnilosopkie ne saurait avoir le crédit m le débit de la diTil^ 
nation. 

Après avoir ainsi nareonm lea omnions sur le Destin , 
en suivant l'ordre cnronologiaiie aeê sectes, l'auteur du 
Mémoire expose les diverses classifications systématiques 
de ces mêmes opinions , présentées par Fie de la Miran^ 
dole» par Gassendi, par Cudwortk et par Beausobre ; maia 
il conclut que les anciens philosophes , au nombre desquels 
il ne compte pas les astrologues , ont presoae tou. entendu 
MX le moi Destin , ou Dieu même , ou 1 une de teê per- 
fisctions , on l'ordre étemel de ses décrets ^ et par oonsé* 
quant nne puissance intelligente. 

M. Louis Petit-Badel poursuivant ses racberdies surlev 
komonjrmies séoipiphiques qui ont été l'objet d'un de ses 
ptécédens Màoioires, a présenté k la Classe un tableau 
comparé de ces homonymies conununes à la Celtibérie, 
l'Aquitaine , la Galatie et Tlbérie asiatiques. Son but dans 
ce nouveau travail est de montrer que les Ibériens d'Asie , 
c'est-à-dim le peuple <iui du tems des Romains occupait In 
Géorgie actuelle , doit avoir été dans Forigine une coiom» 
de Celtibériens , venus des pajs gaulois que àons avons 
nommés le Béarn , le Bazadois et 1 Agenois , c'e 



s'est^*dire do 
l'Aquitaine ; et que cette colonie ib^rienne a d& se déta* 
cher des établissemens que les Gaulois avaient formés dans 
ia Galatâe d'Asie , à la suite de Texpédition de Brennus. 
Enfin y il se croit fondé , par une séné de conséquences > É 
rapporter i la Celtibérie l'ofigîne immédiate des colonies 
-de l'Aquitains , à l'Aquitaine celle de la Galatie d'Asie , 
et à la Galatie d'Asie celle de l'Ibérie asiatique. Divess 
^rapports qu'il développe dans son Mémoire entre les usages, 
les costumes , et plus encore entre les noms des peuples 
■et des viHes , dana la Csltibérie et TAquitaine d'un c&té , 
la Galatie et llbéiie asia^ues de Faulre , lui paraissent a«- 
•loriser suffisamment l'opimon de cette origine* 
, Notre même confrère a lait sur les ouinse premières 
-aectioas du premier livre des antiquités ae Denys d'Hali* 
camasse, des notes dans lesquelles il s'est proposé dd* 
montrer combien l'examen de la chorosraphie de 1 Ombrie- 
«ides rivages dç llîtnmey coBjElnnc l'opinion qu'on doit 



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7? MERCURE PE FRANCE , 

avoir de la véracité de Denys d'Halicarnasse , dans le r^cif 
qu'il fait des progrès des colonies Pëlasgiques sur ces deux 
régions. 

L'érnde approfondie des historiens grecs a fait sentir à 
M. Gail la nécessité de considérer sous un nouveau point 
de vue la géographie ancienne , et particulièrement celU 
de la Grèce. Le nom ou l'étendue de plusieurs pays avarié 
dans dllTérens tems, et d'après différentes causes^ la même 
ville et ses environs, quelquefois la même contrée , sont 
diversement désignés par les historiens à des époques di* 
verses ; c'est donc en considérant par époques la géogra- 
phie dp la Grèce que M. Gail a cru nécessaire d'y |eLer ub 
nouveau coup-d'œiL Nous avons déjà fait connaUre , dans 
notre dernier rapport yC|aelque5 parties de ce travail. L'au- 
teur y a consacré , depuis , cinq BÏémoires , et les a lus dans 
nos «éanços. Le premier a pour ohjet de propoaer un» 
division, sinon géographique, du moins politique, delà 
Thrace , en Thrace proprement dite et en Epithrace , ou 
villes Ëpithraces. Le second roule sur le siège et la géo^ 
graphie de Pylos^ le troisième sur le siège a Amphipolis 
parle Lacédémonien Brasidas , avec le plan de cette ville 
et des euvirons } le quatrième sur le siège et le plan de 
Potidée } le cinquième enGn sur la géographie de Colones , 
célèbre déme oe l'Atlique , tel qu'il était du tems d« 
Sophocle. 

M. Gail parait attacher beaucoup d'iutérét an premier 
de ces mémoires ; il pense que la nouvelle division qu'il 
y présente jetterait un grand jour sur plusieurs passages 
. <les auteurs grecs , et mettrait dans leurs deseriptions 
et leurs récits relatifs à la Thrace une précision qui y a 
manqué jusqu'ici. Il établit dans sa premièrejpartie , par 
des preuves philologiques et critiques, que la Thrace, cpn- 
sidérée du tems deTbucydide, de Xénophon et de Démos- 
thèues , doit être divisée comme il le propose } dans la 
seconde , il se fonde sur de nombreux témoignages histo- 
riques pour montrer que les Grecs firent de constans efforts 
pour s'emparer des frontières de la Thrace du côté de la 
mer, et qu'ils y parvinrent à une époque indiquée par 
Strabon dans une phrase remarquable, qui appuie la di*> 
vision , sinon géographique , du moins politique, que pro- 
pose notre confrère. Enfin, après avoir rassemblé , discuté 
•^^t expliqué un grand nombre de passages « l'app^ti de aoa 
Dpinion , il conclut pour celte distinction entre la Thràcs 
piojirom?nt.ditt'2 (.celle qui tUil habitée par Içi Barbares) 



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JUILLET 1811. 93 

HPIpithrace, dénomÎDaltOD qui indiquerait les colonies 
ç-eques établies sur la mer IBigée , depuis la Pallène , ori- 
^nnrement comprise dans la Thrace, jusqu'à Bysanoe. 

^près avoir en quelque sorte ajouté une région k la 
Grèce , M. 6ail a restitué à la chronologie et à l'histoire 
tam de fois écrite de ce pays , une bataille importante , dont 
aocnn des modernes qui , chez nous , ont écrit sur l'histoire 
ancienne, n*a parlé. Tous ont décrit la bataille de Mantinée 
eatreks Lacédémoniens et les Thébains, ohEpaminondas, 
chef des Tbébains , périt au sein de la victoire , et celle 
que Pbilopœmen ga|çoa deux cents ans après sur les Lacé- 
démoniens } noais us n'ont pas même prononcé le nom 
d*tiiie autre bataille de Mantinée entre les Lacédémoniens 
et les Argiens , livrée et gagnée par Agis roi de Spaile , 
prèsd'uD demi-siècle avant la première. L'importance des 
nations qui concoururent à celte bataille , les résultats 
qu'elle eut pour Lacédémone , son influence sur les des- 
lioées de la Grèce , enfin les nombreuses difiicultés dont le 
(eile de Thucydide est hérissé dans la description qu'il en 
a faite , ont engagé M. Gail à ramener l-altention sur cet 
objet. Il en a fait le sujet d*un Mémoire où rien n'est 
eubliéyoi de ce qui peut servira la connaissance des forces, 
de la composition et des manœuvres des deux armées, ni 
de ce qui est nécessaire pour la parfaite intelligence du 
ttite , et pour la solution des difficultés qu'il présente en 
cet endroit. Le résultat de ce travail est qu au heu de deux 
batailles de Mantinée , il en faudra désormais placer trois 
dans les époques de l'histoire. 

Dans un septième et dernier Mémoire , M. Gail a ex- 
pliqué de même la seconde bataille de Mantinée , telle 
qu'elle est décrite dans Xénophon. Le chevalier Folard, 
lavant tacticien , qui savait très-bien la guerre , mais qui 
se lavait point le grec , a commis des omissions et des 
erreurs i^raves , au sujet de cette bataille ,' dans son traité 
de la Colonne. Il s'est trompé sur-tout dans l'exposition 
des monveroens qu'Spaminondas fit exécuter à son armée , 
et nécessairement ensuive dans les observations qu'il joint 
à cette exposition. Notre confrère prend soin de tout rec- 
tifier. Il rétablit toutes les circonstances de cette journée 
célèbre , où Epaminondas s'était nsstirê la victoire par 
les plus savantes manoeuvres, quand il re^ut le coup de la 
mort. 

Un ouvrage ancien et intéressant, portant un nom ce- 
librS| cité à dHIéTeotes^ époques cl pcadautpios de douze 



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74 MERCUltE DE FRANCE/ 

siècles y ptr les auteora (|ui se aont occupés de FqbfetJoiît 
il fraite, publié toat-À-coup et regardé peadant plus de 
deux sièciea comme perdu , retrouvé enfin depuis <^uel« 
quea auiiéas , est uo piiénomène littéraire dont les circons- 
tances ouf paru à M. Caussin dignes d'être recherciiéaa 
avec exactitude et développées avec Quelque étendue. Cet 
•nvrage est l'Optique de rtolémée. Cité chez les anciens 
par Hélîodore de Larisse et Simplicius , chesles modernes , 
par Yitelion , Roger Bacon , Re^io^Montanus , enfin par 
plusieurs savans dans le XVI* siècle , et même au com« 
mencement du XVU* par un professeur au Collège de 
IVance , bientôt après , cet ouvrage nou imprimé fut re* 
gardé conÉme perau et proclamé tel par les Bibliographes. 
Siontttola , Bailly , Lalande adoptèrent et propagèrent cette 
erreur. La perte de l'Optique de Ptolémée passait pour 
ceitaine , lorsque M. Caussin , compulsant avec plus d'at* 
fenlion au'on ne l'avait finit le Catalogue des manuscrits 
latins de la Bibliothèque impériale y j trouva le titre d'une 
traduction latine de ce traité sous ie n* 73to. En ayant 
vérifié l'existence y il s'emeressa de l'annoncer à-plusieurs 
savans , entr'autres à M« ae Lalande , et il forma le projet 
d'en doaner une édition. D'autres occupations avaient in- 
terrompu ce travail ; mais M. le chevalier Debmbre 
ayant lu à la Classe des sciences physiques et mathémati- 
ques un Mémoire dont ce manuscrit est Fobjet , et ayant 
bien voulu annoncer le projet d'une édition formé par 
notre eonfirève, et témoigner le désir de la voir paraître » 
M. Caussin s'est remis à ce travail , qui ne consiste point à 
donner une traduction française du traité , mais à publier 
le texte de la traduction latine qui nous reste avec les notes 
nécessaires pour l'éclaircir. H a commencé par exposer » 
dans un Mémoire lu k la Classe, le contenu du traité 
même, ensuite tout ce qui regarde la traduction latine el 
son auteur, enfin Féditîen dont il s'occupe , et qui rendra 
au mesde savant un traité important, sinon pour les pro« 
grès , du moins pour l'histoire de la science , et que l'on 
erovait f»erdu depuis deux siècles. 

- Farmi les copies de quelques inscriptions grecques trou- 
Tées , en i8k> , è Athènes , par notre actif et zAé corres- 

Jendant M. Fauvel , et communiquées à la Classe par 
I. Barbie du Bocoage , M. le chevalier Visconti en a 
trouvé deux qui lui ont paru dignes d'une attention parti* 
eulière. Quoiou'elles fussent extrêmement défigurées, il 
est^parvenu à les restituer et à les expliquer. La première > 



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JUILLET iSitv 75 

troaWe parmi des tombeaux , k quinze pieds ions terre ^ 
est gravée sur un cippe de marbre. Elle nous apprend que 
ce tonabeau était celui de Python de Mégape , dont la sont 
même ne nous a été transmis par aucv^ auteur |inci«n , ni 

Kr aucun autre monument^ et conserve la méoapire d'un 
an fait d*armeSy oiN il combla 4on père de gloire u^^ 
toast de sa main sept ennemis , en saurant les euerri«rs 
de trois tribus athéniennes ^ el les reconduisant de Bogèa 
à Athènes à travers les Bœotiens. La seconde , encoret 
pl«s remarquable et plus singulière , trouvée aussi dans uo 
tombeau , est tracée sur une feuille de plomb fort minoo , 
pliée. d'une façon particulière. Elle dévouai Mercury 
souterrain , k la Terre ^ k froserpine , et k toutes lof 
divinités infernales , Ctésiae , aes pareus et ioms ceux qui 
bi appartenaient , sans doute ennemis at oppresseurs da 
cekii dont les cendres étaient placées dans ca tombeau. 
Cette indication certaine de ces sortes de dévouamena 
est â!autant plus précieuse que M. Visconti , dont on aait 
}uaqu!oii s'étendent les connaissances en ca genre , avoua 
nVvoîr jamais trouvé dans les recueils pabeographiquaa 
rien qui y ressemble. La Classe n'a pu voir sans una 
satisCauction que coocavronl .tous les amis de l'antiquité » 
deux inscriptions , découvertes par un de tes corr.espon-t 
dans f et expliquée» par un de st% membres , et doot l'una 
fournit è l'Iiistoire a Athènes un fait et uq nom glorieux # 
ignorés jusqu'à ce jaur j et l'autre offre Je seul exempla 
matériel qui existe aune formule d'imprécation magique # 
qu'on ne pouvait que conjecturer auparavant. • 

En terminant son aavant Essai sur rbistoire des preiniera 
tems de la Grèce , M. Clavier avait annoncé ou il s'arrè^ 
terait k la fin du rèjgne des Pisistratides , les siècles saîvana 
hn paraiasant offrir pou d^ difficultés. Sa nouveaux tra« 
vaux Tout obligé k de nouvelles ,racberahes , et parmi plu<i 
aicurs points qui méritent encore une diacussion plus appro- 
fi)ndie , il a reconnu sur-tout ce qui re^rde une fanaiUft 
d'Atbèaes Célèbre par son origine » sas ncbessas at le rôle 

gn'elle a joué penoant les deux siècles les plus brillans da 
i BépnbUque ) c'est celle dont les chefs portèrent alter- 
nativement les noms de CalUas et d'Hipponicus , qui était 
ùoe brandie de celle des EuB&olpidea , at qui pendani 
long-tems fiit an possession de la dignité de Dadou€|ua f la 
seconde parmi les prêtres d'Eleusis .X'origina des biens da 
cette famsUe , selon une conjecture très^vraisamblabla da 
notre couârècé t n'était rien moÂOt qu'honorabla* 80I011 



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7» MERCURE DE FRANCE, 

, ayant confié à ses amis le projet qu'il avait d'abolir les 
dettes , auelqueS-uns d'eux empruntèrent des sommes 
considëraoles et achetèrent des biens-fonds. HSjpponicas 
était du nombre. Callias épousa sa fille et hérita de ce bien 
Ai mal acquis. Ce fut sans doute par reconnaissance pour 
SOU' beau-père qu'il en donna le nom à son fils , quoique 
l'usage fût à Athènes que le petit- fils portât le nom de son 
aïeul paternel , et quoique le nom de Phœnippus père de 
Callias ne fût point sans illustration. Depuis ce tems, c'est- 
i^dire , depuis environ 55o ans avant l'ère vulgaire , 
M. Clavier suit l'histoire de cette famille , de Caluas en 
Hipponicus et d-'Hipponicus en Callias , observant et cor- 
nge&nt snr* chacun d'eux les erreurs des écrivains qui en 
ont parlé et qui les ont souvent confondus. H termine par 
Callias , surnommé le riche et le prodigue , dont la maison 
devint le rendez-vous des sophistes , des parasites , des 
désœuvrés et des courtisanes , et qui dissipa ainsi y dans 
le cours d'une longue vie , la plus grande partie de son 
iitannfense patrimoine. Ce Callias suscita contre l'orateur 
Andocide une affaire grave » au sujet des mystères d'Elen- 
sis. Le plaidoyer d'Andocide , qui a été conservé, contient, 
sur ces mystères et sur le culte d'Eleusis , des particularités 
que M. Clavier a saisi cette occasion d'éclaircir. 
' Les anciens avaient écrit des traités et des poëmes sur la 
chasse. Dans aucun de ceux qui sont parvenus jusqu'à nous 
On ne lit , sur la chasse aux petits quadrupèdes , c'est-à-dire 
au lièvre et au lapin i tout ce qui pourrait nous donner à 
ce sujet des connaissances précises. Quelques passages 
seulement y font allusion. M. Mongez les a rassemblés 
pour expliquer une pierre gravée antiquie sur laquelle on 
voit la chasse au lièvre exprimée avec élégance. Elle repré- 
sente un cavalier poussant son cheval au galop , tenant un 
bâton courbé , renflé à l'extrémité , comme une petite 
massue y et le lançant à un lièvre qui court è ses côtés. Oa 
V reconnaît le A«y«/ltA«y des Grecs , le pedum des Latins , 
Je^«rro/des vieux écrivains français. Notre confrère , après 
avoir réuni sur la chasse au lièvre , qui se faisait , soit avec 
des filets , soit avec des chiens ceurans , soit enfin avec ce 
bâton renflé et recourbé , tous les passages qui en rendent 

lier de 




exees- 
itans 

iurenl presque réduits à les abandonner toutes deux. Il 
revient ensuite à la chasse et à l'instrument gravé en creux 



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• JUILLET i8ia. 77 

sur la pierre antique. Cet instrument étftit aussi la houlette 
Âes bergers^ des pâtres, des cheyriers. Les habitans. delà 
campagne en portaient babituellement un à-peu*près sem-: 
blabie. Les acteurs qiii )es représentaient sur le théâtre so 
disaient reconnaître par ce bâton } on le plaçait aussi très- 
souTent dans la main des divinités champêtres^ .« Ce n'est 
donc point des augures , conclut M. Mongez , mais des 
bergers que les ëvéques romains ont pris le bâton courbé 
qui aanonce leurs fo.actions pastorales, n 

( La fin au prochain Numéro. ) • 

VARIÉTÉS. 

SAtACLES.— Théâtre de VOdéon, — Célestine et Fdl^ 
donî, drame en trois actes et en prose. 

Tout Paris s'occupe depuis quelque tems d'un dramo 
représenté àTOdéon, et qui, si la vogue se soutient, pro- 
met d'avoir autant de succès que Misanthropie et Repentir^ 
ce drame a été}oué primitivement à Lyon; une aventure 
tragique arrivée en cette ville en a fourni l'idée. On pourra 
peulnêtre blâmer Tautepr d'avoir choisi un pareil sujet , 
mais la foule se porte h chaque nouvelle représentation , et 
c'est toujours un succès très-flatteur que celui de l'aflluence. 

La sc^ne se passe, au premier acte, à Lyon ; au second et 
au troisième dans un château près de cette ville. M* d'Aran- 
cour, colonel retiré du service, habite la ville de Lyon 5 
Célestine , sa fille unique , aime depuis long-tems Faldooi, 
jeune commis marchand ; les disproportions de naissance 
el de fortune , rien n'a pu combattre sa passion. Faut-il 
s'en étonner? l'amour est aveugle , et il ne calcule pas, puis- 

5ue c'est vn eùfant. M. d'Arancour a disposé de la majn 
e sa fille, il la destine à M. de Florville , jeune officier 
qu'il a amené avec lui de Paris : c'est Faldoni qui doit lui-r 
même présenter à Célestine des étoffes en présens de noces ; 
Q oublie sa commission , et il est surpris aux genoux de 
Célestine par M. et M"'* d'Arancour; celte catastrophe 
termine le premier acte. 

Au second acte , la scène se passe au château de 
IL d'Arancour où Faldoni a suivi Célestine ; le spectateur 
appr<^d que Faldoni est atteint d'une maladie mortelle* 
contre laquelle tous les secours de fart sont impuissanS|^ 



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78 MERCURE DE FRANCE, 

d'un anëTtbme éfffiû; Gélésliae fortaé !e projet de nç pas 
•anrivre i son amant } au troisième acte , elle parviedt à 
•'emparez des pistolets de son père , va trouver Faldoni ^ 
et lui propose de monrir easemble ; il rejette celte pro« 
position avec horreur |j Célestine lui représente que sou 
père est inflexible , au^il a obtenu du gouverneur iin ordre 
qui le bannit lui ïaldoni de la province, et que la mort seule 

S eut Tempécher de tomber dans les bras d un rival odieux; 
éjà elle entraîne son amant vers Fendroit où elle a dépose 
les annes fatilea, maia^ui-ci rappelle son courage , et 

Sarses cris il attire les parens de Célestine : bientôt épuisé 
es efforts qu'il a fait», il ezpke>daiftft leufs-oras. Célestine 
t'évanouit } meurt-elle ou survit-elle à son amant? C'est la 
question que font les spectateurs , Fauteur a eu tort de les 
laisser dans cette incertitude , qull lui était si facile de faire 
cesser. ^ 

On a tout dît sur le drame ; est-ce un genre avoué par le 
bon gpût, et doit*il rester i la scène? Jamais question n'a 
été plus débattue^ jamais procès n*a été plus minulieu- 
sèment examiné : qu'est-il résulté de toutes ces querelles) 
^'est que chacun , comme à l'ordinaire, est resté fidèle k son 
dpinion ou à son goût , car c'est là fin ordinaire des dis- 
putes ; on discute non poiir s'éclairer ou pour se laisser 
convaincre, mais pour convertir les autres à son. avis. Le 
drame de Célestine et Fpldoni ne nbe paraît pas propre à 
concilier les esprits; les choses resteront au point où elles 
en sont; les personnes d'un goÛt sévère continueront à 
Jienser ûu'il faut bannir le drame de la scène ; celles qui 
aiment a s'attendrir , et c'est le plus grand nombre , ironi 
en foide verser des larmes sur les malheurs imaginaires 
de personnages supposés , sans songer que si elles exami- 
naient attentivement leur propre situation , elles réserve- 
raient pour elles-mêmes , et pour des infortunes trop vraies, 
la pitié qu'elles prodiguent a des jeux d'esprit. 

iHous ne devons pas oublier de dire que les acteurs ont 
puissamment contribué au succès de l'ouvrage. Clozel 
représente bien Faldoni ; M*^^* Délia , jeune débutante , 
fait preuve dans celui de Célestine d'un talent d'autautplus 
précieux que l'art ne s'y laisse jamais apercevoir. 

B. . 



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JUILLET i8im. ^ 



Lk seeood volume da Dictionnaire des Sciences lâédi'- 
cales j etc. vient d'être mis en vente (*). Ce volume , orne 
de aaaire gravures , est de plus de 600 pages. Parmi les 
articles, on pourra remarquer ceux intitulés : Analyse , 
Anomalie , Artémie , Atarie , Autocratie , par le profès- 
acur Pinel ; Tarticle Archée , par M. Fariset ; les articles 
Animal et Azygos , par M. Cuvier; Tarricle Anéprisme % 

Far M. Ricberand j l'article Armée , par M. Fouraier; 
article Aportement , par M. Marc } farficle Angine , par 
Bf« Renauldin ; Tarticie Bain , par M. le profeaseur HalM 
et par MM. Oailbert et Njsten. . 

Nous reodrons compte iocesaammeat d« oet ÎMipoiiaat 
et utile ouvrage. 



La £nniUe de Sàlomon Gêssnêr s*est dltermiii^e k mettre an vanta 
on pm. loterie toute la petite colleoâoii restée antre ses mains dat 
^ooaeliea et des dessins de ce peintre aimable de la nature et de 11d« 



On ne saurait se dissimuler qu^isolés les dîfférens morceaux dont 
cette epllection est composée , n*auraient plus le même prix , que 
réunis encore dans quelque autre galerie que ce puisse être, ût 
obtiendraient di£ieilement le degré d*intérèt qu*ils inspireront top- 
fonrs sous le eiel qui les a vu nahre , entourés des beaux sites qui en 
ont donné IHdée , qui en ont animé les douces et riantes conceptions/ 
n semble donc que les étrangers , vrais amis des arts , sont inté* 
fessés eux-mêmes à désirer que ces gouaches et ces dessins , dont la 
eonserration d^aiOeurs exige beaucoup de précautions et de soins , n|i 
soient point déplacés, et qu*on leur assure , poar ainsi dire , un asile « 
un aanctnaire qui en éternise , qui du moins en prolonge autant que 
posnble la durée. 

Déterminés par toutes ces considérations, quelques amis de Gesiner 
ont proposé le projet suiTant , et* se flattent que ces mêmes considé- 

(*) Paris , chex Panckoucke , rue et hôtel Serpente , n* 16 ; Cra- 
part , rue du Jardinet , n* 10. 

La souscription reste toujours ouverte jusqu^à la fin de Touvrage. 

Les aouTcaux souscripteurs auront à pajer les volumes mis au jour 
oçant Uur soutoription , 9 fr. , et les volumes suirans 6 £r. Ainsi plus 
ih sê hâteront de souscrire, moins Us auront 4e volumes âpajreruu 
pnsOê^Jrancs* 



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8o MERCURE DE FRANCE , JUILLET i8is. 

Tatîons le feront accaeiUir favorablement et ne tarderont pas d*en 
fàdUter rezéctftiqn. , . . , , f. 

Pour compléter la tomme à laquelle est porté le prix de la collec- 
tion dont il s*agit , on créera cent-douze actions de douze louis dia* 
cune , o*est-à-dire a88 livres de France. 

Cette collection restera entre les mains de la veuve de Gessner « 
tant ^*elle vivra , mais aprës elle un comité de la Société des arts de 
Zurich sera chargé de veiller à sa conservation , et de la montrer 
aux étrangers onrieux de la voir. 

La souscription ne sera pas plutôt remplie , que chaque actionnaire 
recevra, contré la ^ittance de -son action, un exemplaire des gravures 
de Gessner par Kolbe , estimé cinq louis , et le billet d*une loterie où 
seront douze numéros , portant chacun un exemplaire de ToBuvre 
«omplet des gravures de Gessner, estimé quinze louis. 

Cette loterie sera tirée , suivant Tusage , sous )a surveillance d*un 
commissaire de Tautorité publique. 

Ainsi , pour prendre part à une bonne action , pour rendre un 
digne honmiage à la mémoire d*un de nos plus aimables poètes , pour 
eontribuer à rétablissement d*un monument intéressant , il n'en coû- 
tera réellement que sept louis , et pour rendre ce léger sacrifice 
encore plus facile , on aura de plus la chance favorable d'un contre 
dix , de recouvrer même au-delà de la valeur de sa mise. 

Si , contre toute attente , le nombre des actions ne se trouvait pas 
rempli d*ici à la fin de cette année , la sonune avancée par chaque 
•ouscripteur lui sera fidèlement rendue. 

Ifessieurs les souscripteurs sont priés de vouloir bien faire par- 
renir et leur nom , et leur adresse exacte , avec le montant de leur 
souscription en argent ou en lettres de change , à la librairie de 
Gessner , k Zurich , on à Paris , chez Ant. Aug. Renouard , libraire, 
rue Saini-André-dei-Arcs , n* 55 , chez lequel on trouve les Œuvres 
de Gessner , en allenâand , a voL in-Ô« , belle édition , publiée par sa 
famille , et les mêmes en français , 4 vol. in-8* , avec 5z belles gta» 
Tures de Moreau le jeune. 



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POLITIQUE. 

Lx génie brilaunique Fa emporlé , il a voi. 
et il Ta obtenue : il a entraîné de noiiveaa siij 
bataille un souverain qui a trop tôt OHblié 
fautes ^ses revers et ses engagemens. 

L'Empereur russe, dont les yeux avaient ëte 
dessillés à Austerlits et à Friedland , sur les 
l'alliance anglaise , qui à Xîlsill abjurait hati 
alliance , et serrait de concert avec sou. généreux vainqueur 
un lien dans lequel l'Angleterre devait se trouver compri- 
mée , a rompu ce nœud salutaire , et ce Niémen auquel 
Thistoire aurait tant aimé à conserver le nom de fleuve do 
la paix , vient d'être de nouveau franchi par la grande-ar-« 
méc guidée par son invincible chef. 

L'Autriche et la Prusse ont lié leurs inléréts h la cause 
de l'Empereur par des traités } leurs forces sont eu mouve- 
ment sur la droite et sur la gauche de ses opérations , et il 
faut ajouter à la confédération du Rhin celle du Danube^ 
de la Vislule et de l'Oder. 

L'Empereur a été fidèle a son noble usage de faire con« 
saitre, en commençant la guerre, tout ce qu'il avait fait 
pour conserver la paix. Ces généreux efforts , les sacrifices 
mêmes qu» paraissaient ne lui rien coûter pour atteindre à 
ce but , tout est public, et l'Europe va juger entre le cabi- 
net de Saint-Cloûd et ceux de Pétersbourg et de Londres^ 
elle va voir, du côté de la France victorieuse, le respect des 
traités et de la foi jurée ; de la part des vaincus des prétention» 

3ue l'habitude des succès ne rendrait même pas légitimes, 
e la part de l'Angleterre des réticences et une sorte d^rti- 
fice qui dévoile bien son odieuse politique , puisqu'on peiit 
Texpliquer en ce sens ; Je répondrai lorsqu'encore une foi» 
le souverain qui s'entraîne à sa perte, se sera sacrifié pour 
moi ^ tant que je trouverai une victime qui consente à s« 
dévouer il ma cause , je n'ai pas besoin de la plaider^ ^ 

La première pièce publiée est une note adressée par 
M. le miUiStre des relations extérieures, dnc de Baseano, 
k M, le comte de Homanzovr , chancelier de Russie , datéii 
4e Paris, le 23 avril. Cette pièce renferme l'histoii^Mi 



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8^ MERCURE DE FRANCE, 

complet de la contestation ; dans cette sin^ple note diplo- 
matique I rhistorien trouvera un véritable manifeste. On 
ne doit ici en retrancher aucun. mot. La voici : 

c Monsieur le comte , S. M. l*Empereur de Russie aviit léconDU 
à Tibltt que U généralioâ présente ne seridt rendus an bonheur 
qu*auUint que toutes les nations , jouissant de la plénitude de leurs 
droits , pourraient se livrer en toute liberté à leur industrie $ qu*au- 
tant que Tindépendance de leur pavillon serait inviolable ; que Tin^ 
dépendance de leur pavillon était un droit de chacune d*e11es et ua 
devoir réciproque des unes envers les autres ; qu^elles n^élaient pas 
moins solidaires de Tinviolabilité de leur pavillon que de celle de leur 
territoire y que si une puissance ne peut, saas cesser d*être neutre*, 
laisser enlever sur son territoire , par une des puissances belligé- 
rantes , les propriétés de Tautre , eUe cesse également d*être neutre 
en laissant enlever sous son pavillon , par une des pubsances belti- 
^ gérantes , les propriétés que Tautre j a placées ; que toutes les puis- 
sances ont en conséquence le droit d*exiger que les nations qoi pré- 
tendent à la neutralité fassent respecter leur pavillon , de la même 
manière quelles doivent faire respecter leur territoire ; que tant que 
TAjigleterre , persistant dans son système de guerre , ne reoonna^ 
rindépendance d^aucun pavillon sur les mers , aucune puissance qui 
« des côtes ne peut être neutre envers TAngleterre. 

» Avec cette pénétration et oette élévation de seatiuieas qui le 
distinguent « FEmpeMur Alexandre comprit ainri qu'il ne pourrait j 
avoir d« prospérité pour les Etats du continent que dans le rétablis- 
sement de leurs droits , que par la paix maritime. Ce grand intérêt 
^e.la paix maritime domina dans le traité de Tilsitt ; tont le reste esi 
*lut la conséquence immédiate. 

% L*£mpereur Alexandre offrit sa médiation au gouvernement an* 
glais , et s'engagea , c si ce gouvememeut ne consentait ë conchire Ik 

> paix , en reconnaissant que les pavillons de toutes les puissances 
9 doivent jouir d*une é|;ale et parfaite indépendance sur les mers , k 
9 faire cause conunune avec la France , à sommer , de concert ave!e 
9 elle , les trois cours de Copenhague , de Stockholm et de Lisbonne ,. 
V de fermer leurs ports aux Anglais, et de déclarer la guerre à TAii- 
m gleterre ; et à insister avec force auprès des puissances , ppur qu'elle 

> adoptent les mêmes principes. » 

» L'Empereur Napoléon accepta la médiation de la Russie ; mais 
TAngleterre n*j répondit que par une violation du droit des gens , 
jusqi^^alors sans exemple dans Thistoire. Elle vint , en pleine paix , 
•t sans dédaratioii préaisbic^ de guerre , Ait^ifaar le DaQemarc)^» 



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JUILLET i8i«. W 

watfmAte sa Mpit«k, brûl«r ses artemnx , et tVmparer de sa flotte 
^ui était désarmée et en sécurité dans ses ports. La Rassle, se con- 
ft>niMikt am stipulations et aux principes du traité de TUritt , déclara 
la guerre à TAngleterre ^ < proclama d^ uouTeau les principes de la 
» neutralité armée , et sVngagea li ne déroger |amais li ce système. » 
Ce fat alors que le eabinet britannique Jeta le masque , en publiant « 
«a flBois ^onorembre 1807 , ces arrêts du conseil par lesquelà TAn- 
j^eterre lerait un octroi de 4 à 5oo milUoos sur le continent , et elle 
•oomettait touj las paviUoas aux tarifs et aux dispositions de sa ]é> 
l^oUtion. Ainsi , d*ua celé elle ae mettait en état de guerre contre 
toute l'Europe ; de Tautre , elle s^assurait lee mojens d>n perpétuel 
îmléfipiiment k durée , en fondant ses finances sur les tributs qu'elle 
prétendait imposer à toua Ws peuples. 

9 Déjè en i8o6 , et pendant que la France était en guent oontra 
Ja Prusse et la Ruuie , elle arait proclamé un blocus qui mettait en 
interdit tontes les côtes d*an Empire. I^orsque S. M. fut «atréo à 
Berlin « elle répondît à cette prétention monstrueuse par le déctet du 
blocna des iles britanniques. Bfâis pour repoesser les arrêts du conseil 
de i3o7 1 il fallait des mesures plus directes , plus précises , et S. M., 
par le décret de Mi^ « du ^7 déeembre de la mêoM année , déclara 
dénationalisés tous les pavillons qui laisseraient Tiolcr leur neotialité, 
en se soumettant à ces arrêts. 

» L*atteotat de Copenhague avait été soudain et public. L* Angle- 
terre préparait en Espagne des attentats nouTeauz ourdis aree védî* 
tation et dans les^ ténèbres. 

> ITajant pu ébranler la fermeté du roi Oharies IV , elle forma ua 
parti contre ce prince , qui ne voulait pas saeri&er à TAng^terre 
les intérêts de son royaume ; elle ae servit dn nom du prince des 
Asiuriea , et le père fut chassé de son trône au nom du fila | lea 
ennemis de la Fiance et les partbans de T Angleterre s*eaparèrent dm 
pouvoir. 

> S. M. , appelée par le roi Charles IV , fit entrer set tretpea ea 
Espagne , et la guerre de la péninsule fut allumée. 

> Par une des stîpidelîons de Tilsiti, la Enaaie d»f«àl éfMoer k 
Valaefaie et )a Moldavie. Cette évaenatM fiK diiiiée. Dm neavellei 
réroliitiona servenuet à Constantinopêe , «memf phnieaA fMr e«^ 
anog^antéle aéieil. 

'^ « Ainsi , tin an s*étell h ftHhé éeonlé depuis la paix de THsitt, )e^ 
«Airei de Copenhagoe , d'Espagne , de Conetanlinople , et les' arrêts 
publiés en 1807 parle conseil britauniqae, aVaieàt dé|b^p1lkeérEthrope. 
dent irae «ituatiote* tettetoent inattendue, qa« Ns dèar souwtsro^ 

Fa 



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84 MERCURE DE FRANCE, 

jugèrent convenable de se conoitter et de s^entendre t Fentrevue 
d*£rfurt eut lieu. 

» Unis d*intention et animés de Fetprit de Tîlsitt , ils se mirent 
d*accord sur ce qu'exigeaient d*eux de si grands changemens : TEm- 
pereur consentit à faire évacuer la Prusse par ses troupes , en même 
tems qu*il consentait que la Russie non-seulement n'évacuât point la , 
V^lachie et la Moldavie , mais réunit ces provinces h son Empire. 

» Les deux souverains pénétrés du même désir du rétablissement 
de la paix, maritime , et alors aussi fermement attachés qM*k Tilsitt • 
à la défense des principes pour lesquels ils s'étaient unis , résolurent 
de faire en commun une démarcke solennelle auprès de 1* Angleterre. 
Vous vintes , M. le comte , en suivre les effets à Paris , et vous échan- 
geâtes alors plusieurs notes avec le gouvernement britannique. Mais, 
le cabinet de Londres, qui entrevoyait qu'une guerre allait se rallumer 
sur le continent, repoussa toute négociation. 

» La Suède s'était refiuée à fermer ses ports k l'Angleterre. La 
Russie , conformément aux stipulations de Tilsitt , lui avait déclaré 
la guerre. Il en résulta pour elle la perte de la Finlande , que la 
Russie réunit à son Empire. Bn même tems , les armées russes oc- 
cupèrent les places fortes du Danube , et firent une guerre avanta- 
geuse contre la Turquie. 

9 Cependant, M. le comte, le système de l'Angleterre triomphait : 
ses arrêts du conseil menaçaient d'obtenir les plus immenses résultats, 
et l'octroi , qui devait fournir les moyens d'entretenir la guerre per- 
pétuelle qu'elle avait proclamée , se percevait sur les mers. La HoI-« 
lande et les villes anséatiques continuant de commercer aveo elle , 
leur connivence rendait illusoires les dispositions salutaires et déci- 
sives des décrets de Berlin et de Milan , qui pouvaient seules corn* 
battre victorieusement les principe^ et les arrêts du conseil britan- 
aique; L'exécution de ces dispositions ne pouvait être assurée qu« 
par l'action journalière d'une administration ferme , vigilante , et à 
Tabri de toute influence ennemie ; la Hollande et les villes anséatiques 
durent être réunies. Mais , tandis que les scntimens les plus chers ^ 
cédaient dans le cosur de S. M. aux intérêts de sts peuples et à ceux 
du continent , de grands changemens s'opéraient ; la Russie aban- 
donnait les principes pour, lesquels elle s'était engagée â Tilsitt h 
faire cause comuiune avec la France , qu'elle avait proclamés dans s» 
.déclaration de guerre 2k l'Angleterre , et qui avaient dicté lés décrets^ 
de Berlin et de Biilau. Un furent éludés par Tukase sur le commerc»^ 
qui ouvrit les ports de la Russie à tout bâtiment anglais , chargé de 
lauchaadisfs coloniales , propriétés anglaises , pourvu qu'il prit le 



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JUILLET i$ia. S5 

»asqoe d*un pavilloD étranger. Ce coup inattenda «mitibi U traité de ' 
T^itt, et ces transactioDs fondaiatmlalea qui araient fini la lotte 
des deux plus grands Empires du mende , et qui araient promis k 
l'Europe le grand bienfait de la paix maritime. On pressentit dès 
• lors des boulerersemeos prodiains et des guerres sanglantes. 

» La eondoile de la Russie depuis cette époque fut constamment 
dirigée rers ces funestes résultats. La réunion du duché d'Olden- 
bourg , enelaTé de toutes parts dans les contrées nouvellement son- 
mises au même régime que la France , était une suîic nécessaire de 
la réunion des rilles anséatiques. Une indemnité Ait offerte. Cet objet 
était facile à régler selon les convenances réciproques ; mais votre 
cabinet en fit une affaire d*Etat , et Ton vit pour la première fois pa- 
raître une protestation d*un allié contre un alKé. La réception des 
vaisseaux anglais dans les ports russes et les dispositions de Tukase 
de 1810 , avaient fait connaître que les traitent n^existaientplus ; la 
protestation montra que non seulement les liens qui avaient uni les 
deux puissances étaient rompus , mais que la Russie jetait publique- 
BQent le gant à la France pour une difficulté qui lui était étrangère « 
et qui ne pouvait se résoudre que par le mojen que S. M. avait offert. 
On ne ce dissimula point que le refus de cette offre décelait le projet 
èèfï formé d*une rupture. La Russie s*j préparait en effet. Au mo- 
ment de dicter les conditions de la paix k la Turquie , elle avait rap- 
pelé tout-à-conp cinq divisions de Tarmée de Moldavie, et dès le 
ni^îs de iî^vrier 1811 , on apprît li Paris que Tarmée de Varsipric avait 
été obligée de repasser la Vistule pour se mettre b portée d*être se- 
courue par la Confédération , tant les armées russes sur la frontière 
étaient déjà nombreuses et menaçantes. 

» Lorsque la Russie sVtait déterminée k des mesures contraires aux 
intérêts de la guerre active quelle avait à soutenir , lorsqu*elIe avait 
donné à $e* armemens un développement onéreux à ses finances et 
lan^ objet dans la situation où se trouvaient toutes les puiasances da 
eontinent , toutes les troupes firançaisea étaient en-deçb du Rhin ^ 
Texeq^tion d'un corps de 40,00e bommés rassemblés à Hambourg 
pour la défense des oétes de la mer du Nord , et pour le maintien de 
la tranquillité dam les pays nouvellement réunis; les places réservées 
en Prusse n'étaient occupées que par les^ troupes alliées ; il n'était 
resté à Dantxick qu'une garnbon de 4,000 boœmet « et les troupes 
da ducbé de Varsovie étaient sur le pied de paix ; une partie même ' 
était en Espagne. 

> Les pjtéparatif^ de la Rusiie se trouvaient donc sans objet , à 
«oins qu'elle n'eût Tespérance d'en imposer k b France par un grand 



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86' MERCURE DE FRANCE, 

appareil d» forces , et de la porter à mettre fin aux discussions d*Ol^ 
denbonrg , en sacrifiant Texisteoce du duché de Varsovie ; peut-être 
9USSÎ ne pouvaot se dissimuler' gu*elle avait violé le traité de Tilsitt , . 
la Russie n*avait-clle recours à la force ^ue poiu chercher à justifier 
des vioUtions fui ne pQUTaiei»t pas Vètce, 

9 Cependapt S. M. resta impassible. Elle persista dans le désir d^in 
arrangement ; elle pensait qu*il était toujours tems d*en venir aux 
armes ; elle demanda que des pouv^oirs fussent envoyés au prince 
Kourakin , et qu*une négociation fdt ouverte sur des différens q^i 
pouvaient -ae terminer facilement , et qui n*étaient assurément paa 
de nature à exiger Teffusiou du sang. Ils se réduisirent aux quatre 
points suivans : 

» i; L*ttxisteuce du duché da Varsovie , qui avait été. une ocmditîoK 
de la paix de Tilsitt , et qui ^ dès la fin de 1809 * donna lieu à la Russie 
de manifester des défiances auxquelles S. M. répondit par une con- 
descendance portée aussi loin que Vamitié la plut exigeante pouvait 
le désirer , et que Thonneur pouvait le permettre. 

9 a*. La réunion du duché d^Oldenheurg , que la gèerte eontse 
rAogleterre avait nécessitée , et qui était dans l'esprit de Tilsitt. 

> So. La législation sur le oonmieree des marchandises anglaises et 
les bâthnens dénationalisés , qui devait itre réglée par Tesprit et les 
termes du traité de Tilsitt. 

» 4°. Enfin les dispositions de Tukase de décembre 181 , qui , en 
détruise^ toutes les relations commerciales de la France avec .le 
Russie , etea ouvrant les ports aux pavillons simulés chargés de pro- 
pretés anglaûes , étaient oontraires à la lettre du traité de Tilsitt. . 

> Tels devaient être les objets de la négociation. 

» Quant à ce qui regardait le duché de Varsovie , S. M. s*empres- 
tait d'adopter une convention par laquelle elle s'engageait à ne favo- 
riser aucune entreprise qui tendrait directement ou indirectement an 
rétablissement de la Pologne. 

• » Quant à l'Oldenbourg , elle acceptait l'intervention de la Russie^ 
qui cependant n'avait aucun droit de s'immiscer dans .ce qui concer- 
nait nn prince de la Confédération du Rhin , et elle eonsentait il 
donner à ce prince une indemnité. 

* Quant an commerce des marchandises anglaises et aux bâtiment 
dénationalisés • S; M. demandait à. s^en tendre pour eoncilier les be- 
soins de la Russie avec les principes du système continental et l'esprit 
du traité de Tilsitt. 

> Enfin, quant à l'ukase « S. M. consentait è conclure un traité de 
fomnerce , qui , en assurant les relations eommcrciales de la Fnnof 



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JUILLET 161%: 87 

ganndts par le traité de Tilsilt « ménagerait tons les intérêts de là 
Russie. 

> L'Empereur se flattait que des dispositions diotées par un esprit 
de concilia tichi aussi manifeste amhieraieiit enfin un arrangement ; 
mais il fut impossible d'obtenir de la Russie qu elle donnât des pou- 
Toirs pour ourrir upe négociation. Elle répondit constamment aux 
nouvelles ouvertures qui lui étaient faites par de noureaux arme- 
Biens « et Ton fat forcé de comprendre enfin qu'elle refusait de s'ez« 
pliquer, parce qu'elle n'araù à proposer que des choses qu'elle n'osait 
point énoncer , et qui ne ponvaient pas être accordées ; que ce n'é* 
taient pas des stipulations qui , en identifiant davantage le duché de 
Varsovie à la Saxe , en le mettant à l'abri des mouvemens qui pou- 
iraient inquiéter la Russie sur la tranquillité de sw provinces , qu'ello 
désirait d'obtenir , mais le duché même qu'elle voulait réunir ; que ce 
n'était pas son commerce « mais celui des Angolais qu'elle voulait 
fiiToriser pour soustraire l'Angleterre à la catastrophe qui la mena- 
^it ; que.ce n'était pas pour les intérêts du due d'Oldenbourg que la 
Bnssie roulait intervenir dans l'afiaire de la réunion , mais que c'était 
vne querelle ouverte contre la France qu'elle TQulait tenir en réserve 
pour le moment de bi rupture qu'elle préparait. 

» L'Empereur reconnut alors qu*il n'j avait pas un moment k 
•perdre. Il eut aussi recours aux armes. Il se mit en mesure d'op- 
poser des armées h des armées poar garantir un Et^l du second ordre 
si souvent menacé « et qui faisait reposer toute sa con^nce sur sa 
protection et sur sa foi. 

s Cependant , M. le comte , S. M. saisit encore toutes les occasions 
pour manifester ieê senthnens. Elle déclara publiquement , le x^5 
août dernier , la nécessité d'arrêter la marche si dangereuse que 
ptenaient les a£fairea 5 et le vcra d'y parvenir par des arrangemens 
poor lesquels elle ne cessait point de demander à entrer en négo- 
' ciation. , 

. B A la fin du mois de novembre smrant^ S. M. <Jrttt pouvoir espéter 
qoe ce voeu allatt être enfin partagé par votre cabinet. Vous annon- 
çâtes , M. le comte , à l'ambassadeur de S. M. que M. de Nessel- 
rode était désigné pour se rendre à Paris avec des instructions. 
Quatre mois s'étaient écoulés lorsque S. M. apprit que cette mis- 
sion n^aurait pas lieu. Elle fit aussitôt appeler M. le colonel Czer* 
aichew , et lui donna pour l'Empereur Alexandre une lettre qpi 
tendait de nouveau à ouvrir < des négociations. M., de Gsemichew 
est arrivé le zo mars à Saint-Pétersbourg , et eette lettre estencor» 
stosrépons». 



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88 MERCURE DE FRANCE, 

> Conunent se dissimuler plira locrg-tems que la Russie élucle tout 
rapprochement? DepuU dix-liuit mois , elle a eu pour rVgle cous-- 
tante de porter la maia sur sou gbîve toutes les fols cpie des proposi- 
tions d^arrangement lui ont été faites. 

> Se Tojant ainsi forcée de renoncer k toute espérance du eM de 
la Russie , S. M. , avant de commencer cette lutte qui fera couler 
tant de sang, a pensé qu'il était de son devoir, de s'adresser au gou-' 
Temement anglais. La gêne qu'éprouve l'Angleterre , les agitations 
auxquelles elle est en proie , et les c^angemens qui ont eu lieu dans 
son gouvernement, j>nt décidé S. M. Un sincbre désir de la paix^ 
dicté la démarche dont j'ai re^u l'ordre de vous donner coânaissance. 
Au<îun agent n'a été envojéà Londres, et il n'y a eu aucune autre 
eommunicatton entre les deux gouvernemens. La lettre dont V. Ezc. 
trouvera la copie ci-jointe , et que j'ai adrc^^ée au secrétaire-d'état 
pour les affairas étrangt^res de S. M. B. , a été remise en mer au càni'* 
mandant de la station ^e Douvres. 

» La démarche que je fais auprës de vous . M. le comte , est une 
conséquence des dispositions du traité de lilsitt, auquel S. M. a la 
▼olonté de se conformer jusqu'au dernier moment. Si les ouvertures 
faites à l'Angleterre ont quelque résultat , je m'empresserai de vou« 
on prévenir. S. M. l'Empereur Alexandre y prendra part, ou ea 
conséquence du traité de Tilsitt, ou comme allié de l'Angleterre , si 
déjà ses relations avec l'Angleterre sont formées. 
' s'il m'est formellement prescrit, M. le comte, d'exprimer, en 
terminant celte dépêche , le vœu déjîi uianif^-slé par S. M. à M. le 
colonel Gzemichew , de voir des négooialtnns qu'elle n'a cessé de 
provoquer depuis dix-huit mois , prévenir enfin des événemens dont 
l'humanité aurait tant à gémir. 

9 Quelle que soit la situation des choses lorsque cette lettre par- 
viendra k V. Esc. ; la paix dépendra encore des résolutions de votre 
cabinet. 

» J^ai l'honneur, M. le comte, de vous offrir l'assurance de ma 
, plus hante considération. Signé , le duc DE fiASIANO. « 

La secopde pièce est adressée par le même ministre au 
aecrélaire-d*é(at de S. M. britannique pour les affaires ëlran- 

§ ères. Elle est dalëe de Paris, le 17 avril. Le minisire de 
! M. rappelle toupies événemens qui ont eu lieu depuis la 
rupture ae la paix d'Amiens , en leur donnnnt pour cansu 
incontestable celte même ruplure : ces événemens ne peu- 
vent pas ne pas avoir eu liei'i ; l'Angleterre ne peut l<»s 
iu){»uter qu'à (^lle-mcmc ; maU dans l'état actuel descbosea^i 



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JUILLET i8i?i. ' 8§ 

H est encore possible de s'enlendre, dc/se rapprocher , de 
faire cesser Tétat forcé dans lequel se trouve l^uropc , de' 
kii rendre la paix , la sécurité, le commerce , la liberté des 
communications. Les affaires de la péninsnle et des Deux- 
SicUes paraissant les pins difficiles à régler, le ministre est 
autorisé h proposer un arrangement sur les bases suivantes :' 
L'intégrité ocFEspagne serait garantie , la France renon- 
cerait Il toute extension du côté, (les Pyrénées^ la dynastie 
actuelle serait déclarée indépendante , et FEspagne régie 
par une constitutign nationale des Cortès. 

L'indépendance et l'intégrité dn Portugal seraient égale- 
ment garanties , et la maison de Bragance régnerait. 

Le royaume de Naples resterait au roi deNaplesj le 
royaume de Sicile serait garanti à la maison actuelle de 
Sicile. 

Par suite de ces stipulations , l'Espagne , le Portugal , la 
Sicile seraient évacués parles troupes françaises et anglaises 
de terre et de mer. 

Quant aux autres objets de discussion , ils peuvent être 
négociés sur cette base , que chaque puissance gardera ce 
que Taulrs ne peut pas lui ôter par la guerre. 

S. M. , dit le ministre en terminant, ne calcule y dans 
celle démarche , ni les avantages ni les pertes que la guerre, 
si elle est plus long-tems prolongée , peut présager à son 
Empire j elle se détermine par la seule considération des 
iotérèls de l'humanité et du repos des peuples j et si celte 
quatrième tentative doit être sans succès , comme celles qui 
lont précédée, la France aura du moins la consolation de 
penser que le sang qui pourrait couler encore retombera 
tout entier sur VAnglelerre. 

Nous nous hâtons de faire connaître la réponse du mî- 
oistère anglais , elle est conçue en peu de mots : mais 
pourra-t-on le croire ? Lord Caslelreagn ne trouve pas clai- 
rement énoncées les propositions de In France, et jouant 
daps nne si grave discussion sur le sens d'un mot de la 
note française , il ne craint pas de demander si par ce mot 
dynastie actuelle , on entend celle du frère du chef da 
gouvernement français , ou si on entend celle ^ laquelle 
iippartenait Ferdinand Vil j en d*autres termes , le minis- 
tre anglais demande si par dynastie actuelle on entend 
celle qui n'est pins, celle dont le chef a solennellement 
abdiqué après que son propre fils eut méconnu tous ses 
droits comme père ,' et comme souverain. Il est inutile 
d'ajouter que dans la corrcf.pondauce, aucuùe rcpHque n*^ 



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90 MERCURE DE FRANCE; 

dû suivrç une telle réponse : le lecteur en a déjà jugé Viu^ 
tention et le but } les Anglais négocieront quand le san^ 
aura coulé , ils ne trouveront les expressions de la Franco* 
claires que loi-squ'ils Tauront forcée à vaincre encore. 

tia réponse de M. de Romanzow au ministre français est 
ainsi conçue : 

Wilna , le 7 ( 19 ] mai i8id. 

c Monsieur !• clae , M. le comte de Narbonne m*a remis la dépèdie 
ifiie V. EzQ. lui a confiée. Je D*ai pas tardé un instant à la mettre 
sous les jeux de TEmpereur^ S. M. toujours fidelle à la ligne de 
conduite qu*elle s^est inTariablement tracée , toujours persévérant 
dans son système purement de défense , toujours enfin plus liiodérée à 
mesure que le déyeloppement dé $e$ forces k met darantage h môme 
de repousser les prétentions que Ton pourrait élever contre les intérêts 
de son Empire et la dignité de sa couronne , se borne à ne t^attacher 
qu*au voBu par lequel roqs Toules bien f Monsiear le due , terminer * 
rintéressante communication de votre cour. Aimant à prourer oon^ 
taonnent combien elle a à coBur d^évlter tout ce qui pourrait apporter 
dans ses relations avec la France im caractère d*animosité et â*aigreur 
nabible à leur conservation « elle m*ordonne de ne point réfuter en-> 
e<Nre les griefs que vous aret allégués , et de ne pas relever dtà assers 
tiens qui reposent , pour la plupart , sur des faits souvent entière-. 
ment dénaturés ou sur des suppositions entièrement gratuites. Les 
dépèches adressées au prince Kourakin par le baron de Serdobin ont t 
en partie , répondu d*avance à toutes les accusations ; elles ont 
représenté sons son vrai jour la conduite loyale que VEmpereur m 
suivie dans tous ses rapports avec la France ; elles ont donné sur le 
but de nos armemens des explications confirmées à un point qui 
semble même avoir dépassé les espérances de l'Empereur Napoléon , 
puisque , malgré les mouvemens meaaçans de ses, armées au-deUi 
d*une ligne où , pour la sécurité de nos frontières , elles auraient àh 
>*arrèter , tout chez nous se trouve encore dans le même état qu^au 
départ du dernier courier^ en effet, pas un homme n*est entrée en 
Prusse Bi sur le territoire du duché de Varsovie , et aucun nouvel 
obstacle n'entrave de notre part le mrinlien de la paix. 

» Au contraire , les dernières instructions que le prince de Koura- 
kin a reçues , lui fournissent tous les moyens déterminer nos différenSf 
et d*entameT celte négociation que votre cour a désirée. 

» Nous avons appris avec plaisir Taccueil que l*Empereur Napo- 
léon a fait k nos propositions; la réponse officielle que V. Exe, j 
fera , et que le prince Kourakin nous aanonce , résoudra définitira^ 



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JUILLET id|«. 9T 

i|ieBl rSmportante question de la paii ou â« la goem* Ta modétiltoii 
^i caraetériie celle que j'ai Tiionneur de y^tis adrataet «u^oordiiiiî « 
veos 4>ifire , M. le doo , «n sûr gâtant <{ue Ton i>e BHmqucte p«t éé 
mishc ehei Boos tontes les UDadcès qli*e1le penrrt présentet en feteer 
de la paiz. S. M. en a trouvé une bien agréable dans la dématebe 
fiile aigres du goaTemement britannique. Elle est sensible ft Tatten- 
éon que l*Ejnpereur Napoléon a eue de Ten informer ; elle appréciera 
toil{cnirs les sacrifices que ce souverain fera pour la condusion de )a 
paix générale ; à ses jeux , il n*^ èo a pas qui soient asses considéra- 
bks pour obtenir un aussi grand et beau résultat. 
» J*aî rhotinenr d*o£Qnr à V. Esc. , eto^ 

Aprèf la Jocture de eette dëpécfae , le lecteur ra se trou* 
▼er étrangement surpris. Le ministre russe vient de parler 
de négociations et d'arrangement, mais l'ambassadeur va 
tenir un bien autre langage ^ il va dicter des conditions , et 
prononcer un ^i n^ çv^ /20/2. 

En efTetyles diverses lettres de M. de Kourakia au mi^ 
nîatre fraiiçais se^rëdiiiaent à.dire qu'il est atitorisé h entrer 
en Dëeociatton sur les difficultés qui se sont élevées» et 

)|ui ont occasionne le dangereux rapprochement des troupes 
rançaises sur rextrëmité des frontières des deux empires^ 
mais •< il m'est ordonné de déclarer , dit-il , que la conser- 
vation de la Prusse et son indépendance de tout lien poli- 
tique dirigé contre la Russie est indispensable aux intérêts 
de S.M.l.^ que pour arrivera un véritable état de paix avec 
ta France, il faut nécessairement qu'il y ait entre elle et la 
Russie nn pajs neutre qui ne soit occnpé par les troupes 
d'aucune des deux puissances 5 que , comme toute la poli-* 
tique de S. M. TErapercur mon maître ne tend qu'à établir 
des rapports solides et stables avec la France , et que ceux-ci 
peiauraient subsister tant que les armées étrangères conti- 
nueraient à séjourner dans une telle proximité cle fcontièrea 
de la Russie, la première base <]e toute négociation ne peut 
être que T engagement Jbrmel de Ventière éaacucUian des 
Biais prussiens et de toutes les places Jort es de la Prusse , 
^^els qu'aient été r époque et lejbndem^nt de leur occupa^' 
tion par les troupes Jrançaises ou alliées , d*une diminution 
de la garnison de Vantziçk, de t évacuation de la Pomé^ 
ranie suédoise, et d'un arrangement açec le roi de Suède, 

Îropre à satisfaire réciproquemant les deux couronnes da 
rance et de Suède. 



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92 MERCURE DE FRANCE, 

n Je doU déclarer que , quand les demandes ci^dessus 
^nonc^es seront accordées de la part de la France comme 
base de. l'arrangement à conclure , il me sera permis do 

Ï promettre que cet arrangenorent pourra contenir aussi , de 
a part de S. M. l'Empereur mon maître , les engagemen» 
smvans : 

n Sans dévier des principes adoptés par l'Empereur àm 
toutes les Russies , pour le commerce de ses Etats et pour 
l'admission des neutres , principes auxquels S. M. ne saurait 
jamais renoncer y elle s'oblige , par un effet de son attache-* 
ment pour l'alliance fornaîée à Tilsitt , à n'adopter aucun 
changement aux mesures prohibitives établies en Russie , 
et sévèrement obseryées jusqu'à présent contre le commerce 
direct avec l'Angleterre ^ S. M. est prête, de plus, à con- 
venir avec S. M. l'Empereur des Français et Roi dltalie , 
d'un système de licences à introduire en Russie , à l'exemple 
de la France , bien entendu qu'il ne pourra être admis 
qu'après qu'il aura été reconnu ne pouvoir augmenter par 
ses effets le préjudice qu'éprouve déjà le commerce de la 
Russie, n 

Au refus d'admettre ces principes préalables , l'ambassa- 
deur russe demande ses passeports. Le ministre françair 
répond aussitôt pour demander à M. de Kourakin s'il a 
des pleins pouvoirs pour arrêter, conclure et signer un 
arrangement sur les différens qui se sont élevés entre les 
deux cours , et dans ce cas d en donner communication 
selon l'usage : M. de Kourakin réplique qu'il est étonné 
d'une telle demande, qu'il n'a pas ne pouvoirs particuliers 
et spéciaux, et qu'il ne peut traiter que suh spe raii. 

Ici la correspondance change de lieu et de direction; 
l'Empereur est a Dresde et son minisire l'a suivi. Ce der- 
nier donne ordre à M. le comte Lauriston de demander de 
la manière la plus pressante les passeports nécessaires pour 
se rendre de Pétersbourg auprès de rEmpereur Alexandre 
à Wilna , ou auprès du ministre Romanzow. 

M. de Latiriston écrit et sollicite cette faculté de la ma- 
nière la plus pressante , en en faisant sentir l'extrême ur« 
gence dans les circonstances od l'on se trouve ; la réponse 
de M. de Romanzow ne permet qu'une communication 
par écrit ; le cabinet français est instruit de ce refus , ses der- 
nières espérances sont trompées ; M. de Lauriston reçoit 
l'ordre de demander ses passeports pour repasser la fron* 
lîère ; ceux nécessaires à M. de Kourakin pour rentrer ea 
Russie lui sont expédiés ; et l'Empereur monte à cheval. 



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JUILLET i8i4. 93 

Gumbînnen , le ao juin l8is* 

A la fin de 1810 , la Russie ehasgea de système poHdqne ; Tespnt 
«Dglns reprit son influence } Fukase sur le commerce en fat le pre* 
mieraele. 

En ftrricT 181 1 , cinq dirisions de Tarmée russe ^itthvntàmar- 
dies forcées le Danube , et se portèrent en Pologne. % Par ce moure- 
ment , la Busaîe sacrifia la Valadûe et la Moldarie. 

Les arméet russes réunies et formées , on vit ponStre une protes- 
tation contre la France , *^i fut enroyée à tous les cabinets. Là 
Bnssie annonça par là qu'elle ne roulait pas même garder les appa- 
tcnees. Tons les moyens de conciliation furent employés de la part 
de la France : toatfut inutile. 

Ala fin de z8iz , six mois après , on TÎt en France que tout ceci 
ne pooTait finir que par la guerre ; on s*y prépara. La garnison df 
Dantiick fut portée à Ao,ooo hommes. Des approyisionnemens d# 
loote espèce , eanons , fusils , pondre 9 munitions , équipage de pont , 
fiaent dirige sur cette place ; des sommes considérables furent 
aises à la disposition du génie *ponr en accroître les fortifications. 

L*armée fut mise sur le pied de guerre. La cavalerie , la train 
d'artillerie et les équipages mOitaires furent complétés* 

En mars iBia , un traité d^alHance fut conclu arec Vieiitciclie : la 
Bcis précédent , im traité avait été conclu avec la Prusse. 

En avril , le z«* corps de la grande armée se porta sur TOder. 

Le 2* corps se porta sutl*Elbe. 

Le 3* corps , sur le Bas-Oder. 

Le 4« corps partit de Véronne , trarena le Tyrol « et se rendit en 
jSilésie. La Garde partit de Paris. 

Le aa avril , l*Empereur de Russie prit le commandement de son 
année , quitta Pétersbourg , et porta son qnartier<^énéral à Wilna. 

An oommeneen^ent de mai, le m corps arriva sur ^a Vistule, 
à Slbing et à Marienbourg ; 

Jjt^« oorps , è Marienwerder ; 

Le Se" corps , à Thom ; 

Le 4* et le 6e corps , à Piock. 

Le 5« corps se réunit à Varsovie ; 

Le 8«^ïorps , sur la droite de Varsovie $ 

Le 7* corps , à Pulawy. 

LEfflpereur partit de Salnt-Cloud le 9 Quûf passa le Rhin lfi.x3» 
l'Elbe le 29 , et la Vistule le 6 juin. 



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^ MERCUEE DC FRANGE, 

Wilkowbkj , le aa juin 1812. 

Tout moyen de s*entendre , entre les deux Empirej , devenait im- 
pOltibU , Vimnî ^i douinftk le cabinet rasse le précipita àla guerre. 
M MinX M«fb«MiM r aUe-^e-camp de l^fiamereuv , fMt en^jé I1 
WuDa et ne put j séjourner que peu de jotirs. On acauéraitUpreuire 
que la sommation arrogante et tout-krfait e^traprdineijee qu^aralt 
priêsenfée le prince 'Kpurakin , o^ il déclara ne vouloir entrer dans 
ammue expkeatien crue la France n'eût évacué le territoire de ses 
propres alliés , peitv lea Hvter h k discrétion de la Rus^e , était le 
M# f «4 nçn fb ^ oel^iiNIt i ¥ U s*^» vttitail aspffk» des puissauces 
étran^i^ft. ^ ... 

Le i«' corps se pprta sur I9 Pregel. Le prince dîSckmulh eut «o» 
quartiêr-^néral le 11 juin à Kœoig^erg. 

{«• mêsét^tà 4ac à^ Aeggio, eontmandeni ie^a^ corps , eut soû. 

Suftrtier-général à Vehlau ; le maréchal due d^Etckingen , commaii^ 
Kntle 3« corps , ^ Sold^pp ^ le prinoe vice-roi , h EatstemlipurgA le 
roi de WestpÇalie , à Varsovie ; le prince FoniatowsM, à PuUusk* 
t«*Bmpere«ir pçifa son quartier-généiral le la spr la Fregel à Kœnigsr 
httf , le it ^ Jnsterbufg , le 19^ à Gumbînnen* 
. UnUfj^tap^ de s^entsa^e eikfai» encore. LUmpereur «vmil 
donné au c^unte 4^ Lauiistan Tinsivue^n^e. se-Teodse auptèe de 
TErapeseur Alexandre, pu de son miniatte des.a^res étrangles, e| 
d^ voir s*îl n*y aurait pas moyen de revenir sur la sommation du 
grince Kooralun , et de conciËer Thoneeilr de la France et Tinter^ 
jde set alliés avee r«ov«ftutv de» négoetatioiis. .-' 

, . li^pfiê/am eipfii q^i régDHt 4m» le oebliQet mase empèoàe , «eus 
^fiérens prétextes • le courte de Lai)ri«t<^{» de reEOfJir sa missioa ; ^^ 
Ton vit « pour la première fois , un ambassadeur ne pouvoir approcher 
ni le souveitihi , ni sen mlnfitre , dans des circonstances aussi impor» 
tantes^ Le secrétaire de légation Prévost apporta ces nouvelles à 
Gumbinnen ; et PEmpereur donna Teidre de marcàer pçiir passer le 
^iemen : « I^s vaipfui^ , 4i^ , preimei«| le tqn dee yebqneors ; le 
» ûitalité Tes entraine, que les destins s*ecoomplis9ent« > S. M. àt 
mettre à Uordi^e de l'armée la proclamation suivante : 

«Soldats, La seconde ^erre de Pologne est commencée. La pre- 
a miëre s*est tcfraiinée h FtieoHand et à Tâeitt : k TUsitt , la Russie a 
^jisfié. éteihieUe aUiaace à-kr f reèoe erguene k PA ngUl eCT c . Xlle 
i viole aujourd'hui êes sermens. Elle ne veitt dannet aitaiiae eacpUéa* 
» tion de son étrange conduite que les ei^es françaises n*aient impasse 
» le Bbin , laissant par Ik nos alliés II sa disorétioa. La Russie est en* 
» traSnée par la fatalité ! ses destins doivent s*accomplir* Nous croirait- 
» elle donc dégénérés? Ne serions-n#»sdone plus le» soldets d*A«s- 
9 terlitz ? Elle nous place entre le déahoAoeav «ele^fpMivev L» okoix^ 
9 ne saurait être douteux , marcbons dooo e;^ avant 1 pessqnisle l^é- 
» men! portons la guerre sur son territoire. La seconde guerre.de 
» Pologne sera glorieuse aux armes françaises , comme la predpûëre ; 
a^eis la^paHi q«e nées eo«okirohs portera stûd eHe sa garantie et 
9 mettra un terme ë cette orgueillenseinflnenee.que l»^Russiea es^- 
» cée depub cinquante ans sur les afiaires de l*£urope. » 
En notre quartier-général de Wilkowisky, le aa juin l8i3. 



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JUILLET iSi^. 9S 

3* BtnXETÛV DE I^ CftAKDl-AItXtS. 

Kowno , a6 joiii 1812. 

Le 23 juin , le roi de Kaples « qui commande la cavalerie , porta 
jon quarder-génëral à deux lieues du Kiemen sur la rive sauche. 
Ce prince a sou» ses ordres immédiats les coips de caTalene eoiT«- 
maodéi par les généraux comtes Naosoulj et Montbrun ; INis com»- 
posé des divisions aux ordres des généraux comtes Bru j ères « Saint- 
Germain et Valence; Tau Ire composé des dÎTiiions aux ordres d« 
général baron Vattier , et des généraux comtes Sébastian! et De- 
france. 

Le maréehal prince d*Rekmttlh , commandant le l*' corps , porta 
son ^atier-géral au débouché de la grande forêt de PiiwisxL 

Le A« corps et la garde suirireot le mouvement du i*' corps. 

Le 3« corps se dirigea par Marienpol. Le viee-roi , aveo les 4» et 
6* corps restés eu arrière , se porta sur ELalvrarry. 
' Le roi de Westphalte se poru à Novogfod aveo les 5* , 7* et 8« 
eorpi. 

Le i^r^orps d^ Autriche , commandé par le prince de Sokwarsem- 
berg , quitm Lembergle.... , fit un mouvement sur sa gnicke et s*apt- 
prooha de Lublin. 

L'équipage de pools , twu les ordres du général Bblé , aiiîr«4* ^ 
à«U«z Keues du Niémen. 

Le a3 , à deux heures du matin , TEmpereur arrita ans avanl- 
pesles près de Kowno , prit une capote et ttn bonnet polonaii d*u«a 
des cbavan-légers , et vitita les rives du Niémen , accompagné seti» 
iement dn général du ^énie Haxo. 

A huit heures du ioir , Tarmée se mit en mouvement. ▲ di^hettvts, 
le général de division comte Mâcand fit passer trois compagnies d« 
▼oltigeoTS « et au même moment trois ponts furent jetés sur le ^lé- 
mon. A onte heures, trou colonnos débouchèrent sur les trois ponts. 
A UM heure un Quart , le jour commençait déjà à paraître. A qiidi, 
le général baron Paj^d ohasaa devantkii une aoéo da eosaques , et fit 
occuper Kowno par un bataillon. 

Le ^4 , TEmpereur se porta è Kowno. . 

Le maréchal prince d'Éckmulk porta son quartier-général à Roum- 
ehîrti, 

Kt le roi de Napks , è Eketanoni. 

Pendant tonte la journée da S4 et oello dn aS , Taimée défilo sar lis 
tro« ponts. Le 24 au soir , l*Bnipoveur fit ioler un nouveau poiK sur 
k Vilia , vis-à*vis de Kowno , et fit passer le maréohal due de R^V^ 
avec le s« corps Les chevau-légers polonais de la garde passèrent à 
la nage. Deux hommes se noyaient , lorsqu'ils furent sauvés par des 
nageurs du 26* léger. Le colonel Ottéhéneso s*étaot impradeuHBent 
exposé nonr les aecoorir « périssait luinaïAme ; un nageur de ton sf* 
giiQttit le sauva. 

Le 25 , le duo d*Elohingen se porta à BLoimelott : le roi de Naples 
se porta è Jijaioroni. Les troupes lég^rea do renaemi forent ehasèées 
de^ns edtés. 

Le j6 , le maréchal duo de Rf ggio arriva à Janow s le maréchal 
duc d*Elchingen arriva à Skorouli. Les divisions légères ip «aTaieric 
couniceiU toute la pUdae josqu^è dis lieues de Wima* 



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96 MERCURE DE FRANCE , JUILLET 1 8 1 s. 

Le 24 , le maréckal duc .de^Tarente , coiiiiiiandai)t*le io« corp^ ,, 
dont les Prussiens font partie , a passé le Niémen à Tiisitt , et mardis 
sur Rossiéna , afin de balayer la ri?e droite du fleuye et de protéger 
la navigation. • 

Le maréchal dnc de Bellune , commandant le 9e corps , ayant aou$ 
tes, ordres les divisions Heudclel , Lagraoge , Durutte , Partonneaux^ 
occupe le pays entre TElbé et l'Oder. 

Le général de division comte Rapp , gouvernear de Dantzick , a 
«Qus ses ordres la division Diiendels. 

Le général de division comte Hogendorp est gouverneur de 
Kœnigsberg. 

L*£mpfreur de Russie est h Wilna avec sa garde et une partie de 
son armée , occupant Ronikoutoui et Newtroki. 

Le général russe Bagawout^ commandant le 2* corps et une partie 
de Tarmée russe coupée de Wilna , n*oiit trouvé leur salut î|u*en se 
dirigeant surlaDwina. 

Le Niémen est navigable pour des bateaux de 2 k 3oo tonneaux 
jusou^à Kowno. Ainsi les communications par eau sont assurées ju^ 
qu^a Dantiick , et avec la Vistule , TOder et l'Elbe. Un immerrsc ap- 
provisionnement en eau-de-vie , en farine, en biscuit, file de Dant- 
sick et de Kosniesberg sur Kowno. La Vilia , oui passe ^ Wilna . est 
navigable pour de plus petits bateaux , depuis Kowno jusqu'à Wilna. 
Wilna , capitale de la Lithuanie , Test de toute la Pologne russe. 
L'Empereur de Russie est depuis plusieurs mois daâs cette ville, avec 
une partie de sa cour. L'occupation de celte place par Tarmée fran- 
çaise sera le premier fruit de la victoire. Plusieurs officiers de cosa^ 
ques et des officiers porteurs de dépêches ont été arrêtés par la cava- 
lerie légère. 

On reçoit à l'insUnt Taffrëable nouvelle que le Grand- 
Seigneur a refusé de ratiner une convention qui avait été 
signée à Bucharest^nkre ses plénipotentiaires et les Russes .*^ 
l'influence anglaise n'a rien pu sur le vieux système poli^ 
tique qui consacre Tunion de TEmpire ottoman à la France. 

— On attend de jour en jour Tlmpératrice à St-Cloud 
où tout est préparé pour la recevoir. Le Roi de Rome 
continua à jouir de la meilleure santé. 

— La baisse de toutes les sortes de grains s'établit déjà 
aux environs de Paris d'une manière sensible. S..*.. 



Lx Mebcttrx parait le Samedi de chaque semaine , par Cahier 
de trois feuilles. — Le prix de k souscription est de 48 fr. pour 
Tannée ; de 24 fr. pour six mois ; et de 12 fir. pour trois moii^ 
fraoo de port dans toute Pétendue de Fempire français. — Les lettres 
relatives à Penvoi du montant des abonnemens , tes livres , paquets , 
et tous objets dont Pannonce est demandée , doivent être adressés* t 
Jiranos de port , au t)rRCGTSV& GilfinAL du Bisrcwt de France ^ 
me Hauttfeuillf , N^ aS. 



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MERCURE 

DE FRANCE. 



W DLXXIV. ~ Samedi i8 JuUlet i8ia. 



POESIE. 

lE BANQUET DES FÉES. 
Wragmtnt du premier chant d*un poème sur la BlLil 

AUX BOIS DOUMANT. ' 

Dahs ooe salle od brillaient tttx tropUes « 

On éleva le banquet solennel ; 

A ce baoquet , des plus puissantes U%$ 

Fnt appelé le cortège immortel. 

PoQT composer leur superbe parure « 

L^art épuisa sa magique imposture : 

Sur fours habits et parmi leurs chereux i 

Dfc àîamant étincelleût les îtn± ; 

Un fin tissu « dont k couleur fed&et 

Cet are changeant qui luit au front des cienx 9 

De chaque fée , en replis onduleùx , 

Presse la taille , et retombe aVêic graee. 

Uu seepive 4'«t ra jonne dans 4ettr hmûa t 

Sceptre puissaut , dont le charme 4iTia 

Tixf à son gré les floches du tonnent 9 



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$9 MERCURE DE FRANCE , 

Trouble les cieuz « les enfers et la terre «. 
Et des mortels commande le destin. 
Four les serrir la foule obéissant* 
A leurs côtés a déployé $e$ rangs « 
£t des yarlets la troupe leur présente 
Des mets exquis , des parfunu enivrans « 
De nps rergers la dépouille odorantf) , 
Et de nos bois les légers habitana , 
Tandis qu*au s^ d*uBe coupe briUaatt 
Coule un nectar que parfuma le tems. 
Parés ^es fleurs que le printems colore , 
^ Vingt ménestrels , animant sous leurs doigts 
Et la cithare et la harpe sonore , 
A leurs accords Yont mariant encore 
Las doifrz aooe»» d*une touchante rois r - 

« Ah ! quelle ciel veille sur ton enfance (*} , 
. » Fleuc^ beauté ^ ila. grâce et d*iBnocenoé ï 

3 Vois les plaisirs , le trône , ler honneurs , 
» De tes beaux jouis éclatans apanages ; 
3 Vois tes attraita, qu*entourent nos konamages , 
3 Sous ton empire enchainant tooB les coeura. 

9 Ah ! que le ciel , etc. , ete. 

• Un doux sourire , un regard de tes yeux , 
» Dans les tournois fixera la yiotoire ; 
3 A ton aspect., et d*amour et de gloire 
m Palpiteront les nobles fils des preux. 

9 Ah ! que le êiel > ete. , ete. 

3 Heureux celui qui , fier de tes couleurs, '« 

» Fier de ton^çhoi(^ .^ par de grands icoups de lance 

3 Dans les combats signalant sa raillance , 

3 Viendra t^offnr la ^almo des yainqueura) • 

3 Ah. ! que 1^ cUA , etc. , ete. ; . / . 

» Mais plus heureux , ô toi , serrant d^amour^ 
3 Dont $9s faveiurs couronneront la flamme ; 

I I lll lj l ' !■ ■ I*. ■ ■ I» — ■ I ■ » * Il ■ ■ 

(*) Ce ohant des ménestrels s^adrtsse k la prîneesse qui rient de 



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. JUILLET i8ia, .^ 

* HometlT à^toi , ^i de si noble dàn* ^ 

• Verra» «ordr ttnt de liéroi un joor I 

« AL! que le ciel , etc. , etc. » 

Des ménestrels telle fot la chanson ; 

Mais du soleil , qui par degrés s'abaisse , ' : 

Le clurr moins rif pendiait vers rhodzott , ' ' ' 

Quand thaque fée k la jeune -prîncesso 

De son amour ronhit laisser un don : 

Elle reçut les grâces en partage , 

Don préeieuz , et charmes du bel âge ; 

Ce doux regard , oe sourire enchanteur , 

Qui , «aptirant et Tesprit et le coeur , ^ ^ 

Dans toofl nos sens allume un feu rapide. 

A cet enfiint que le eiel protecteur 

Semblait courrir d'une immortelle égide , ■ 

LHme donna cette aimable rougeur , 

Cet «mbarras de la pudeur txHtide ; 

L'autre cet art brillant et séducteur , 

Cet art soumis aux lois de la cadence , 

£t qui , du corps déployant réléganee , 

A la beauté prête on attrait yainqoeur , 

Propre ^ dompter même IHndifKrenoe. 

Art de lÀani , dont 1» obarme autrefok 

Sut eatraiaer les roefaerr et les bois « 

EUe eut aussi ta magique futsiance. ... 

Ch. m. Fi , pro/isseur m* eolUg$ iê Tçurs» 

A.CYNTHIE. 
Traduction de Properç^, Livre I , El^git'a. 

A quoi bon , 6 Cynthie , étaler à nos jeux 
De tes ohereux dorés l'édifice orgueilleux? 
Pourquoi les inonder des parfums dé Syrie ? * 
Ouvrages £istueux de l'aide industrie , ' 
Que servent ces tbsus flot^s à plis- légers ? ' 
Paut-il ainsi te vendra ë des biens étrangers f 
Ah ! pourquoi , déguisant les dons de la nature , 
Payer d'un luxe vain k coïkpable imposture ? 

6a 



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KM MERdûRE DE FRANCE; 

Va , eroU^moi « ta beaaté ii*a pat besoin de lard. * 
Amour qui ra tout no iMât lei nuat da Tart* 
Vois oomme en liberté , sar le sein de la terra « 
Se balancent les fleurs et serpente le lierre. 
L*aibonsier croit pins beau dans les antres prelbadâ ; 
L*onde , à trarers nos prés , oonrt en flots Tagabonds ; 
Des eailloaz ^"U produit , TOcéa» peint ses lirast 
St le chant des oiseaux a des beautés nairee 
Que n*ofiriront jamaia las plus sarans aeaords. 
Ce n*est point par Tédat de somptueux dekeia 
Que Fhébé snr Castor mérita son «mpice ; 
I.*art , aux yeux de PoUux , n^ornaît point Télairab 
Pour des attraUs menteurs follement préranoi t 
\^t-on lutter , jadis • aux regards d^Erénns « 
Ijtê riraux dont sa fiUe dUuma la fuerella ? 
Frète à fuir sans retour la riTo pateneUa 
Sur le rapide cjiar d*un époux phrjg^ « 
La tendre Hippodamie à Tart n*emprunta rien } 
Mab de son jeunia front la oandeur naturelle 
Fourait le disputer aux ohefs-d*araTre d*Apdb. 
Ces beautés triomphaient saaâ un iksie imposteur « 
Et n*aTaient pour charmer que la simple pudeur. 
Tu n*as pas moins d^ttrahs, t mi^tressa adorée I 
Flaire à son seul amant « to*eat ètra^^uses pavée. 
Apollon de ses Ters fourre TAMoreux trésor ; 
Calliope en tes mains remet sa Ijre d*or ; 
Les Grâces t*ont donné leur séduisant langage ; 
Kt Mlnerre et Vénus t*aeoOrdent leur sui&age. 
Oui , tu dois aisnrer le ofiarma de ams jours ; 
Mail rejbté bien loin d*inntiles atours. 

J. F. Gh. fis SAZvtpAiCAinr. 

BOMANCE. 

Ltfirs, prlle*mol ta lumîèri 
Et ton rayon le plus brillant : 
De Cloris frappe la paupière , 
IVonble sétt.repoé un instant* 
Que de ramant le plus fiéèk' 
La ptrfide aàtande la rak ! 



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JUILLET i8it. ^ot 

Mon coMir irt c 'trattvport ràpjf»ell« « 
Mais o^ett pottt la darnièie fbii • 

Demain de ros«i eonronnée » 
Fiëre 4e tas rieliet atoars , 
BeraiH Taatel àBVhjmàti^ « 
Tu ras abjurer nos amonts 1 
Cet hymen ponrrait-îl te ftain? 
Ke sais-tn pas que son flambeau 
Berient la torohe funéraire 
Qui brûlera sur mon tombeau? 

Gorb, ta trois, dans Topulenoe , 
Couler des fours purs et sereins. 
Hélas f souvent dans le sQenoe , 
Tu diS^oreras tes cba j;riâs f 
Sur ta cbubbé où de TÂtibi^ , ^ 

Vont brûler les doubes odeurs , 
' Ta diras : Sans amour la yie 
ITest ^*an abimfe.dB.jlanlaBl»» . 

Tu songeras k oe bocagp^ , 
Qui fut témtiin de nos setoiens* 
C'est alorf qn^ ton, c^qMur.irDli^ 
SoulÇd^ d*Iiof nb^ tp^p^çj^ê I 
Tu maudiras, de 1» xiohmm^ 
L*éolat „ iiélas f trop.sédu^ux. 
En renonçant à la iaadjrpsso* 
Cims, pnrew)Mo.a^>0fJ|fai« 



tm^u% 



DtitM ftturs )e suis k piusMW^ 
Flore di*almé et )e Feifib^is. 
Je donne au teint semé de lis ' 
Une grtee toujours nouT^e. 
Ma douce odeur flatté lès sons « 

- Ha fbrme est agréable et ronde. 
A la naissanee du printema « 
Je fSûs les délices du inonde. 

«£ntr« deux globes xonssam 



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so% MERCURE DE FRANCE, 

Ma couleur plaît , sédoit , e&chante ; 

Que de désirs et de tourmens 

La place que )*occupe enfante t 

Mon éclat invite au larcin ; 

Mab j*ai rhumeur un peu farouc)ic : , 

Le téméiiiire qui me touch» 

Dans mon épine a son destin. 

*■■.',.■...■. ' *■ 

LOGDGRIPHE. 

Cinq pieds me suffisent , lecteur , 
fiPour^u^à tes yeux je fasse horreur^ 
Veux-tu me reformer ? ^lève-moi la tète ', 
Je suis le doux o^jet des rêves d*un poëie. , . 

. CHARADE. 

QiTÀND on se multiplie , cm en vaut dàYàutagv. 
Tel se divise' ea àtût ,' tel «utre en trôi^.' 
Pour un monàefift^angeons Tnèâge. ' 
Libre « sans doute , dans mtm choix , 
Je veux qu*en cinq on me partage. 
Le nombre impiiir-, dit-ob' ,^àsse'potir le plus sage. 

/ i, Sacthos d^àhwtà que chaque fois 
Que Ton £iit en latin le signe do la croix , 
■^ ' " ■ énk^ mon premier toujours on le commence • 
C*est la régie , nçn~n*en dispense. 
A ce premier pourtAit d<5n*)^M uâ^on français. 
Déjà par deux; des ^ians:à yj»s jeux jf p^aii^f 
Pour ce trait ideju» qomplaisanca , 
Vous me devez de la reconniMsance ; 

Un bon cœur.n^'j manque jamais s ■, . 
Car en faveur de voire intelligence ,. 
Cest , il me semble , une assez boaaeaFMieeh. 
Sachez aussi qu\à Técole , au palaia •■ ^ c. 
Point de dispute ou.g^ve ou ridicule^ ; 
Sans mon seton^*. VWf d|Ai Toti^jp^oditlc 



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JUILLET i8ia. loi 

RepaTait bk>ii troisitoe « et uni n^n est snrpm • t 

Vous s^rei bien ^aoor , peot«>è^ parVoD^mèn&e 9 
<ur ^oi , I» plus sourent , Its bieofaiti sont écrits : 
Eh bien ! précbëment, c*estlà mon quatrième. 
Ne TOUS donnez jamais le tort ^*a mon oin^èmtk 
S se dit de celai ^ , par mauTaise foi « 

Trompe chacun et se trompe soi-même. 
Pou? comj^oser mon tout , Totre esprit en émoi 
Vendrait dans on seul mot trouver un stratagème* 
Vont désirez sur-tout le tenir de moi-même ; 
Autrement 7ous craignez d*aller en désarroi. 
J*j coi^sens , pour finir rotre emBarras extrême. 
Après cela du moins , lecteur , derinez moi ; 
Vous n*j manquerez pas « e*est mon espoir suprême ; 
Iiidispensablement je tous en fais la loi. 

JovTNZATJ-DlSLOGls ( Foitiers ). 



Mois de FEm^KE , du Logogiofhb et de la CuAJiADB 
insérés dans le dernier Numéro* 

Le mot de l'Enigme est la lettre ^. 

Cdni du Logogrrpke est Aintosphiife , dans lequel on trourrs 
hiros f Mfmvt, Erasm€y pré , mort , Rontêf Panne , rosée f hêtre , 
erme ^ reps , paie , sot y port , Est , Pmrthes , mer > Thor , sept , ir^. 
Perse , Som , morse , raS, pat , mat , Ops , astre , Eté, thé , ph^e, 
Mraio ^ arôme > péite. Tempe, rose > ffermif, hms > epsom > marKx 
^er , rame, ah, être tt arts. 

Mm dô \m ChMrwé$ 9$t Ckarbort. 



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LITTÉRATURE ET BEAUX-ARTS. 

Eloges DE Madame Geoffrin /contemporaikà de Madams 
DU DsFFAND ; par MM. Moreixet , I'homàs et d'Alem- 
BERT ; suivis de lettres de M*"* Geoïtrin et h M"* 
Geoffrik , et d'un Essai sur la Conversatioo « etc. ; 
par M. Moreixet^ — A Paris ^ chez Jï. it^icolk, lib,, 
me de Seine, 

Trois écrivains distingués , Thomas , d'Alembert et 
M. Morellet , tous trois amis de M"** Geoffrin , ont 
rendu un hommage public à sa mémoire , et cherché , 
par là , à payer la dette de leur cœur. Quoique le même 
sentiment les ait inspirés , celui d'une amitié tendre et 
d*une vive reconnaissance , on peut cependant remar-* 
quer de» différences dans la manière dont chacun d'eux 
l'a exprimé. L'Eloge de M"** Gepffrin , par Thomas, 
est empreint , quoique plus légèrement qu^ ses autres 
ouvrages ; de cette exaltaliçm qui semble iivoir été^l'im 
dos principaux traita de son caractère., et la Murce des 
i>eauté8 ainsi que des défais qu'on a remarqués dans ses 
écrils. La noblesse d'ame de Thomas ne permet pas àe 
douter qu'il n'ait été sincèrement affeclé de la perte d'une 
bienfaitrice et d'une amie , que son affliction n'ait été 
profonde et vraie. Cette justice que chacun est prêt k 
lui. rendre , d*après le témoignage constant des con<» 
temporains , on serait presque tenté de la lui refuser , 
après avoir lu son Eloge de M"^* Geoffrin ; tant sa douleur 

Îarait étudiée! tant l'orateur se montre où l'on s^attendait 
ne trouver que Tami ! Peut-être n'a^t-il pas cherché à 
y mettre tant d'art ; mais l'art s'y est mis , en quelque 
sorte , malgré lui ; comme on voit quelquefois , dans le 
monde , des gens qui se sont fait une habitude du lan- 
gage élevé et soutenu , ne pouvoir plus dire simplement 
les choses simples, et par cet apprêt qulls mettent à liiul 



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KIERCURE DE FRANCE , JtJBLLET i8ia. idS 

te qu*ils élisent , priver lèurâ discours du charmé de la 
franchise et du laatareh 

'Thomas, avec quelque fidélHé qu*îl ait recueilli les 
traits les plus caractéristiques de M*^ Geoffrin , a plutôt 
fait uu tableau qu'un portrait. Il y a plus d'idéal dans sa 
peinture : il y a plus de ressemblance dans les deux 
autres , parce que les peintres ont légèrement indiqué 
quelques imperfections du modèle , et que ces imper- 
fections constituent quelquefois la ressemblance. Cet 
éloge de Thomas devait trouver et a' trouvé en eflfet des 
critiques plus sévères que nous , et sur-tout moins dis- 
posés à rendre justice aux nobles intentions du pané- 
gyriste ; c'est à eux qu'il s'adresse en terminant : 

tf Si quelqu'un de ceux que toute louange importune 
^ et qui ont le triste et malheureux talent d'exercer une 
» censure froide et cruelle, voulait blâmer ce juste hom- 
te mage , ah ! que au moins il pardonne à l'amitié : qull 
» pardonne à la reconnaissance, et qu'il soit encore 
ï» permis de verser une larme sur la tombe de ceux dpnt 
fc on a respecté et chéri les vertus !» 

Nous croyons nous être mis suffisamment à cou^^ert 
d'un parteil reproche. 

L*éloge de M™ Geoffrin par d'Alembert se comjpose 
de deux tettrea & Condorcet , lettres dans lesquelles il 
sérnble avoir plutôt cherché à épancher sa douleur qu'à 
peindre l'amie qu'il pleurait déjà depuis deux ans. Elles 
ont un caractère de mélancolie et de. sensibilité Cail pouir 
étonner ceux qui ne connaissent d'Alembert et n'ont 
appris à le juger que sur le rapport d^ quelques écrivains 
de nos jours. Ils poun-ont être surpris qu'un homme 
qu'on leur a peint comme un séc et froid bel esprit i asse^ 
bon géomètre d'ailleurs , ait écrit le morceau que npu» 
allons citer. Il fkût se rappeler qu'avant la perte de M*^ 
'CeoflVin il en avait fait une autre non moins douloif- 
Yeuse , dàhs la^personne de M'*' de l'Espinasse. 

« Hélas! dit-il, j'ai vu périr dans t'espace d'une année 
'» les deux persoiines qui m'étaient les plus chère^ ; et 
» j'étais as^ea heureux pour que ces deux personnels 

9 iVunassent tendrement Que me 

' i Mte^t-il dani ia^ofitlide où ûion.cœur se trouve , que 



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ia6 l/imcmE DE FAA^(MS> 

1^ de penser à elles et de les pleurer ? La nature qui nour 
» a fait naître pour la douleur et pour les larmes , noua 
» a fait dans notre ni^heur deux tristes présens dont la 
» plupart des hommes ne se doutent ^uëres : la mort f 
» pour yoir finir les maux qui nous tourmentent y.et la 
» mélancolie , pour nous aider à supporter la vie dans 
p les maux qui nous flétrissent. Le cœur encore tout 
» plein de la première perte que je valais de faire , j allair 
V Wir tous les jours M™** Geoffrin et m'affliger auprès 
p d'elle et avec elle. Son amitié m^écoutait et me soula^ 
>> geaitj ce bien qui m'était si nécessaire et si cher , m'a 
» été enlevé peu de tems après jet, au milieu de ces 
» sociéjés qui ne sont que le remplissage delà vie, je 
p Qe.puis plus parier à personne oui m'entende. Je pas^ 
» sais toutes les soirées chez Tamie que j'avais perdue , 
w et: toutes mes matinées . avec celle qui me restait en- 
>> core. Je ne Tai plus : et il ny a plus pour moi ni soir^ 
» riin^atin.» 

Les deux lettres sont presque entièrement écrites avec 
cet abandon et cet accent de la douleur. Au regret d'avoir 
perdu une bienfaitrice et une amie , se joignait celui de^ 
n'avoir pu assister à ses derniers momens. On sait qu& 
M""* de La Ferté-Imbault , fille de M"** (îeoffrin , par ua 
excès de zèle religieux , ne voulut pas que d'Alembdrt 
approchât de sa mère, quand elle eût reçu les sacremensj 
comme s'il eût dû blâmer M™* Geoffrin d'avoir appelé 
auprès d'elle les secours de la religion! comme s'il n'eût 
cherché , au chevet du lit d'une fçmme mourante , qu'|i 
Ja tourmenter par les doutes de l'incrédulité ! On ne lui 
^e/ivia pas du moins là triste consolation d'accompagner 
jion cercueil et de lui rendre les derniers devoirs. Il 
»*étdrine, au surplus et avec raison., d'avoir été presque 
seul, avec MM. Tliomas et Morellet , au convoi d'une 
Jfemra'e qui avait eu tant d'amis. On du{ croire que quel- 
ques-uns d'entre eux «vaient pris trop U la lettre ce 
^qu'ellç disait en faveur des ingrats. 

Des trois éfoges de M™® Geoffrin , lé meilleur sans 
^contredit est celui qu'a fait M. Morellet. « Je la pein- 
w drai , dit-îl en commençant , avec simplicité , pour Fa 
» peindre à sa manière j et avec vérité , parce que je la 



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JUILLET i8i^- Î05 

» peindrai d*aprës elle-même ; c'est-^dke , d*après ses 
» conversations^, d'après ses lettres et sur-tout daprës 
)» ses actions. » Ôh voit assez qull ne s'agit pas ici d'une 
de ces brillantes esquisses , appelées improprement du 
nom de portraits, et qui furent long'-teâis à la mode sous 
le siècle de Louis iJ^IV,^^ même daijs le dernier siècle j 
esquisses où Von. ne s'attachait gtiéres qu'à saisir un bu 
deux traits saillans d'un caractère , et dont on aurait cru 
que le principal objet était de plaire au modèle , si elles 
n'en avaient eu un. autre au moins aussi apparent , celui 
de faire briller le talent du, peintre. Ce n'est pas 'là ce 
que s'est proposé M. îiiorellet ; il a voulu faire un por- 
trait dont la ressemblance fût attestée par lés contempo- 
rains et qui passâ!àlêt|)û^térité avec cette garantie. On 
retrouve dans l'exécution Jes qualités qui distinguent se^ 
autres ouvrages , ^ ferç^ièté , îa franchise et une élégante 
simplicité. On lé iroît'sahs |iéîrté Ijorsqil'il dit : « Çii^îl 
» s'est défendu pWsd'linV fois. d'expirimet' les mouvemens 
j> de sensibilité cjViô féi^çïilâit dans, ^ri'anie le subvenir 
i> des vertus de M*** (Jeoffrin et dé ses bontés pour lui; 
» qu'il a craint dp ëe lâwier aller ii Wxigèratiôn , ou sim- 
» pleincnt Àé pai*attré ekigéré. « » » • 
Les " " 




>oàr j^inutiléi à^fëii^e bonnaitl-ef. Là ^ïîtfcipale 

publication r^ceh|e'dés Leltrés dèMaHam^ du Deffànd\. 

côiitèuiporaîné dé M***'G^offrin ;^( M^iifloins céîcbfe , 

dans le derniet siècle 'j par son èijirit ét'fes relations 

iyiiptçs W^unlè^^ .M. Morellet, dan* 

.\in avertissjBmeht eh lêie du r'èGueîf ', fiiit voir comment : 

* ifCes deux femiiies , entiée's dans lé* monde à là même 

*»' époque /y ont c6ui;u une c'arrière' ^-pbù-près sembla- 

» bîè, poursuivi lé méhie bu^ , la "considération et ime. 

» sorte de célébpl^, et employé lès^mëines hioyens pour 

j) y parvenir , lé commerce aveé les gens ' du monde et 

» Tes hommes, de leftVes, une bonne maison et Içs agré-?^ 

'»inëns de U'dcm^^ersatidn. rt ' ' 

On poutiià frôùVcJlf'îîtiguliêi" dé vo\x une bonne niàiéon 

mise au nombre des moyens de parvenir à la coriéidé'- 

ràtion et à la cé^jébrit^iriil faut bien croire que cela était 



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io8 MERCURE DE FRANCE, 

▼rai alors. On sait qu^ lépitrè de Voltaire au présidettt 
Hénault, qui commence maintenant par 

Voua, qui 4e la ohpnologid 
Ares rÂfonné les erreurs , 

'commençait autrefois par ces àtux Ters : 

Hâsaolt tja/nwuxpar p^ soupers 
Et per yptre cliroDolog^e, 

'. , TUnk femme de beaucoup d'esprit et Jun beaucoup 
plus grand noijn que M™*' Geoffrin et du Deffand, n'a pas 
joui d'une aussi grande célébrité , sans doute parce qu'oâ 
disait de sa maison : qu'on y mourait de froid ^ de fiiim 
et dé rire. ' . 

. M. Morellet , après avpii^ établi les ressemblances qu*oht 
eues entre elles M*"** Geoffrin et dû Deffand , montre en 
.quoi elles ont différé, et termiA^^î^i ce, parallèle: 

i( La première a laissé une mémoire chérie et ret- 
.» pectée j une réputation bien établiede bonté et de bien- 
\ f^isanCe; elle a été. regrettée de tous ceux qui Tbnt 
» connue , et pleiirée de /peux qui ont eu avec elle unp 
^ plus étroite liaison» ' 

.^ » La seconde a été regardée de son vivant i sinon 
» cAmme m^cbante, qualification piéut-étre trop duré ^ 
« au nxoins comme dominée par un/esprit do dénigré;- 
\n mjant et de malignité, que la publication de'ses Lettres, 
,)» après sa moi:t , a conàrmé parfaitement. » 

Il n'est personne qui ne soiispriye à ce jugemenf* 
M. Môrellet prend occasion des Léftrès de M*^ du Def- 
fand , pour examiner quelques-uns, de ^es jugemens sûr 
les hommes qui ont le plus illustré le siècle dernier ^ en 
.faire voir l'inconséquence , l'injustice et quelquefois Fab- 
jsurdité. On reconnaît à cette vigoureuse défense l'homme 
qui s*est tenu si constamment sur la brèche, dans^Ies 
assauts livrés, depuis quelques années , à èe malheureux 
di ^-huitième siècle , fécrivain dont les efforts n'ont pi^s 
,peu contribué à repousser lennemi , et qui pourra aiire 
^un joi^r comme Mithridate y 

Et metldernlers tegardt ont m-foir ki EosMÛat « 



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JUILLET i8ia. 109 

Les éloges de M^ GeofiBn'n sont suivis de deux mor- 
ceaux ; Fun , jus(|u'à présent ioéciit , sur la conversation; 
Fautre , sur Tespnt de contiadiction ; tous deux de M. Mo- 
rellet. Le premier a déjà fourni des notes piquantes au 
poème de M. Delill« sur la conversation^ et le poëme dcf 
aL Delille donne à son tour un intérêt particulier au 
petit traité de M. Morellet. On ne compare pas sans 
plaisir, et en même tems sans utilité, Touvrage d'un écri- 
vain philosophe et celui d'uti grand poète sur le même 
sujet. Les yeux un peu éblouis des couleurs brillantes du 
poëme j se reposent agréablement sur un morceau de 
prose f production d*un éclat moins vif, et dont une 
raison ornée fait le principal mérite. Tous deux seront 
utiles , en nous apprenant à connaître ce qui distingue 
les bonnes conversations des mauvaises , et lèveront la 
difficulté que Pascal , toujours un peu désespérant, trou- 
vait à ce genre d*amusement. «i On se forme , avait-il dit, 
» Tesprit et le sentiment par les conversations. Ainsi le9 
» bonnes ou les mauvaises le forment ou le gâtent. Il 
» importe donc de bien savoir choisir pour se le former 
i> et ne point le gâter ; et on ne saurait faire ce choix, si 
» on ne Ta déjà formé et point gâté. Ainsi, cela fait un 
n cercle d*oùbien heureux sont ceux qui sortent. » Grace^ 
aux deux ouvrages que nous venons de citer et à celui 
de M°^ de Yannoz , ou'il serait injuste de ne pas rappeler 
ici , noua avons une théorie complète de la conversation; 
et ceux qui choisiront mal , ne pourront s'en prtodre 
qu'à eux-mêmes. 

Un écrit de Swift sur le même sujet a fourni à M. Mo- 
rellet quelques idées ; il a complété le plan que Fauteur 
anglais n'avait qu'ébauché. Nous ne le suivrons pas dans 
le détail des onze vices principaux qui , suivant lui^ 
gâtent la conversation. Il sera plus agréable à nos lec- 
teurs de connaître ce que dit Fauteur de la conversation 
générale, c'est-à-dire , de celle à laquelle chacun peut 
contribuer de son esprit et de ses lumières. 

tt Elle a , dit-il , cet avantage , qu'çn éveillant et sou- 
D tenant l'attention de tous les assistans , elle tire de cha- 
n cun d'eux une contribution à la dépense et aux jouis-* 
i» sauces communes. Elle aide, facilite et rend plus fécond 



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4i6 MERCURE DE FRANCE,- 

» le fravaiV de celui qui fait les premiers frais. Souvent 
n celui qui parle , n'a qu une idée incomplète dont il nV 
)> pas suivi le développement, un principe dont il n'a pas 
ii tiré toutes les conséquences. S*il f énonce en société, 
w quelqu'un des asàisians en sera frappé; il en apercevra 
j> la liaison avec quelqu'une de ses idées ; il les rappro- 
» cherâ. Ce rapprochement excite'à son tour le premier 
» inventeur qui voit qu'on peut ajouter à ses premières 
avues; et chacun contribuant à accroître ce premier 
S) fonds , il deviendra bientôt riche de la commune con^ 
V) tribution •.- . . 

ï> La conversation est un genre d'entreprise dans la- 
I) quelle le capital d'un seul parlrcùlîer est soUveiït trop 
i) faible pour exploiter utilement le fonds. Dans la con- 
» versalion générale, le capital est plus considérable en 
V» raison du plus grand nombre d actionnaires, n 

Au choix de cette comparaison àîaquelle l'auteur parait 
se complaire, et qui rend d ailleurs son idée avec autant 
de finesse que d'exactitude , on devinerait , si la chose 
n'était pas déjà si connue , que M. Morellet a fait de 
réconomie politique , et de |a science du commerce-, un» 
des principales éludes de sa vie. On regrette toutefois , 
qu'après avoir fait valoir tous les avantages de la conver- 
sation générale , il n'ait riçn trouvé à dire en faveur de 
la conversation particulière ou de la causerie. Un corn- 
jpatriote de Swift, l'un des auteurs du Spectateur, préfère 
de beaucoup celle-ci. à l'autre. « Combien, dit-il, la 
» conversation est plus instructive et plus franche entre 
I) deux amis , qui n'ont rien de caché l'un pour l'autre ! 
» Alors un homme donne l'essor à tout ce qui lui vient 
>) dans l'esprit ; il découvre ses pensées les plus secrètes 
)i à l'égard des personnes ou des choses, et soumet, pour 
» ainsi dire , son coeur à l'examen de son ami. » 

On pourrait, à quelques passages de TEssai sur la con- 
versation, assigner à-peu-près Vépoque où l'auteur l'écri- 
vait; époqpe déjà assez éloignée de nous. Telle est cette 
phrase dans laquelle il parle des Dames u qui sont si 
I) savantes aujoatrPhui sur la distinction des formes de 
» jçouvemement , le droit de représentation , etc. etc. »> 
Oa peut assurer, sans craindre d'être démenti, que 



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dUILLET tôtai ' îit 

nos femmes'saVaîttéis ënce genre mettent maintenaût 'au-« 
faht d'adressé à Cacher leur érudition , qu'elles prit pè 
'mettre d'empressénrent à la nàontrer dans le tems dont 
parie M. Morellet. Quant à celles qui n'ont jamais étudia 
tes graves maliferes., il est encore plus certain qu'elles 
chérissent leur ignorance et ne cherchent point à en 
,*«oftîr. 

Nous ferons une autre observation sur ce que dît, une 
page plus loin, M. Morellet, concernant la prétention ife 
savoir ce qu'on n'a pas appris , défaut plus commun à 
notre nation qu'h aucune autre , et qni lut semble encore 
empiré depuis Tépôque de la révolution. Il se plaint à ce 
sujet de t esprit de liberté qu'on a uoulu nous donner ; 
et auquel il attribue cette assurance, cette audace, ce 
mépris des bienséances établies , cet oubli des égards dûs 
û Page et au savoir, enfin cette disposition à dominer dans 
là cont^rsation , dont quelques jeunes gens donnent' eh 
effet le fâcheux spectacle. Mais ces défauts qu'on leur 
reproche, n'ontiis pas toujours été ceux de la jeunesse? 
Ne doit-on pas se tenir en garde contre ces éternelles 
critiques du tems présent? Et M. Morellet ne se montre-t- 
îl pas censeur un peu trop sévère des jeunes gens?' 

Csnsor oasiigator^uû mincrutn, , 

• Quant à Vesprit de liberté ^ le mal, s'il existe, vient de 
plus haut; et les jeunes gens pourraient en accuser leurs 
pères. Pour eil trouver la soUrce , il faudrait peut-être 
remOBter jusquà l'époque de ce rnow^ement général des 
esprits qui a marqué le dix- huitième' siècle , époque dont 
ML Morelieta fait tme fort belle peintwe dans son éloge 
de Marmontel. Mais ce qui Vatfdi-ait* peut-être mieux, 
'et serait d'assigner à cette excessive pi^somption de notre 
jeunesse sa féritaMe^ cause ;' savcrir, le défaut absolu 
d'édacatîon pendant plusieurs annëes , t)u les institutions 
^ciéuses par le^qo^tés on a cru y:»suppléer; 
' Le petittraité^smrl^pnt de- contradiction , qui termine 
ie recueil, est , eil> Quelque sorte, unet émanation du 
4ndtéiprëcédenty puisqu'au nombre des^ vices qui gâtent 
la conversatioxiet ^ sigi^de 14«,Morpttel, il placé ht 
contradiction/ : 4. ; ' 



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(19 MERCIERE DE FRANCE, 

., By a on* esprit de contradictipa .qui pourrait passif 
pour un vice d'organisation. Le contradicteur par ^a^urt 
idsi celui que définissait M. Pautrep : un homme qui aimç 
mieux la pluie que le beau tems ; et qui , entçfidantçhAntef 
}e; rossignol , dit : ah! la vilaine bêle ! Mais une plaisanf 
jterie n'est pas une définition. L'esprit de contradiction « 
suivant M. Morellet, «est, dans Thomme, une su te 
» nécessaire Me son activité et de son amour pour la 
» liberté. » 

La jolie comédie de Dufresny intitulée: PEsprit de 
Contradiction , offre plusieurs traits dont la justesse était 
dé)à sentie , mais sera encore mieux apprécié après la 
lecture de Touvrage de M. Morellet. « Pour ne parler 
4« que des femmes, dit celui-ci, leur faiblesse naturelle 
j> et celle où les lois les réduisent , les exposent davantage 
>\ à être subjuguées , et elles s en défendent avec plus de 
ji soin. » Ne reconnait-on pas la vérité de cette obser^ 
va^on dans la pièce de Dufresny , lorsque M™* Oronte 
soupçonnant que le mariage d*Angélique et de M. Thi«» 
baudois est concerté. avec son mari , s'écrie, furieuse: 
f( Vouloir me trahir ! m'exposer à faire la volonté d'ua 
») mari ! » 

« Proposez, dit encore M. Morellet, proposez à une 
fi femme à vapeurs le choix de deux promenades , de 
»' deujt lectures , de deux parures , vùw$ la verrez suspen- 
»due, indécise, des heures entières. Voulez-vous la 
»%\ décider promptement et sûrement , pariez en favjtur de 
n Tun des deux partis: elle prendk^ l'autre aussitôt et f 
p tiendra avec obstination. » 

N'est-ce pas encore là le système du jardmier Lucas , 
dans la comédie de Dufresny? 

' « Je dis don , moi , que la volontii de vot famé eat 
» comme une giroite qui voudrait toujoucs se tourner à 
» rencontre du vent. Faut don faire satibUmt qiielevent 
» vient d'aval , pour qu*a tourne d'ajnon. Oh I l'y a deux 
D vents qui soufHont su M^^ Angélique-, monsieur d'un 
» côté , et ce Valère de Tautre. G'na don xpi'à dire à votfc 
» famé, que c'est Valère que nous vpulons et » no«a 
1» baillera sliçi par opposite: via ma aenteiice« rn 

L'Essai sur Tesprit de contradiction ^, donné liia k 



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JUILLET i8i!>. 

Hts observations cntiques de M. le cardinal de 6 
qui sont imprimées à la suite de TËssai , et comi: 
par ces mots: « Un. homme d'esprit, grand par 
» la liberté, et qui ne hait pas la dispute, prctoa 
Cest ce que nous y avons trouvé de plus juste. 



.Etat actuel de la Turquie , ou Description de la cons' 
iitution politique , cwile et religieuse , du gouîfernement 
et des lois de t Empire ottoman , des financés y des éfa^ 
blissemens militaires de terre et de mer, des sciences ^ 
des arts libéraux et mécaniques , des mœurs , des usages 
et de /^économie domestique des Turcs , et autres sujets 
du Grand'Seigheur, auquel on a ajouté Tétat géogra- 
phique , civil et politique des principautés de la Mol* 
davie et de la Valachie , etc. ; par Th. Thorwton , 
traduit de l'anglais sur la seconde édition. --^ Deux 
vol. in-8^. — Prix , 12 fr. , et i5 fr. 5o c. franc de 
port. — A Paris , chez /. G. Dentu , împr.-libraire , 
rue du Pont-de-Lodi , n** 3 , et au Palais -Royal, 
galeries de bois , n^' a65 et a6(i. 

« If. serait injuste* d'exîger d'un homme livré tout 
» entier à ses occupations et écrivant à la hâte , cette 
ji élégance de style que je ne pourrais acquérir quand 
» hieu même j'en aurais le loisir; mais je me console 
n dans ridée que ma conscience njB me reproche aucun 
)) mensonge , et c'est ce qu'on doit chercher dans une 
» narration telle que celle-ci. » Ainsi ^'exprimait Busbec 
en commençant la première de ces lettres si justemenit 
estimées, où, dans un très-petit espace, jla su nous offrit 
et ce que les mœurs , leshabi^tudes , la religion des Turcs 
fini de plus singulier , et ce quil est le plus utile de con- 
naître touchant le système de politique adopté par cette 
tjation. Ainsi s'exprime aussi M . Thoniton quia pris pout 
^igraphe ce passage de ce célèbre diplomate. L'amour 
dfe la vérité , le désir de rectifier une foule d'erreurs coif- 
>acrées par le tems et semées dans les écrits d'àliteura 
honorablement connus ;, de faire jouir le public d'obser^ 

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1x4 MERCURE DE FKANCE, 

vations faites pendant un séjour de quinze ans sur \ei 
lieux dont il nous entretient , I ont porté à mettre au 
jour ce nouvd i'iat de la Turquie. Si Ton était obligé 
de prendre à la lettre les expressions des auteurs, son 
ouvrage serait parfait , et dans le cas où il s'y serait 
glissé c|^uelques fautes, on devrait Texcuser, car il aurait 
pris tous les moyens possibles pour les éviter. Laissons- 
le parler lui-même. « Une résidence dequatorze ans dans 
a) la factorerie anglaise de Constantinople , et d'environ 
)) quinze mois à Odessa sur les côtes de lamer Noire; des 
j> excursions faites dans les provinces de VÂsie mineure 
)) et les îles de TArchipel ; une liaison étroite avec les 
ji ministres étrangers les plus respectables , et leurs in- 
» terprétes ; un loisir long et toujours employé ; enfin , 
)) une connaissance des langues du pays, suffisante pour 
)> fournir aux conversations ordinaires , m'ont procuré 
j> les occasions de faire des observations nouvelles , el 
» m'ont mis en état de distinguer avec plus d'exactitude 
N que le lecteur sans expérience , ce qui est réel de ce 
A qui est imaginaire dans les relations des auteurs qui 
n m'ont précédé. 

» J'ai lu les ouvrages des voyageurs précé- 

i> dens qui, en m'indiquent les objets dignes d'une plus 
^> grande attention , ont abrégé mon travail. J'ai choisi 
n dans leurs écrits les remarques que j'ai trouvées en 
^> rapport parfait avec le modèle original , et après ea 
» avoir ainsi vérifié l'exactitude, je les ai thésaurisées dans 
j> mon esprit , et je les ai considérées comme un bien 
.}) légitime, ajouté au fonds de mes propres connaissances. 
4) Ne tenant à aucun système , n'ayant à défendre aucune 
j) hypothèse , et n'étant influencé ni par l'affection , ni 
» par Fanimosité , je me suis contenté d'accumuler des 
I) observations et d'amasser des idées. » Certes, il est peu 
.d'auteurs qui puissent s'exprimer ainsi avec vérité , et 
4)ffrir des titres aussi imposans à la confiance du public ^ 
et dès que nous avons la certitude que M. Thornton n'ft 
rien avancé qui ne soit exact , nous ne saurions donner 
trop d'attention à son ouvrage; car, il faut l'avouer, le ~ 
caractère des Turcs est un problème qui ne peut se ré* 
foudre qu'avec le lems et au moyen de la téflexion , et 



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JUILLET i8ia. ij5 

c'est ce qui a manqué à la plupart de ceux qui ont essayé 
de nous le tracer. 

VEtat actuel de la Turquie st divise en une introduc^ 
tion^ neuf chapitres et un appendice. L'introduction 
présente le tableau historique de la dynastie ottomane. 
Le premier chapitre nous donne un aperçu général des 
mœurs , des arts et du gouvernement des Turcs ; le 
second faitconnaitre la constitution de FËmpire ottoman; 
le troisième traite de Tadministration , des lois civiles et 
criminelles; le quatrième, des forces militaires des Otto- 
mans; le cinquième est consacré aux finances de TEm^ 
pire; le sixième , qu'on peut regarder comme le complé- 
ment de la partie politique de ce nouvel Etat d un Empire 
jadis si formidable , donne des vues très-justes sur les 
causes de sa grandeur et de sa décadence. Dans les deux 
chapitres suivans , M. Thornton nous fait conuaitre les 
mœurs , les coutumes , les usages , la religion de cette 
Bationy et nous instruit de l'économie domestique et de 
tout ce qui concerne les femmes. Peut-être on pourrait 
}gil faire un reproche de n'avoir pas réuni dans un même 
chapitre ce qui a rapport aux mœurs et aux femmes ; 
mais là, leur sort diffère tellement de celui dentelles jouis- 
sent parm^ nous , qu'il fallait absolument séparer ici' ce 
qw partout ailleurs devrait être réuni. Le neuvième cha- 
pitre traite de la Moldavie et de la Valachie. Quant à 
l'appendice , il serait assez difficile d'en déterminer le 
contenu , et dé" préciser ce que l'auteur a voulu nous y 
apprendre. : Nous croyons cependant que son intention 
a été de l'ectiâer les erreurs qu'il prétend trouver dans 
les savans qui ont voulu déterminer les limites de Tan- 
cienue Byzance ; mais comme quelquefois ses exprès* 
aions sont emphatiques , il est permis de douter du but 
qu'il s'est proposé. 

Tel est en abrégé le contenu de ce nouvel Etat de la 
Turquie. On. a déjà appris de M. Thornton qu'il a résidé 
quinze ans dans cet Empire. Nous ajouterons qu'il a 
puisé dans les meilleures sources. Ainsi il a mis à con- 
tribution , pour l'histoire , Knolles , Rycault et Mignot ; 
Jour la politique et le caractère des Turcs, Busbec; pour 
I religion , M. Monradgea d'Ohsson ; pour les forces 

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lift MERCURE DE ÊRANCE, 

militaires ^ le comte de Marsigti ; poor la Moldatié et la 
Valachie , un ouvrage publié en italien à Naples, et peu 
connu en France , les observations de Baiir et rhistoirie 
de Carra , etc. M. Thomton , à la vérité , cnti<iue ceux 
qu'il cite le plus fréquemment , et oppose ses propres 
observations aux leurs. Â-t-il toujours raison? Cest ce 
que le tems seul peut nous apprendre. Gardons-nous de 
prévenir le jugement de ce tribunal sévère, mais juste, 
et bornons-nous h remarquer que ses observations ont 
obtenu le suffrage des honunes éclairés , et ont été fré* 
quemment employées par le savant éditeur de la Géogra-' 
phte de Pinkerton et le rédacteur du Précis de la Géo- 
graphie universelle* 

Après nous être occupé de M. Thornton» nous devons 
entretenir aussi nos lecteurs de son traducteur. Une 
préface de Téditeur nous apprend que c est an officier 
français qui a cru ne pouvoir mieux employer ses Icûsira 
qu'à taire passer dans notre langue un ouvrage jastement 
estimé , qui a eu deux éditions consécutives en Angle* 
' ten-e et a é(é traduit en allemand. Nous devons lui savoir 
gré de son intention , et lui accorder sous ce rapport 
rindulgence dont il a besoin pour son style qui présente: 
quelques anglicismes. Si c'est un reproche à lui faire, 
comme écrivain , c'est en même tema une espèce de 
garant de la fidélité qu*il a mise dans sa traductîoa« Or , 
l'exactitude est le premier mérite d\in traducteur. . 

N'oublions pas de dire que cette traduction a été reviate 
avec soin par un orientaliste , dont le nom ne ncnis es4 
pas connu , qui a vérifié la plupart des citations , et cor<K 
rigé les noms turcs , arabes et persans qu'on rencontre 
daas le texte. Sous ce point de vue , cette traduction 
remporte, de beaucoup sur Voriginal môme et sur la tra-^ 
duction allemande , et est un véritable service rendu ans 
Français ainsi qu'aux étrangers. 0« 



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JUILLET i8ii. 117 

Hxtruit du rapport sur les travaux de la classe d'kià' 
• foire et de littérature ancienne de l'Institut , fait par 

M. GiKGUENÉ, Pun de ses membres, dans sa séance 

publique, le vendredi 3 Juillet 1Ô12. 

(suite. — Foyff<5 /e rf^/7ii>r N*. ) 

M. le çomle LaDJiiiDai3 conliDue le ^rand travail qu'il a 
comxneacé sur la langue sanskrit. Il s*est propose , dans 
uo nouveau mémoire , d'examiner les alphabets et les écri- 
tures indotis de celle langue , d'expliquer lout ce qui 
regarde ces alphabets et ces écritures , de comparer ces 
alphabets aux alphabets de l'Asie et de l'Europe , et enfip 
de recueillir sur l'es ëcrilures tant du nord que du midi do 
l'Inde y toutes les notions historiques et critiques qui peu- 
vent en donner une idée juste et «in fociliter l'élude. 

Un voyageur célèbre , associé étranger de la Classe des 
rscteoces mathématiques et physiques , mais que l'étendue 
et la variété d^ ses connaissances mettent en rapport avec 
4Qutes les Classes d^ l'Institut , M. le baron de Humboldt 
,a lu , dans deux de nos séances , un mémoire sur un relief 
en basalte représentant le Calendrier mexicain. Ce mémoiro 
est un des morceaux les plus inléressans du grand et bel 
ouvrage dont l'auteur semble s'élre dit , en comnaençant 
.ses voyages ; Je m'arrêterai daus le p^ys oCi les sciences,, 
la philosophie et les lettres seront lu plus en honneur ; 
j'écrirai chez le peuple parmi lequel je trouverai le plus 
.d'hommes ^vec qui je puisse établir uu utile échange de 
-lumières^ j'emploierai la langue du ptMipIe dont l'idiôme 
, m'assurera le mieux que je serai entendu de tout le monde. 
Il serait impossible de donner ici une idée de cet impor- 
tait mémoire. Ni l'étendue de .l'ouvrage; ni la difficulté 
de la matière ne le permettent. Ce qu'il contient peutrctre 
de plus curieux est uo rapprochement aussi frappant que 
Juste entre le zodiaque mexicain et les dilTérens zodiaques 
de rinde , de la Tartnrie et duThibet. Si l'on observe quel- 
ques diGférence>s dans le nombre des signes et dans l'ordre 
de leur succession , l'auteur allègue plusieurs raisons qui 
. peuvent avoir occasionné ces variations peu considérables. 
«< D'ailleurs » ajoute»t-il , elles pourraient n'être qu'appa-* 
rentes. Il se pourrait qu'elles nous parussent réelles ; parc» 
gue OQUS nro pouvons comparer le Calendrier cnexicaia 



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ii8 MERCURE DE FRANCE, 

qu'aux,, cycles que nous trouvons maintenant chez lea 
Tarlarcs et les Thlbélains , et que ces cycles peuvent avoic 
éprouvé eux-mêmes des changemens. Peut-être en par- 
courant le plateau de l'Asie centrale , «n examinant pin' 
attentivement les restes de civilisation conservés parmi les 
peuplés qui l'habitent , les voyageurs dé«ouvriront-ils ua 
}our cette même série de signes que renferme le zodiaque 
«les Mexicains, n Après tout ce<]ue M. de Humboldt a déjà 
fait par amour pour les sciences , les amis des lumières 9 
«n le vojant dans toute la force de l'âge et dans toute Far- 
deur de son courage et de son zèle, ne peuvent-ils pas se, 
flatter de voir ici , pour un avenir prochain , l'annonce 
d'une mission nouvelle dont il viendra rapporter et publier 
ail milieu de nous les savans résultats, comme il fait au- 
jourd'hui ceux de la première ? 

Un de nos poètes a dit aux astronomes :^ 

Qu*a11ez-vous faire dans les oîeuz ? 
Les malheureux sont sur la terre. 

M. 1« comte Grégoire semble avoir ces deux vers présens 
à l'esprit dans toutes ses recherches. Après en avoir fait 
précéaemment sur différentes classes d'hommes maltrai-' 
tées , dans nos sociétés civiles , par l'opinion et par les lois , 
îl a pris pour sujet , dans des Recherches sur la Damés ti-' 
ci/é , une classe qui ne doit que trop souvent ses malheurs 
à ses vices. Il a cherché et indiqué les remèdes qu'il croît 
que l'on pourrait apporter à cet effet et à cette cause , éga- 
lement déplorables. 

Son travail est divisé en chapitres. Il en annonce neuf et 
ne nous en a encore communiqué que quatre. Dans le pre* 
inier , il traite de l'origine de la domesticité , et de la diffé- 
rence qui existe entre l'état des esclaves chez les anciens , 
des serfs dans le moyen âge , et des domestiques dans les 
tcms modernes. Le second a pour objet l'état actuel de la 
domesticité dans divers pays ; le troisième contient une 
notice de quelques ouvrages utiles sur la domesticité j et le 
quatrième une notice d'ouvrages d'un autre genr^ , les uns 
sérieux , les autres facétieux , oh est dévoilée la conduite 
' des mauvais dônfiestiqi^es , et qui peuvent aussi avoir leur 
utilité. Le reste de l'ouvrage doit traiter de la dépravation 
de la domesticité , de ses causes , et des remèdes qui peu- 
vent encore être employés à la guérir. 

De ces objets qui rappellent à la Classe que les sciences 
inoraUs et politiques auxquelles elle «lait autrefois entié* 



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. JUILLET i8i». 11^ 

remcDt consacrée , font toujours une partie de se» attri- 
balipDs , revenons à ceux qui sont plus parliculièrement 
du domaine de l'histoire. 

Nos historiens parlent d'un dlQereat survenu en J141. 
•ntre le roi Louis4e-Jeiioe et le pape Innocent II ; mais, 
ils Font fait avec peu d'exactitude, parce qu'ils n'ont point 
trouvé dans les auteurs contemporains les lumières qui 
auraient pu les guifler. M. Brial s'est proposé d'éclairciff 
ce point de noire ancienne histoire, en soumettant à un 
examen critique les premiers écrivains qui en ont parlé% 
Deux choses donnèrent heu à ce différent qui dura pen* 
dant quatre ans; l'ordination de l'arcbevâque de Bourges» 
faite par le pape sans le consentement ou contre le gré du 
roi, et l'excommunication lancée contre Raoul comte de 
Vermaudois , sénéchal de France » qui avait épousé une 
sœur de la reine, après avoir répudié sa première femme. 
Les auteur» contemporains , l'abbé Su^er , l'auteur ano« 
■yme de la Chronique de Morigni , Herimaone , abbé de 
paint-Martin de Tournai , et la tourbe des chroniqueurs , 
dans la crainte de blesser ou le roi ou le pape , se taisent, 
ou parlent du fait sans en désigner ni rechercher les 
causes. Les lettres de Saint-Bernard , l'une des parties in^ 
léressées dans cette affaire , sont les seuls monumens quo 
Ton puisse consnher avec (ruit. M. Brial joint aux faits 
qu'il y puise ceux que 1^ iburoit une profonde connais- 
sance de l'histoire de ce tems. Il en résulte que Saint-Ber- 
nard, qui s'était chargé de l'accommodement entre le^ape 
et le roi , n'employa pas toujours dans cette négociation les 
moyens les plus propres à la faire réussir, quil se permit 
en écrivant et en parlant au roi des duretés et même des 
hauteurs également déplacées ; qu'enfin l'accommodement 
paraissait moins avancé que jamais quand la mort du pape 
Innocent ouvrit de nouvelles voies auprès de sou succes- 
seur , et que la paix ne tarda pas à être conclue. 

Le même M. Brial a trouvé dans une relation du meur- 
tre de Charles-le-Bon comte de Flandres , assassiné eu 
1127 , un passage qui lui a donné l'idée de rassembler des 
détails sur les modes et sur les formes d'habillemens des 
Français au XII* siècle. Dans cette relation , oh Cbarles-le- 
Bon est représenté comme un prince fort charitable, on cite, 
outre ses autres aumônes , rhabillement complet qu'il douT 
nait à un pauvre chaque jour du Carême , et l'on rapporte 
tontes les pièces qui composaient cet habillement; ce qui 
indique en quoi consistait alors l'habit ordinaire des Fta- 



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136 MERCURE DE FRATfCE, 

tnandâ , lequel était T^robablement ie iiidTne<dan9 le resle 
de la Trance. La chaussure ; la coiffUre des hommes et des 
femmes , leè formes de leurs habits , qui dxins les hommes 
efK^miDe» ressemblaient beaucoup aux habits des femmes , 
et dans les femmes à la mode , approchaient beaucoup de 
Ceut des hommes^ toutes ces variations, au fend assez peu 
importantes , rétatenl beaucoup alors aux yeux des mora- 
listes sévères , ou plutôt des mmistres d'une religion qui 
doit' les mépriser à-peu-près toutes également. M. Bhaï 
cite sur ce sujet plusieurs morceaux ded orateurs du tems , 
qui n'ont pas tous autant de gravité que de véhémence , et 
qui servent à nous faire connaitre les formes de leur élo- . 
quence , en môme tems que les formes des habits français. 
«Cest , dît notre confrère, en consultant les auteurs ecclé- 
siastiques qu'on peut connaître les vices dominans chea 
les peuples modernes , parce qtie les ministres die la religion 
étaient les censeurs des mœurs publiques.» Ajoutons ce- 
J)endant qu'ils prenaient souvent des ridicules pour des 
vices , et des formes d'habifs assez indifférentes pour des 
parties constitutives des mœurs. 
' Un ouvrage récent a fourni des résultats d'un autre 

Îçenre k M. le chevalier Sylvestre de Sacy. On trouve dans 
'Histoire générale et raisonuée de la diplomatie française , 
|wtr M. de Flassan , une courte notice d'une correspon-i 
danCe qui eut lieu en 1408, entr« Timour que nous nom- 
mens communément Tamerlan, et le roi de France Char- 
les YI. M. de Flassan avertit que les originaux existaient 
eu trésor des chartes. Ce riche trésor, confié à l'mi de nos 
confrères , est toujours ouvert aux besoins de la science 
comme à ceux de l'Etat. La curiosité de M. de Sacy , excitée 

{)ar cette simple notice , a facilement obtenu de M. Daonou 
es communications qui pouvaient la satisfaire. Les pièces 
originales dont il s'agit sont au nombre de trois : i* Lettre 
de ïamerian écrite en langue persane; 2*^ deux lettres , 
l'une de Tamerlan , l'autre de Mirza-Miranschah, l'un de 
ses fils , toutes deux écrites en latin \ 3^ copie de la lettre 
envoyée par Charles VI. Après une description matérielle 
des trois pièces, M. Sylvestre de Sacy (es transcrit en 
entier. Il joint au texte persan de la première une traduc- 
tion latine et une traduction française de ce texte. Lorsqu'il 
transcrit ensuite la lettre latine delà seconde pièce , qui 
est donnée pour là traduction de celle de Tamerlan , et qiiî 
i\it remise pour telle au roi par un certain frère Jean P<w 
ïûiTOcaiû , archevêque de âuUanich , on recontuiit entce lea 



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JUILLET i8i«* rat 

émxx vtrslons des difierences aasst nombreuses q^'inipcnro* 
tantes. M. dé Sacy fait obseivér toute» ces différences; Q 
eoire ensuite dans des discussions approfondies sur les 
divers points d'histoire , de chronologie et do philologio 
orientales que présente la lettre de Tamerlan, et qui cob* 
triboent à démoulrer rinfidétité du prétendu traducteur » 
qui n'est autre que cet archevêque firèrè Jean . 

Les principales conclusions que notre confrère tire de 
Ions les dëtarls oii il est estré , sont i^ q^e la lettre persane 
.adres,sée par Tamerlan au roi de France Chaînes YI, dépo- 
fée aux archives de FEmpire , est authentique , mais que 
vraisemblablement eBe fut moins écrite du propre mouve-' 
ment de ce prince roogol , et- dans des vues politiques , 
qu'à la sollicitation des missionnaiites , et particulièrement 
de Jean , archevêque de Sultanieii ; 2^ <]ue cette lettre , 
quoique datée de quelques )ours après ht bataille d'Ancyre, 
parait avoir été réellement écrite avant cette bataille y on 
dti moins en vertu d'un ordre donné par Tamerlan avant 
qu'il quittât Sébaste; 3^ que Tamerlan mettait fort peu 
d'importance à celte mission , et ne considérait sans don te 
le roi de France que comme une purissance d'un otàre 
très*inférienr ^ 4*^*^ ^ lettre latine, qui est censée n'être 
que la traduction de l'original persan , a été rédigée d'oné 
manière très-infidèloi selon toutes lés apparences, par 
l'archevêque Jeam lor«>même , qiiiy a mis tout ce qui,|K>n- 
vait flatter le roi, lui assurer âi lui-même plus de considé^- 
ratton , et relever l'importance de la mission dont il était 
chargé ; qu'enfin , ssyts rapporter ici quelques antres eon« 
séquences également justes , on ne doit point mettre une 
grande importance è cette correspondance , ni la regarder 
comme une véritable négociation politique de la part de' 
Tamerlan. 

.'Le dixième volume, des Ordonnances des .Roi» de 
î'rance de Iv troisième race » que M. le comte Pastoret fit 
paraître l'anoée dernière (i), a pour préface un discours 
sur le domaine et les droits domaniaux , précédemment lu 
dans nos séanoe»^s)^ il forme- la pvomière partie d'un 
Traité général des revenus publics depuis le commence- 
ment de cette troisième race jusqu'au règne de Louis XI, 
«ojet important que notre confrère Vest proposé d'embras- 



(t) Voycs le rapport de Tan iSli. 
i?k) Rapport de ran 1809. 



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1%% MERCURE DE FRANCE, 

#er dan» toute son étendue^ La seconde partie doit traiter 
des diverses sortes d'im}>6ts à la môme époque , de leur 
Msiette et de leur perception , des exemptions aocordéps , 
des lois politiques , fiscales et même pénales que toutes cea 
contributions firent naître. M. Fastoret a communiqué à la 
Classe le commencement de ce second mémoire. Noua 
attendrons , pour en rendre un compte plus détaillé , qu'il 
ait acheva ce grand travail , destiné à servir de préface au 
seizième volume des Ordonnance» qu'il compte palilier 
incessamment. 

Enfin , une époque plus récente a oITert à notre nouveau 
confrère M. Beroardi , pon dans les dépôts de la diploma- 
tie, mais dans les anciens registres du parlement de Paris , 
«ne pièce relative aux derniers tems de la Ligue. Elle inté- 
resse d'ailleurs l'histoire des lettres , et particulièremen| 
l'histoire littéraire de lltalie , puisqu'elle concerne un de^ 
plus grands poètes ^ue cette terre,, qu'on pourrait appeler 
poétique , ait produit , le célèbre et malheureux Torçuata 
Tasso. 

On sait assez généralement aue le Tasse eut, dans se» 
dernières années , la faiblesse ae céder aux critiques que 
l'on avait faites d^ sa Jérusalem déliçrée, de refondre c^ 

Îoëme , et de le publier avec des changemens eonsidéra- 
les , sous le nouveau titre de Jérusalem conquise* On sait 
beaucoup moins que le XX* chant de ce second poëm« 
contient un passage relatif aux troubles qui régnaient alor» 
en France, et qu'un libraire français ayant imprimé ^ 
Pans la Jérusalem conquise, son édition fut supprimée , 
par un àrrét du parlement. M. Bemardi a commumqué à 
a Classe des éclaircissemens sur les raisons qui avaient 
engagé le Tasse à insérer ce passage dans son poëme , et le 
parlement de Paris à en supprimer l'édition. 

Ce rapport est terminé , comme à t'ordinake , par une 
notice des ouvrages publiés pendant l'année par les mem- 
%te% de la Classe , et des travaux de ses correspondans« 

LA LEÇON. 

AKBCBOTB. 

J'ai la religion de la parole ) je ne donne jamais lia 
mienne qu'après de mûres réflexions , même alors qu'on 
roe la demande dans une occasion de peu d'importance^ 



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JUILLET i«ia. i%i 

«t )9 me défends toujours de cëder aux premiers moure* 
mens de mon cœuK me disait un jour M"* d'Antremont , 
Bourdic, Viot , égitbmtni célèbre sous ces trois noms , et 
par les vers aimables qba^lui adressa Voltaire , et par des 
poésies pleines de grâce èi d'une douce philosopnie. J« 
îiois, ajouta^-elle, cette utile retenue, qui contraste singu** 
lièremfiBt avec l'apparente étourderie de mon caractère et 
la^acité de mon imagination, à une leçon terrible et plai* 
tante que je reçus à l'âge dé quatorze ans. 

Curieuse de connaître cette particularité de sa vie , dont: 
efle paraissait conserver un souvenir* profand , je Tinter* 
rogeai j elle reprit : 

Mes parens i]ui ne pouvaient me donner qu'une tris* 
faible dot^ désirant de m'assurerun sort, me marièrent à 
l'âge de douze ans à M. le marquis d'Antremont , qui en 
avait quarante-cinq. La fortune et la santé du marquis 
étaient ibrt dérangées ^ mais il sortait d'une bonne maisQU , 
et mon unioif avec lui me donnait l'espérance d'occuper 
par la suite une place honorable auprès d'une grande prin- 
cesse de la cour d'Allemagne. 

Le lendemain même de mon mariage on me conduisit 
dans un couvent où je devais achever mon éducation. 

Les affaires et la santé du marquis devenant plus mau- 
vaises de jour en jour, il me retira bientôt du couvent, et 
fallai habiter avec lui le château d'Antremont. 

Ce cRâteau très-vaste , ttès^othique , tombant de tous 
côtés en ruines , et presque en entier dégarni de meubles » 
ressemblait parfaitement à ces effrayans châteaux dont il 
sd trouve de si longues descriptions dans les romans an- 
|;!ais. Jugez de l'effroi qui dut mesaisir, lorsque je me vii 
reléguée , à peine sortie de l'enfance , dans une de ces 
tristes habitations , dont la seule peinture suffit pour éveiller^ 
^la crainte. 

Toute la société intime du marquis se réduisait à ntit 
femme de charge d'environ cinquante ans, que l'habitude 
de gouverner son maître avait rendue très-impérieuse. II 
lai laissa un po«voir despotique sur moi ; elle éfait d'au- 
tant plus disposée à en abuser qu'elle avait vu av^c cha- 
grin un mariage qui renversait ses espérances secrètes. Sa 
-mauvaise humeur me faisait un crimo-d'un simple en&n- 
tillage. La moindre distraction dans mes études , la plus 
légère infraction aux devoirs qu'elle m'imposait , étaient 
sévèrement panies. Il m'arrivait souvent ae me voir ren- 
icimée des heures entières dans une chambre inamense et 



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it4 MERCURE DE FRANCE , 

•ombi* y aîtuée à un bout inhabité du obâleau. Lorsque la 
nuit me trou^ah dans ce Ueu , je devepais bientôt la proM 
de .mille teneurs panioues. Le silQementdu vent .à tràven 
de hautes croisées mal jointes , le eii li^ubre de la chouelle, 
le. craquement d'une cloison, lout jusqu'aux personnages 
gigantesques que représentait une antique tapisserie , m 
couvrant qu'à moitié de vieux naura y tout eufin m'offrait 
un daa^er qui faisait péniblement battre mon cœur; je nm 
respirais qu en tremblant. 

-. Le jtécit de mes souffrances imaginaires n'excitait que le 
firede II. d'Antrembnt, qui m'en raillait avec esprit. Ce^ 
pendant, l'impression qu'elles m'ont Tacite fui si forte, que 
moi qui parais et si TÎve et si gaie, ^e n'ai^mais pu de*- 
vneurac seule une heure sans tomber dans une sonibre 
féverie , sans que des pleurs inviolonbaires s'échappassent 
de mes yeux « de là m'est venu ce besiein d'uoe existence 
active et le goAt dea gianda eerdea ; loui^ae qui jessemUe 
-k lasolilude me tue. 

Il y avait à*peu-près ; un an que je vivais auprès du 
marquis qui n'était mon époux que de mom , quand je iita 
réveilléfr un matin par dee huissitus ; ils venafient s'em* 
parer du château. On me signifia qu'il fallait, aur4er* 
/champ, en sortir. Une voiture m'attendait pourmereoon^ 
duire au couvent. Jamais une nouvelle aussi triste ne fut 
reçue avec, autant de plaisir. Je m'habillai à la hâte ; yp 
chantais , >e sautais , je me Uvrais à une extrèn^e j^oie ; 
fauraia votontiors embrassé ceux qui nous bannissaient de 
notre noble domaine. Je les 4rouvais les i^lds aîmableft 
gens du monde* La femme de charge me^raijait en vain 
-de justes remontrances en m^e parlant du malheur de mon 
mari j fe ne voyais , ^e ne sentais que le bonheur d'ériiap^ 
per à ma prison. 



Le couvent me parut un lieu enchanteur , je revis 
jeunes compagoes avec déhceaf l'étude et l' amitié vinrent 
charmer mes ]OHrs<. La musique et la poésie occupaient 
mes loisirs. Connme j'étais tres->laide j mes talens n'inapi^ 
saient aucune jalousie. On me louait , on me oareasaity 
en.{>ronait mes vers et ma musique. Je jouissais du pré- 
sent san&songe^à l'avenir, et le triste souvenir du châtefn 
• était presque efiuté de ma mémoire , lorsqu'une ciroons* 
taQce djQuloureuse vintm'arracher à ma douce incurie. . 
1 Dan&sa jeunesse, M. d'Antremont avait eu avec un de 
aea camarades une dispute, à la suite de laquelle tous deiix 
e'étaienthatliu an ducL-Toua deux avaient juré de ceaser 



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JUILLET l»i!i. lïS 

le oohiImI & la première bleiftare , ikiau de le rt cdttuneiioer 
chaque année, le même jour, dana le roéine lieu , et à la 
■oéme heure , juaqu'à la mort de l'un d'eux. Ce dnel venait 
d'avoir lieu pour la vingliènio ibia. Le naarquta avait reçU 
•ne blessure eue les médecins déolarèreM incurable* H me 
nppela près ae lui. 

M. d'ÀDlremont n'avait jamais senti pour moi le plus 
l^gor amour; il ne pouvait non plus tue chérir d^anotié. 
M os âges y DOS ^oûts , DOS caractères n'avaient aucun rap« 
port ^ mais certam de sa mori proobailiey noe tendre pitié 
lui paria en faveur de celle <) 0*1! aHait laisser veuve à qua<& 
torze ans , sans que soo triste hymen lui eut procuré le 
moindre avantage. Ma sécurité redoublait ses inquiétude*; 
Il me regardait sonveut avec intérêt, ae montrait touché de 
mea soios , applaudissait à mes tailbes , et ce qui inepîre 
encore plus la reconoaissanceà l'âce qœ f avais alors , il 
me laissait , en dépit de aa femme m cnerge , quelqu'auto- 
rilé daus la maison. 

Beeérards et sa donfiance gagnèrent aisément mon ccèur^ 
Dam i adolescence , on aime taot à ain:ier ? Je pris ponf 
M. d'Antremont une affection vraimeDt filiale ^ il prit pour 
moi nne affection paternelle. L'intimité s'établissaot entre 
nous 9 il me raconta lea prinoipauK événemens de sa vie l 
accusa Ua erreurs oè il s'était livré , erreurs dont lea suilen 
fitneates, après Tavoir dépouillé du patriraoÎDe de sespèresi 
Feniraînaient prématurément dana la tombe ; il dierobt à 
me prémimir par sen exemple contre Vivrease des paesiona. 

Je ne prêtais qu'une oreille distraite à sa morale , meië 
■son ame était pénétrée de aea regrols et des sourds i^étnia* 
aemens me ,imalgvé son courage , de cruelles soufiErencet 
Iniarracmaient quelquefoia* Un matin qu'il cédait à dee 
maux aigus , je me saisis de sa main , la portai à mea 
lèvres , et la monillai de pleurs. «(Pousquoi plenrer? dit«il^ 
i'ai mëo'ité .men sort. Vous nn pnnviezattenaro anomi b^* 
Jseur de moi^ je ncvons laisse que moo nom , mais vona 
nUsK du moips recoovmr votre li bette. Ma vie n'aurait pu 
vooaétreuttte \ peut^tre ma mort vous ledevîaBdra^t-elle.i^ 
«^Ne me parles point de votte naort , vea» m mourrsn 
pnint. Je ne v^oxpaa que vous mouriec , répondis-je *ea 
poussant des aaDgbls.<»«-Je mourrai ponrtant» et bientèt; 
)e k sens. Demain!. ... -«-Que diles-vnus} A eielf m» 
doii*il arriver demaÎD 7**^ Demain )e n'jr aerat plus. — • Mi 
biea ! si cela errive ,, je mourrai aueei , je veux' mourir 
avec vous. ~Boi^ /quelle foiie ! *^ JTon; Monsieiup, on 



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tifr MERG0RE BE FRANCE, 

n'est poiu! vlûe folie , je ne vous snmvraî pas , fe le jnr«r 

5ar ce qu'il j a de plus sacre.— Prenez garde à ce que vous' 
ites , craignez de faire un faux serinent. — « On! je le 
tiendrai, soyez-en certain. — Etes-vous réellement décidée 
à le tenir?-— Ce doute est une injure. — Si je vous mettat» 
À l'épreuve , peut-être vous trouverais-je en défaut. — ^ 
£pr«uvez-moi. — - Chère Henrielte , votre cœur est parfait, 
mais votre tête est un peu légère , et ce dévouement 

héroïque — N<eme coûtera rien. — Vous voulez mourir 

avec moi I — Oui y Monsieur, demain, cette nuit, tout^lt- 
rheure même si vous le voulez. — Que cela soit donc ainsi. 
M. d'Antremont sonna la femme de charge , et lui com- 
manda d'apprêter une tasse de chocolat. Lorsqu'elle fut' 
apportée , il enjoignit qu'on nous laissât seuls. Ensuite il 
me remit la clé de son secrétaire , et me dit de lui donner 
un paquet cacheté qui était dans un des tiroirs. J'obéis* 
Alors aunç voix grave il me demanda s'il était bien vrai 
que je consentisse à mourir avec lui. Sur ma réponse aOir-» 
mative > il décacheta le paquet mystérieux , jeta ce qu'il 
renfermait dans le chocolat , et me dit en me baisant ten- 
drement la main i Chère Henriette , vos vceux seront ac-* 
complis , buvez ce chocolat. Aces mots tout mon héroïsme 
pensa m'abandonner. Je portai plusieurs fois un regard 
incertain sur la tasse qui m'était offerte. Un sourire malia 

Krut sur les lèvres de M. d'Antremont. L'amour propre 
mporta sur l'amour de la vie. J'avalai le chocolat. Le 
marquis me prodigua les plus grands éloges , mais ils ne 
pouvaient me flatter } une seule idée me restait , celle de 
ma mort prochaine. J'apcusais intérieurement M. d'An- 
tremont de barbarie y et l'expression de son. attachement 
me révoltait* O pouvoir de l'imagination ! persuadée que 

Î ''étais empoisonnée , j'éprouvai bientôt des aouleurs horri* 
>les d'entrailles , un feu dévorant brûla mon sein , je me 
crus près de périr , je ne pus retenir un cri. Ma mère 
arrive , je me )etle à son cpu , ô ma mère i ma mère l et 
ma voix expire. — Madame , dit M. d'Antremont l voir» 
fiUe a voulu mourir avec moi , elle en a iaif le sermeitr. 




ma mère , tordonnez qn'on me donne du4ftit , et qu'on aille 
chercher un médecin. M. cf Aniremant partit d un grand 
édat de rire. Je montrai dé l'indignation. — Calmez-vous , 
me dit froidement le marquis , U nW pas besoin dumé^ 



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JtJILtET îSîi; tt7 

idecin t Id poiaoïi que je vous ai fait prendre ^'eat aut^ 
chose q«e «la snc^e candi. Demain , comme je vous en ai 
prévenu, )e mouhrai. J'ai fait prier nkadame voire mère 
de venir ici afin de vous dérober l'aspect de mon tréj^as. jLa 
mobilité de votre tête , ja vivacité de votre imaginatioii , la 
bonté de votre cœur , me font trembler sur votre avenir. 
Vous ne recueillerez aucun avantage de votre union aveô 
moi , profilez au moins de cette leçon reçue à mon lit de 
mort. Défiez-vous de vos premiers mouvemens ^ ne donner 
jamais une parole qu*après vous être convaincue que vous 
pouvez et devez la tenir. N'oubliez pas que la perte des 
mœurs entraîne celle de la fortune et de la vie. Adieu ^ 
chère. Henriette , laissez*moi , je n'ai plus que le tema dé 
mettre en rè^le quelques affaires importantes. Adieu. 

«Tétais suffoquée par mes sanglots. J'étais partagée entre 
^a honte et la pitiés Je ne promis plus à M. d'Antremont 
de ne pas lui survivre , mais je lui prodiguai mille exprès^ 
fions d'une tendresse sentie. Je ne voulais pas le quitter. 
D me donna un baiser sur le front , et pria ma mère de 
m'emmener. Je ne consentis à la suivre que d'après un 
ordre solennel. U mourut le lendemain , ainsi qu'il Tavait 
prévu. Je le pleurai sincèrement , et je n'ai jamais oublié 
ea dernière leçon , ni son dernier adieu. 

ParM"*DuiKEHOT. 

VARIÉTÉS. 

6tiCTACl.xa. — Théâtre Français. — - Le samedi 1 1 juillet, 
pn a donné à ce théâtre la première représentation de la 
reprise de V Officieux importun, comédie en trois actes e^ 
en prose , de M. de la Salle. Cet ouvrage, représenté il y a 
environ trente ans avec succès à la Comédie italienne , 
remis depuis au théâtre de Louvois , a réussi , à cette der- 
rière reprise , autant que dans sa nouveauté. Rien n'est en 
'efilêt si comique que la situation du jeune colonel Florival, 
«^m , pendant le peu de tems qu'il emploie k courir chez le 
ministre , pour le remercier du régiment qu'il vient d'obn 
1eiiir,9e trouve, è son insu, presque mbrié par son oncle 
'officieux It une vieille plaideuse , et débarrassé de son hôtel 
^lae ce même oncle, qui se mêle , malgré lui , de 9e% affaires, 
« vendu à un commandeur de Malte assez entêté pour 
i ^vouloir que le marché tienne. La scène la plus plaisante de 



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tdS MERCURE DE FRANCE, 

celte comëâie est celle où i'offioîetiXy oui entend aon ne* 
ven ïlorival donner un rende£*vout a'«ff«ifes k un de 
ses amis , pour cinq keures , s'imagine qu'il s'agit d*ua, 
duel , leur fait donner à tous deux un garde , arec in|onctioii 
de- se rendre au tribunal dee mar^cnaux de France , et se 
cranaponne à son neveu pour Tempécher d'aller se battre. 
Le vole de cet officieux visionnaire est parfaitement joué 
par Devtgnj. M^* Thëuard mérite aussi des éloges par la 
manière dont elle remplit le rôle de la vieille plaideuse , et 
le mélange d^ minauderie enfantine dont elle fas^aisonne. 
Baptiste cadet est extrêmement original dans un domesti- 
que niais qu'il joue à ravir; et Baudrier a fait preuve de 
talent dans -le rôle du commandeur dont il rend 1rès*biea 
la brusquerie et le bavardage. 

Cette comédie est écrite d'un style sain et bien dialo** 

Séei elle offre aux comédiens français un moyen de plus 
varier agréablement leur répertoire. 

Théâtre du VakdeçUU. — - Première représentation de 
0rakmtme et F Endormi , parodie àe Oélestine et Faidoni § 
par M. Henri Simon. 

Ponr compléter le succès du drame de Célestme et Fah^ 
doni, il ne lui manquait que d'obtenir les honneurs de la 
parodie. M. Henri Simon s'est, chargé de 'lui rendre c« 
service; la manière dont il s'en est acquitté doit lui attirer 
les remerciemeoe ^yaitteur du dr»«»e , car la parodie est 
faible et innocenté avec les intentions les plus mordantes. 
Lopins grand défaut .de QaUntioe et TEndormi est de ne 
pas offrir la parodie de Célestine et Faidoni ; l'auteur s'est 
contenté de parodier les noms; Célestine s*appelle Galan* 
Ainoi Faldom r£ndocmi« et le rôle du pàrei est joué par 
Cassandre. 

« Rare et sublime effort cTune imagiDafÎTe 

9 Qui De le cède en rien à personne qui vive t s 

Quant & l'action , elle n'est pas parodiée , et cependant U 
y avait bien de quoi amuser le punltc en faisant sentir le 
ridicule du tragique bourgeois de Célestine et Faidoni, -de^ 
scènes non préparées , des sorties non motivées , des phrie 
ses interminables et d'un style. prétentieux ; comment donp 
se fait^il que la parodie d'un ouvrage aussi défecUueuTi qu0 
Célestine et Faidoni soit aussi peu cokïiqua? on pardonna 
Il un pàrodiste de manquer de mesure , dépasser quelque** 
fois le but et d^ frapper trop fort^ mais il se lui c^ pn^ 



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trtJILLET i8iîi; 

permis de manquer dVsprit efde çàîtë , et en con 
n'ai trouvé ni l'um ni Fantre d^&s Galantine et '~ 
t M*. Henri SinaoR fait tootce qn'il peirt po 
spirituel, maia le plu« souvent il me rappeUi> 
.ont.des envies d'élernuer qui D'^boutis:$eQt jam 
de la parodie parait trcs-courroucé coplr^ l'O 
sont pas des plaisaiitexies qu*jl 4^^9<^e.confrt;* 
ce sont des mois bien crus, bien gros} on din 
grande sa 'colère , que Tadininislration de TOd 
demmeut refusé de recevoir quelque comédie d< 
SimoDé - ^ 

Tant de fiel entne-t-îl dans l'ame d'tiii auteur t' 

Non , ce n'est pas le ressentiment qui a conduit la plume 
de M. Henri Simon , c'est le seul désir de venger le boa 
goût oflensé par le succès d'un drame } il est seulement 
malheureux qu'en prenant la dëfense du goût, Fauteur pe 
se soit pas pénétré de sx>n sujet, et qu'au contraire il s'en 
8oil écarté au point de mettre dans le dialo^e certaines 
expressions que nous ne ponvonsf rapporter ibi pitr respect 
«pour nos abonnés , et qui ne sont pas ^^isage dans la b6nn# 
.compagnie. < • 

Si le jury de l'Opéra a fait preuve de sévérité en reibsant 
J'ouvrage de M. Bellooi ^ il £tiut oonvooir que le copiité da 
Vaudeville a fait preuve , au çoctc aire , d'une excessive in- 
.dulgence en- facilitsint à celte p«cpdie lef bonaeurs de bt 
leprésentation* ^. 



■■■ ! , 

SOCIÉTÉS SAVANTES ET LITTÉRAIRES. 

Sociéié des Sciences , Agmc'uHure ei Belles^Lettres du 
département de Tarn ttt Garonne, séxuite à Mondauèan. 

Séance puhllque du i5 mai i8i2t ^à î*hêtel de la Mairie, >—• La 

Classe des Belles-Lettres avait prcrposé un prix , pour 1812, destiné à 

t*aoleur du meilleur poëme on de k meilleCire ode sur le sd)ét Mirant : 

* l^mfsage dr Sa Majesté PEmpêreur et Adi dmts la vHh da Mon* 

.êauban* " . 

' Jjk Classe a eansoiiné -PouTtage portant pour.épîfpraplie t 

. ' . Datu rtohis ha^ iftiàfeeih ' '--^ 

Sn conséquence, la médaille sera délJTrée à M. B.-^B. Mmon 
tliakié^de MoqtacU, département de Tarn et Gatonne, dont lé nom 
était «orit dans le billet cacheté , joint \ Tode , c[ui a été«uveit apr^S 
Hjiigemeet. 



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^do MERCURE DE FRANCE i 

P/7J? proposés pour Van i8i3. 

La Société des ScieDces , AgrioultitTe et Bellet*Lettres da dépài^ 
tement^e Tarn et Garonne , séante à Montanban, tiendra une féanc» 
publique le i5 mai i8i3. Elle y distribuera trois prix. 

Le premier , proposé par la Classe des Sciences , est destiné ait 
meilleur ourrage sur la question snirante : 
DofTMr l'histoire détaillée de* Jnttcies qui gâtent les arhres propres 

àjbumir les hois de eonstrueiion ; et indiquer, s*il est possible, det 

inoyens simples d^évpter leurs dégâts, 

La Classe n*a reçu encore qu*un Mànoire sur cette question, dé|k 
proposée pour x8ii , et remise au concours pour z8z2. 

L*auteur est trbs-instruit en entomologie , mais il ne paraH pas 
qull ait beaucoup observé par lui-même les insectes qui font le sujet 
de la question. 

La Classe avait demandé une histoire déuillée de ceux qui font le 
plus de dégâts. L*auteur n>n fait presque qu*un dénombrement , oa 
ne donne qu^un aperçu de leur histoire. Il croit que le mal est sans 
remède , ou que le remëde est pire que le mal. Maïs, s*il ne connaît 
pas bien son ennemi, est-il étoanant qu*il ne puisse pas le combattre 
«Tec avantage ? Est-il certain que Tarbre sur lequel quelqn*UB de cet 
insectes a déposé des orafs , ou celui snr lequel ces œu6 sont écloi 
depuis pea de tems , oe présente absolument aucune apparence exté« 
rieure qui puisse le faire connaître ? Ne pourrait-on surprendre les * 
femelles au moment où elles pendent ? Ne pourrait- on pas sur- 
prendre les inseei'es an moment où ils sortent , ou même les détruire 
lorsqu'ils ont pris Pessor, par quelque procédé particulier, ou quelque/ 
mesure générale , etc. ? 

L*objet est assez important pour que la Classe ne désespère pat 
«ncore de la solution de sa question. Elle se décide done à la remettre 
an concours pour z8i3 , mais pour la dernière fois. 

Le second prix , proposé par la même Classe , sera accordé au 
meilleur Mémoire sur le sujet suivant : 

Déterminer la situation et l'étendue des diçmrses espèces de, terraitfs 
qui composent le sol du département de Tarn et Garonne , et la 
proportion des substances communément appelées terres qui entrent 
dans leur composition y telles que la silice, le quartz , l'argile , le 
carbonate de chaux , le talc, le mica , etc. etc. , abstraction Jaite da 
--pmt ce qui appartient directement au régne organisé , dont on in- 
diquera , simplement et en bloc, la proportion, sans en Jaira 
. é'analjrse. 



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JUILLET i8ï». lît 

^ La Obne désire qa'oii s*attache kdbtbgiMr les qualités physiques, 
«u même mécaniques , des terres, Eutreat^elles dans la eompositlpn 
des terrains en grandes ou en petites masses , dures ou friables , in-« 
formes ou cristallisées ^ etc. etc. ? 

La Classe s*attend bien qu*il ne sera pas possible d*entrer , sur la 
sitaation et retendue de ces divers terrains « dans des détails miottr 
tienx ; mais , à mérite égal, on donnera la préférence au Mémoire.!^ 
plus détaillé. 

Le troisième prix , proposé par la Classe d'Agriculture , est destiné 
an meilleur ourrage sur la question suiranle : 

Quel est VassoUment U plus eonçenabl* aus diçerses qualités de terres 
du département de Tarn et Garonne ? 

Prix proposé pour Van 1814. 

Ce prix, proposé par la Classe des Belles-Lettres » est destiné au 
meilleur discours sur cette question : 

Zgs Prosateurs du dix^eptième siècle sont'ils supérieurs aus Proxa^' 
teurs du siècle suipant ? 

Les Mémoires sur la première question pourront être écrits en 
français ou en latin ; mais les ouvrages qui devront concourir pour 
les antres piix , seront écrits en françab. Ils seront adressés , firanos 
de port , à M. SaintrÇjr Poneet-Ddpeçli le fils , secrétaire perpétuel , 
arant le x5 mars de Tannée où les pris devront être délivrés. 

Les auteurs écriront leur nom dans un billet cacheté , qu'ils join- 
dront an manuscrit ; ils mettront en tête de leur ouvrage une épi* 
g^he on une sentence, qui sera répétée à Textérieur de ce billet. 
On n*onvrira que le billet attaché an manuscrit jugé digoe du prix. 

Chaque prix sera , suivant Tusage , une médaille d*or portant d'un 
edté le type de. la Société , et do Tautre le nom de Tanteur couronné. 



Jieadémiê ionienne , â Coffou. — L* Académie ionienne , désirant 
•voir quelques renseignemens sur Tétat de la civilisation et des con- 
naissonces dans la Grèce , depuis la chute de TEdlpire d^rient jus* 
qu*k nos jours , propose les questions suivantes. C*est aux voyageurs, 
aux érudits , et sur^tout aux savans grecs de nos jours , et à MM. les 
eonimissaires des relations commerciales et diplomatiques , qu'elle 
s'adresse pour obtenir des notes satisfEiisantes. Elle se flatte que tous 
ces Messieurs voudront bien coopérer par leur xële et leurs conDais- 
sanees aux travaux de la Société. On les prévient d^avance que 
r Académie déeîre la plus sonipuleuse exactitude ei les détails les pluf 

la 



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i3« MERCURE DE FRANOT , JUILLET i«i a. 

nînatieuz , tontes les fois quHI sera question dé faits lustoricpes. 
Outre les réponses a az questions, elle reoertaavec beaucoup de 
plaisir et recoonaissanee toutes ïei obserVatiohtf qui lui seront ootn-* 
muoiquées à ce sujet. 

^I^es paquets , ainsi que tott ce qui est relatif anz demandes ou aux 
observations , derront être adressés auz consulats générauz de France 
à Janine et & Fatras , on k M. le chargé d^affaires de TEinpirr Fran- 
çais, & CoDStanlinople , arec une seconde adresse au secrétaire d# 
rAcadémie ionienne. 

Questions, — i«. Quelle» sent les écoles « les bibliotk^ques et 
«utres établissemens d'instruction publique , fondés dans les dilTé-' 
rentes prorinees de la Grèce , depuis la chute de TEmpire d*Orient 
( 1453 ) jusqu*k nos jours 7 

2: Quels sont les établissemens d*instractioa publique fondés par 
les Grecs hors de la Grèce , ponr Tédu cation de lènrs nationanz ? 

3*. Les typographies de MoscopoUs , de lassi et Bucharest , sonN 
elles les seules qui existent dans la Grèce ? Est-^îl Trai qull j en arait 
«ne dans le fanal de Constantiiiople ? Quelle fut la durée de celle 
qni ezistait daAs le patriarcbat de CouaUntinople à Tépoque de la 
guerre entre la France et la Tntqoie? 

4**. La notice de la rie et des wineget det aaTsns greoe fpi «A 
fit ail depuis k ehûte de IVmpire d^Oimt |aaqm*àBOt >outi. 



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POLITIQUE. 



Ls 4* Bulletin de la grande ari»ée est ainsi conçu : 

WUna , le So jirin iSia.' 

Le 27 , rBmperear arrira aux arant-postes k deux heures aprbs 
midi , et tnit en mouvement Tannée pour s*approcher de Wilna et 
attaquer le a8 , à la pointe du jour , Tarmée' russe , si elle voulait dé- 
fendre Wilna ou en retarder la prise pour sauver les immenses ma- 
gasins qu*elle y avait. Une division russe occupait Troki , et une 
antre division était sur les hauteurs d« Waka. 

A la pointe du jour , le a8 , le roi de Naples se mit en mouvement 
aree Tavant'garde et la cavalerie légère du général comte Bruyères. 
Le maréchal priace d*Edi:millh Pappuya avec son corps. Les Russes 
H reployèrent par-tout. Après avoir échangé quelques coups de 
canon , ib repassèrent en touta liAXe la ViHa , brûlèrent le pont de 
Bois de "Wilna ., et inoendièrent dHmmenses magasins évalués h plu- 
lieors millions de roubles : plus de l5o mille quintaux da fiirine , un 
immense approvisionnement de fourrages et d*avoîne , une masse 
considérable d*efièts d'habillement furent brûlés. Un grande quantité 
d'armes , dont en général la Russie manque , et de munitions de 
goerre , furent détruites et jetées dans la Vilia. 

A midi , TEmpereur entra dans Wilna. A trois heures , le pont 
lor la Vilia fut rétabli : tous les charpentiers de la ville s*y étaient 
pertes avec empressement, et construisaient un pont en même tema 
que les pontonniers en construisaient un autre. 

La division Bruyères suivit Tennemi sur la rive gauche. Dans une 
légère affaire d*8rTière^rde , une cinquantaine de voitures furent 
enlevées aux Russes. Il y eut quelques hommes tués et blessés , 
parmi ces derniers est le capitaine des hussards Ségur. Les chevau* 
légers polonais de la garde firent une charge sur la droite de la Vilia, 
Btiiaat en déroute , poursuivirent et firent prisonniers bon nombre de 
cosaques. ' • 

Le 2S , le duc de Regglo avait passé la Vilia sur un pont ]eté près 
de Kowno. Le 26 , il se dirigea sur Janow , et le 27 sur Chatouf: 
Ce mouvement obligea le prince de Vittgenstein , commandant le x^' 
eoips de Tatmée russe , à éiracucr toute \& Somogitie et le payj situé 



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)34 MERCURE DE FRANCE, 

entre Kowne et la mer , et ë se porter sur V^llkoink en se ikUanC 
reo forcer par deux régimens de la garde. 

Le 28 , la rencontre eut lieu. Le maréchal duo de Reggio troata 
l'ennemi on bataille ris-k-ris DereltoTO. La canonnade s'engagea ; 
l*ennemi fut ehassé de position en position , et repassa arec tant à% 
précipitation le pont , qu''il ne put pas le brûler. Il a perdu 3oo pri- 
aonniers 1 parmi lesquels plusieurs officiers , et une centaine d*hommes 
tués ou blessés. Kotre perte se monte à une cinquantaine d'bommea • 

Le duc de Reggio se loue de la brigade de caralerie lég^e qiio 
commande le général baron Castex , et du ii« régiment d*infantem 
légère , composé en entier de Français des départemens au-delà des 
Alpes. Les jeunes conscrits romains ont montré beaucoup d^intrépi* 
dite. 

L*ennemi a mis le feu à son grand magasin de Wilkomir. An 
dernier moment , les habitans avaient pillé quelque tonneaux d« 
farine ; on est parrenu à en recouvrer une partie. 

Le 29 , le duc d*Elchingen a jeté un pont vis-à-Ws Souderra povr 
passer la Vilia. Des colonnes ont été dirigées sur les chemins de 
Grodno et de la Wolhjnie, pour marcher à la rencontre de difiérens 
corps russes , coupés et éparpillés. 

Wiloa est une ville de 25 à 3o mille âmes, ayant un grand nombr» 
de couTcns , de beaux établisseinens et des habitans pleins de patrio- 
tisme. Quatre ou cinq cents jeunes gens derCJoiversité ajant plus do 
18 ans, , et appartenant aux meilleures familles , ont deiÀaudé à for- 
aer un régiment. 

L*ennemi se retire sur la Dwina. Un grand nombre d*officiers 
d*érat-major et d*estafettes tombent à chaque instant dans nos mains» 
Nous acquérons la preuve de Texagération de tout ce que la Russie a 
publié sur Timmensité de êes moyens. Deux bataillons seolenfent 
par régiment sont à Parmée ; les troisièmes bataillons , dont beau- 
coup d^états de situation ont été iaterceptés dans la correspondanco 
fies officiers des dépôts avec les régimens , ne se montent pour In 
plupart qu'à 120 ou 200 hommes. 

La cour est partie de Wilna vingt-quatre heures aprës avoir appcia 
notre passage à Kowno. La Samogitie , la Lithuanic, sont presqu*en- 
fièrement délivrées. La centraliiiation de Bagration vers le nord , m 
fort affaibli les troupes qui devaient défendre la Wolhynie. 

Le roi de Westphalie , avec le corps du prince Poniatowski « le 7* 
et le 8« corps , doit être entré le 29 à Grodno. 

Différentes colonnes sont parties pour tomber sur les flânes dn corps 
df Bagration ^ qui , le 2» « artfn Torde* die se rendre à mérohnfofCM 



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JUILLET i8i«. i35 

ie ^roujanoni sur Wilna , et dont la tête était déjk arrirée I cpalrv 
journées de marche de cette dernière TÎlle , maii çpe les érénemeni 
#xit forcée de rétrograder « et qne Ton povrsnic. 

Jnsqa*à eette henre , la campagne n*a pas été sanglante j il n*j a eU 
qoe des mancBurres ; nous ayons ftit en tout looo prisonniers. Mais 
Fennemi a déjà perdu la capitale et la plus grande partie des pro« 
Tinees polonaises , ^i s*insurgent. Tous les magasins de première , 
de deuxième et de troisftme lignes , résultat de deux années de soin , 
et évalués plus de 30 millions de roubles , sont consumés par le» 
flammes eu tombés en notre pouvoir. Enfin , le quartier-général der 
Tarmée j&ançaise est dans le lieu où était la cour depuis six semaines. 

Parmi le grand nombre de lettres interceptées , on remarque lef 
deux suivantes , Tune de riatendant de Tarmée russe , qui fait coa*. 
Battre que déjà la Russie ayant perdu tous ses magasins de première, 
de deuxième et de troisième lignes , est réduite à en former en toute 
Bâte de nouyeaux; Tautre, du due Alex, de Wurtemberg , faisant 
▼oir qu*aprèa peu de jours de campagne « les provincea du centr» 
sont déjà déclarées en état de guerre. 

Dans la situatioa présente des choses , si Tarmée russe croyait 
ÉToir quelque chance de yiotoire , la défense de Wilna yalait une 
bataille , et dans tons les pays , mais sur-tout dans celui où noq^nous 
trourons , la consenratioD d*une triple ligne de magasina aurait àû 
décider un général à en risquer les chances. 

Des manœurres ont donc seules mis au pouroir de Tarmée française 
un bonne partie des prorinces polonaises , la capitale et trois Hgnea 
de'magasins. Le feu a été mis aux magasins de Wilna arec tant de 
précipitation , qu^on a pu sauves beaucoup de choses. 

Kspport dé l'intendant général Laha au mintsire de laguêrrë, à WVna* 

J*aî eu Thonneur de reoeyoir à rinstanCmdme la lettre de V. E. 
sous le n« 279 , datée du 12 (24) de ce mots, par laquelle elle me fbi« 
connaître la volonté de S. M. I. pour le prompt établissement de ma- 
gasins à Vitepsk , Ostrow , Welîki Lould et Pskoff. J*ai déjà expédié 
pour Vitepsk le courrier Stepbanoff qui m*a apporté cet ordre. Je 
vais prendre , pour son entière exécution , toutes les mesures néce»» 
saires , et j*auxaî Thonneur de vous rendre compte de ce que j*auraî 
fait pour ebéir à la relonté de S. M. I. lelative à rétablissement de 
ces magasins. 

Signé , Vintendant général y Laba. 

K» i^af. -^ jD^4a, U I4^{26)jum i8ia ^ aune héip-maprês^mmmU 



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i36 MERCURE DE. FRANCE, 

Rapport du gotn>êrneur militaire de la Hussie-JBlanché à, S. M. V^n- 
pereury à ff^ilna.^ 

J*ai eu le bonheur de recevoir aujourd'hui Toukase de V* M. I.'« 
daté ài\ iz (24) de ce mois, par lequerU lui plait de déclarer en état 
ae guerre les gourernemens de Russie-Blanche , de Witcpsk et de 
jkohiloflF. 

Je me suis occupé de suite de.Vexécution de cet ordre. 
Lt gouçerncur de la Russie- Blanche , 

Signé , le duc Ajlexandre Wurtembebg. 
N« 2197. — Witepsfc , le i5 (27) juin 18 12. 

A C63 4^UilA officiels on peut ajouler avec confiance 
ceux qui suivent » 

A la date du 5 juillel , l'Empereur se Irouvait encore à 
Wîlna. Le 3o juin , le roi de Wesiphaliê ëlait entré à 
Grodnp à la lêle de toute la cavalerie légère de Taile drolle , 
cl d'un^ division d'infanterie. Après quelques légères 
«harg^s de cavalerie , it?s Rnsses se son! retirés en brûlant 
le pont ihi Niémen. L*a vaut-garde du roi de Weslphalie 
a passé sur quelques bateaux ; les ponts ont été jetés de 
suite ponr le passage de rarniëe, qui s'est mise aussitôt ea 
mouvement pour suivre les Russes dans leur retraite. 
Ii'armée iHftriohieDne est en marche , son géûéral lui a 
ardre^sé une proclanciatioa le 29 juin. Siir la gauche , le 
maréchal duc de Tarenle est campé au-delà ae Memel ,. 
ayant sous ses ordres le corps prussien commandé par le 

éuéral Grawerl. Le maréchal duc de Tarenle a devant 
ui le corps russe commandé pat le prince de Willgenslein ; 
quelques escarmouches seulement ont eu lieu 5 les Prus- 
siens ont enlevé des détacheTnens de cosaques. L'armée 
est en pleine marche vers la Dwina^ où les Russes parais* 
sent se rétrancher. 

X^ opérations ^cmt à peine entamées, et déjà do 

Eands réstihais s'ann(>ucent ; un nouveau jour luit sur 
s fertiles provinces que la Fronce vient d'enlever à la 
ilussie. Une nouvelle et luémorable époque coramenoe 
pour la Pologne, et ce pays animé par le pins noUe dea 
senlimens , celui de Fjoaépendance du territoire et de 
Famour de la pairie , pour premier fruit de la protection 
de la France et de la marche de nos légions , a déjà récou^ 
xté xiià nom que tant de faits mémorables et lant de dc^ 
sastres éclalans ont à jamais illustré. 

En vertu do rnuiorisation 'donnée par S. M, le rai dô 
Sclej uff^ diète géHiîwU V<iî^i rçiluiç k Vafaovi», 



II 



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. JUILLET i8i*. ' 1S7 

Cfl1(& dièle, présidée parle prince Adam Czartortski, 
s'esl constituée , aif mileu des transports de l'allégresse gé- 
nérale et des témoignages les plus éclalansde la reconnais- 
sance de la nation pour l'Empereur Napoléon , en coniedé- 
ralîon générale de la Pologne ; elle a déclaré le royauq:ie dt 
Pologne et le corps de la naûon polonaise rétablis. Toutes 
les diétines sont convoquées et adhéreront à la confédéra- 
tion générale. Tous les Polonais se confédéreront coUecti* 
Tement et individuellement } toutes les parties du territoire 
entreront dans la confédération. Tous les Polonais au ser- 
vice de la Russie sont rappelés, et sommés de rentrer dans 
leur patrie. La confédération délègue tous les pouvoirs» dont 
elle est investie à un conseil-général, choisi dans son sein, 
résidant à Varsovie , et composé de onze membres. Une 
députation sera envoyée à S. M. le roi de Saxe duc de 
Varsovie, pour lui demander d'accéder à la confédération 
générale de la Pologne. Une députation sera aussi envoyée 
à S. M. l'Empereur Napoléon roi d'Italie, pour lui pré- 
senter les actes de la confédération , et lui demander de 
couvrir do sa puissante protection le berceau de la Pologne 
renaissante. 

La confédération prend h la face du ciel et de la terre, au 
nom de tous les Polonais, l'engagement solennel de pour- 
suivre jusau'ii la fin ,' et par tous les moyens dont elle pourra 
disposer, l accomplissement du grand ouvrage qu'elle com- 
mence aujourd'hui. 

Au moment où cet acte a été proclamé au sein de la diète^ 
la salle a retenti d'acclamations et des cris mille fois répé- 
tés : Vitfe Napoléon ' La cocarde nationale bleue cl rouge 
a été aussitôt arborée ; les dames s'empressaient de les dis- 
tribuer. Le canon de la place du govivernemenl s'est aussitôt 
fait entendre; les anciennes bannières de la Pologne,* les 
aigles blanches et les armos de laLithuanie , représentant 
un ^chevalier armé de pied en cap , ont été arborées } le soir 
toute la ville a été illuminée. Sur un arc de triomphe s'éle- 
vait un transparent présentant les armes de la Pologne et 
de la Lithuanie; au-dessous on lisait des vers dont le 
sens est : Par la puissance du héros , nous voyons reparaître 
l'aigle blanche , et son compagnon le chevalier de jLilhua- 
r^ie. Sur d'autres transparens , on lisait les noms d'Eylau , 
de Friedland, d'Auslerlitz. Ainsi les vœux reconnaissans 
de la nation se joignaient aux transports de son enthou^ 
siasme. 

Au même instant , c[ucl étrange contraste présentaient 



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i38 MERCURE DE FRANCE, 

les délibéra lians du conseil de Tenapereur Alexandre? fat 
Pologne s'arme , se lève, et ressaisit son territoire et son 
Dqm.Les armées russes rétrogradent et cherchent à cou- 
vrir leurs propres possessions , et le gouvernement atteste 
^ TEurope , par un ukase, qu'il a voulu la guerre, qu'il l'a 
provoquée dans un moment où ses fitiaoces étaient dans 
tin état d'afiaibtissement dont les progrès ne pouvaient pins 
dès long-tems se dissimuler. Cet ukase détermine la valeur 
du rouble , et précise les cas dans lesquels cette valeur fic- 
tive , cfette monnaie de papier sera reçue par le gouverne- 
roent, ou donnée par lui è son taux légal, à sa valeur 
assignée , et dans quel cas deux ou trois roubles pour na 
seroBt exigibles. Le considérant de cet ukase , qui peut 
être considéré comme un signal de détresse financière , est 
curieuT^. On y lit : u Les rapports qui nous sont parvenus 
sur les difficultés que les circonètahces ont fait naître dans 
quelques gouvernemens de notre empire , par rapport à la 
circulatiou de l'argent dans les affaires tant publiques que 
particulières , prouvent déplus en plus V impossibilité à lU" 
troduîre par^tout un cours uniforme des assignations de la 
banque de l'Empire. » 

Les ministres russes près les cours deBerlin et de Dresde 
se sont retirés et sont /entrés en Russie ; la nouvelle du 
refus de ratification fait par la Porte au traité conclu h Bu- 
charest , a déjà eu les résultats qu'on en devait attendre ; 
déjà des corps qui étaient en marche pour se rendre sur la 
Vistule, ont reçu l'ordre de retourner sur le Danube, et 
d'y reprendre leur position défensive. La Porte continue 
ses préparatifs, tout annonce qu'elle va attaquer. Ses dis- 

Positions maritimes pour la flotte destinée à agir dans la 
ler-Noire sont aussi poussées avec une très-grande activités 
Le général Andréossi , ambassadeur extraordinaire de 
France à Constantinople, était attendu dans cette ville vers 
le 20 juin. 

La détresse industrielle et commerciale qui afflige de plus 
en plus l'Anglelerre, la disette d'objets de première néces- 
jfilé, les troubles croissans dans tous les comés , la destruc- 
tion des métiers , le cri universel qui s'est fait entendre ^ 
•t les innombrables pétitions dont le bureau de la cham- 
bre des communes a été couvert , ont enfin foi ce le 
fortement anglais à s'occuper des ordres du conseil. Dans 
a séance du 17 juin, M. Brougham a pressé nvpc toute 
ri nslance possible l'examen de la question de savoir si cet' 
•rdres seront rapportés, suspendus ou maintenus. Il a dér 



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JUILLET 18131. 1^9 

moitié, tans peine t. que ces ordret avaient eu un rësulM , 
tout contraire à celui qu'on en attendait. Le mal est à son 
comble 9 a-t-il dit: les conlrëes les plus florissantes offrent 
aujourd'hui le t»bleau de la misère et de la famine ; le vaga- 
bondage et le pillage sont la seule ressource des milliers d'ou« 
vrîers qui languissent sans moyen d'existence ; il faut qu'on 
les nourrisse , ou qu'ils volent , ou qu'ils périssent. L'Ame- 
rique ^ en cessant ses transports, a mis le comble à la éé- 
tresse , et en Angleterre et dans la péninsule ; de sorte qua 
maintenir les ordref du conseil, et perpétuer la guerre en 
Portugal, est une double calamité dont les suites sont inealf- 
culables. Que serait-ce si la guerre avec l'Amérique ôtait 
tout espoir de ce côté ! Nous avons assez fait , s'écrie l'ora- 
rateur , pour une cause que nous ne pouvons plus soutenir* 
Songeons à la paix , songeons à i'Aaiérique , songeons à 
nous. L'orateur a été accueilli avec les témoignages à% la 
plus éclatante faveur. Il a terminé en votant une adresse au 

firioce régent , pour lui exprimer le vœu de la chambre, et 
e supplier de vouloir bien suspendre ou rapporter les or- 
dres du conseil , et adopter des mesures qui, sans compro- 
mettre les droits et la dignité de la couronne de S. M. , con- 
ciUasscnt les intérêts de l'Angleterre et ceux des neutres. 

M.iRose et M. Castelreagh se sont opposés à une décision 
précipitée sur une question de cette nature; ik ont de- 
manaé que le' système ne fût pas révoqué , mais suspendu 
provisoirement. M. Whitbread a vivement rejette toute 
idée d'ajournement et de suspension. Les galeries ont été 
aussitôt vidées pour aller aux voix ; on a appris qu'il n'y 
avait pas eu de division , la chambre ayant reçu l'avis que 
les ordres du conseil seraient annuités. Ainsi, l'excès du 
mal attiré sur l'Angleterre a produit ce qu'une politique 
plus éclairée; une fureur moins aveugle , une haine moins 
opiniâtre auraient ordonné depuis long'tems. L'Angleterre 
B y a gagné que les maux et les dévastations auxquels elle 
est en proie depuis quatre ans , et qui ont reporte sur elle 
les sévères mais justes représailles du gouvernement fran- . 
çais. Ainsi l'Angleterre avoue elle-même l'effet terrible des 
décrets de Berlin et de Milan \ ainsi sa détresse et la révo;: 
cation de ses mesures opressives attestent également et la 
justice de ces décrets et leur inappréciable r^ultat. 

La note suivante donnera au surplus une idée de la na- 
ture du secours que l'Angleterre donne à cette péninsule 
Qk elle entretient la guerre au prix de tant de sacrifices 



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»^4# MERCPRB DE FRANCE , 

JDiitilea y où elle se ruioe , elle ei le pays qu'cllt priiené 
défendre. . ■ ^ 

Cadix , 20 mai l8i3. 

. c Mon ami , au milieu du d^jordre qui nous environne , je ne sait 
|rop ^uel pard adQ|>ter, Je suis ceulinuellement en courses , non par 
craiote des ^rmes firaoçaîses , mais poyur me rapprocher de me4 
malUievreux compatripVes et ehercber à les d/ésal>user. Je n^ai. jamais 
fint un plus long 8^ jour que dans cette ville où Ton voit tvU d'évë-» 
neuaens contra dialoires qu^oa se croit plutôt dans un cûaos que dans 
ohé jooiété. L^anarelûe la plua .eomplëte , le« vexations les plus 
inouïes , voilà la speclaole ^éohiranit qui se présente sans cesse k nos 
regards. Los iM>mmes qui nous i^^roent sont payés par l'Angle- 
terre : que pouvons-nous espérer de leur part? Tous leurs-projets, 

toutes leurs actions tendent à' ensevelît hurs concitoyens koùs l'ès 

mines de la mëre-patrie. Qu'a été de tout tems P Angleterre ? 

le fléau defEspagne. Si nous jetons les yeux sur le passé , nous 
Terrons avec indignation les atrocités coramîses par cette nation de. 
pirates ; ''nous la verrons s'emparer de nos flottes en Amérique sans 
aucune déclaration de guerre. O combien de fois le trésor de notre 

cour a^t'-il été épuisé par leurs rapines ! Us surprenaient les pro*. 

duks de notre territoire , et après les avoir utilisés dans leurs «teliers, 
ils nous les revendaient k des prix extraordinaires. Ce commerce 
soutirait à-la- fois noire argei4 et nos denrées. Comment se fait-il 
que tout Espagnol ne revienne point de son erreur et ne voie pas qu'il 
ne doit rien attendre de celte nation ! Le$ Anglais nous ontdonué des 
«rmes « sans doute ^ mais pourquoi? pour notre cuine. Elles nous 
eoàfeeat hien.dier !.., Us se sont rendus maîtres de le flaoe de Ceuta^ 
kl clef du ^étrôk ; les iles Baléares eonC sous leur doqiination ; pen<« 
è-peu Us voudraient gouverner les villes de la péninsule , s'emparer 
des ports de la Médirerranée ef de i'Ooéen. 11» envoient quelques 
tronpes pour observer de loin les saonflces horribles qu'ils font de 
nos frërcs , etc. , etc. » 



S. M. ITrap^ralrice , objet constant des hommages des 
peuples el des siniveraina daus les lieux qu'elles traverse 
pour revenir eu France , accompa/rnée par S. A. I. le 
grand duc de Wtirtzbourg , éiait le 6 à Beyreulh , le 7 à 
Battkberg , le 8 à Wurizbourg : elle y ëlait encore le 10 , et 
a. eu cercle le soir au palais. Le départ de S, M. élail fixé 
au 14. Le grand duc doit raccoirjp:jgner à Paris. 

•—Le lilonifèur da 16 a public la notesuivaalc : LePapb es( 



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JUILLET 1811. fft 

mtwé à Pontaîaebleati le 20 jqîd dernier ^ aécotiipagDë de 
réséqua d'Edessa et de plusieurs officiera de sa maisoDé 
"MAe duc de Cadore , inleDdant d4i la couronne , et S. Ex. 
le minisire des cultes , rarchevêqué de Tours , les évéquef 
de Nantes et de Trêves Vont reçu k âon eolrëe au palais* 
l'évéqoe d'Evreux est arrivé le lendemain. Les cardinaux 
prësents à Paris y ont été quelqBes jours après. S. S, j 
occupe le même appatteraént qu'il j a sôpt ans. Elle â 
Uèa-bieo supporté le voyage. 

-—M. le Directeurgéuëral du Musée Napoléon ,'a donné 
«vis qu*il y aurait , le i5 octobre de cette année , l'expo^ 
sition publique des productions des peintres y ^culptears ^ 
architectes et graviiurs. S.... 



ANNONCES. 

Monthty Rqrertory rf tn^lsh lUieraturé, Arts, ScUnaês , €te,, été* 
Le N^ 60 de cet intéressant recueil , commencé en 1607 , et qaî ood'^ 
tinue avec le plus grand succès 4 vient de pai«!tre ; il contient lei 
articles suîrans : i«. Jlnal jte du discours de M. Leach , sur les dif« 
fércntes régences ipii ont eu lieu en Angleterre. 2*. Œurrçs drama- 
tiques de Ford ( deuxième et dernier article). Z*», Traité sur le goût ^ 
par Tlison ( dernier extrait ). 4°. Nouvelle édition des CEuvres de 
Idilton , par Cowper. 5*^. Bévue de différens pamphlets qui ont para 
sur le prix excessif de Beldon , avec une table des prix de toutes les 
marchandises importées et exportées pendant les douze dernières 
années, ô®. Dernier article sur ^ambassade à Cabul. 7^. Mojeu^ 
employés par les Anglab pour anéantir les manufactures du Conti^ 
nent. 8*. Extraits curieux d'un ouvrage très-rare , sans date et sapa 
nom d*auteur. 9*. Articles du Bill de la régence adtuelle. 10*, Refut 
de lord King de prendre des billets de la banque en paiement , etc. 
II*. Cas singulier d'une accusation criminelle. I2<». Progrès de U 
vaccine dans les Indes-Orientales. i3^. Formation d*un nouveau lao 
dans les Indes-Occideotales. 14*. Extraits duFortefeu^e d*ttn homme 
de lettres. i5*. Mémoires biographiques de plusieurs personncf 
illustres récemment décédées. 16*. Procédés de Sociétés savantes. 
17®. notices liitéraireset philosophiques. l8*^MoTûeaax depoési(i,etc« 

Le prix de la souscription , pour oe jouroal , dont il parait chaque 
mots un cahier gr. in-8^ de plus de huit fliuilles ^ trbs-^correctement 
imprimé , est de ^ fr. par an j eostpris le i>ort dans tout TEmpirt 



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k{!^ MERCURE DE FRANCE; 

irmçtîs ; et 4» fie. pour rétriuiger ; pour ttx mois , 30 fr« , eiSî frè 
5o o. franoole port poor TétraDger. 
Les lettres et Targent doirent être affitanelus et adressés à M. Gali- 
i , rédaoteixr , me Virienae , a» 17. 



Mapportjàii â la SoeUté d'Enooutof^mêfit par M, Deseotils , sur I^i 
0annelîes airifirts inç^nti^s par M. JulUeii, pour transposer I0S vins m. 
èouisiliês ^ui ont déposé , ot sur los entonnoirs aériflrgs du même 
autsurpour remplir les houteilhs st tonneam» sans répandre de liquidé, 
ttJiUrêr les liqueurs sans dpaporation ; aTeo une planche représentant 
les divers insrramens. Prix , 7^ 0. , et i fir. frano de port. Cbtt 
JttlUen , rue Saint-SauTeur , n^ 18. 

Nota, Les cannelles aérif^res coiàtent 9 fr. en enivre % 10 fr. 5o c« 
étamées , et 75 fr. en arg;ent. 

Les entonnoirs âérif^res pour remplir les bouteilles et filtrer les 
liqueurs sans évaporation , coûtent Z2 fr. 

Preupe de la durée du Monde encore pendant vingt mille ans , de 
PimpossibUiié qu'une comète nous eause aucun mal et qu'elle se pré- 
cipite vers la terre ; par M. Wandélaineourt. Brodiure in-24. Prix « 
60 c. Chta Cil. ViUet « libraire , rue Hautefeuille , n® i. 

Description et usage des Méridiennes portatives « du Tems Trai et 
du Tems tnojen , verticales et horizontales , pour toutes les latitudei, 
^tes pour être posées dans Tembrasure extérieure d'une fenêtre , à 
droite ou à gauche , selon que le soleil éclaire Tun ou Tautre eâté k 
midi , afin de pouvoir régler »9$ montres et pendules au soleil , sans 
sortir de ches soi. Précédée d*une Dissertation sur l'utilité des méri- 
diennes publiques t et sur la nécessité de suppléer à leur trop petit 
nombre dans chaque ville , par Tadoption des méridiennes portatives: 
mvec ulie Instruction sur la maniëre de s*en servir. Par J.-N. Cham- 

f'on , ingénieur-géographe et graveur en topographie , breyeté de 
M. L et R. pour r^vention de ces méridiennes et des thermomètres 
à, échelles comparatives et k souvenir météorologique qui leur servent 
de pendant. In-8« , avec figures. Pr^x , i fr. , et i fîr. 25 c. franc de 
port. — L*un et Tautre instrumens , de différentes dimensions , sur 
différentes matières , et de dlfférens prix , se trouvent chez Tlnven- 
teur , rue Neuve-Sêint*Roch , n« 8. 

Fojrage pittoresque et historique de VEspoffte ; par Alexandre la- 
borde y et une société de gens de lettres et d*artistes de Madrid. 
yingt^natrièmelipfaisbn, In-fblio de trois feuilles , plus 6 planches» 
Imprimerie de Dldot ratné , rue du Pont-de-Lodi. 



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JUILLET i8is.« i4S 

£ssaî sur Part eu Comédien chanteur ; par M. F. Boîs^oet , de la 
société des toicnces et arts de Nantes. Un toI. inr8^. Prix , 3 £r. Ches 
LoDgchamps , libraire , rue Croiz-des^Petils-Champs ^ n^ 35» i 

£eaaT exemples de pUtiJiliale > de eoneordejratemelle et de respect 

enpers la vieillesse. Pour iCre don'bés en prix à la jeunesse. Quatrième 

édition y augmentée des Parentales d*Ansone et de quantité de traiii 

noureaux ; par A. F. J. FréyiUe , ex-professeur de beUes-Iettrés 

anx écoles centrales , auteur de T-EDCjclopédie Grammaticale , ete. 

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galerie de bois , n** 243 . 

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5o c. , et 2 fr. franc de port. Chez Delaunay , libraire , Palais-Rojal, 
seconde galerie de bois , n* 243. 

Tome VI» et dernier de V Histoire de France pendant le dis^huitiét^ 
siècle; par Charles Lacretelle. Volume in-80 de 410 pages , termiiié 
par une Table générale alphabétique deVouvrage , imprimé sur carac- 
tères de cicéro et papier carré fin d*Aurergne« Prix , 5 fr. brocbl , 
•t 6 fr. 25 cent, franc de port. Les tomes I , II , IH, IV et V codent 
ehacun le même prix. En papier vélin , le prix est double. Les pet- 
tonnes qui n*ont pas cet ouvrage complet sont invitées de se com- 
pléter avant le i*^ septembre; apr^ cette époque on ne le poutra 
plus. Paris , chez F. Buisson , libraire-éditeur , rue Gilles-Coaur, n* 10. 

PP Correspondance littéraire, philosophique, critique, adressée h un 
Souverain d* Allemagne , depuis Tannée 1770 jusqu'en .1782 ; p^r la 
baron de Grimm et par Diderot. Cinq volumes io-8<> de 23oo pages. 
Prix , 28 fr. brochés , et 35 fr. franc de port. En papier vélin le prix 
est double. Chez le même. ' 

Iftouçeaa Nécrologejrançais , on Liste alphabétique des auteurs nés 
en France , ou qui ont écrit en français, morts depuis le z«r janvier 
z8oo ; (ouvrage publié par ordre de M. le conseiller-d'état directeur- 
général de Timprimerie et de la librairie ). Brochure iD-8«. Prix, 2fr., 
et a fr. 2i cent, franc de port. Ches Guitel , place Saiot-Gêrmain- 
•lAuexrois t n» 27. 



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ij44 MERCURE DE FRÀNtÈ', JUILLET 18 1 a. 

' uinrtaUs de l'imprimerit'tiés Jtîde ,ovi Histoire des trois MaffUea 
•t il« ieurr éditions ; parAdt.-Aug. Rcaouard. — Supplément , i rot. 
in-80 brocké, 4 fr. , papier yélitf, 8 ff. Ghei A. A. Renonafd^ 
libraire^ rue Saist^André^det-Aros , n*^ 55. 

L'ôorraga, dont ee supplément forme le- 3« Toiame, a paru eu 
l8o3i Les trois rôtumes brochés , ensemble 18 fr. , en papier vélin « 
36 fr. ' 

De r^ménaçement et de P Exploitation desjoréts ^ui appartiennent 
aiuc particuliers ; par M. Noirot , arpenteur-vériâcQteur près la con- 
nervation forestière de Dijon , membre de la Société académique des 
•cienees de Paris. Un vol. îb-ia. Prix , i fr. 75 c. , et 2 fr. 25 c. 
ftane de port. Chei Archns-Bertrand , 1&. , rue Hautcfeuille , n* 23. 

Vqyage en Ahysslnie ; par M. Sali ; traduit de Tanglais et extrait 
jies yqyages de lord Falentia, "Deux toI. in-8" , avec figures. Prix» 
9 fr. , et 12 fr. franc de port. A Paris , chez J. J'. Paschood . libr. , 
rue Mazarine , n^ 22 ; çt chez Arthus- Bertrand , libraire . rue Hante- 
feuille , 119 23. A Genève , chez J. J. Paschoud, impr. -libraire. . 

Essai d*instruction morale y ou les Devoirs envers Dieu , le Prince 
^ct la Patrie , la Société et soâ-mème , à Tusage de» jeunes gens élevés 
daxu une monarchie , et plus particulièrement des jeunes Français. 
Deux roi. in*8o , ornés du portrait de TEmpereur. Prix , 10 fr. , at 
22 fr..5o c. franc de port. 

Le même , format in-40 « 2 vol. : prix , 18 fr. brochés , et 23 4r. 
.franc, de port. 

Chez Bnmot-Lahbe ^ libraire de TUniversité impériale , quai des 
Augustios I n* 33. ^ 



ERRji'fJéi pour le damier iV». 

Dans TEnigme , vers 19^* « au lieu de : son ennemi , Vuex : S9% 
ennemis. 



' Lx . ACe&ourb )»arait le Samedi de chaque semaine , par Cahier 
de trois feuilles. — . Le prix de la souscription est de 48 fr. po\ur 
Tannée ; de 24 fr, pour tîvn mois ; et de 12 fr. pour trois mois , 
franc de port dans toute l'étendue de l'empire français. ^ Les lettres 

• relatives à Penvoi du montant des alxmnemens , les livres , paqueté , 
et tous objets dont l'annonce est demandée^ doivent être adressés , 

Jrancs de port , au' DlRBCXEUa GÉlfÉiuu. du Mercure de Franç$^ 
rue Hantefeuiile , W sa. 



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/^.^^•'fK*r^'^ 









., '.-1-^^ 



MERCURE 

DE FRANCE. 



N^ DLXXV. — Samedi 2S JuUlet i8ia. 



POESIE. 

LE ROSSIGNOL XT LES OISEAUX. 

ÏABLB. 

Nacvèak dans ub cercle en ptrUit de mnsiipie ; 
Que dii-je , Ton parlait ? on ywdbpnlait fort. 
S'occuper d*on plaisir et n*ètre pat d*acoord I ...... . 

Enfin la chote était. On i^échauffe , on se pique. 
Pour paraître profond , Tun rante avee transport 
Les aeeens on peu durs des Asiphions du nord. 

Des Français défendant la gloire , 
Un autre , aree raison prenant part aux débats « 
Cite plus d*un grand homme et le Conserrttoire. 
Enfin un habitant de ces heureux climats 
Des beaux arU , il est vrai , la première patrie » 
S*a gîtait sur sa chaise et ne concevait pas 
Qu'il fût d'autres talens que ceux de l'Italie. 
Ce n'est que Vk , dh-il , qu^on sait adroitement 
Dénaturer un chant sans craindre Tanathème f 
De trils et de fredons enjoliter un thhne , 
Du pks grayo à Taïga l'éla^icer brut qatamil f 

K 



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)4fi MERCURE DE FRANGE; 

Tenilrment roacooler sur nii« leule note , 
Et f ut-tout oadeneer à se rompre la glotte. 
Seebes nous imiter ; roilà tans contredit 
Le rrai , le seul moyen de briller et de plaire. 
A oet homme de goût , mais tant soit peu sévëre « 
J*offre pour ma réponse un modeste récit , 
Dont plus d*un amateur peu faire son profit. 

J*ai In dant un auteur ( son nom n*importe guère } 

Qu*un jour les oiseaux daus leurs ckaats 
Voulurent opérer une réforme en libre. 

Un rossignol connu par ses talens , 

▲ eet effet conroque rassemblée 
Sços Tombrage secret d*une immense feuiUée , 
Et dit : a n est honteux que nous du genre humain 

> Lés premiers maîtres de musique , 

» Nous ayons dans cet art fait si pea de chemin. 
» Crojes-moi ; renonces à TOtre genre antique 5 

> Pour être bon il est trop rteus. 
' > Tout fraîchement arrivant d'Italie 

a Je TOUS en apporte un vraiment délicieux i 
m Et qui Ta , par sa mélodie , 

> Rompre de ^ài gothiques airs 

> L*ennujeuse monotonie. 

n D^aOlenn , okes les oiseaux pourquoi ces chants dirers ? 

r L^un fredonne en fausset sa roulade commune ; 

» Celui-oî de deux son», répétés coup sur coup , 

a Compose sans pitié sa chanson importune. 

a Celut-Hi s'égosille en alongeant le cou 

» Et fatigue Técho d*un étemel glon glou. 

• Cet autre , nuit et jour ounant un bec énorme » 

» Fait retentir au loin son quanquan nasillard. 

» n est bien tems que chacun se réforme , 

> Et qu'apprenant les fineises de Tart « 
a Vous chanties tous enfin de la même manière ; 
> Je serai votre maitre , et j*en fais mon afEûre. • 
n a raison , dit un canard , 

Je chante mal « mais ma yoix est jolie ; 
Je Teux pour la former chanter incessanunent 
A la maoiëre dltaiie. 

Le rossignol , d*un plein oootenttment 9 
Fat chargé d'opérei oeUt réfoniU utilt. 



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JUILLET 181Î1. 147 

La Toîlà âono travaillant jour et nnïx 
A oom|eT le ehant de la geot Tolatile*- 
De tant de aeins Tonlant eueillir le finiit , 
Un beau matin notre dootenr kabile 
Bastttftble dana an Koif tout ses musiciens , 

Les rasge suivant Iran moyens , 

Dit à ehamm oe quHl doit faire , 
Commande le silence et deane le signal. 
Les voila g;rimaçant de plus d*une manière , 

Et redisant tant bien que mal 

La leçon qu*ils viennent d*apprendre^ 
ï*our dominer sur tous et mieux se faire entendre « > 

Tons les becs sont ouverts. Bffais qui fut bien surpris? 
Ce fut le professeur trompé dans son attente. 
Un mélange confus de sons mal assortis 
Vient frapper tout^à-coup son oreille savante^ 
Ses nerCi sent attaqués par ce bruit infernal. 
Il frémit et se sauve honteux de Taventuie. 
Un modeste pigeon , ne raisonnant pas mal , 
Lui dit: Vous étiez fou ; change-t^on la nature ? 
Four qui s*éloigne d*elle il n*est point de succès. 
Chaque oiseau dans ses chants suit une loi secrète 9 
Et le bouvreoâ plaintif n*imitera jamais 

Le chant joyeux de la fauvette. 

Gabkzsi. MoykUl. 



»»»»^^»*^^<»^fc^ ^ »»» %»»%»» 



A AZÉLIS. 

LE SSRTIMZKT OU LIS BOtf^X SOXTYSKIES, 

Ils ne sont plus ces jours de bonheur satu nuage ! 
Ces jours dont je ne puis me retracer Timage 
Sans éprouver encore un doux tressaillement ! 
Hélas I que je les plains ceux que le sentiment 
Ne pénétra jamais de sa divine flanune 1 
Ce feu pur et sacré brûle au fond de mon ame , 
Et sans cesse y nourrit des plaisirs dont januds 
I<es cœurs indifférons n^ont connu les attraits. 
G*est toi que fen atteste , 6 ehaipie de ma vie t 
Toi par qui je devit&i na digne objet d^invi** 



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ji48 MERCURE DE FRANCE, 

Naguère , pr^ de toi « j*oiibliait Tuiûrett ; 

Mon bonkeiir , le pennak^je exprimer àtau met. rert ? 

Loin de tout importun ^ dans le aein du mjrttëre , 
Sarottrant la doucear et-d*ainier et de plaire « 
Comme un rapide éolaîr nous arons ru s^enfuir 
Ces jours que sur son aile emportait le plaisir. 
Quel charme , quand ta bouche où le désir repose 
Pour sourire entr*ourrait »e$ deux lërres de rose I 
Quel charme , quand tes jeux animés tour-à-tour 
Et des feux du génie et des feux de Tamour , 
Dans leurs regards brûlaos offraient de ta tendresse 
A mes jeux enivrés la preuve enchanteresse I 
Dans ton riant séjour que j*étais transporté ! 
Je respirais en paix la pure volupté 
Dans Tair où s*exhalait ton haleine chérie ; 
Là je trouvais Poubli des peines de la vie. 
Nos cœurs à Tunisson sentaient mêmes désirs ; 
Je soupirais , soudain j*entendais tes soupirs. 
Mon front rayonnait-il d*une rive alégresse ? 
A rinstant dans tes jeux éclatait même ivresse. 
Tendres épanchemens ! voluptueux transports I 
Quand tes doigts , produisant de célestes accords « 
Caressent avec grâee ou la harpe ou la Ijre ^ 
Ou tracent sur Tivoire un portrait qui respire « 
On « des doigts de Pallas industrieux rivaux , 
Kxent légàrement des fleurs et des rameaux 
Sur le tulle léger , sur la toile de llnde ; 
Je me crois transporté ches les filles du Pinde , 
Et ton boudoir devient le temple des beaux arts x 
Le flambeau d'Apollon brille dans tes regards | 
n pénètre mon ame , il m*échaufie et m*inspire. 
Pràs de toi , qn*ils sont doux les vers que je soupire ! 
Près de toi , que mon luth rend des sons gracieux ! 
Par ta voix répétés qu'ils sont mélodieux I 
Pâlisses , fiers rivaux et d'amour et de gloire t 
Les baisers d'Azélie ont marqué ma victoire , 
Le mjrte de Cjpris et le laurier sacré 
Couronnent le poëte et l'amant adoré. 

Tels sont les souvenirs dont ma mélancolie 
Loin de toi se nourrit , ô ma belle Aiélie I 
De rabseane par eux je trompe les ennuis ; 



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JUILLET i8i*. a49 

Absente , tu remplis et mes ']otsn et met nniti ; 
Je chante mes regrets sur ma Ijre plaintive 
Et erois Toir à met diaxits la natare attentive. 
Seul , au fond des forêts , ferre an déelin du jour ; 
Je ckarme ma douleur par Tespoir du retour. 
De priH^ , de tosux , si je les importune « 
Je ne demande aux Dieux ni grandeurs , ni fortune : 
Vivre près d*Axélie est tout ce ^e je yeux ; 
Voilà le bien suprême où tendent tous mes tosux ; 
J*ai pour trésors sa Toix • tes regards « ton sourire , 
Cl pour I9 mien , ton cotur Tant bien mieux cpi*un empire. 

Far M. RxHi TAiDOt. 

DIALOOUfi. 

Ma mère attend ; la nuit lient : je te quitte. 

— Non. — Laisse-moi ! — Non : o*est partir trop rlttf. 

— J*aiirai déjà grand^'^peine à m.*exenter : 
Laisse-moi donc , Hjlas ! — £b bien I Mélite « 
Pour ta rançon donne au moins un baiser x 
Non de oeux-là que Ton donne è sa mère ^ 
Maïs ee baiser qui chérit le mystère , 

D*ttn feu plus rif qui fait soudain brûler « 
Où Tame entière est près de s*ezhaler 1 
Donne-le-moi , donne rite , ma chère. . . « 
-^ Oui, . . . mais après , roudrai-je m*en aller? 

EvsàBX Saltultx. 



ÉNIGME. 

0« prétend que je stiit pour jim néeett^re; 

Pour moi qui ne suis pas docteur en telle affidxe^» 
Je pense qu^il est bien des gens 
Qui sans moi Ti?ent ibrt long-tenon» 

Je suis grand ches un militaire 9 
Petit chez la jeune bergère « 
Excellent ohc^ un protecteur « 
Dépraré ches un malfaiteur ( 



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tSù MERCURE DE FRANCE , JUILLET i»i». 

Qax quand le idestin eit prtMpëre , 
' Et triste quand ii est coutrmre : 
Dur chez Favare oecupé dramsner , 
Four en sou coflre-fi>rt seus sur sous entasser r 

Chez la coquette toujours tendre , 
Et chez tous les humains difficile à comprendre. 

S • 

LOGOGRIPHE. 

Atic ma tête \t suis femme , 
Oui ftmme , je du femme en corps ainsi qu^en am^. 

Ma tète à bas je ne suis plus , 
£t la femme et le corps sont déjà disparus ; 
Et de ce qui dans moi constituait la fenmie , \ 

Il ne me reste plus que Tame. 

S 

- CHARADE. 

Si mon premier dit oui , mon dernier , au contraire t 
Te dira toujours non. Voici bien autre aflaire : 

Je ne sais pourquoi ni comment 

Mon entier veut dire autrement. 

GaudAREIK» , (électeur du département du Lo4^ 



Mots de f Emiqmi , £^21 LoooGRiFHB et de la CHAmkDB 
■ insérés dans le dernier Numéro • 

Le mot de IThigme est Rose. 

Celui du Logogriphe est Crimes dans lequel on trour* : rime^ 

Celui de la Charade est Mndispensablement, 



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LITTÉRATURE ET BEAUXARTS. 

Eloge historique de C. S. Soiamn-DE-MAKOVCouiT ; 
célèbre naturaliste et voyageur ; par ARS?.infi Thiébaut- 
de-Bernsaub , de plusieurs Académies. Avec cette 
épigraphe : 

^ La familiarité que feus avec hVl et Fassiitaiice 
qu'il fit à ma Jeunesse, m^obligent à épouser 
ton honneur. 

Montaigne , Essais, Ut. II, chap. 33. 

Par quelle inconcevable contradiction accrieillons«r 
nous avec tant d^empressement des étrangers, dont quel- 
ques-uns n ont d'autre mérite que d'être d'habiles jon- 
gleurs (et ce sont les mieux reçus de nous)? pourquoi 
les comblons-nous de faveurs et de biens , tandis que 
ceux de nos compatriotes qui ont plus de droits à nos 
hommages , oublies ou dédaignés pendant leur vie , meu- 
rent au milieu de nous comme s'ils avaient été jetés sur 
une plage étrangère ? Cette question n*est pas nouvelle; 
une bonne solution le serait : peut-être faudrait-il la 
chercher dans nos goûts, dans nos mœurs ^ dans notre 
caractère , dans les qualités mêmes qui nous distinguent 
et que npus avons raison d'apprécier, parce qu'elles con- 
tribuent à notre bonheur comme à celui des autres. Mais 
ces recherches demanderaient du tems , de Tespace , inté- 
jesseraient fort peu de monde, ne corrigeraient per- 
jfioone, ne changeraient rien à Tusage et n'empêchçraienfl 
pas de se jeter à la tête du premier inconnu qui vien- 
drait au milieu de nous pour écrire contre nous. Passons 
donc brusquement à celui qui a fait naître ces réflexions. 

Il s agit d'un écrivain français qui consacra sa vie en- 
tière à l'étude des connaissances utiles , et , pour recu- 
ler les bornes dans tesquelles elles étaient renfermées , 
fit de longs et pénibles voyages , courut mille dangers, 
dépensa sa fortune, altéra sa santé; d'un Français dont 
les ouvrages eurent un succeii mérité} qui fut l'ami ^ le 



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lia MERCUÏIE'DÉ FRANCE, 

contintiatenr de BùfiToa , souvent l*heui*eux inlitateur de 
c« modèle ; mais qui , au lieu de mourir comme lui dans 
Fabondance et comblé dhonneurs , est mort dans un 
ëtàt voisin du désespoir et de l'indigence , puisque , sans 
des amis indignés de la cruelle bizarrerie du sort , on 
chercherait en vain ses cendres confondues avec celles 
de la multitude. 

.Telle a été la destinée de Charles-Nicolas-Sigisbert 
Sounini , ancien officier et ingénieur de la marine fran- 
çaise , membre de plusieurs sociétés savantes et lilté- ' 
raires. Né, le i®*^ février i^Si , à Lunéville; il étudia 
d'abord le droit, fut ensuite placé, comme cadet noble, 
dans le régiment d^Esterhazy ^ et bientôt dégoûté de la 
monotonie du séjour des garnisons , entra au service de 
la marine plus analogue à son goût pour l'étude de This- 
toire naturelle et les voyages. Envoyé sur le continent 
de la Guiane , il le parcourut avec intrépidité , malgré 
les obstacles que présentaient un peuple sauvage , un sol 
inconnu, un climat insalubre et des animaux malfaisans. 
Les administrateurs de la colonie résolurent de profiter 
de son dévouement pour connaître toutes les ressources 
que pouvaient offrir la Guiane et Tîle de Cayenne. On 
commença par le chargçr d*une expédition périlleuse ; 
c'était de découvrir, d'attaquer et de détruire les établis- 
semens des nègres fugitifs cachés dans Tintérieur de ce 
jpays immense où les Français n'avaient point encore 
pénétré. Sonnini se met en route, le 19 octobre i-j^S , 
escorté de huit volontaires et de six Indiens. 

(( Profitant de la bonne volonté de ses compagnons , 
nous dit son historien , l'infatigable voyageur entreprit 
une excursion topographique dans toute la largeur de la 
Guiane, Celait le premier voyage tenté dans ces contrées 
inconnues. Cinq mois furent employés à cette expédi* 
lion, pendant laquelle le jeune Sonnini fit plus de i5o 
myriamètres (4oo lieues) à pied, dans d'épaisses forêts, 
sans chemin , ni trace , obligé de se frayer un passage à 
travers les lianes dont ces forêts sont embarrassées ; sans 
autre provision que le produit journalier de la chasse et 
.de la pêche; sans abn contre les torrens de pluie qui 
noyeat quelquefois d'une manière si effrayante les cou-» 



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JUILLET i8ia. i53 

tr^es voisines de Téquateur ^ enfin sans antre gnide que 
la boussole et les observations. L'habitude de faire usage 
de l'une et de suivre exactement les autres , lui servit si 
bien qu'il ne dévia pas un instant de la route projetée'^ 
malgré les sauts ou cataractes qui interrompent sans 
cesse le cout-s des nombreuses rivières qu'il devait tra- 
verser. Dans ce grand voyage , quoiqu'il eût eu beau- 
coup à soutfrir; quoiqu'il eût passé trois jours entiers 
sans prendre de nourriture, non-seulement il n'égara pas 
son détachement, mais il ne perdît pas un seul homme. 
De retour à Cayenne, en avril t'y 74» *' apprit que les 
administrateurs de la colonie désiraient vivement que Ton 
parvînt à découvrir une route par eau , pour se rendre k 
la montagne la Gabriclle, remarquable par sa fertilité , 
mais séparée de Cayenne par d'immenses plaines basses 
et marécageuses. Depuis l'établissement de la colonie 
française, en i664, on avait tenté plusieurs fois, mais 
toujours en vain, de tracer un chemin à travers ces 
masses croupissantes. Sonnini se dévoue et s'embarque 
sur un frêle canot avec dix Indiens. Il est difficile de se 
faire une idée des peines qu'il éprouva pour obtenir le 
succès qu'il s'était promis et qu'il avait promis aux autres. 
Pendant douze jours , il affronta courageusement les hor- 
reurs de la soif et de la faim, tous les obstacles que mul- 
tipliaient autour de lui les eaux stagnantes qui l'infes- 
taient, les pluies qui l'inondaient, les insectes dont il 
était dévoré, la fièvre qui l'affaiblissait, les murmures 
de ses compagnons que son exemple et sa présence pou- 
vaient seuls contenir. Enfin, il réussit : le voilà sur cette 
montagne si désirée; son équipage reçoit des secours ; 
il prend lui-même des rafraichissemens dont le besoin 
était si pressant : il est heureux. A son retour, les admi- 
nistrateurs l'accueillent avec intérêt et donnent son nom 
au canal qu'ils ont fait creuser sur sa route. » 

Sonnini avait alors a3 ans. L'importance de ce service 
fijiia les regards du gouvernement français , et le jeun» 
voyageur fut promu au grade de lieutenant avec l'expec- 
tative d'une place d'ingénieur qu'il obtint en effet peu de 
tems après. 

Il rapporta dans sa patrie une belle collection d'oi- 



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i54 . MERCIERE DE FRANCE, 

•(Daux rares dont il enrichit le Cabinet crhistoire , natu- 
relle. Louis XVI lui donna un brevet de correspondant de 
son cabinet avec uiïe pension. En se rendant à Cayenne 
(en 1775) il visita la côte occidentale de TAiVique, 
depuis le cap Blanc, jusqu'à Portudal. II passa deux 
ans dans la colonie occupé à des voyages dont le résultat 
fut la découverte de plusieurs animaux. Une maladie le 
força de quitter ce pays pour revenir en France. Appelé 
par BuflTon il se rendit à Montbard. Cest là qu*il passa 
le rigoui^ux hiver de 1776 , tout entier au grand peintre 
de la nature qui le chargea de la rédaction de tous les 
articles d'ornithologie étrangère, depuis les gallinacées 
jusqu'aux oiseaux d'eau. 

a C'est là, dit M. Thiébaut-de-Berneaud, quil puisa 
ce goût solide, ce tact délicat qu'aucune circonstance 
particulière , qu'aucune considération politique ne purent 
altérer ; c'est là qu'il acquit le beau talent d'écrire et 
devint un écrivain élégant et facile. » 

Le baron de Tott venait d'être nommé inspecteur des 
. Echelles du Levant et de Barbarie. Cette expédition sou* 
rit à Sonnini: il demande, il obtient des passe-ports, il 
s'embarque et trouve , à son arrivée à Alexandrie, des 
ordres particuliers de Louis XVI pour voyager ea 
Egypte. 

Avant son départ il avait reçu les tendres embrasse- 
mens et les souhaits de Bufibn. Il appelait ces souhaits 
la bénédiction du génie. Nous croyons devoir ici nous 
arrêter sur une circonstance parlicuPière , c'est sur les 
instructions que Bufibn donna à Sonnini. 

On"a cru que Buffon a plus d'une fois sacrifié la vé^ 
rite à son imagination brillante et Féconde, et qu'il écouta 
moins la première que la seconde. Rien n'est plus pro* 

f)re à montrer combien cette conjecture est hasardée , que 
es instructions suivantes. Il n'est qu'un observateur 
attentif, scrupuleux et profond qui puisse provoquer de 
pareilles recherches. 

« M. le comte de BnflTon prie M. Sonnini*de-Manon* 
court de lui donner, dans le cours de son voyage, des ob« 
scrvalions anr les objets .Huivaos : 

n A Malle , prendre des échantillons des prétendus mar- 



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JUILLET i8i!i. t55 

bres trouvés dans oelte ile, dont feu M. le Graid-Mattre a 
fait faire de beaux ouvrages } et aussi des échantillons du 
prëlendu oiarbre de Gozzo , afin de pouvoir les com|>arer 
ensemble. Savoir de plus si les rochers de File de Malte 
sont vitrescibles ou calcaires , ou s'il n'y a point du tout dé 
pierres calcaires dans cette ile , et s'il n'y a pas des indices 
qu'elle ait été autrefois un volcan. 

» l)ans Vile de Sicile et dans les iles de l'Archipel ob- 
server jusqu'à quelle distance environ on rencontre les 
matières rejetées par les volcans^ s'informer particulière» 
ment à quelle distance de l'Etna l'on trouve des carrières 
des beaux marbres de Sicile* 

n Dans la Grèce , savoir si l'ancienne carrière de marbre 
de iParos, qui est d'un blanc transparent, subsiste encore. 

fi Dans la Méditerranée , tâcher de savoir s'il existe en 
effet un golfe vis-à-vis le golfe Adriatique , ou s'il ne s«r 
trouve pas un cap, une espèce de promontoire dans les 
terres d'Afrique qui regardent le golfe Adriatique. 

I» Faire mention de la hauteur des côtes de l'Afrique dans 
tous les endroits où l'on pourra les voir. On assure au'en 
général elles' sont beaucoup plus basses que celles de l'Eu- 
rope le long de la même mer. 

n Faire aussi mention des sondes et de la profondeur de 
cette mer qui doit être moins grande du côté de l'Afrique 
nue du côté de l'Europe , et ne pas oublier les courans , 
s il y en a de remarquables. 

n S'informer des différ-ens endroits de cette mer oîi se 
fait la pêche du corail , comme au détroit de Bonifacio 
entre Tile de Corse et celle de Sardaigne, et aussi autour 
de ces iles et le long des côtes d'Afrique , etc. 

» Recusillir quelques morceaux de corail dans leurs dif- 
férens états d'accroissement et de dépérissement, ainsi que 
quelques beaux madrépores , le tout dans la Méditerranée » 
et en faire une caisse pour le Cabinet du B.oi. 

n Faire pêcher à l'extrémité de la Méditerranée , près de 
l'isthme de Suez , des coqHiillages et en remplir un panier 
pour le Cabinet y il faudra les mettre auparavant dans l'eau 
chaude pour en séparer l'animal , afin d'éviter la corruption . 

» Tâcher d'avoir, s'il est possible, le niveau entre la 
Mer*Rouge et la Mer-Méditerranée. 

» Remarquer de quelle nature sont les rochers qui se 
trouvent dans l'isthme entre ces deux mers , et faire men- 
tion de la hauteur de ces montagnes. 

I» Faire pécher dans la Mer-Aouge , auprès de l'islhme, 



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i56 MERCURE DE FRANCE , 

deis coquilles et en remplir un panier; y faire pocher aussi 
auelques coraux et quelques oeaux madrépores pour en 
(aire une caisse ; y faire pécher encore de beaux lîtnophylcs 
et des éponges pour en faire une autre caisse , et s'il se 
trouve deslilhophytes daus la Méditerranée, près deFisthmej 
en faire une autre caisse pour pouvoir les comparer. 

» Dans le détroit , depuis les Dardanelles jusqu'au Bos- 

Shore , observer la bauleur des côtes et la nature des rochcra 
es deux côtés du détroit ; remarquer si les lits de pierre sa 
Correspondent , et s'il y a des angles saillans opposés aux 
angles rentrans ; examiner aussi les différehs efiels que 
l'action des gelées et des eaux pluviales ont faites sur ces 
deuY côtes du détroit , et savoir laquelle des deux est la, 
plus rapide. 

» Si Ton monte au-dessus d« ces côtes du détroit , en 
remarquera s'il n'y a point de laves ou d'autres matières de 
Volcans; ' 

n Faire mention de la vitesse et de la profondeur dei 
eaux depuis le Bosphore jusqu'aux Dardanelles. 

n Faire pécher un panier de coquilles dans la mer de 
Marmora et un autre panier dans la Mer-Noire à qneloue 
djstauce du Bosphore , et ne les pas mêler; il faut prendre 
garde aussi de ne pas mêler celles de la Méditerranée à 
celles de la Mçr-Rbnge. 

» Au Caire, tâcher de faire le voyage des Pyramides , et 
corrïparer la description donnée par de Maillet, dans le 
livre intitulé ; Description de l'Egypte, publié par M. l'abbé 
te Mascrier, in-4* (Paris, 1785 ). M. Sonnini-de-Manon- 
court pourra tronver ce livre à Marseille , ou en faire un 
extrait. 

ft Tâcher de voir aussi les fameuses carrières voisinea de 
la Thébaïde, qui sont toutes composées de porphyre , de 
jaspe et de granit j mais je crois cette entreprise ditncile. 

n En Barbarie , lâcher de voir un jumart qu'a décrit le 
docteur Shaw. 

ft Recueillir partout les animaux quadrupèdes et les oi- 
éeaux que M. Sonnini-de-Manoncourt jugera nouveaux 

Ïour nous j Ifes faire préparer et nous les envoyer pour le 
!abiner. < 

» Comparer aussi les poissons qui se tronvént dans la 
Méditerranée , ^irès de l'isthme , avec ceux de la Mer-Roage 
près du même isthme. 

'« Si l'on voit en mer quelques trombes ^ ne pas manquer 
d'en faire la description. . 

n Si l'on peut f ire jeter la sonde entre la Sicile et Malle, 



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JUILLET i8i«; 187 

•^assurer de la profondeur qui oe doit pas èixe çrdnde; oi^i 
sait que la profondeur du détroit de Bonîlacio est fort 
petile entre Ttle de Sardaigoe et celle da Corse , et que 
c'est là où r«b trouverait beaucoup de corail dans les an* 
nëes dernières. 

91 A Montbard , ce 5 mars 1777* 

Signé, le comte Dis BxTiTON. 

On nous pardonnera 'cette citation i^n peu longue , 
puisqu'elle sert à justifier Buffon. On ne recherche point 
la vérité avec tant de soin pour la dissimuler. 

Sonnini s'embarqua le ^6 avril 17775 pendant son 
séjour à Malte, il se lia intimement avec le savant Dolo<» 
mieu. Le 20 juin il arrive à Alexandrie. Parcourir les 
.plaines de l'Egypte, visiter les fameuses pyramides, Içs 
ruines du temple de Denderah , traverser l'immense dé- 
sert de la Lybie , étudier toujours et par-tout la nature et 
les hommes , telles sont les occupations constantes de 
l'infatigable voyageur. Il fit même le projet gigantesque 
de parcourir toute la longueur de l'Afrique, depuis le 
golfe de la Sidre jusqu'au cap deBonne-£spérance:mais 
il n*eut pas l'approbation du gouvernement. 

Sonnini a donné le premier une parfaite connaissance 
du pays situé entre Damanhour et les lacs de Natron. 
L^ezactitude de se$ descriptions lui a mérité l'honneur de 
voir deux de ses routes tracées avec cette inscription : 
rouie du voyageur Sonnini ^ sur la grande et magnifique 
carte de l'Egypte dressée en 24 feuilles , par les ordres 
de S. M. l'Empereur et Roi. 

De l*Egypte , Sonnini se rendit dans la Grèce et dans 
la Turquie. Dans les relations qu'il a publiées sur ces 
pays, il s'attache aux observations d'histoire naturelle, à 
tout ce qui peut intéresser sous le rapport des mœurs , 
des antiquités, du commerce, aux époques les plus so- 
lennelles de la vie des peuples modernes de la Grèce. 

A la suite de ce voyage, Sonnini s'embarqua sur la 
frégate française la Mignone, commandée par son ami 
d'Ëntrécasteaux , et qu'il contribua à sauver parla promp- 
titude avec laquelle il établit une batterie dans la rade 
où le convoi fut attaqué par deux cutters anglais de U 
flotte de l'amiral Keppel. 
A son retour en France Sonnini trouva sonpatrimoios 



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iSB MERCUJRE DE FRANCE, 

envahi par un parent avide qui avait spéculé sur son 
ëloignemenl. Les détails qu'offre à ce sujet N|. Thîébaut- 
dè-Berneaud sont pleins d'intérêt , mais nous ne devons 
nous arrêter que sur les circonstances dune utilité 
générale. 

Ayant enfin arraché une portion de son héritage aa 
spoliateur qui voulait en jouir , Sonnini se livre à Tagri- 
culture , fait des essais en grand , naturalise des végétaux ^ 
exotiques, et nous lui devons plusieurs plantes qui n'ont 
pas médiocrement contribué à Tamélioration de notre 
agriculture (i). Bien loin de ressembler à ce charlatan 
agricole qui , pour avoir , au lein d'une grande ville, ua 
pied de vigne au bas d'un mur , un fraisier sur sa fenêtre, 
et deux arbrisseaux dans une caisse , se donnait comme 
un cultivateur-propriétaire , ayant des plantations , des 
pépinières, et publiant les résultais de son expérience, 
Sonnini fit des essais en grand , ne se contenta pas de 
cultiver chez lui et pour lui ; il améliora la culture dans 
les départemens de la Meurthe , des Vosges , de TAisne, 
et répandit d'utiles instructions. 

Des malheurs privèrent Sonnini de sa fortune. Il vint 
habiter Paris et publia dans celte capitale un grand uom« 
bre d'ouvrages précieux. On lui doit la magnifique édi- 
tion de l'Histoire naturelle en 127 vol. in-8^. Cette édi- 
tion offre d'abord toutes les additions publiées par Buf- 
fon à diverses époques; les découvertes de son élève et 
toutes les observations éparses dans une multitude de 
mémoires isolés depuis la mort de l'illustre auteur de 
THistoire naturelle. 

Nous ne donnerons pas la liste des nombreuses pro- 
ductions de Sonnini , parce qu'étant connues , offrant la 
réunion si rare de Tinstruction et du plaisir, leur uti- 
lité n est plus mise en doute. On la trouvera d'ailleurs 
dans l'éloge intéressant où nous puisons ces détails. 

Le sort acharné à la poursuite de notre voyageur lui 
pt connaître un boyard moldave qui se fesait passer pour 

Ci) Le rutabaga ou chou-navet de Laponie ; la lentille du Canada , 
on grande yesce qui donne trois coupes d''un fourrage abondant et 
•ain; le fenu grec qui fournit un beau rouge, un fourrage, un 
légunif agréable ; la julienne dont iln^ontra U propriété- oléagineuse. 



I 



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JUILLET i8ia; 1I9 

nn prince et n'était qu'un aventurier. Séduit par les offres 
les plus avantageuses y Sonnini part avec sa famille. A 
pefne arrivé à Yassî, le prétendu prince y est arrêté et 
iléporté. Sonnini qui s'était expatrié pour élever le fils 
de ce moldave , se trouve sans ressource , loin de sa pa- 
irie. Son goût pour Tobservation ne rendit pas ce voyage 
inutile : il trouve les moyens de parcourir avec fruit ia 
Moldavie et la Valachie , provinces sur lesquelles on n'a 
que des renseignenaens inexacts qui doivent être bientôt 
remplacés par ceux que Sonnini a recueillis. 

De retour à Paris , cet infortuné voyageur consumé 
par les fatigues et par le chagrin de ne pouvoir faire 
usage de ses connaissances et de ses talens , parceque le 
plus utile de tous lui manquait , celui de se faire i^a/oir; 
Sonnini mourut à Paris le 9 mai i8ia , dans une détresse 
d^antant plus douloureuse, qu'il laissait une compagne, 
nn enfant sans aucune fortune. Quelques amis suivirent 
sa dépouille mortelle. Elle allait être jetée dans la tombe 
commune , lorsque Tun d'eux proposa d'en élever à Son- 
nini une à leurs frais. Cette proposition est acceptée et 
Sonnini repose dans le cimetière àë l'est, vulgairement 
appelé /a maison du Père la Chaise. Un saule pleureur 
ombrage son tombeau environné des vég^aux qu'il 
aimait ou qu'il cultiva. 

A la suite de ses noms , de la date de sa naissance , 
de celle de sa mort, se lit cette inscription : 

Ses DtCOTTVERTBS EN HISTOIRE VATimSIX^t 
LxUEimniElITL'AMI, LSCOrXABORATSITaETLB COIfTXmTATECH 

DE BUFFON. 

Voyageur iktrépibb , il visita L'ÂMtRiQinB MiRXDioKAxx, 

L'ËOTPTB, LA Grèce , la Moldavie et la Valacbie. 

Il signala son séjour a Catenns par l'ouverture 

D'un grand canal qui porte son nom. 

Il introduisit en Francs 

La cultuee de plusieurs végétauz utzlis. 

Né riche , 

Il tut constamment homme de bien , 

Toujours ixtile aux lettres et aux 8ctssc$s, 

Bon ami , bon époux , bon péex , - 

Et MOU&UT PAUTRJB. 



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^«o MERCUR2 DE FRANCE, 

; L'£loge historique de Sonnini.fîdt connaître et consé?' 
guemment aimer cet homme célèbre* L'auteur a^u preii:- 
dre , et toujours avec succès , le style convenable aux 
.tableaux des différentes positions' dans lesquelles s'est 
trouvé ce voyageur dont il fut Télève et Tami. Sans le 
mot assombrir sur le sort duquel nous sommes inquiets, 
la critique ne trouverait point à s'exercer; mais, comme 
on voit , Mé Tbiébaut lui a fait la plus petite part pos- 
sible. V— T. 

HlSTOniB DB LA DÈCADEKCB XT DE LA CHUTE DE l'EmPIRS 

RoifAiN ^f traduite de l'anglais d'EnouARn Gibbon. 
Nouvelle édition , entièrement revue et corrigée , pré^ 
cédée d'une Notice sur la vie et le caractère de Gibbon, 
et accompagnée de notes critiques et histpriques » 
relatives y pour la plupart , à l'histoire de' la propaga^ 
tion du christianisme ; par M. F. Guizot. — 'Tomes I , 
II et III, in-S**. — Prix, ai fr. — A Paris , fchez 
Maradan^ libraire, rue des Grands- Augustins , n^ 9. 

Un bon ouvrage à réimprimer , une traduction défec- 
tueuse à revoir , des omission^ et des erreurs impor- 
tantes à rectiâer , tel a été le but de M. Guizot dans la 
Fublication qui nous occupe. On n'en saurait contester 
utilité : ce but est louable dans toutes se% parties. 
V Histoire de la décadence et de la chute de P Empire 
Romain , par Gibbon , est vraiment un excellent ouvrage. 
La traduction qu'on nous en avait donnée avait le plus 
grand besoin d'une révision ; l'original , malgré son 
mérite , n'était pas exempt d'erreurs , et ces erreurs , dit 
fort bien M. Guizot , étaient d'autant plus importantes à 
rectifier dans une histoire de cette étendue , que per- 
dues , en quelque sorte , dans un nombre immense de 
faits , elles sont éminemment propres i tromper les lec- 
teurs superficiels qui croient tout ce qu'ils ont lu , et 
même les lecteurs attentifs qui ne sauraient étudier tout 
ce qu'ils lisent. 

On n'exigera pas , sans doute ,. que nous nous met- 
tions en firais pour démontrer notre première assertion 



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^l*'^* 



JUILLET. iSia^' ' ■ '^^^ 

sur là bonté de L'ouvrage. L'Europe entière Va técotÀn^^^f'f^ 
On Fa réimprimé souvent , même hors de TAnglelèrre?!^^. U!f J 
et les nouvelles éditions d'une histoire en douze è'^'î*^'— tl^ 
roluuiçs, témoignent plus puissanunent en sa faveur quife^^"^*^^ 
celles d'un poème ou a'iin roman. Ajoutons que celle-ci ""^^^^^ 
obtint à sa première apparition les sufirages daRobertson 
et de Hume ; qu'une foule de critique^ attesta mieux *" 
encx>re la grandeur de son succès ; ^ue M.<7Qiz0t , 
enfin , qui , bien qu'éditeur de Gibbon , n'est rien moiM 
que son panégyriste , lui rend , après Texamen le plus 
.^évère et à une troisième lecture , ce témoignage bien - 
important : que son livre , malgré ses défauts , sera toi^ 
jours un bel ouvrage , et qu'on peut relever ses erreurs 
et combattre ses préventions sans cesser de dire que peu 
d'hommes ont réuni , sinon à un aussi haut degré , du 
2noins d'une manière aussi complète et aussi bien ordon-*' 
née , les qualités nécessaires à l'historien. 
' 11 lious sera aussi facile de faire sentir eombien la' 
traduction de ce grand ouvrage avait besoin d'être revue* 
Quoique M. Guizotn'en parle qu'avec cette réserve polie 
qui sied si bien dans sa position , il ne peut s'empèchèir 
de convenir que dans les premiers volumes on ne trouve 
qu'une bien faible image du style plein et nerveux de 
l'auteur anglais , et que les derniers onf été traduit avec 
une négligence et une précipitation si grandes que de$ 
contre-sens même s'y sont glissés. A ces observations 
modestement énoncées par l'éditeur, il nous sera permis 
d'en )oindre une plus décisive. Nous connaissons des 
lecteurs qui ont été plus d'une fois obligés de recourir 
au texte anglais pour comprendre la traduction française 
ou pour s'éclaircir sur les absurdités qu'elle prêtait à 
Fauteur original. On peut juger maintenant si la révision 
d'un pareil travail était nécessaire ; et si Ton nous de-« 
mande comment elle a réussi , nous répondrons aussi 
positivement qu'elle laisser^ peu de chose à désirer aujt 
lecteurs les plus difficiles. La comparaison que nous 
avons faite de l'ancienne et de la nbuvelle éditioo nous 
met en état de prononcer que le premier travail a été 
entièrement^ refondu de la manière la plus heureuse^ 
Nous ne dîtoas rien eu cela ^ue tout le monde ne soit 



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N 



^ MERCP9B DE FRANCE, 

M .4tet^ir^Qfr I et il ne nous rfstf, plvi^ ^ cet égafA 
q^% fXpripRer iiptre. .étoupenif^cit île et: ^iip. la ,pf >'^nae 
^pabtf J'oécuter un travail m\h^\ ingrat , #it ^q la ri^i- 
gMtioi'i df s^^ ftOU^leUl*e , plutôt que, de leî'aire JU trar 
4MCtÎDA d'un bf>ut à loutre (iube plus lo<)gue « l.u»îf 
,9ipto/i pénible, •( qui lui eut pt<niûs d^,ii(tacl|ei' #qii 
•©m. ., , 

Am re«tp f ce n'ett point à noqs à lui chercher que reÛô 
Mr cet «rlîcle* 3i Vouvrage e«t bien ftit , qu'Âmporte.an 
feçteur la manière dont il a été tVit?.{4t général» /pi) s'ea 
îi^quiète pffu et Ton a raison , dy inoins dans, ce qui a 
nijpport au ^tyle ; mais il nen est p«4 ainsi 4«^ jipt^ 
cnéques qui accompagnent cette nouvelle f^dilion. 
Mp Guixot, en critiquant un auteur tel qqe Gibbon , qqi 
t emptoyé U jplus grande partie d^ $c| vie «ujx recherchet. 
mt l^^uellei il a fpodé ses opinions , devait nous rendra 
.compte des autorité^ dont il «appuie ppur le cqiubattre,^ 
tt c e$t ce qu*il a fait d#ns aa préface avec une fr^iichi^e 
^ une exactitude dpnt nouii devons le féliciter. Lea 
Ifickerchee du critiqoe font ^n proportion de celles de 
L'auttor. I^oos xempUr^oos plus 4 une page de la simple 
lUte dff ouvrage mpde«iies qu il 4 consultée , et de plus 
H a conataminent rempaté aux sources où Gibbpn av^t 
pvi^é luirinêin^. Cea pôles jetées modf élément au bas des 
pages de rouVrage d*un «utre , annoncent une éruditi^ 
lèw étendue. et pl^$ folide que celle qu'on a souvent 
H^ée arec «ne wn»fiUen«e affectation.. 

A ne parcourit ^e le ]^mier volume , nous trou vopa 
défà Gibbon reçtifiié sur U i»aiHfere.4ont Iça Bx^maipt 
•ous les Smpereuni parye^ient aua grades inilitairea 
(pag. fJè)'y stir la fertililié de la Palesiioe (pag. 4B); sur 
b pjcéteiKlue égalité de^ ciloyeaa Bomajins 8ou§ la r^ 
.publMpie ^jMige |37)( sur la^Uquité des ^pothépses 
Xf^ .î4S )* lndépandaii^>ent de ces erreurs de lait , et 
't^ Ton .pourvoit lypaijner miilérielies, M. Guizot, dana 
eO^imM^r volume , en relève d autres que I on pourrait 
il^frttr Jiionales , et dont rînfUience. pourrait être plu^ 
9a[ngerfMe. encore. Ainsi « dans une note quj commence 
.kk^MigeSa, t(.l>l^mf avec raison Tindiflérence ayeo 
ktfm^iM^ilfUf^i^ffBfh^^î^^^ q»ejiea Rpimin« 



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JÛILtET tSf«. )6S 

-«mçaîent ^nwrii leurs esclaves. Plus to!h (pi%. W8i), 
It oppose à la fi-oide observation de Gibbon sur l^ pc/iu 
inutile ei dëùiacée d'Helvidms et de Thra.séa , FentliolU^ 
«tasme généreux que cette même vertu inspirait à Jîfsté- 
Lipse, ^ r<m remarcfae avec plaisir que notre éijlèût 
tsX encore ptas cboqué d un seûâment qui manque dt 
noblesse que d'un fait omis oa altéré. 

Mais è>4»t sur-tout dans le troisième volume , c'est en 
«commentant les chapitres XV et XVI où Gibbon ratonte 
leé progrès du christianisme , que M. Guizot a suivi son 
êtuienr de dw près, qu^l lui a disputé pied fc pied le tei^ 
rain q«É*il I accuse d*avoir envahi. Gibbon , nous ne pôv^ 
Vdns lé dissintuiar ; laisse percer dans ces chapitres, et 
w/Kème dans tout son ouvrage, un esprit qui nous porte- 
rait i, croire quun dé ses principaux motifs , en récri-* 
^aiit , était de coopérer aux vues des philosophes du 
dernier iiècle. M. Guisot, sans te dissimuler, cnerchle'li 
ruiner toutes ses attaques, et à représenter l*établi^sé^ 
ment dû christianisme tel que te concevaient les prédé-^ 
cesseurs de Gibbon. C'est dans ce dessein qu'il a lu toib 
les écrits des historiens e€clé:àiasttqués et lotîtes les Cri'* 
ii<|ues de Gibbdn qui! a pu se proturer. Noti^ tntentidli 
li>st pas de nous engager dans cette téntroverse. Nous 
f dirissbns des bienfaits du dnisfianisme. On ne peut nier 
que son établissement n>ntrât dans les Vues de la profvi* 
"defaee : qu'elle y ait manifesté son intervention d'une 
maniée plus ou moins imniédiate , c'est ce qull ne nous 
iIppailieRt pas d'éxaitoînéf. Nous laisserons aux lecteurs 
attentifs à décider si M. Guizot a toujours réfuté victo* 
lièuseQient les opinions de son adrersaire. Il nous suffit 
4e dire qu'il l'a toujours combattu avec autant dVru^ 
tiôti que de bonne foi. Il est plus de notre cotnpélencç 
d'examiner si c'est avec raison qne'M. Guizot a 'duOlé 
^c^te dernière qiiàlitê dkns son antagoniste. Mûtts 
disons qu'il en a douté, et peut^re M. OïliMt troûvéïrm- 
l-îl' boette expression trop sévère. Il dit cependàiit (pr^ 
•face , pag. xiîj ) qu'après la seconde lecture et Têxamaà 
réfléchi 'âe fouvrage , il soupçonna la bonne foi di^ ràtt^ 
taur; mais un peu plus loin (pag. xix) it Qbée^e'qnv 
HSibbôii , en répondant h êt$ criti^ës afée tai«ifâÈi(^, 

La 



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i64 MERCURE DE FRANCE, 

montra (p*il ne se sentait pas tout-à-fait irréprodiable i 
mais qu'il ne changea rien à ses opinions dans le reste 
de l'ouvrage, ce quiprQuve du moins sa bonne foL Ces 
deux paissages se contre-balancent ; aussi ce n*est ni dans 
Fun m dans Tautre que nousxroyons trouver la véritable 
opinion de l'auteur. C'est dans la manière dont il relève 
dans ses notes le silence de Gibbon sur les jâctcs des 
Apôtres , l'interprétation injurieuse que donne Vbisto*- 
rien anglais de la conduite de saint Cypriei\, sa partialité 
pour les^ païens persécuteurs , les assertions gratuites 
qu'il se permet à leur avantage , et sur-tout la mutilation 
de certams passages par laquelle il s'attache à diminuer 
le nombre des martyrs. Il parait que de tous les argU'» 
mens employés par les défenseurs du christianisme , 
c'est celui-là qui embarrassait le plus Gibbon ; c*est dans 
les efforts qu'il fait pour l'atténuer que son éditeur b 
€X>nibat avec le plus d'avantage , et nous avouerons fraar 
chement que sa bonne foi y devient aussi suspecte pour 
nous que pour M. Guizot. Ilnous semble cependant que 
la préface de cet estimable écrivain , et la notice biogra- 
phique dcmt elle est suivie , fournissent les moyens A% 
justifier Gibbon sur ce point, ou du m6ins de prouver 
qu'il n'a pas été de plus mauvaise foi que beaucoup d'auf 
leurs très*respectàbles. M. Guieôt observe très4>ien que 
les circonstances où Gibbon conçut Tidée de son ou- 
vrage , assis au milieu des mines du capitale , tandis çae 
des moines déchaussés chantaient vêpres dans U temph 
de Jupiter^ décida peut-être de l'esprit qui devait pré- 
sider à l'ejtécution. L'éditeur rapporte aussi très-à-propo# 
une lettre où Vauteur donne son attachement aux aur 
ciennes institutions , et par conséquent au polythéisme « 
pour cause du ton un peu familier avec lequel il a traité 
l'église primitive qu'il regardait comme une innovation { 
mais M. Guizot n'a peut-être point assez insisté sur un 
autre passage des Mémoires de son auteur. Gibbon s'y 
jnontre effrayé du scandale que produit ison ouvrage ea 
Angleterre dans tout le parti religieux plus nombreux 
et plus respecté qu'il ne croyait, (c Si j'avais pensé , dit-il, 
que U majorité des lecteurs anglais fût si tendrement 
attachée au nom et à Tombre du ohristiauisme ; si javaîs 



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JUILLET i8i«. i65 

prévu la vivacité des sentimens qu'ont éprouvés ou feint 
d'éprouver en cette occasion les personnes pieuses , ou 
timides , ou prudentes , f aurais peut-être adouci ces deux 
chapitres , objet de tant de scandales qui ont élevé centre 
saoi beaucoup d*adversaires ; en ne me conciliant quf 
bien peu de partisans, i^ U me semble que ces lignes ré^ 
pondent à tout ce qu'on peut alléguer contre la bonne 
loi de Fauteur. Gibbon, devenu presqu'étranger à TAngle* 
terre, croyait que Tincrédulité y dominait comme autour 
de hii. Il ékût lui-même inébranlable dans ses opinions 
anli-chrétiennes , il ne croyait pas que personne pût 
encore penser autrement. EIn détendant une cause dont 
la bonté lai était démontrée , en-attaquant un- système 
qu'il croyait généralement diandônné , il crut pouvoir 
se dispenser d'une exactitude sévëre , dissimuler quei* 
ques'uns des moyens d'un advevsaiVe, que ces moyena, 
melon lui , n'auraient pu sauver. Il y eut sans douta beau* 
coup de légèrelé dans cctle conduite ; on peut croire 
même qu'en la suivant , il consulta plutôt sa commodité 
^e son devoir; il est clair enfin , et M. Guieot Ta remar- 
qué , qir'il était en écrivant tout préoocupé de Mes idées > 
«aaia«st*il en cela plus coupable <fme>tant d'autres qu'on 
« loués long^tema d'avoir, fort^ la vérité, non par de 
simples xanissiocM, mais par des iâventions bien iotcft- 
4îonnées ? . ^ 

»; Quels que soient , au reste , les tort» de Qibbon , deux 
càoses dmvent Uesienser mprës de tous les amis de la 
fastice : il foi dominé par rmril de son siècle , et il fut 
wides'pnemiora à en' reconnaître' les illusions. «L'effet 
ite'k révolution , dit M; Guisot; avait été pQur lui ce 
qu'il« été'p^ur beaucoup dTfaommes^ éclairés sans (teute> 
jîtais quLuavaiait écrit d*aprèa leurs réflexions plutôt que 
Auprès une expérience qu'ils se pouvaient avoir ; elle le 
fit revenir aveo exa^ration sur ites opinions qu'il avait 
l»n9-t€ims sotiteUues. n A l'appui de cette c^servation , 
II. Guizot'iCitQle témoignage de Gibbon lui^^même qui 
s'exprime ainsi dans ses Mémoirts. u J'ai pensé quelque^ 
fois à écrire un dialogue des morts , dans lequel Voltaire, 
Erasme et S<uoien se seraient mntbellement avoué com-» 
bien il est dangereux d'exposée t^ie ancienne supersti* 



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m MEBCURE DE FRANCE, 

ti6it.««i ni^pri» <!*one miriti tade a? eogle et fànafiqaè, m 
Cet aveu protrre de nouf eau que Gibbon était de bonn# 
foi daiui ses préjugés contre le christiaDisme , et qa'it 
reconnut tj^op tard id danger de les mettre au )onr; on 
peut en- conclure que s'il n'eût tenu qu*à lui deretondr» 
son ouvrage t il eût téetlement adouci , comme il le dtt 
ailleurs , le^ passages les plus scandaleux , et soûs et 

Sint de Vue , on peut dire que M. Gubsot /en les reoti^ 
ïktf en les combattalit, àrempU, en qnelque manière^ 
les intentions de lauteur Ini-mdme. Ce qu*on ne peut nier, 
eti tout cas , c'est qu'il a rendu par-là un très-grand ser» 
vice aux lecteitrà de cette histoure ; it y a placé les ré* 
ponses à côté des oi^ections; il y a rétabli la vérité dané 
tous' ses droits autant de fois qu^il la crue altérée , et 
désonnais les personnes les plus religieuses et les plus 
tknorées pourront sans danger lire un ouvrage qui p 
saloii Texpression de M. Guizot , n'était point tait avatxt 
Gibbon , et qui , après lui , ittalgré ses imperfections, ne 
rlBiste plus à {aire. 

Cest par cet éloge de son auteur que M« Gbizot ter* 
mine la notice trës^ intéressante qu'il noiis a donnée sur 
son esprit et son caractère. Outre les Mémoires et \9ê 
Lettres imprûnées de Gibbon , l'éditeur a eu pour maté* 
riaux de cette notice desreuseignçmenset des notes asses 
nombreuses qui lui ont été fournies par un de nos litté* 
rateui^s les plus rfspectabtes , M* Suard. Ad. Guizot en a 
tiré un très-bon parti. Il commence sa notice par nous 
faire observer que la curiosité que nous avons de con* 
naître jusque danà les moindres détails la vie et le carao* 
tèrè des grands écrivains , n'est rien moins que vaine et 
puérile. Il montre qu'elle est sui^tout )uste et raison** 
nablè lorsqu'il s'agit d'un bistorieri pmit qui ta véracité 
et là {)robité àoht des qualités indispensables , puisuuo 
de là dépend la croyance que nous donnons à s^ récits; 
Après ces réflexions prâiminhitTS , M. Guixot développé 
avec beaucoup de $àgâeM comment les événemens de 
la vie de Gibbon et les qualités; ainsi que les déiauts de 
soii caractère, se sont mutuellement modi6és , et coin*' 
luent Tes unset lés autres obt iiAné Jur son latent et sur 
ses opinions, il vi^îusqu'àneiii expliquer a?eb beaucouji 



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JUILLET tèf%. i9i 

4e goât 1« «ecrei de soa style , et fs^rttà \ê$ pÉriietBarit^ 
qu il rapporte , on remarque avec plaiair qaé I1iif tôrvàl 
angiais a principalement, étudié la manière de (ieitxëcri»> 
vains français , l'illustre Montesquieu et rimmortel auteur 
des Provinciales. Cette remarque surprendra sans doufè 
ceux qui ont lu dernièrement dans un journal très^aceté- 
dite que Gibbon , domina sans doute par lès préjugea 
de ses compatriotes contre nous « ti'avait cité les ConsU 
dération$ sur les causes de la grandeur et de la décadente 
èes itqmaîns^ ni dans son livre, tii dans seê préfaces. 
La véiilé est que Gibbon, par ses opinions , par ses h%- 
'bitudes , par sa langue même, était au moins aussi frfiB«- 
^s qii'anglais ; et qu'il cite souvent X Esprit des tais 
dans son ouvrage. 

Noua terminerons cette aiinonce en souhaitaat qu'elle 
ait donné à nos lecteurs une juste idée , non dp mérite 
de Gibbon qui est généralement reconnu , mais de celui 
delà nouvelle édition de «on histoire. Il nous scmblb 
qu'elle doit trouver sa place dans la bibliothèque de tooit 
bomme instruit » et que même en Angleterre , les notes 
dont elle est enrichie , lui en procureront une à c&t^ àp 
1 ouvjrage original. G» V» 

tRxsT&ss DC PovcB Devis ( Ecoucaàal) ) LsBatnr^ 
membre de llnstitut de Fiance et de la Légion-d'Holt- 
neur , mises en ordre et publiées par P* h.QvsG^ràk^ 
meipbre de rinslitut; et précédées d'un^ Notice sur sa 
vie et. ses ouvrages , rédigée par TEditeur. — Quatre 
vol. in-lft^ , imprimés |^ CfUpdet. — À Paria , chez 

' Gabriel Warét , libraire, quai Voltaire , n* ai. ' 

L'An de la qritiqtte a des difficultéé dont ne parais^ 
feat pas se déuter 4a plupait dj9 ceux qui le jprofe^seni^ 
mais que le petit njombi-ed'honunes capsibles de l'exerco: 
sent fort bien. Ces diflBcultés ao^entetit à mesure qiae 
le genre de composition sur lequel on doit prouonceç 
s'é^e; ainsi la. haute éloquence et la poésie doivent 
avoir moins de jugée çompéteni que les autres sorte|( 
d'ouvrages , et parmi les direrâ genres de poésies , Iç 
geare.t/rMtua.doit j^n^yoir l^atoias de toois.^ 



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^ MERCURE. DE FRANCE , 

, H; peoit encore se \oindte à la difficulté, générale qui 
^ent aux productions quelque difficulté particulière: qui 
.tienne à Fauteur qu'il s'agit de juger; il peut y avoir eu 
iâansspn génie et dans son style quelque chose d'extraoi^ 
.dinaire^ et dans Tépoque où il a écrit, des circonstances 
'dont le souvenir rév.eille Tesprit de parti , et laisse peu 
d'empire à la justice, j alors les critiques passionnés et 
^violèns n en parleront que plus promptement , plus haut 
•.et d une manière plus tranchante ; ceux qui y mettent 
de la conscience et cet esprit de bienveillance générale 
^^oujours disposé à louer pour son plaisir et à ne blâmer, 
jamais que pour Tintérèt des lettres^ y regarderont de 
j)rès , se consulteront long-tems et finiront par se récuser 
dans une cause où ils sentiront la difficulté d'être justes 
aans irriter des passions , que Von peut ne pas craindre , 
mais qu il est toujours imprudent de provoquer. 

C'est pour cela sans doute que depuis plus d'un an 
que les Couvres de M. Le Brun ont été publiées , il n en 
a point encore paru d'extrait dans le Mercure de France,- 
Habitué à rendre compte avec un soin particulier de tout 
ce qui mérite d'intéresser et d'occuper les amis dea 
lettres. Plusieurs des hommes de talent.qui coopèrent à 
ce journal étaient cependant tiès-capables de remplir 
cette tâche , difficile peut-être , mais qui n^était pas sans 
lionneur; quel qu'ait été leur motif , ils ne l'ont pas fait; | 
il faut cependant que les souscripteurs du Mercure re- 
çoivent cet article qu'ils sont en droit d'exiger; et celui 
.de tous à qui il convenait le moins de parler dans cett» 
cause , puisqu'il semble yjiVoir un intérêt particulier, 
est enfin comme forcé de passer par-dessus toutes les 
considérations personnelles , et de faire ce que d'autres 
eussent fait plus convenablement. 

Editeur des Œuvres de Le Brun, j'entrmrends , si 
Vôn de les juger , du moins d'en faire au pubuc un rap- 
port exact et fidèle, d'après lequel il puisse . lui-mêmo 
prononcer un, jugement. Je me sens assez sûr de moi 
jpour avertir nos lecteurs de s'eç défier , et de m'en croire 
«ur pavole moins qu'eu toute autre affaire et moins que 
Itput autre rapporteur. Je poserai ^es principes , qu'ils ne 
lès admettent qu après en avair reponnu la bQuiéj je tire* 



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JUILLET i8u. 169 

ràî^des conséquences , qulls en examinent bien la, jus- 
tesse^ je citerai de^ exemples, qu'ils déc^ident eux-mêmes 
.si le repueil d'où ils seront tirés est ou n'est pas une aug-i 
tentation de, rickesses pour notre poésie et pour notre 
langue^ enfin^ si je me. trompe , qu'ils prennent contre 
ta(Â toutes, leurs précautions pour n'être pas trçmpés. 

Après cette déclaration fraqche que je leur devais et 
q^e )e me devais à mpi-^même , j'entre en matière conune 
si les poésies. de Le Brun venaient de paraître, comme 
si je n avais eu aucune. part à. la publication, et sur-tout 
comme si jpersonne n'en avait parlé avant moi. 

Le Brun. n est ps|s sailement un poète lyrique; il s'est 
.exercé avec succès en d'autres genres; on a de lui des 
^pitres:, des élégies , des épigrammes et d'autres poésies , 
donile mérite n'est pasinférieur à celui de ses odes ; mais 
c>st sur-tout daiis ses odes qu'il nous importe d'examiner 
à quel point il a réussi. Riches à d'autres égards , nous I9 
sommes moins dans ce genre qui demande plus que tout 
autre certaines qualités peu familières à notre langue, 

Eeut^étre même à. notre génie. Deux poètes lyriques, 
lalherbe et. Rousseau, font jusqu'à présent tout notre 
i>ien. On ne lit plus le premier, on a tort ; on croit qull 
a vjLeilli , et il a vieilli moins qu'on ne croit ; mais enfin , 
à Texception du peu de versificateurs qui étudient encore 
l'art des vers , le fait est qu'on ne le lit plus. 

On lit J. B. Rousseau ; on le lira tant que la langue 
restera la même , tant que le bon goût et le sentiment 
de rharmpnie poétique ne seront pas éteints en France, 
Il n'est nullement question, comme quelques gens ont 
afiecté de le dire, de mettre Le Brun au-dessus de Rous- 
seau r ou d'ôter à Rousseau la place d'honneur qu'il 
<>ccupe. sur notre Parnasse pour la donner à I^ei Brun , 
mais seulement de savoir si Le Brun ny. doit pas avoir 
aussi la sienne , enfin si la France a deux grands lyriques , 
eu si, elle continuera de jouir du privilège, apparem- 
ment très»honorable et très-avantageux pour elle , de 
^>n avoir qu'un. 

Pour bien juger la poésie lyrique , il faut s'en retrace^ 
exactement le caractère particulier , auquel on fait trop 
.peu d'attention. Dans l'épopée ; le poète raconte et décrit ; 



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l^é MERCURE DE FRA)f CE , 

il & vti agir le» perMmnage», 41 le» iirenlendti pecrier, <m'l< 
a acquis la eoitnaiMaiicedeee qa'iU ont fait, dé<ie qa'itat 
ontdil; il le rappaflle fidèlement à ses 4ecteurs, mm- 
avee tonte la force et toutes 'tek couleurs de style ^m' 
peovenMes jiersuader; il ne se monfi^e que comme lé>» 
mdin des choses, et 4es raconte comme vraies lors m£me 
tfa^^eHês nesontt|ile vraisemblable» , co donnant àce-mot 
leule la latituëe'que l'art bien entendu-loi àecordë/Danè . 
le draèie , soit tl^ique ,: ^it comique ^ le» personnafi^ . 
eax-mêmés sont nris sons nos yeux; nous- \e$ voybns *, ; 
nous les entendons, ou -du moins nous croyons toi 'Voir 
«t I^ entendre; le poëée qui les fait agir et parler ne^ae 
montre pas*; c'est trop peudine; son art consistera dis^ 
jnutttfré : il ne brille d'un véritable éclat que par le tabàt* 
qultti de se cacher. H se montre seul au contraire -dbna 
lapoésie lyrique ; c'est en son nom qu'il y parte ; s'il peint 
des objets , s'il raconte des actions , s'il rapporte des dî^ . 
cours , ce n'est que pour nous dire les impressions qii'tt^ 
en a reçues ; son art est de nious en paraître encore émitv 
et son talent de létreen effet pour que noos le soyonai 
nous-mêmes. £nfin, si l'on voulait caractériser par ui^ 
seul mot le but que le poète se propose dans chacune ^^} 
ces trois branches de 1 art , on pourrait dii^ que dans \m 
l^emiëre c'est la persuasioir, dans la seconde riHusîon, 
et les impressions ou les émotions dans la troisième. - 

n n'ya donc à exiger d'un poëte lyrique ni ordre mé{h<^i 
diqoe dans les idées , ni unité stricte dans les objets , ni 
déduction régulière dans les ratsomiemens : traiter un, 
sujet est pour ce genre libre et essentiellement désoi*-. 
doimé , un mot ^ttèrement vide.de sens. Llmaginatroft.- 
du poëte est frappée ; les objets , les idées , les maximesv^ 
les sentiitiens s'y précipitent ; un fil sàn» doute les «nitv 
mais.il doit être invisible : il Faut qu'àdiaquentstant le 
poëte semble éprouver une impression nouvelle-; qu'tm^ 
mot qui paratt ditan hasard ouvre pour bit Une hoo^'ell^. 
source d'idée» , ou. plutôt d'images ; et qu'entraîné lui- 
raème , il nous entraine à sa suite , sans nous laisspr \c 
tems de hii demander oà il nous conduit. Une agitation - 
sk violente, uneteHe succession de s^H^cnitee?» et df» mou^' 
vemens rapides , n'est point un ^at naturel j le géuw 



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i«tisa ,- V«iilli(MmMme, on qu^ttft nom qu'oo vemll# M 
étmxter^ cet easôr tk ceHe effiMr?es6tece da génie oni 
rëiëve suHfesans de lui-même et remporte mi-delà cm 
èomet oodiBâireâiéiit àttignées à Tes^ntide Thomme^ 
«st doBC de TemeiMede le poëiie l^nifoe phi8<|Dedè 
tontes les aoireê ; et cWdire estes qoeni pour reieete 
réf/tàmité des idéts , m fpour la symétrie vu la iomyyv 
iMse aeceptkm des mois , eUe ne feut ètreastreifile à 
deii fè^es esissi pi^éoisei et aussi sérères» ' 

Se règles proptemeul dites , il R*jr en a point , iltiÉ 
Mit j en 9mk ponr Tode; etten'^n reconnaît que dans 
reimniple et TaÉtonlé des grands maîtres. €e qf 'oni fini; 
ee qo'oot osé Khdare cWs les Orées y Horacé^elies les 
I^ttine , Oiûaivera c^es les Italiens , etc; (i) , ^tfût ce 

Îae Mà&eittt' et ftonssean devaient faire et oser en 
rsnoet aniaat que le lear permettait la d^renoe dn 
gisiK des langues ; et s'il arrivait que la réserve on la 
tia^ié deMir propre géme les eàt fattse tenir en deçà 
dealnnttes où la langue leur pennetlait de s'étendre-, et' 

S'un.poëte phia nodecieux entreprit davantage et osât 
re qnelques pas de pbs , illfaudratt» avant de leçon»- 
dnmneir , y «ej^rdev de: près et bien etamiiier si ses ten^ 
lalîvnssoDt véritablement aussi contraires du génie delà 
langne qu-ettea peovent le paraître d*abord , et si » en 
nffat f son audace l'a c^nporté trop loiii V ou si l'on ne 
Uftme point ce qu'il a dit , uniquement parce que per«f 
s n nfte ne l'avait dit avant lui , et si Ton n*oppose pomt à 
ce qn*on mxmne ses témérités les mêmes contnuttotions 
ai km m^nes dégoàts qu'éprouvèrent à leur n a i ss a n c e 
iotttea ies hardiesses heureuses dont notre Isn^^cpoé* 
^qne s'est enrieliie^ 

'^Qes bardiesses n^ sont pas seulement dans l'exnrea*- 
«nn y dans le «lyle ; eHes sont aussi 'dans la marebe et 
dans le plan. Vous v<^ez tous les grands lyriques » dâna 

it) tl fkûènA sjsstcfr le Gum, le Wiiiêt^à , 4t tant d*«tiim poêm 
InKeesi Cèwiej, JJtyûtm #»eni|r, patmi W» An^; B^ler, 
Klop»toelE% eie. , ebes Jet- AilBa«i(b ; SMii on enm^ls 
wKl < le re<te e e a é oiiei b^trep loitu 



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17^ MERCURE DE FRANCE, 

«fuelque langue qo'iU aient écrit, et quelque rajet qu^ 
traitent , s'affranchir de toute régularité apparente dans 
la marche de ^leiif génie et dana le plan demeura* ou* 
vrages. 

Il ne noua est resté de toutes les Od^ de Pindare qnâ 
la moindre partie de celles qu^il éonsacraitauxvainqoensv 
dans les jeux de la Grèce. Les routes qu'il se traçait 
dans des sujets devenus peu intéressans pour nous, maia 
qui étaient d'un haut intérêt pour les Grecs , peuvent 
nous donner une idée de celles cpi'il «avait s'ouvrir dana 
les autres sujets. Les dieux ou les- héros instituteurs de 
ces jeux , les* traditions historiques ou febuleuses , relaU 
tives , soit aux vainqueurs , soit aux villes honorées da 
leur avoir donné naissance , les écarts les jdus inattendus 
amenés par une image , par une idée, par un mot , les 
récits épisodiques tirés de la fable ou de Thistoire , les 
retours les plus brusques et les plus rapides, se succèdent 
•t se lient dans ses odes , sans que Ton aperçoive^ pour 
ainsi dire , le rapport qui les unit ; heureuvc , commo 
tous les poëtes grecs , de chanter pour un peupte dont 
les inirtitutions et les plaisirs mêmes avaient de la noblesse 
et de la grandeur; dont Ihistoire était toute ni^éeds ^ 
(êlbïee y et qu'on était sûr de flatter et d'intéresser en lés 
Isi racontant ; pour un peuple sensible à qui les impret^ 
sions du poète se coflm:iuniquaient rapidement , et qui 
kii pardonnait tout , jusqu'à la conscience qu'il avait àm 
son génie. 

Horace n'eut pas tout-à-fait le même bonheur. A Bo»a; 
les institutions formaient un ensemble moins imposimt) 
l'histoire était> moins poétique , les fables moîjUf indi*^ 
gènes , les imaginalions- moins mobiles et moins faciles 
à frapper. Cependant les Romains avaient as^ez d'anti* 
quités fabuleuses et d'antiquités historiques pour «qu'un 
poète pût, dans de grands sujets , s'écarter y-revcnir, s'sr« 
réter , marcher à-peu-près aussi librement que Pindavai 
Telle est aussi dans ses grandes odes héroïques, dans 
$es odes phibsophiqHes et.morales , danï e^ss où res- 
pire une galanterie ingénieuse , enfin ^dans toutes ^^ 
#des > la marche libfe , soudaine^ «spontanée , de <% 
grand poète. Il effleure tout, ne s'appesantit sur rien , 



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JUILLET i8iai J73 

et ne traite que fugitivement et comme à la dérobée lei 
«t)ets mêmes qui lui ont fait prenilvo aaljre» et lea j^fû^' 
cipaux objets de ses cbants. 

Le {Hremier des lyriques loodemes, Pétrarque» n» 
régla sa macche ni sur Pindare, ni sur Horace : il avait . 
sous les yeux les chansons encore en vogue des poëtea . 
provençaux. Il fit à leur exemple de longues strophes ; . 
souvent enchaînées Tune à l'autre par le sens autant que . 
par les rimes ; il sema de grandes beautés de style dana 
celte forme d'odes qui s'éloignait de la forme antique v ^ 
nuûs il mit de la lenteur dans la marche. de ses idées, so 
permit peu d'écarts , encore moins d'épisodes , et do^n• . 
trop souvent Téxeniple dé traiter les sujets au lieu de lea 
effleurer. Pendant plus de deux siècles , en Italie , pA 
marcha» et à quelques exceptions * près , on pourrait 
oième dire qu'on se trama sur ses traces. > 

Mais dans la dernière moitié du seizième siècle» iL < 
i^levaim génie original , fécond et hardi qui entrepôt. 
ié donnera la lyre italienne Taudace» la.pompe fàî^. 
^re irrégularité de la lyre de Pindare. Chiçbrera par^ 
s^étre identifié avec le poète thébain. Il croit conune lui 
ftanirsalyre, il s'adresse à cette* amie du^hant, à cette 
«înante de la danse ; il descend des sommets du PamassjOt 
itax rives de TArno » pour chanter ht souveraine de FI0-. 
wnce^ il apostrophe la Dora qu'il- nomme la. perle des 
fleuves» et qui baigne à Turin les murs^du palais des 
iois ; ccmune un^ flèche rapide » il accourt au son de sea 
ondes de cristal ; il apporte une inmuMrtelle couronne 
tfor » qu'il a choisie sur l'Hélicon, et dont il veut orner 
le front du jeune prince de Savoie (2). Veut-il louer un 
Mtre )tuoe guerrier (3) » c'est à la jeunesse même » à ce 
lipésor de notre vie mortelle , qu'il adresse ses chants; 
qaelle honte pour elle si elle se consume dans les plaisirs 
de la mollesse! Mais combien le héros qu^il célèbre est 
* kÛB de ce sentier honteux ! Alors il déploie pour lui les 
ridiesses de son génie j et s'il le chante une seconde fois,* 
son arc » dit-il » n'est pas assez faible pour qu'un premier 

(a) Emanuel PhUa»ert. 

(3) ^irginio Urtiaù, dao de Braccmo. 



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194 MERGUBB DS IfttlIfCI, 

«ivmnt 4«^f<rHriE9 vom dfplay^r de ptui fortes^ Ules 

^ur fa>m«. SU iVièvé 4« cft éloges paiiienlieri k deè 
itiî«l8 d'ufi inlérèfpkM général et pbu grand, ai danis \m 
ItMme raarttime contre tes Turea; lea gjalèiîea de Toa-« 
e*ne ae dialifigaent «aatâe aeotea^ UintÔt danajb flotter 
Mnibin^ dea prhicea chrétiena , c>at alôra ^a'à Taudaee , 
k la gfâdlé » 4 la nouveauté de ses clianla entremèids d« 
«ttximea moralea, de traita mythoiogîquea ou bkl6rH 
<fàe9 f et de riches comparàisoaa , ofi croit véritablement 
Kcounattre Pindare ; il reprend qualorae foia aa lyre, et 
eta ^aterze odes forment un ikiaceai» lyrique ^ut aqflU 
nit pour immortaUaer «n poëte. 
' H ne r<i|$ait -paa motiu oMS les' att)ela légers et gra« 
cteux; Uay mMtre te rlml d'Anneréonef d'Horace 4 
éua efhgtûmtcmÊM àM$^ le genre I^épeî4|iae ,- âa aîiarche 
ÉiÉ i»i»e eil»wg| û aie |>aratt suivre de lois que celles tfa 
«èAftHMr, qnrvdle a»r lea objela et (pii iréveîtle à d)#» 
fÊêifa^UtMf par4M maf^ et des idées imprévue^' tét 
imisv«MWi llmfeginatiQiii du lecteur. 
^ Saff style l'est fias moiM éisrdi ^ m moÊrdke, n$ 
«aelns neuf que €es iéêÊ^ Le -lierre* et le laurier entré*» 
4sfèés oui eourMMttIâoh front ^ sont fâgréaMe délassa 
lÉètft de^af s noMer sueurs ; son c^quois est chai*gé éê 
llafits ai^^, oui firkppent d*admîration iet deaurprise; I 
^eurt arroser de poésie et de }i«lôfre kf Ideasureéqn'im 
Iguerrier a reçues 4iais les eombftta.'Poui^ loper utraiiftft 
'héros , voguons bin df lu terre, dit-H k sa niuie\ ^ntnp- 
wtùé, parcèiirons avec uu<feice le>profond ^c^n de sti 
4oiiunges. il dit sftUeni's 1 «Je vogue vert le Pinde. J*e* 
ïieviens sût dea vai^^auif chargés de palmes et d'hiamôli* 
tels lauriers, etfM'tnain, quoique pauvre; eh énrtttiit 
Jes cttqirsiECBiis de t1idittie«it et de la vertu. 4 Sa lyre ne 
se intrie pa» seulement eomtee nous le dirons ^u frun^- 
«çais, eHe est l¥pouse de vers pleins de douceur; Enfin; 
It^Atme tout, il pprsonuMie tout , il se f»t( dans sa lan- 
gue , quoiqu'elle fàl déjà fixée , une langue poétique è 
lui s pour exprimer ce que n'avairat point encore ^dit 
d*autres poètes. " . ■ \? 



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Cf^.i^nii qpa dabf Tidiôme de Pioâ^ffc U,4ll«flie.oM 
Umar/ebe q^ï oafre \e$ £ètef ^oiito tf lyf^, qM^oMt 
4an^ est> cbet* pu U.reiiiQ de [a joie ^ que lf«fa^if|pi»s 
coiKltti«eotle cbfl?ur , qu uoe pierre-^^tMiispiidi^tu-, que 
1^ toaperreBiiirc]ie.e| quîl a d^s pieds inAiMg^^^'i'f^*^ 
là sa taDgue» quoique ce n'eût point été jusqu'à lui^ljiff 
àes Grecs. C/çsi âîi]isi.qiie dans. la laivgiie d Horace lea 
chênes, non-seulement écoutent , mais ont des oaeiltea; 
le mât d'an vaisseau est blessé par le veut d'Afrique ^ ce 
v^îaseau est Je npMe fil$ d.e la forêt $ une armée insolfptf 
imprime sur des murs la charme epnemie ; la lèvre d*i|ne 
beÙe porte la n^arque d'un 4oux combat , elle nç 1^ ra»- 
pçlle pas seulement , elle s'en souvint > .elle ep garde V 
mémoire ; Topulente abondance des honneurs de la çm^e^ 
pagne (4}.f coule d'une corne remplie et libérale ; le peu* 
pie des ombres > se pressant autour d Alcée» boîl d'une 
oreiUe avide les combaib et les tyrans abaHusi. T^autea 
jchosas qa'ducun Eomaiji n arait encore dites, qu anoia^ 
jpf« redites depuis , et rendues par des expnessions qui &• 
eoot latines que parce qu'il s'em cet msm. 

Cesl en effet à quoi^l'on ne réfléchit pas asacs quec^ 
leoga^ çoélu^e ^qui n'appartient proprenent à ancuoe 
Jei^ue f et qui appartient k toute», •« du ncdas àsfiMtea 
jçtUes que parlent ou qu'écrivent des peuples senstUUe 
4nix beéutés.et aux hardiesses de la poésie. Le génie d!ua# 
laskgae repousse ^c^ tours , des mots ^ des compositÛM» 
4e npots , analogues au génie d'une autre laogiie; maie 
Jes figures,, les alliances de mots et d'images , les pro- 
pôélés morales données à la matière iftammée , InexF* 
pceaaions.hardies , neaveê , inattendues , .ipii neblesseiil 
Ai la syntaxe , ni le vocabulaire , ni ïitaùope , ne sont 
Mpoussëes que par des esprits a qui la Aatme a refaaé 
ta je»timent de la poésie , ou qui n'ont pas reçu «ne édo* 

I ^11 11 II , ■ ' il "F . ' I ■ " ' ■! 

(j0 Oft-Wire , des IneDS , dtt ixésQTS y[ui. rornont « \m la M^P^ 
CCfUtj^ ezpresâoii que Boi|««u « ûpitée dans oe fers s 

J^t rhoonevr «aisiaot du r^mesas ftve^ieaz $. 
fws fue psr pareatli^se \ê «# rappelle a^a^oiv jaifeairpa^aireeoaa^ 
liiMeJn iiàne letnaia da bsaassup d*s^rtt, maû k ^ la laafua 
poéâfne teitétcana^». 



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U ;# MERCUBE DJE ffULKCE , > 

cation projpre à développer en eux ce aentîÂiettt.iftr; il 

Eut arriver que tout un peunle soit dsùis l'un ou d«i»?' 
ulre de ces cas, sur-tout dans le dernier, etquel'ôir 
impute à sa langue; ce qui n'est quelquefois que le ré^- 
suitat , je ne dirai pas de son génie, mais des habitudes 
de son esprit. ^ Ginoitské. 

( La suite à un prochain numéro^ ) 

Essais sur l'art du Comédien chanteur f par M. F. Bois-» 
QusT, de la Société des Sciences et des Arts de Nantes. 
— Un vol. in-8®. — Prix , 3 fr. —Chez Longckatnps , 
libraire , rue Croîx-des-Petits-Champs , n^'35 ; et ch«; 
r Auteur, rue Cadet, n^ i8. 

Nos artistes de TOpéra-Comique , courant la provimce, 
et qui , après avoir fait le voyage de Paris , s'engagent 

Sour jouer les Martin et les Éilet^iou (car ces noms «ont 
evenus, dit-on , des qualifications d'emploi ) , ces artistes; 
dis-je , seraient bien étonnés si le livre de M. Boisquèt 
leur tombait entre les mains. Ils verraient que ce n'est 
pas assez d'imiter, tant bien 'que mal , les roulades du 
premier et les grâces légères du second ; qu'il fautfaire 
encore une étude particulière de l'histoire , de lamoralo,^ 
de la théorie' des gouvernemens , des grands modèles 
en poésie, ceinture, sculpture, etc. , etc. Quelques- 
uns reculeraient peut-être devant de si grandes difficultés 
et retourneraient à des occupations moins brillantes , 
mais pour lesquelles ils ont plus d'aptitude : -et voilà 
comme les Essais sur Part du Comédien chanteur pour- 
raient un jour devenir utiles. 

L'ouvrage de M. Boisquèt est précédé d'un discours 
préliminaire , et le discours préliminaire d'une préface. 
On voit que l'auteur est dans le secret de ce qui constitue 
un livre nçuveau et qu'il s'est mis en règle. Dès là pré* 
face, il s'élève aux plus hautes considérations de la 
morale. On y remarque, en fait de vérités neuves et- 
piquantes , que « la naissance ne se donne pas , que J» 
» richesse se tonserve par. la bonne conduite , s'acqaÎAft 
» par un travail\ assidu et une économie journalière* » 



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f 

SVtLtVt i8«é ' tî7 

r Voilà- idâi àxîâflMs que personne ne sera ten{é*.de con-^ 

>terter. £n général , la doctrine de M. Boisquet est de 

..celle soliditéde lirincipes , et ia probité de sa prose est 
ioattamuible. Il examine ensuite , après bien d'aut^ 
si le tnéâtre est en effet , comme on a voulu 
croire » une école sie morale* fl conclut à n'y vo^ 
excellent moyen dé police. 

En fait de critique littéraire > les opinions del 
quet ne sont pas aussi neuves. Il vient bien\ 

^ effets pour nous apprendre que le théâtre de 

. ne vaut rien. U y a déjà dix k douze ans aue nous^ 
cela. Les plus belles tragédies du siècle dernier n oOnE 

' kM. Qoisquet que « des squelettes composés de mem-* 
B bres disparates , des caractères composés en deux ou 
» trois caractères ; des jeunes femmes et des sauvagfd 
» qui font de la philosophie, des sultans qui renversefut 
D les lois de leurs empires pour plaire it de jeunes esc^î- 
VI ves ; enfin le triomphe de l'emphatique et du mauvais 
» goût. » Si , dans cette attaque <;oatre ie vieux lion 4^ 
Femey , M. Boisquet, comme certain personnage de ta 
fable , vient le dernier , il s'en va , comme lui \ apr^èa 
avoir assépé un terrible coup. 

Critique et moraliste tour-à-toujr , l'auteur ^evien^à 
des considérations générales sur les nKteurs , et démontre 
l'influence du théâtre sur la révolution française. 11 nd 

. peut manquer de faire plaisir à ceux qui avaieiit déjà 
recherché les causes de cette révolution, etqui|i'en 
avaient pas trouvé d'autres qiye la publication de r£||cy<* 

' çlopédie , le déficit et la suppression de Tétiquette. 

Cependant M. Boisquet qui ne perd pas de vue rotjiet 
^do $on livre , c'est-à-dire P^rt du Comédien chanéeur^ 
a grand soin de mettre la musique hors de cause dans ce 

' grand procès fait à la littérature., u La musique > dit-ij( | 

iTqui n*a jamais dicté de lois aux empires, ne peut jamaiâ 

» causer les mêmes désordres, » Ignore-t-il donc.oHi 

'feint-il d'igùorer que nos querelles sur la musique ont 

• en one ttèi-grande influence sur nos troubles politi^quài 
' «f qu'en édHvant contre ta mt^^que fhmçaise et la coni^ 

^iitnlion dé^ Topera , Rousseau préludait au Can/Hrt«-vv 

M \ 



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178 MERGUBEaDE frange, 

Social? 'Fsiù\'i\ lui rappeler que plusieurs dieft du parti 

•philosophique s'étaient rangés sous les drapeaux aè la 

: musique ilalienne , musique légëi'e , brillante , mais qui 

" fut pour nous ce que fut pour les -Grecs la musique 

ionienne, une cause.de décadence H de corruption 

. contre hi^ttelle lutta .en vain Tâpi^ et sévère musiqitt 

française? 

Suit une poétique de l'opéra, que Fauteur appelle'le 

i éit^in de Pépopée mis en action et exposé à nos yeux, , 

- Une phrase de M. Boisqnet me paraît offrir quelque 

' ôhKurité : « Les arts , dit-il ; ont rarement des tems de 

j> prospérité ; en revanche , ils en ont souvent de déci- 

• dence. n II semble que les tems de décadence doivent 

' ' suivre les tems de prospérité ; quirne peut pas y avoir 

moins de ceux-ci que de ceux-là, puisqu\)n nV déchoit 

' €|ue parce qu'on sVst élevé Je soumets cette observation 

à M. Boisquet. Il ne s*était montré dans sa préface que 

philosophe , moraliste et littérateur. Il né se montre pas 

métaphysicien moins habile dans le discours prélimi- 

jQuûre. n y examine si la musique est une langue du uu 

•rt , quels sont les moyens à Taitle desquels on apprend 

à connaître , à sentir, à penser et à expriliier , etc., cftc. 

Aussi n'est-on pas étonné de lui voir dîré fièrement : 

w Celui qui croit qt^après avoir lu quelques livres et 

* » broyé quelques notes on devient musicien, se trompe : 

' ï) tjà^H hisse ià ce lii^m. n Et plus bas : «» Celui qui ne 

' » voit dans les arts que des couleurs agréablement dis- 

-Airibuées , que des sons harmonieux et flatteurs , n'a 

» pas-besoin d'ouvrir ce livre. La' routine ordinaire n'est 

^ ]» (fue trop bonne pour fui. » > . > 

' L'ouvrage est divisé en cinq livres oui traitent cfe Ai 

èôix , des caractères , de la pautomime , de /a Jonction 

' de ta^ix à ces matériaux et aux rôles , de quelques autres 

^'^arties de Fart du chant. 

I fja commençant le livre des Caractères, lauteur est 
"lète'ayé de lu carrière qui s'ouvre devant lui. « Quels 
^11 guides prendrons-nous , dit-il , pourne>p^ nous égarer 
[ ») d^pt^ ce labyrinthe? » Après fvoir hè^iti^ quelque tenu 



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byÔoogk 



JUILLET laim. 179 

jàBt le chçiz des guides , il se /ùëcide à prendre le génie, 
P expérience ei le bon sens^ Après tout , ces guides eu 
Talent bien d'autres ; mais je crains que iM. Boisquet no. 

'les ait quelquefois laissés en route. Il nous aver:ît cies 
sources où il a puisé, et nous fait couuaitre les auteurs 
qu'il a mis à contribution. C est Charron , La Bruyère , 
Boileau, tabbé Gérard (lisez Girard), Montesquieu, et ' 
Quelques autres. Il nous confesse u qu'il lui a fallu un 
» grand travail pour rapprocher son sljle de celui de ces 

. » grands écrivains. » Mais enfin puisqu'il y est ^>arvén(!k , 

' \i faut qu'il permette qu'on lui eu sache gré , et H ne lui 

* Convient plus de se rabaisser lui-même, comnfie il le fait, 
en disant qù^après tout, ce n'est pas son style qui est né- 

^cessaire à soa ouvrage. Le style de La Bruyère et, de 
Montesquieu pé peut jamais rien gâter. ! 

- La piTmîere division du livre des (Caractères a pQur 

. litre : Des CatMtères Nationaux^ Et imniédiatèmeni : 
« Les caractères natibnaujiL sont ceux qui dislinggëni les 
n nalîoAs.ii 

. : Ocontenr dit paa mieux, dim le ]tfiw^thr,ope t Sonnet. 
Ipest un soanét. . '. ^» 

0]| trouvera qoc^qoes détaîla minutieux dans Ul défi« 

^iiiUon d^ càraelèK^s de certains peuflesj Par eoDeiiqxle , 

en partant clrs->Sfifesses : u Le^ fefmnea'.sontlabdrieuiie* 

» ei leurs^ménug^s sont tenu», .ibi^ Joué jCJi^cMMVe.^np-^ 

9 prêté. » .•'..../. :-..^ 

Un cbaj^ltre ' du*' même Ime^raHe-dè ^^êebfùifà-iéfau 

'ivmèiàs'étïdéanjr.- On* ne volt pas tPôp ce qUe-^AtiicWa 
voulu dire par étais idéaux. SrcréitiS qoe M. Boisquet 

^nê se s6tt engagé ici sans^ auciMi'de s^s trois ;giiides. U 

T«st qnestroh , au surplus , desOvet^ ,' des Rbmtfia^rv^èfla 
chevalerie et de la magie. Si quAqiuuB c6iÂprend>in|i)Jux 

Srès cela, ce ^ue c'est que des états idéaux^ jfe te^ 
icitc. ■ '" . : -• -i*;-- î 

. . . . Qai pourra luordrs « j ibot^s* , ( ,-. ^ 

Lauteur passe, ensuite en revue tous les étâjs de .!• 
#ociélé. il était Montesquieu dans le chapitre , des Vépu- 

^ Ma 



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4«o MElrtî0TlE DE FRANCE, 

l}Uque9 , du despotisme et de Varistocrtttie : le VOiflk tn^Sk* 
teoant La Bruyère. Financiers, homnifi dérobé, négo- 
cians , bourgeois , gentilshommes , toui sont considc^r^ 
dans leurs hèd>itude5 et leurs inciinaliong, etpm, comme 
dit routeur , du bon et du maui^cds côîé. Il y en a cepen-^ 
dant qui ne sont pris que d*un côté* Voïci commié à\ 
définît les faiseurs cPqffains s « Ce so,nt des faiseurs d'ât- 
M feires; ils sont avares, durs, fourbes, elc.» ,Je tourne 
la Pftge, et je ne vois pas à ceux-là de bon colé. 

M. Boisquet, qui partout se montre re1|gieu:|[, Véit 
démenti une fois dans le caraclère de la vieille; filte ^ui, 
«lorsque les hommes l'abandonnent , se fait t|évole, X^ 
m dernier rôle, ajoute M. Boisquet,' accommode auui 
n bien la vanité quun autre. » Ah! Kt. Èoisquet» ^9fi^ 
meut voulez-vous qu*on reconnaisse'. à' bé^ (on lég^Vct 
irréligieux, celui qui a dit que î (clareligionïtait fonc|ée 
« sur la conviction intinàe et forcée deTèaditénce tt (kt 
' » pouvoir de Dieu? » ' 

Nous sommes obligés de passer ra[)idemetit'fIafl9'Cetfè 

galerie de portraits. Nous remarque^diM «epëndaAt le 

femme qui donne dans le traders, M. -Boîsqact «a ^ûSI- 

'i^ftfiffrdé œi'èjipieisîdiis dene £MBMUaiâié.;pîqiuint6» 

t CipkiobeS'Uii «m larti^ee : dn 8tyk« ^Cett MMi^ue , dUM 

^-eimchapitrefrfuataifî^eyikpropMdfatfaeW^to^ dâ^wés 

petits compagnons. u 

i-90^rniib9m^id^APip^n4reJ^. « , . „ . ,f 

i. . JMieU >i¥^ ,çhapitK^)CMf^.l4* ^9^¥f9ff^ ^ A^Ml? 'P^9/h 

naecet ferme; ceJui dont'resprit est hardi, eç^refiq»- 
II nant, aura des mouvemens impétueux; le moins hardi 
» marchera plu^m^HeniMt ; danalrlffièhe, lea jambes 

,» entraveront je corps. » C'est là qu'on voit que 1^ ^ouN 
*^ têux i^ar^e à^irôis terni, ^ le l«rilèd|:':^^ Tt qae 

ISÏifihiii^'^iiinef ^^'- ' '-•"^'-^ ••' '' ' ' '^ 



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JUILLET 181». 181 

cuisît un anr â^AèoMe (fe Ghidnf, K voici càiMir il eu 
iifd^De TeirpcéMfam* Je^^vra^tci ie-cotoplel, CQmiifei| 
edt Bgarf âstùt Pouvtage. 

J# m^ai jamais ohén^ h 9^. ' ' X>4i|4ic^ iMMirette. 
Que pour te prowêr mon ampmr. Un degré de Toix de pl«^ 
^/' Sim|fîs;dpiiIi|iM|uc y 

9mÈriêaÈm$ m tm l^^ffm, Ttufirinpif. 

'. Q fMiâmm ^ s^Êh BgortdelttkivMls» 

-OBmêJUÊ mrim^ 'EmàntmntiÊkÊèi 

MkiÊt iéitmàiàé^ië. ïiM4stsMiplai.«apfMiivév <bi»* 

^ £p U^ynti 00 couplet comme Pindique ici M. Sois^ 
quet\ on est d'abord teati da^ croiro qua l'iooèà de- U, 
tendreté a tant soit peu troublé la tête d'Alceste ; et 
quoique Ton BWéUe ce qnll f&ut aèéordei* à la passion , 
on a dtf lapeinBà coeeevoir que cette princesse puisse 
ëeinaiider aiie ài^PÎp lui soit cent fois ravie ^ p6urla 
(SoixièmeJSis. 6e' râle d'Attesté ,. soit daM la. tragj^cCo, 
Meeqtfte, 8(^deM ropirtt fiean^S), est destiné, oemme 
Vùn vûiè ^ uxtt iât^rprètattons lés phis saugremieér,. De# 
<n(iq)iés Jif^ aVis& at^âieht dë$à^ prfté^à Admëte uA dis^^ 
éours qu'Euripide Ùîxi tenir à Alceste : ce qui rflmdaîtlaj 
nri-de'l%essjrtie paasrfAenitatridîctile'* Afn)ourd*lniko»«st 
1% rêihe qui* demanda- k uïourir c^nt fois pùarlà<kw(i^(m& 
Jfa's^ M^is ,b texte de l'opéra sera plus facile à rétablir, 
B'Stiffira dé dire quie ces nK>tSk : Pmir la dmtMtimm^is^ 
s^mfieiït'tt0M'siinp4aiieAt^me^Vafetriee reeoBsnienee'et 
épiante pour br seconde fbis t Je n'ai jamais pfttlri ia 
pie, etc. etc. Kous. nous flattons^ qae:Cett&ex{|I^tio]|^ 
épargnera à ceux qui liront dan^ quelque» aiboeiidici 
Çbûl^Wg^de Bf. Efoisquet*, ta'petftiÉ^ctmt^tion'â'e^t 
^^.ce pessai^à- exigée dj^ nous ; mala nouti en concfur 
eoM, amtalà. Beisqisetlui-mème, ««qii'eniwibuitxeiidrÀ 
srrmsoii ée^teetv OR end»i0iiifiè ♦e ttewnii»w 9ïifm^^ 



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POLITIQUE. 

Là politique de VBtiraj^ est tonte entière renrermé^ 
•nîourahui dans les bullfflfos^e la jrràiHie «rm^e. L'im- 

Jiatieoce avec laqnelle ils soot attendus , raVÎdilé de lent» 
ecleurs dans toutes les classes et dans tous les lieux publics, 
égalent rinlêrél que présentent les ëvénenaèns qu'ils re- 
tracent. Le Moniteur a p4ildié les K** 5 êl 6 de ces rela- 
tions animées , de ces tableaux vivans , où tout Français 
•nit avec i|ne vive sollicitude , avec le seatioient d'uo^ 
gloire qu'il partage, d'un honnenr qui est"" le sien , U 
marche d'un fils /d'un père ou d'un époux. 

S* BUIXmir BS JJL GRAHDX-ARXiX. 

VV^lnatk 6 juillet i8ia« • •' 

L^arm^ct ruMe ^taî^ placée et organisée 4e la manière suiraole am 
eomineacemenl des bosttltt^. 

Le i«rcorp9 , commande par le prioee Wtttgeattein , composé, 
des 4* et 14** dîrisiops d^infaoterit , et d'une div^KÎon de cavalerie « 
fonnaot eo tout t8.ooo bommes . artillerie et sapeurs compris . avaît^ 
^lé long-tems k Chawii. Il arait depuis occupé Hosiena et était le 24^ 
îfitn à Sejdaaoui. 

' Le a« corps . commandé par le général Baggawout , eompoaé des 
^ •tiy^ divÎMOQs d*iii£interie et d*une dirisioa de caralerie présen- 
tant la^m^me force , occupait Kowno. 

* 1.C 3** corps. coitMiianaé par le général SehomoaloflT , eomposé âm 
la ir* dinsion de grenadiers.' d'une diriisioa dHnfanterie et d\inai. 
4iT«von de ^aralifie .formant 24.000 hommes, oo^imait Nov-Troki. 

Le 4* eoros . commandé par le général Tutsohkoff . compote des 
liv et :&3« diTisions d*infanterie et d'une diviitiou de cavalerie, foff!» 
Éiânt i8'ooo1iôrrmes. était -placé depais NoT*Troki iutqo*à Lida^ 

• La garde impériale étaîekWilBa; 

- Le i* corps, eoma^uid^ parla général Doetorow^ composé. de 
deux divisions d*infantcrie et d'une dirisiun de caralerie , formait 
18.000 hommes . avait £iit partie de farmée du prince Bagration. 
jln m3ien de intn . il arriva h lida , venant de la Wolbjnie . panr 
iftofoireef. la prentîèie armée. Ce «orpt était à la fia de {uiu entre Lâda 
et Grodao. ' 

Le 5'' eorps. eeiaposé de la %• division de grenadiers, des la*^ 
i6« et s6^ divisions (fîntanterie et de deux divisions de cavalerie « 
Itatt le 3o à Wolkowîsk. Le prioee BagratioA eonunandait ee eorps | 
•ftt f swf s il èlsa fU 4ai«o« I 



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MERCUREDEFRANCS, JintLETiSi». iWf 

JEofinrI« 9»«t i^* d\?uioat dlofanterM , et Une dîvisroa<|<f cava^/ 
l«rt#., commaiMl^eA par le général Markow , se. troaraîeot' dtiis 1» • 
fond ^ la Wolhynié; .— 

^Le |M»age de la VUia qui eut lieu le %S fiiin , et la marche du due * 
de Reçgio tur Janow et sur Chatoui , obligèrent le eorpt de Witt- 

gnsteiQ k se porter sur Wil^mir et sur la gauche « et le corpe de 
iggaYout à gagner Dunabourg par Mouchnicki et Gedroitid. Cet 
deux corp» se trouvaieut ainsi coupés de Wilna. 

'Xj9 So et le 4« corps et la garde impériale russe se portk)«nt de * 
Wilna sur Nementscbin • Swentkianouiet Vidioai* Le roi de Naplea , 
I qi poussa ▼i?eiiieot sur les deux rives de la Vilia. Le to« régiment ^ 
de nsissards polonais , tenant la lèle de la colonne de la dirision du. . 
comte Sébastian! , rencontra prës de Lébowo un régiment de oosa^ ' 
c[9es de la garde qui protégeait la retraite de rarriëre-garde , et lé 
chargea tète baissée , lui tua neuf hommes et fit une dousaine de ' 
pdsonuiers. Les troupes polonaises qui jusqu^à cette heure ont chargé, 
ont montré une rare détermination. Elles sont animées par reothov-r 
«ieame et I9 passion. 

.ILie 3 juillet, le roi de Naples s*esr porté sur Swentsiani et y a- 
atteint l'aniëre-garde du baron de ToUy. Il donna ordre au général 
l|ontbron de la faire charger , mais le« Russes ne i*ont point attenda« 
et se sont retirés avec une telle précipitation . qu*un escadron de 
bolaos q*ii revenait d*une reconnaissance du côté de Mikaïlitki tomba 
df ns nos postes. U lut chargé par le ia« de chasseurs et entièrement 
jytH ou tne s 60 hommes ont été pris avec leurs cheviui. Les Polo- 
nais qui se tropvaient pa^jui ces prisonniers ont demandé k servir , et 
•ht pris rang , tout montés, dans les troupes polonaises. 

Le 4 , à la pointe du jour , le roi de Naples est entré à Swentziani ; 
le maréchal.duc d*Elchingen.est entré à Maliatoui , et le maréchal due 
de Reggio à A van ta. * 

Le 3o juin^ le maréchil due de Tarante est arrivé h Rosiena ; il 
fi*je«t^rlé de là sur Ponevieji , Chawli et Tesch. 

Les immenses magasins qne les Russes avaient dans U Samogitie 
ont été brnlé^ par eux , perte énorme nenHwnlement pour lente 
laances , mais encore pour la subsistance des peuples. ^. 

Cependant H corps de Dectovow , c*est-li-dire le 6* corps , étcit 
eneore le 27 juin sans ordres et -n^ava^ fait aucun mouvement. Le 
18 « il se rétinit et se mît en marche pour se porter sur la Dwina par 
vne marche deflanc. Le ^ , son avant-garde entra k Soleioicki. EUa^ 
fut chargée par la oavalerie légère du général baron Bmrde-Sonlt et 
chassée de la viMe. Doetorow , se voyant prévenu , prit k droite et se- 
porte sur Oehmiana. Le général bâton F:|jol y arriva avec sa bri- 
gade de cavalerie légère . au moment où Tavant-garde de DoctoroNf^ 
^ entrain Le général Pajol le fit charger. L*anuemi Ait sabré et cul^ 
luté dans la ville. Il a perdu 6a hommes tués et 18 prisonniers. • Le 
général P^jol a eu. 5 hommes tués et quelques blessés. Cette charge 
a été faite par le 9« régiment de lanciers polonais. 

Le général Doetorow , voyant le chemin coupé , rétrograda sur 
Olchaooui. Le maréchal prince d*Eckmolh , avec une division d*in<- 
linterie , les cuirassiers de là division du comte Valeneeetle ft«.rég^*- 



l 



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tel MERCUltE BB FfiARCÊ, 

4Mnt ^ éhe^M*l^gtM-<ld la;g9rde , êè petru sttr Oebn&hStti fént kfé^ 
tMr le^éNit Pa|dl. 

Le corps de Dootorow, sIdsi coupé et rejeté dens le tniêi^ edil- 
tiftua de tooger à droite , k marthes forcées , en faisant le seetiâee 
de ats baga^s , sur Sntoroghoui , Dunowôfaeff et Kobouïluidn , d*oil ' 
il s*est porté si»r la Dwîna. Cea^onTement avait été ptfétn. Le té-t 
néral o<»Me Naâsoatj, arec une dSWlioa de cuiraisîert^ la diWw>ft 
de cavalerie légère dû cénéral bomte Bruy^s et la «fitislon d'îttfiktf- 
terie du comte Morand , a*était porté k Mik^iiohki , pottr couper oe 
cerps. U arriva le 3 k Swtr , lof«i]«i*il déboockait . et te poussa v^re* 
jdertt , lui prit bon nombre de traînards et Tobl^M K allaftdddttior 
qaélcfues eentaipes de voitures de barges. 

' L*ineertitude , les angeiasès , les tatrehes et les contreuarcbei ' 
qto^om faiiev ces troupes , les Mguei qu'elles ont eisoyééi , otet dV 
lés filire beaucoup ^uflHr. 

Des tof rens de ploie ont lômbé peadint tMute-djt heu^ei atttt hi^ 
temption. 

D'une extrême chaleur le tems a passé tout-k-oo«rt b utt ttM tk%»* 
▼(f. Plbsienri milliert de chevaux ont péri par feint de cette tr«a« 
sllion subite. Des convois d'artiUerie ont été «Mtés dény les bo4os. 

Cet épouvantable orago , qui a ûiti^ué les hodlilies et \H cèe¥«iiT« 
a nécessairement retardé notre me)»£e , et le Cor p< de Doets^M* , 
«fui a donné successivement dans les colonttet du général Boro»- 
Soult , du général Pajol et du général {faosomy , a été priM de at 
destruction. 

Le prince B^igration , avec le 5« oofps , placé plut en «rriM « 
marche sur la Dwina. Il est pai^ le Jù juin dé Woikowwk pour aé * 
rendre sur Minslt. 

Le roi de Wesrphalie est entré le même jour h Gro'dno. La divi* 
sîon Dembrouyki a passé la première. L*hetmann Platon le trouvait 
«ncbre h Grodno avec ses cosaques. Chargés par \ë cavalerie légHro 
du priuce Poniatowslby , les cosaque dntété éjiarj^Uéi; od leur • 
tué xo hommes et £iit 60 prisonniers. On a trouvé è Orodno uâe 
aranuteaiiea propre à euire roo^ooo rations de pain , et quelques 
pestes de magasin. 

Il avait M prévu qoa Bagration se porterait sur la Dwina . en u 
ri[)pTOchant le plus possible de Dunaboorg; et le général da divîsiott 
^mte Grpnchj a été eovojé à Bogdanovr. lè était le 3 k Trabonl. 
X^ maréchal prin«e d*Eckmnlh < renforcé dé ddnx diviskiat., était le 
4 i Wiehnew. Si le prince Ponîatowslçj a pooM vivement Parribrc* 
gard^ ^u corps da Bagration t ce corps êm trouvera ooÉapvomis. 

Tous les corps ennenûs sont dans la plat ^ande incértlmd^. 
t.^betmanii Platpw ignorait , le 3o juin , que dcf/vib àeai foQrs Wihm 
fdt occupé par les Français. Il se dirigea sur cette ville fusqa*k Uda « 
^ il cl^angea de route tft se porta sur le Midi. 

Le soleil , dans la journée du 4* a rétabli les otiéUlîns. Tout s*orga« 
mse k Wiina. Le^ taubourgs ont aou£f)irt par la cirandè quanrleé dé 
^onc^îB qxt <V ^^ l^récipitée néndant la durée di0 Toraga. f éhtBxt 
une manutention russe pour &a,ooo rations. On en a établi une atHr«t 



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r- jurLLET ttï% 

fiàiine et un ariHîovëa riiti«iif de bi^uit TÎeiioèm dy miméti 
XhuttàA. 

Wilna , le 11 juillet lÉlii. 

%M TOI âe Ifâple» à eourbiié à «uivre l^inlh^-garèe êaaeûAé, 
jL«r S . il a Teniontté hi ctfrilerie etin^iai^ M poMtioti sin" la DlMi^ 
ilfVfaftt •fa^i^pin^laliHgededéotfnderiè^lèg^, qameamumskÊb 
)s général baron Suberric. Le» régiment prussiens , wurtenibef|;éow 
01- potoitaîs qtbl font partie de ^Ite br)|r4de , ont clMrgé tfree hr pAiia 
g^n^ iiArépidilé. fh onf <m1biiié une ligfte'di» dragons et àt biitssardi * 
russes , et ont fkit 2(X> prisonnier* hussaras et drïigôns montés. Arriré 
ail-delil dé la Driaoa , PenHemi oonpa \ef ponts et TOnhit déftndr* ^ 
1er ptfisagte. Le généraf eofHt^ Montbnhi fet al<n!4 armeer ie^ein<( ' 
bstteries d'artillerie légh^ « qot . peadwir pluâteiirt béiires i nottl^eiit 
WtvnwB âMot Us rang» eniieiois. La^ perte des Râsiei a «lé eiami- 
dérable. 

h^rgéBêtt^ eoàïtt Séba»ritfkfl ett'anivé le' ititae joot k Vîdtcml, 
d*«è l*ititpereirr de Russie était parti hi reilte. 
[ "SfcfîBs arant^gerdY est snr la Dwioa* • 

^JLr géftérai epttte Nanscoty était le 5 feîllet y ^ttiirotli. H se 
^rta , pour passer la Dsiana , ii six lieues de là , sur llr dhlite db roi 
deNaples. Ijc général de brigade Rowater, avec le 9* régiment de 
càeT»«-lé^erejK>leDafîs et te s# n^giittent db'lnissards prussiens; passa 
itf tirilvtf « euDitf lii $\t eâoadrmn rvastfi , en sabre on bon nottlbre et 
fit 45 prisonniers aVee plusieurs officiérfr. Le général Nansouty se 
Idnedé la conduite du général Reinsel , ef cite a¥ee éloge le Ueute« 
nant Borke , du flK régSaent de hnsserdr pmssitfmi , le sons-officier 
Ht aMé et lé bnsMVd Lutte» 9. M. ^ iMcordé hf détTormion de la 
Légioif-d^oBOeur ett géu^ri" Rouisel, mtt ctffideti et en son^-officier 
ei-dessus nommés. 

Le giénéràl Iflâttiotitf à fbit prisotfniMi x3o hnssat^ et dragops 
roâiies , montés. 

I^ SjuiUet. hr eoAHrariietftlon a été ev^erte entre O^rodtio et Wiltaa 
per Lidtt. L'ketmUnn l^latdflP, evee 600^^06981^] «s, dMMsé déOk'odno, 
se prélbentd nrr Lid« et j troa^e lés ef^m-pésCétf ftutlçiiis. Il dtfs- 
èendit sur Irîé le 5. 

Le général comte Grouchy Occupait Witehnew , TraDod et Sou- 
bôtmefl. te gftiéAil Barotf Pàjol ét^T k Pérebaî; lé gé^sérsft btfro^ 
Borde-Sbnlt était à Bl^kchtoiri ; le méréébal prince d^ftfttiralà éfoSt' 
eH emm de BobroWlrski , poussant de» tê^éf de caidAheir ptfr^ut. 

PfeieffiTie retira précipitamniéist , le 6 , sur NilCôlaé#. 
' Lv prinee Bagration . narti diMs ÏH premiers jnutv de* foHlet* de 
Woilowialt , pewf se dinger mif Wîhià , a été ittt«ireepté danta sa' 
iMtiie^ If est rét<Hll«é êttt êei peipoiff §tfgtkév Blinâlr ; prèreAn pav le 
jMirce d'I^c^mnlh , il«eb:ttgé de diréVeidir, à rennitoé t it porter 
éùt \è Dwine et«e eorte sur Ir 'BoifilMM « par BoMtaA , ^ tra>* 
rayant les maraiâ dele l^reskitf . 
-%tfmmMii^ fnme d^Békn«m étr «oWé^ d^nÉSmlfr H'j wtt^Tl 



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ifl^ MERCURE DE FRAÏÏCE, 

)1m mt^^iis oonsîéérabtés en fiirîoe , en aTotnês « en effets' dliabil- . 
levwnt , ete. Bagradon était déjà arrivé à N ovot-Sworgîew ; se 
TOjaDt prévenu , il enroja Tordre de brûler let magasins ; mais le 
pnnce a Eckmulb ne lui en a pas donné le lems. 

Le roi de Westphalie était le 9 h Nowogrodek ; le général Kegnier, 
& Slonim ; des magasins « des voitures de bagages , «es pharmacies , 
des homiaês isolés ou êoupés tombent h chaque moment dans nos 
mjùns. Les divisions russes errent dabs cfes contrée^ , sans ditectiaoi 

K venues , poursuivies par-tout , perdant leprs bagages , brûlant 
. rs maguios , détruisant leur artillerie et laûsant leurs pkees saH» 
défense. 

.Le général baron de Colbert a pris h Vîleika un UMgasin de 3ooo ^ 
quintaux de farine , de cept mille rations de biscuit ^ etc. Il a trouvé 
aussi , h Vîleika , une caisse de ao,ooo Ifr. en monnaie de cui/re. 

Tous ces avantages ne coûtent presque aucun homme à Tarmén 
française : depuis que la campagne est ouverte , on compte k peine - 
dans tous les corps réunis • 3o hommes tu^ , une centaine de blessée .. 
et 10 prisoimiers, tandis que nous ayons déjà aooo A a5oo prisonniecs 
russes. 

^Le prince de Schwartsenberg a paAé le Bug k Drog|bttschin , a 
poursuivi reonemi dans ses différentes directions , et s>st emparé de . 
plusieurs voitures de bagages. Le prince de Schwartsenberg se lone 
de , raocoeil qu^il reçoit des baUtans et de Tesprit de patkioltsme qui 
Hoime œs contrées, 

.Ainsi, dix jours après Touverture de la eampagne, nos aTantTposlea 
sont sur la Owina. Presque toute la Litkuanie , ayant 4 milUona 
d*liommes de population, est conquise. Les mouvemens 4e,guem(^ 
out commeaoé au passage de la Vistule. Les projets de l*£mperaur ^ 
étaient dëi*lors démasqués , et il n* j awir pas de tems à perdre pour 
leur exécudon. Ausri Tarmée a-t<^e fait de fortes marches depuis 
le passage dt ce fleuve , pour se porter par des mancauvres sur Ui 
Dwina ; car il y a plus loin .de la Vistule k la Dwin« , que de la 
Dwina à Moscou et àPétersbourg. 

; Les Russes paraissent se conoeatrer sur Bunabourg ; ils annoncent 
le projet de nous attendre et de nous livrer bataille avant de rentrer > 
d^ns leurs anciemies provinces , après avoiir abandonné aans combat 
la J'ologne , comme s*ils étaient pressés par la justice « et qu'ils ron- 
lussent, restituer un pays mal acquis , puisqu'il né Ta été ni par le» 
traités « ni par le droit de conquête. 

.La chaleur continue k être très-forte. 

, Le peuple de Pologne s*émeut de tons côtés. L*aigle blanche esl 
arborée par^tout. Prêtres , nobles , paysans , flammes , tous deman- 
dent Tindépendance de leur nation. Les paysans sont extrêmement 
jaloux du boàheur des paysans du grand-duché, qui sont libres ; oart 
quoi ^u*èn dise , la libéra est regardée par les Lithuaniens comme le 
premier des bieiu. Les paysans s*exprimeot avec une viracité d'éio* 
AU lion qui ne semble pas devoir appartenir aux climats du nord , et 
tous emorassent avec transport resperance que la fin de la lutte ser» 
le rétablissement de leur liberté. I^s paysans du grand-duché ont 
gagné k la liberté , non qu*ils soient plus riches , mais que les pro» 
priéuirct sont oblige dwe niodéréi « justes et hunaÎDS « pKper 



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iQpîm^rt propri^airts^ Aum lo uoble uc ptcd rien ^ U ut 8«iile«fi|t, 
obHgé d^^e juste , et le paytao gagne beaucoup. C'a dut être un^ 
^tteé jouinsanee pour 1» cœur de TEmperevr < <|iic d*6re l^moin , «k 
tÀversâfit le miid-du^*^ , des transporls de foie êi de rteonnaisMocv/ 
^aVxcite le bienftit delà liberté act ordé k quatre miUiooft d*liomaM«- 

"Su r^gimcns d'inlanlerie de nouTelle lerée ^Senaent d'être décr^t^ ^ 
«0 litlmiiit , et ^qatn régiuiflAt de cuvalene ▼ieaaeol d'ètva ofioxU 
par la noMeaae. , , 

'*Lt Lifhnafftf s'of^n^ dé|è sotis les lois de son ausQste - 
]îi>ëi*ateur. Plusienrs ordres du jmir et d^rels publiés II 
Witna ëlablissent dans cc^tle ville uo gouvernemeDt provi*- 
•oire , une garde natioaale , une geûdarmerie ; septm^itibre^ 
cjMnposent le gouveroemeot provisoire de la Lilhii^DÎe ^ 
^>Mi le baroD Bigooti <cst nomroî oofiH«issaire iinpërial prêt • 
celle commissioD y avr!C aaatre auditears^ous ses ordres. 
Ces auditeurs sont MM. aeNicolaï,deChaA8eaoii,Sai^lnier 
etCochelet, iplendans des gouverDemens de Wilna» d^ 
Grodao, de Miosk et cjle Byalislock. Chacuo de ces ffoc^vep* 
n'emeas a uoe eommifsioii d'administration spéciale ^ dea 
Amis-préfets sont étab^s dans les districts ^ la municipalité 
de Wiloa est organisée. Un 3* régiment de cfaevan-iégiltra; 
laneiera de la' sarde serii fbrraé paritii les Litbuanîens pr^ 
priétaires on fils de proéirtélaifes, qui s'armoront ou s'équH 
péront à leurs frais. Ce régiment sera en tout assimilé aux 
<i«iix. premiers de cel'te arme attachés à la garde impériale. 
Far un aulre décret «du i6 juillet, M. de Ruolz, auditeur , - 
est destitué. 

•Lelecteur,en suivant avec attention les mouvemens indi- 
cpiés dans les bulletins, aura sans doute remarqué Fensemble 
et la rapidiléderesmouvemens, cette avant-garde portée en 
cfuelques jours sur le pomt de retraite qu'une partie de l'ar-' 
mée russe a choisi pour point de défense , quand ses che(à* 
gageront h propos de combattre, ces marches hardies à tra- 
i^ers les colonnes russes qu'ailes isolent , qu'elles tournent ,' 
qu'elles rejettent loin du centre, cette fuite de Platoff, et 
œile retraite deBagration è travers un pays difficile verale 
Dojepper, marche étrange que lui ordonne 1^ mouvement 
beurenx-du priuce d'RkmuIn , et qui laissée deviner si le- 
prince Bagratton vient secourir son empereur sur laDwina/ 
#u -s'il va oombatlrt' les 1 urcs sur le Danube. Le Iccteor 
mtra reconnu et apprécié, ces diverses positions , mais il 
est dans le dernier nullelin des passages caractéristiques 
qui se r^tltachent h un autre genre de gloire, dont lesenti- 
^imM y est bien noblement exprimé } oetta gkMre est d'avoir 



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uilIioDi dliommcry de leur avoir dit avec cet a»^nda|it" 
dii pouvoir qui a quelque chose de iui^hiimaitt : Ëetevét-^ * 
▼Qus, voilà votre nopa, voiU votre patrie > votis é^tes encore ^ 

PoloiMiia Cioquaote ana ont ëlë succetsi venant em« 

ployës- à eBlev«r à la Pologoe, aoit pair la hrcf^^ soit par' 
rkrtifice, nnè portion d'elia^aéuMi i9it:«ii«iii|>0e dvc«{|(raiiil * 
corps qui séparait l'Europe des paj» barbares , e4 lilt . 
atrvait d'un uâla rtsn^ari } OM m^^pibf^ d» Kapolébii ' a 
aiiffi, et lea membres ue ce cos^ vfHXi «a raiaiéDar à Itii; ( 
cm anorps va repreiidve .avea la via aaa**b*»l)9% pMMport^if ^' 
«M force, use éoergie nouvaU^s-»; et la sfatiinaDl Qiipij^^ 
risaaUa qui a fait aaj^loîm ; santimejlii qui a'avaij^ p«i^ le . 
aattvet et 1» garantir avants que le baais d^iui. pcakUiMaii? fk 
pui^saot a^ëleadH a«if luiu ^ v 

Une Bàaoqiwîi k de-do^cCHijeër d'IiQiiniilgaa^raodiifltVKa^ ^ 
poléoir, iibéfalaur , que le auSrag^ nftfMr da sçs avauglel-, 
eBoeoua^ et cet imaràaga vient d&kséiri rendue q« ap^/ 
prârieii Lojadrea » et la ang^ease de aejp plana, et la. vigueur r 
âBfftsMp eaéoulioa ^ett^prudleBoe'qii^ cua ffasaiMiile'aucoèa*^. 
Vov»' le» eapiîta k Lendrea de siûnt.pM. mppëa de té mal^ 
imoislëriel , de cette iacaïaUe ùéqùà qcù ne.pam^ aiii^ 
Iraoaraea qui dirigent le timon dias ^flatro#> à& rien voti^4a 
cttcpi exiale , de rien fnger de ce qfiii; f$K Leapapiara qh^ 
niatérielsoiil dooné de fantseaespéninceaau petipieaogUibs ; 
iU aot voulu lui doonet. le. change d^aJa détresse qi^*il.^ 
ëprouve, et le distraire du sentiment de ses mau»^ pai! uo«> 
de! «sa tableaux fajatalstiquea o^ila aawent aï bien 'pcédife ja 
ikistntction des arm^ea françaises,, et l'anbéàntiasameut d^ 
I» suurémalie du srand Empire. I<e Stmtt$m<m comaM|t#« 
nruélleaient cea tableaux » ou plnt6t il ka déchira c^iuilh 
nakHé- batidia k la face da rAneleterre* / . ^ 

QtSéaiesman , fori digne & aon noot, eat la Caasa^dfa* 
dei Fllton brilaiiniaue , il en a k tnate prévoyance oi n!aalr 
pas plus écouté qu ellef mais ses part>lea prèipkériquea! rtfa«> 
ftabt' graVéea dana beaucoup d'esprits el seront retrouvée^ 
au jour de ki>r accomplissement* On aimera» à. le .voir tauiaf 
è^séê condtayana le langage. dto la raâaon-, de la vérité aM 
4e l'espéiienaa ^ leur iacUquer k^mareha du vainqueur» ait 
hmr rappeler qu'il n'a jaanaia fait* «il paa aan•^ avoir ud 
ihogrâna asauréa pour k aoutenif , et dea xeaaouf oea pgipi» ■. 
nées mur en fatr&un aeeendv .. , 

M lHotis:aojûBmea persuadés ^ dit k S4aiésman du 17 juS^ 
faÉ,.i)iie.k Àoa^dAJa,fttusioiia.tiaolète paaiâtreitécid^ 



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HiMpÉ y |Mir «0 ie «És iiioiirenMBs Mssii judickiix ({ue f apf « 

• des , qui Pont rênâu «i célèbre , et ont tant de foi9 fine la 
TÎctoiretout set'dniipeauXyli'apoléOD afait passer le Niéoi4a 
à la totalilé de ses nombreuses légions, et a offert le com- 
bat ^ rempereur de. Russie } déjà les troupes d'AlejUMidlre 
ôntfut défaut les «oldats qui les ont si .aonyent vaiecues j 
e^ Wilna , où se troiive actuélleniebt le qiMtticr^éniiral^o 

• l'Ëmpcrens des Français , est le premier £ruit de .oe^(e imtt^ 
SMSurre. Au moiasenl où nous mettons ces énténemens saiia 
les 3;etix de nos ledeoré , il est plus que. probable que Ifa- 
pôléo» pouSsuit>sa «arrière .victorieuse TeraâaiimPéttDB- 
iicnir^ , qui n^esl pas à 400 milles de Wilsa ; oar il Misatt 

' aciuellemènt que i'Smpefeur de Russiei mlA fias;, de MXtfs 

. anffisantes {ienriédacler à ce torrant (fût naenaiw de Te*-* 

gloutia'. ' > ' 

*f La etn^hiifed'Ahnnadreydans tous ses arran^mens^ 

'*ofiVe l^smpr^in4le'd^UIlé(r»nge areogieme»!. Qootqu'illût 

• oeiiwà^ f en effet >, ^«^ avait oonofai la pailr avec k Turquie, 
'» ily amt del* hhm ivompre, coœmè^ii Va fait, les néeo- 
' 4nationsentaro<fcs«TeeNapoléeo; ildeyaiessinwipsafl^nfln'e 
' pour cela que -eos armée du Danube Ùït arrivée ?pour le 
•- aeoosirir dans cette hitle terrible; tl :ne pquvaif ignorer tyie 

• les Français ^apnt^ecbaient en forces ee-ses: frontièteé y.ïl 
> «uraît doue dû calcoler les suites d*titie dëtanmaatii)* |>ré* 

• etpilée. An lieu de4>ela , il e fermé 'les yeux sur 4a véntt^Ue 
, SMualiDA y et e pnbroqué toute l'indignation de son puiasant 

- rival et précédant itamq«ewr. Prenant le même ton dicta'* 
' toriaI,Ies'mi0istrei actoeUn'ontcesséd'exoiterk maUsenien 
^ ipoflarque y juscfo^è ce qu'en lui promettant des seCotxrs tfpii 

arriveront trop tard , e| en le âaltant de l'espoir de suçons 
' 'ipa'il D'obti^niiti^ jamais , lisaient réussi à le précipiter de 
. ^#iHreau>'de»s nse lutte de laqùelk il sera trop beuretade 

llprtirevecla perte de la moitié de son empire. Les feuilles 

- â' la solde do tninislèfe représentent les mesures prises par 
)«Alezandre comme offrsnt une perspective consolaotèi..^^ 
-'St Quelles sonfces mesares? Pourquoi cette dévastation de 
'^là lUissie par les Russes eux-mêmes? (^m cette mesura 

• peat^elie eonsoler? Ce ne peut ^tre cerlaiimment l^Ëmpe- 
(feiir de'Bmisre , qor , eotume père'da>s«s sujets» doit , pour 

• péu-qn'it son setniUefy'^re donburetisasneat aQeeté an 
^Mem^ant cette sc^oe de désolatioii drrsnisée par lifi*. 

- aaéme. Ce i/est dotic qu'li l'ennemi qn'elkr poumlt être 
'a^atAa» è f enneaif dont oslta ^léolaralion iaçile de ia 
iaïUessa (}es mojrens de «on a drén ria ra esa pat^t tmlm^t. 



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J§o MERGtmE DE FRANCE, 

'te courage. On prëtend que la dévasUlif d xla ferrljtoirv 
' titsae opposera de groods obstacles aux progrès de.I^ap»* 
' )ëbn / et arrâU;ra petil^tre la.TDarc'fae de ses truupet | 
-ttiais les iinmetasva convois d'ean-dc-vie^ .de f'ariite t;l do 

* biscuit qui s« dirigent de Dantzick et de Kœoigsberg 
sur KoWDO , réi'utifdi suffi, amtnént ^celie. asseriiou. t(^ 

' Niémen qsl naviç^Hlejusqu^à cette demière^ ville poUf des 
bateaux^'uri moindre port. Avant donc établi surcepioint 
un dépôt de vivr<'S , il éprouvera ausâi peu de dift- 
huilés à faire arriver des vivres à son a^mée» k mesure 
ou'elle s'avancera -, qu'il a eu de Facilité à la fkire a«btistec 
1 aans les vastes contrées qu'oui, déj^ traversé ses immeuse» 
' légions. D*ailieiirs » la rapidité qui accompagne toujours Jies 
ïbouveraeas Lors^'ila une fuis commencé: les boAJÎUtée , 
doit diminuer, sinon faire entièrement disparatlce ,. des 
obstacles . que quelques pers'onaes' affîeeYéfil de n^garacr 

* comme presq^ii»^rmPAlables. Ou oe peut supposer es 
, «ffet que Nandlénn*,- C(tii a défà exécuté de si giairdes 
- choses et conduit d«s armées* lÎArmîdables dans des pajr$.si 
' ëlo'gûéSy aurait agi. comme il l'a- fiii^ dans les cinott#» 
' tances actuelles, sana- avoir prévit les obstacles que IW 
'aurait pu lui opposer, et suus avtiir firéparé d(*s luoycM 
. tuffisAds pourles surmontera nous sommes persuadés 4^ 
-s'il n'a pas à combattre d*ennemi plus redoutable .queijm 

Samine , il accomplira les dessei 113 qu'il « .furmét ce^trpià 
> Russie. Le Français est le plus sobre de ifiis l^'s spldais ^ 
*ct, d'après l'usage uttryersellement «dnpté d«ns rarmée 

française , de faire porter à chaque bomme des vivres 

rr plusieurs foue<^ , )[ n'est guère poëaibU que le manque 
nvres an été ses progrès. *• 
. Voilà «des rai NÔnnemeus et des, raptprorkemeusqù'upptivs 

* TictorîeuSemekiilepriiiiâëd'ËkinulhtMis*e«npiurnù(0eMt%4k, 
t' en y prévenant Biigritt^cfÉ' , et en a'eittfwrant de aes^maa»* 
'1 sins ; les Russes, qui insqu'iri u'gnt pu xieo ^àiiver i>u!di^ 
. fendre, ne peuvent méro« brAlert.mil:; les Anglais l'espè^iteil 

en vérin , et ilest posèibie que si qiiielqiitt cbc^se rstcpoidlè* 
» tement brillé en Russie , 6e seroo( le» pr<idiii^tiQus,dl «fe* 
' dusirie anglaise si iraprudemmeut «dhl'isek ctitiiiiv l^^ifM 4e% 
*: Irsités. Nupuléoit-acdtvrjèfe lui l«a H^iives. liUres'qitHl-:f:iiii* 

.versés, et sur lesquels I a assis ses.iffiH»rnses)arfiè^>&)rde9 ; 

TEIbe, l'Oder, la Vistule, le Niémen wml lui appui<H^ les 
MÎcbes tributs dés.moîssoùs.du ISurd,.et.ses légions v)c4p« 
iVieiises poiiirrout être lîddibs À Ieur«K)ble habitude ds oq 
1 règN-'dsr que^ devaaticlk^ . . j .:; «.^.v^^c^. l 



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JUILLET 48i t. 19^ 

Les lieux qu'une si^c6Dde fois l'Empereur rerietit Kdi— 
plic'de sa gloife , et dont iba d'un mot obapgé.kiC 6ids , 
fixent seuls tons les regards. Partout oh il se'lrouve, il poste 
)a lumière , la chaleur et la, vie ; à mesure qu'on s'éloigne 
tJe lai , on voit sur la sphé?re pohtiqnc ie9"teintrs dereair 
moins vives , et les objets y semblent diminuer de propor- 
tion. Tl serait cependant déplace de n^ pas faire remarquer 
au lecteur quelques parties même très-cloisnëes de la scène 
principale qui 1 attache et l'occupe tout entier. 

Les Turcs vont reparaître sur les bords du Danube } jls 

n'ont pas en vain relttsé d^ ratifier un traité trop peu hoiio- 

' rable ponr eux. Les Russes vont él^e de m^uveau pressas 

' en Moldavie j les Surviens défendront mal une cansè q(ie 

'ies Russes ont trop faiblement soutenue , et dans laquelle 

[ ces mêmes Scrviens ont peut-être appris que les Rusais 

s'agissaient que pour eux-mêmes , et non pour la n^|ion« 

Les Anglais vont perdre Tespoir de dokliiuer sur le^ranûra 

de la Grèce, et les fertiles moissons aujourd'hui retuelA- 




s pagne ^ 
. 'Fraude , tout est disposé pour les recevoir^ iU n'ont fiftfitn^ 

Îu réussir k empêcher l'entiée de aoa eohvQis k Gôatr^^à 
'ouh>n , ^Marseille , ik Barcetoitef; dans lei eaux de ^a 
Cérsê , n6s bàlimens légers ont fait essuj^er k lenr cofft- 

• înercedes peHes notables. En Espagne, le'maréchalSouIt, 
réuni au général Drouél dans l'Andalousie , par^iît prêt à 

^ se' mesurer contre fe génér I Hill , auquel il a déjà fait faire 
tin ^louvemeui réirogirade, tandis que du c6té de jS^tfi- 
manque on croit" aussi .à un enga|;emey)t,procbai|f .entre 

V lord . Wellin^(t)a el letnarécbal duc d*; Baguse. Le» t^Nta* 
çais sont toujours en force devant Cadix v«tdaBs la mém% 
•position k V^eocé, dans la Catalogne^ efa Aragoa, ai'4aos 
tontes tes prç^vinces en^deçà de t'Bore. - H 

.. Une seule chose pouvait , sans l'affaiblir et sans lejji'» 
*vîser, parlag<*r l'intérêt que Paris donne tout entier aux 
BoùveHes du qH-.rtier^^néral de l'EmpéréUT; nou^'vmXonc 

• parler du rclourde l'Tmpéralrice. S. M. est descendueV'le 
ï8 de ce mois, auP«faisdeSaint-Clnud . oîi le roideRome 
a été ramené de Meud^on, Dimanche, oemier , l'Impéra* 
triée s'est proaieoéeen calèche dans leparc^ la foule ej^it 

, îmnietfse , W ayocUoialions les plus tives l'ont accoiis|tifi;» 
gnée sur son passage ^ on ne peutéKjtrioaerîifM'qiidveti-» 



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H$% MERCtJBEtttfHiMGC/JIJILLET 1811. 

• iinMrt h>na in jma. JB«:fikaÎHrt Mir oe's ilraz anràtte* 
•bJBls , doot l'im ni l'amonr d» U> psin» , ^mms'faiilre 

• en Mt l'wpoiiv 9.... 

••ggaggam ii i u i" ii m' , /i".,t i ,imii ifim i i .' ii .i uni u t 
ANNONCES. 

itoupêlU ^frehitectutw pratiqué , où Sollèt WctîAé «t et^htemmt 
^ teionàu, ' Ouvrage dam le^el on a conservé lei principci on tné» 
- tbode d'instmcdoQ dé eaienlimable'inlear i en mettant , aotant nne 

• posfiUe , à la portée dé,loQt;le monde» et nUmé àfi$.timp\ea oumm 
vo peu iii^elUi^s , Jet géij^Mlitéi #t Jet détmli de Part de cduatniùé' 

, et décorer l^s édifices suivant les prbcipea de Ul statique et df U 

phjsigue « et d*après les connaissances Cn histoire naturelle 4 etc. 

' tiivre tr^s^ntile tt même indispensable dans Tétat actuel des chose» 

• pour tant eetti î^i s^ocoupent de constniotî4n «t décoration ; par 
. il* AJOTandre Miehé , jngénieur en chef ao oorpa impérial des miiiét« 

jucifla webiteete «t inspeelaur d» >6tîit|epi , me^re d# divecaet 

. «pciétéi s*ocoup«nt d*art^ et sçiejioes. Un nos vol. in-fi* de ^6 M|N 

ait 4« ^ p]an<;h«s. Prix , pfr. , et II fr. i5 c. frape ^M^ort. A MoM* 

dies Pojroîs , imprimeut-lîbraire. A Paris , chex Ch. Villet , libraire* 

' ïûe&littttftqiHe « a* i ; et Arthat-Bertrand ^ Ub. , mjbmt rue , nô i3» 

Cfiots ê^hgêi Jrûiiçtdi Us ptui ^êsiMs , tàhkénêhï t filêgt ^ 

*■- Mm-AurMe « par Thoma» ; Eloge Àe MoUëre ; Hoged» Leibdtaine« 

. MjeiGkanfbH ; Klofe du loi de riméte , par Guihert. Deps (rblmaet 

, jhipx9. Piiz., Pfpî^MT &» 3 fr. 60 c. ; papier or4Jiojai^ r. 3 fir. Qiey 

d*B«^fil t lÂ?l|ira , n)e .4^ )a Uàff , hl^'Op, p^sJle cpUége|4^ Jui^e. 

Car^ du théâtre «de la gpevee #ctuçUe , eçjiipreffant ; la fn^^ , }m 
Potpgn^ , le Russie , jusque Saî^t-Pétersbourg , etc. , etc. , etc. : par 

' M. ^outie. Neuf feulUès folnter , enlûmiflées. Prix , 6 fr. ,' et 6 ir. 

'1^ e. frine de pdrt par Amt l^SetpûNÎ. A Paris , bbés Tnof^l W 
iV^tna, libeiieM , mil de Lille, 0*17; et à. Streabôurg , «ilibe 



en de eemeipe^ 

i . Cette MEte, .tatâe penir aiiistce les epébaïkni Au maén , iKi|Df 
parait mériter rattentiiM.lkl»9r(«#^M?iii > .' 

" ':' - :^ ' '" V.. .j.;:.: ;.■ , 

. K# MWfm.W^t^p $itedi d# ^aha^t^ È^m$ti^ t^ GaWer 
ae tuois feuilles. — I^f nx de la ^onifription /est 4t ^5 A. pw 
Vannée j .de ^ fr. pour « mois; et de le, fr pour trois mpU^ 
franc depoH dans (jpute J^tendue de rempiire 'français. — Les leYtree 
tdUrtiret à Vfar^ du mbutantdei abonnemens,!^ livres , paàqe&, 
et tous ebjeto-deurl'Hiuieiioe est danModée, êéktùi jftere édttMét , 



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MERCURE 

DE FRANCE. 



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N^ DLXXVI. - Samedi i*' Août iSia. 



POESIE. 

LA PARESSE. -.£ptTAie. ^ 

t Uhommt ^tâ tieJaU ri§n , nêptut nttirf à pêt!fonnê. » 

{"ILLS dt rOpuIepce et soaur ât la Mollesse , 

Toi qui charmes mes jours \ bîenfaisanle Fares.te , 

Mon lutk silencieux se révrille pour toi f 

J*&i pu -H de mon rtâuU t'etilant inalgifé m'oi , 

Me Ûrrer'un pioment aUx ennuis de i*étude , 

Et Touleiir d^êtré oisif perdre enfin Tbabitude ; 

Mais un pareil efiTort me semble plus qu*humain ^ ' 

La bffirae arec lenteur obéit à ma mâiû ^ * 

Sur là (oîle ëucor vletge'èt ^u'il effleirre à peint / * 

Mon crayon nonchalante regret se .promené j 

Du plus léger travail rimage me déplaît : 

S*il &ut pour ma maîtresse aiguiser un couplet , 

Mon esprit indolent , qu>n yain Vamour anime , 

Pour elle à la raison ne peut unir la rime ; 

Et lon^e je teux lire un ourri^e nouTcau « 

D^s le triste détfu't du lourd ï/i-oc/«f'o« 

N 



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194 MERCUR& DE FRANCE, 

âans me donner It temt de tout la page e«fièct f 

Un obl%eant sommeil me ferme la paupière. > 

Ainsi pour m*occuper mes efforts imp^aib 

Enfantent chaque jour àe stériles projets. 

Le dessein en est pris : je renonce à Tétude. 
Eh 1 pourquoi se chargeant de soins , dHnquiétude , 
Pâlir a?eo dégoût sur des auteurs poudreux ? 
Après {ant de tourmens en est-on plus heureux ? 
. Et TOUS , de la Paresse ennemis redoutables , 
Mortels entreprenans , actifs , infatj|;ahles , 
Que nops voyons sans cesse à courir disposés, 
Visiter en un jour dix quacders opposés , 
Képondez i le bonheur est-îl dans la fatigue^ 
Non : pour jouir fuyons les soucis de Tintrigue ^ 
• *' ' -Sac h ons nous ré?eiUer et dormir à propos , 

Certains qne le bon^ieur n>st que dans le repos : 
Heureux , heureux celui qui n*ayant point affaire « 
Sur la plume à midi s*occûpe à ne rien Faire! 
Sa paisible existence est un tissu de fleurs 
' Dont Tamour et les jeux nuancent les couleurs ; 

De plaisirs en plaisirs il passe avec ivresse , 
Et des bras du sommeil dans ceux de la puresse. 
On lui parle ; il abrège avec art Pentretien. 
Mon cher, que dis-tn ?^Ilien. ->Que désires-tu ? — ^Rien. 
- --«As-tu des projets?— Non. — Que fais-tu ?— Bien, te dis>)«. 
Un discours moins concis le fatigue et Paffîgt ; 
Pourtant son cœur est bon , on le voit obliger 
Lorsque peut toutefois. le faire sans bouger 1 
Enfin toujours fêté , chéri , libre d*envie , 
Sans en savoir le compte il dépense sa vie , 
Et cherche à propager ce principe certain 
Que Pactive industrie attaquerait en vain : 
c Au vice en travaillant souvent on s*abandonni|, 
c L*homms qui nejait rien n* peut nuire à personne, » 

De ce portrait qu*ici je trace bien on mal^ 
pès mes plus jeunes ans je fus Toriginal ; 
Espiègle et polisson , sur les bancs du ooUég» 
J*eus d*être paresseux le constant privilège : 
Souvent, loin d^achever les devoirs attendua* 
7f li»9iA à Vécm Us Uu«« déft adai , 



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AOUT i8i«* ^gj. 

Chi 1»Vb tonnant le dos à N«wton et Descanes , 

Je dorpiaû dans nn coin ou je broaUlais des cartes* 

Depuis que sans Taimer je connais la raison 

St qu*un duTct moÎDS doux m*oinbrage le menton , 

Passant dans le repos mon oisire jeunesse « 

Je suis plus que jamais fidble à la Paresse , 

Et je prouve , en dépit du censeur rigoureux , 

Que rhomme ^ui s*oecupe est le plus mallieureujc 1 

L*aTocat au trarail llrraDt son exbtenee « 

Compte faire au barreau triomper Tinnocence ; 

S est du vrai mérite nn exemple éclatant , 

Sarafat , incorruptible , équitable , et pourtant 

Du malheur qui Topprime en rain cherchant les eausee» 

n TieiUît oublié sans espoir et sans causes. 

L*ast|Kn#rae profond dans un sublime essor 

A*t-il ne Tunirers deriné le ressort ? 

Henrenx de tout flétrir, un ril foIHculaîre 

Le traite d*imposteur et de visionnaire. 

Déjà sûr d'obtenir un succès mérité , 

L'auteur croit trarailler pour la postérité s 

L'infortuné ! sa pièce achevée arec peine 

^onr jamais en un jour disparait de la scène I 

Par son actirité son bonheur est troublé ; 

S'il n'eût point fait d'ouvrage, eût-il été si£Bé ? 

Jaloux d'être immortd le brave La I^ryrouse« 

Insensible avx regrets , aux larmes d'une épouse » 

Fuit la douce patrie , et sons àts deux nonveaus 

Brûle de s*iliustrer par de hardis travaux. 

O trop funeste effet de son courage extrême I 

Pour nous son existence est encore un problème | 

Si son CGBux magnanime eût aimé le repos , 

Jamais la France en deuil n'eût pleuré ce héros. 

Je prends soin d'éviter le danger et l'onvrage ; 

Aux talens , aux exploits , je rends pourtant hommaga , 

Et mon ame , que rien ne saurait iospirer, 

A quelquefois enoor la force df admirer. 

Parle-t-on de beaux vers « d'un chef-d'oKiTre coQiiqna * 

D'un auteur qu'on élève au trône académique « 

D'enbemis terrassés , de gloire , de combats , 

Jifoi je erie an miracto , en me croisant les bras. 



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to6 MERCURE dE FRANCE, ^ 

]> nKHndre effort m*atsoiiime , et pour mè Mtb&iiw | 
Je reos mtee en amour ne iroarer rien i. fiiire. 
dh 1 ^e je promets l>îeii de ne j^mail aimer - 
Une benté noriee at qifH laniratt former i 
Pour loi donner la lie on,âë laiûÉe , on aé tae | 
Elle eat un eorpi laoa anié , une belle statue « 
Et graee k ma froideur , k mon inaction , 
^ Je ne pourrais prës d*elie être Pjgma&>n. 

Que si , changeant de goûts « un four )e me m^iie « 
Je prétends foire choix d*uae reure aguerrie 
Qui de vingt soupirans a Vu grossir sa cour 
Et connaît comme moi les i ecrets de Tamopr : 
Mais pour mieux suppléer h mon humeur oisife 
Je la ireox diligente , industrieuse « aetire ^ . 
Du matin ]usqu*aii soir s*ocoupaAt arec fruit 
fit ne prenant ohes moi de repos que la nuit. . 
Ç*est ainsi que Ton peut charmer son esclaragç. 
Combien f'aime les nusurs de ce peuple saufag». 
Qui , d*un heureux loisir connaifsent tout le prix , 
liaitte aux femmes les soins « k plaisir aus maris I 
Sur ces bords , le jour même où Tépouse féconde 
D*un nouveau eitojen rient d'enrichir le monde ^ ; 
Aux travaux du ménagi» elle se livre eneor «. • . , 
Tandis que son époux , par on oomipiun açoocd. 
Mollement reposé redit sa plainte amëre 
Et refoit les secours destinés à la mère 1 

Cest ainsi qu% son {o6g enVhbnné de ûtstttt 
L*immobile Faresie attaché toàs hi ôtànti ; 
Moi-uème « quitotijouh al ehacTté sit pûiVIaface , ^ 
J*éprouTe en éerhitit sa nkugî^ue Mktettch ; 
La forée m\d>âadonne , éttalon ten Hé^gê 
Ira ches rimprimenr sans être corrigé. 

RicsaiB^DKLver* 



£NtÛM£-L060G&tPH£. 

'Air Dieu qui te forma , rends Un sincère hommage i 
n Tourut Men , lecteur , te faire à son image ; 
Et mot , pauvre avorton , outrage des humains , 
Aveoints quatre pièos qu^aèco^agneni vingf nfilfti # 



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AOUT 1*1»; . Î97 

Jt sols maneliottt hélas t et ma t trueture ingratt , 
En nausaot me condamne à rivre en ciil''de>jttte. 
Malgré mon triste état et cette îo^mûté , 
Ta TAS être surpris de m» fécevdité ; 
Cinq cents indiridus composent mfi famîUe t 
Us prennent leur esser lorsqn*on mp désbabule. 
O mère infortunée ! à ngft$ supenflns.! 
Quand le premiex pjmt i }• œ $fù» déjà pins. • 

"LÔGOG&lPHE. 

Jk ris dans les jardins , je ne sais où je Tis; 

Je ne puis nte mooToir , je me connais mobile ; 

J« ertfta areo dee soins , sens aide je gnm^ ; 

J*ai la taille d'un nain , j*ei celle d*tin reptile; 

Le Terd est m« oooleov , je tnis d^on sombre gris ; 

Mon odeur douce plait « et moar souffle empoisonne ; 

Ma forme ^te l*Qsfl « mon aspect ibit mourir ; 

J^embdiiA un.cUtset , je ne pare personne; 

Je parfume un sachet , je ne fais rien sentir ; 

Le plaisir de détruire est mon art de jouir. 

l|f|lb«pr ^ qui ypfprr m» TU^ ! 

De mon seul rl^g^ }f ^ lue t 

Et je suis sourd an repentir. 

J*ai sept pieds , Uole^r, à i^ofinr | 

▲juste ouiçnds rnoocesialeiioe , 

C^rche , fouille dans • teus mei' traks , 
Ta pourras y trourer rassemblée où Ton danse | 
La qualité du pain que mangent les raleU; 
Un petit oignon sec ; deux notes de musique ^ 
Deux adrerbes de Ueu ; un pronom possessif « 

Qu*on met toujours avant le substantif; 
Cette charmante fleur inuge sjndbolique 

De IHonocence et de là pureté ; 
Ce qu*au piquet il ftut pajer , et sana réplique j 

pans la grammaîre un mot fort usité ; 
La pierre de Sain^Cloud ; les poils de In paupièie ; 
Et des ohcTaux , ches nous , la couleur ordinaire ;. 
Le amnom qiie Ten donne h (ont noiae strraAt i 



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io8 MERODUS DE FRANCE , AOUT i9i>. 

Pour hîte ua bon plancher , ce qo*OQ ajuste «Diomblt^ 
Une sorte de p^che à serrer de Targeat ; 

Ce qui mieux h la mer ressemble } 

Un terme pf u noble et rampant ; 

Cette fameuse courtisant - 
Qui charmait tous les cœurs dans la Gr^ce prophane t 
Et ne put arracher Diog^ne à son tonneau ; 

Enfin , lecteur , tout prëk de ton hameau « 
Jbu bateau large et plat qui sert k passer Teau. 

BoKNAaD , ancign militMrg» 

CHARADE. 

ZiOasQiT*Eole des mers bonlererse ks eaux « 

Mon premier , cher lecteur , sert d'asile aux vaisseaux. 

Bans les bois mon dernier , par son triste feuillage « 

D*ui| amant malheorent te retrace !*image« 

Mon tout est espagnol , italien , anglais , 

Hâ)rea ^ grec , allemand , latin-, même français* 

V«B. (d'Agen.) . 



MoU de rENion t du Loooorivhb et delà CmhJkÀStm 
insérés dans le dernier Numéro^ 

ht mot de l'Enigoae est Cteur ( le )• 

Celui du Logogriphe est Dame, dans lequel ok tiavrc t amê*> 

Ctini de k Chttcadc tst Si^non. 



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SCIENCES ET ARTS. 

Des Dispositions doiêes de l'ame et de l'esprit , #u 
du Matérialisme , du FataEsme, avec des r^/Uxionê 
sur Péducation et sur la législation criminelle; par F. 
T. Gaix et 6. Spurzheim. — A Paris , chez Schoell, 
libraire , rue des Fossés-Saint-Germain , n^ 29. 

(deuxièhs article.) 

Le sort des savans est presque toujours d'être jugéâ 
par les ignorans ; et comme on peut dire des ignorans 
ce que le plus sage des l'ois a dit des sots : Stultorum 
injiniius numerus, il s'ensuit qu'il est fort difficile d'ëta^ 
blir la science parmi les hommes. 

On a défini Thomme un animal raisonnable; c'est beau-* 
coup d'honneur qu'on lui fait. Il me semble que ce serait 
Je 4railer encore fort généreusement que de le définir ud 
animal susceptible de raison ; car, dites-moi, où est la 
raison parmi les hommes? Je vois partout les peuples dé- 
buter par l'ignorance et la barbarie, et ce n est qu'après 
un grand nombre de siècles qu'on par\'ient à faire briller 
parmi eux quelques lueurs de bon sens. Remontez à l'ori- 
gine de nos connaissances , vous les verrez toutes com- 
mencer par des erreurs ; la déraison règne long-tema 
avant que la raison s'établisse. 

Quand M. le docteur Gall vint en France, il nous 
croyait beaucoup plus avancés. Il s'attendait à parler 
à un peuple éclairé et philosophe. Notre philosopliie- a 
été si long*tems célèbre ! Mais c'est justement parce 
qu'Ole a eu tant île célébrité , qu'on s'en est dégoûté 
aujourd'hui. Les pompons des dames , la forme de leurs 
robes et de leurs chapeaux , les gillets , les pantalons et 
les bottines des petits- maîtres ne sont pas les seuls objets 
sur lesquels s'exerce l'empire de la mode. Son 5ceptre 
léger s'éteuâ sur tout. Aujourd'hui U est du bon ton . 



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MO MERCUEE pE PRANCÊ, 

danr les nobles ^ailiers de \i c^it^e ^ tfaffecterla 
dévotion; on a 'des boudoirs et des prle-dveu , une logea 
l'opéra et un banc à sa paroisse. Je connais tel illustce 
qui'a décoré sa petite maison d'un oratoire, 

La dévotion mené à beaucQup de choses. Vous ailes 
an prône*, à Vêpres et au salut ; qne certain personnage 
influent tous aperçoive , votre avancement est sûri vous 
âtftee sÀ protection et la place que vous sollicitez. Quels 
f rogtès la dévotion n'a^-elle pas faits aujourd'hui parmi 
BOUS? Elle est répandue dans tous les rangs , dans toutes 
les conditions , et cette profession de médecin , autre* 
fois si stispocte , si décriée même , offre maintenant , pour 
l'exemple des bons et la consolation des fidèles, une 
foule de sujets d'une piété exemplaire , d'une conduite 
édifiante. Je lisais , il y a quelques joui's , daijjS un )oumal 
de médecine , que la magie était de fol, et qu'il tallait 
être bien t'éprouve pour ne pas croire aux sorciers et hux 
revenana. . . 

Voilà ce que M. le doôteur Gall ne savait pas lorsqu'il 
est véiiu en France. S'il eût été mieux informé, il eut 
Aiénogé plus habilement ses intérêts. U se serait rappelé 
cette maxime , si utilement mise en pratique par tant de 
personnes : Conformez-vous au teins , et au Ueu de s'a* 
dresser étoïKdiment aux savans , il aurait adroitement 
fait sa cour aux sages maîtres de la salnbre faculté qui se 
distinguent par la sainteté de leur doctrine^ 
- Mais , soit que le docteur Gall ne sait pas doué de la 
protubérance de la finesse , soit que notre ancienne ré- 
putation ait mis en défaut chez lui la bosse de la pré- 
voyance , il s'est présenté avec une confiance ingénue ^ 
la tête haute, le front découvert, sans précautions , sans 
ménagcwens , et nous a produit ses bosses dans toute leur 
nudité ; qu'estpil arrivé de là ? On a crié au maiériaUsmel ait 
fatalisme! à i'at/icisnie! hes journaux qui savent se can-« 
former au tems se sont chargés de diatribes contre lui.; 
et tel critique dont les années se sont perdus en dissipa-^ 
lions, et dans les exercices d'une vie protane et mon^ 
dain^^ s*est exalté avec plus de véhémence que les autres, 
et dans k sainte chaleur de son zèlç, a proclamé la doc-< 
tiine du docteur GaU, Mue doctrine .pernicieuse, bçir-% 



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AOUT i8is. mi: 

rible , abominable ; les échos cTalentour on\ répété ces 
anathémes , et l'école du docteur Gall est devenue aux 
yeux des ôdèlesun lieu de ténèbres, un séjour d'borreur'' 
et de perdition. 

Cest pour venger l'honneur de sa doctrine cf se réha- 
biliter dans Teslinie des saints que le docteur Gall a pu- 
blié sa brochure. On a vu dans un premier article que^ 
les dispositions de Vame et de l'esprit étaient innées , et 
que là manifestation de nos idées dépendait de condi- 
tions matérielles; nous allon^ voir maintenant M. le doc-, 
teur Gall prouver que sa doctrine n'a rien de commun 
avec le matérialisme. 

Il divise d*abord les matérialistes en deux classes. Les 
uns prétendent qu'itny a d'autre existence que celle de 
la matière , et que tous les phénomènes du monde s'ac- 
complissent par des lois aveugles et purement mécani-' 
ques. Celte sorte de matérialisme ne digère en rien de 
l'athéisme ; c est une proscription générale contre tout 
ce qui est esprit, et qui comprend jusau'à Diçtumême. , 

Or, la doctrine de M. le docteur Gall n'a rien de com- 
mun avec ce genre de matérialisme. Loin de nier l'exis- 
tence de Tordre immatériel , chaque jour il s'occupe en. 
grand de Tétude de la nature , et chaque jouir il rencontre 
des phénomènes qu'il est impossible d'expliquer par, 
aucune des lois connues du monde matériel. Il ne voit 
riea d'isolé dans Tunivers , rien qui ne soit en corrélation 
avec les autres partie^ de l'univers; la nature morte s'allif» 
avec la nature vivante, et tous les êtres vivans les uns. 
avec les autres ; or, cet ordre admirable et ces combi- 
naisons supérieures démontrent évidemment une intelli-, 
gence suprême, dont la puissance et la volonté règlf^nt 
tout; et jamais personne n'a accusé M. Gall de nier cette 
inteUtgence. . . 

Maia il est un autre genre de matérialisme plus res- 
treint tdans ses dogmes , plus circonspect, moins alar* 
mâAtySilais non moins dangereux. Il consiste à,ne voir^ 
rhomme que comme une machine construite avec un art 
admirable, mais n-agissant quen vertu de ressorts maté- 
riels, sans l'intervention d'aucun agent simple, d'aucune 
(ubatance indépendante de la m<^Uère. Dans cette doc« 



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3M MERCURE DE FRANCE, 

trine l'homme n'a plus d'ame ,1a mort Talteint tout enfîer. 
Mais M. le docteur Gall est bien loin d'admettre une 
semblable opinion. Par-tout il a proclamé l'existence 
de Tame, sa spiritualité, son in^mortalité. Son système 
se réduit à une idée simple, c'est que les facultés de Famé 
ne sauraient se manifester qu'au moyen de quelques con- 
ditions matérielles. 

Xhr, cette doctrine n'est point nouvelle. MM. Gall et 
Speurzheim font voir qu'elle a été professée dans tous les 
tèms , dans tous les lieux » par des savans recommanda* 
blés qu'on n'a jamais accusés d'athéisme et de matéria- 
lisme. Pythagore , Hippocrate, Boerhaave, Wanswié- 
ten Font enseignée sans contradiction, et aujourd'hui 
encore les médecins les plus habiles , les physiologistes 
les plus célèbres n'hSsitent point à imputer aux organes 
de la vie automatique les opérations de rentendemeQt, les 
penchans, les goûts , les caractères. Ainsi les uns attri- 
buent à l'organisation du cerveau , les autres à l'action 
du système nerveux , d autres aux mélanges des tempé- 
ramens , ces diversités d'esprit , d'imagination , de génie, 
d'affection qui répandent sur le genre humain une si 
merveilleuse variété. 

Et ce ne sont pas seulement des philosophes , des mé« 
dbcins qui pensent ainsi ; les plus augustes personnages 
de la religion, les SS. Pères , les théologiens , les minis- 
tres tes plus savans et les plus orthodoxes ont publique- 
ment professé les mêmes principes. Qu'opposer à Tauto- 
rité de saint Thomas , cet ange de l'école qui couvrait 
de ses ailes les vérités de la théologie? Or, saint Thomas 
écrit positivement: 

« Quoique IVsprit ne soit pas une faculté corporelle , 
M les fonctions de l'esprit , telles que la mémoire , la 
n pensée, l'imagination, ne sauraient avoir lieu sans l'aide 
» d'organes corporels. C'est pourquoi , lorsque les or- 
» ganés, 'par un dérangement quelconque, ne peuvent 
» pas exercer leur activité , les fonctions de l'esprit sont 
» aussi dérangées , et c'est ce qui arrive dans la frénésie, 
» l'asphyxie , etc. ; et c'est encore la raison pour laquelle 
si' une organisation heureuse produit toujours des facuU 
» tés intellectuelles d'un ordre supérieur. » 



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AOUT i8i*. *oJ 

Que dire encore de saint Grégoire de Nysse , qui huit 
siècles auparavant écrivait et pensait comme S^ Thomas? 
Ce grand docteur de Téglise n'hésite pa^ à comparer la 
nature humaine à un violon : « II arrive , dit-il , à plusieurs 
» musiciens très«distingués de ne pouvoir donner deâ 
» preuves de leur talent, parce que leur instrument est 
)^ en mauvais état; c^est ainsi que lés fonctions de Tame 
n ne peuvent s'exercer convenablement que lorsque les 
A organes de ces fonctions sont conformes k Tordre de 
Il la nature. Car une chose propre à T esprit, c est de ne 
» poiwoir exercer convenabiement sesjacultés que par des 
TU organes sains, v^ 

Voulez-vous des autorités plus nombreuses ? MM. Gatt 
et Spurzheim vous citeront Salomon , S. Paul , S. Cyprien, 
S. Augustin, S. Ambroise, Etsèbe, S. Ghrysostôme, 
l'abbé Pluquet et mille autres docteurs irréfragables qui 
ent admis les organes matériels comme des conditions 
nécessaires pour Tejercice des facultés intellectuelles. 
Et Ton oserait reprocher à M. Gall de marcher sur les 
^Moes de ces grands hommes , et Ton ne craindrait pas 
de Taccuser de matérialisme , et de le vouer ainsi aux 
peines étemelles , quand les docteurs qui ont enseigné la 
même doctrine que lui , sont Tobjet de la vénération pu« 
blique , et jouissent sans reproches des titres les plus au* 
gustes et les plus saints ! 

Maié M. Gall ne se dissimule pas que ceux qui s*élë- 
vent contre ses principes , qui en font un sujet de scan- 
dale et d'accusation, sont moins des gens timides et scru- 
puleux, que des calculateurs habiles qui savent profiter 
des circonstances et se servir eux-mêmes , en feignant dé 
servir la morale et la religion, u II y a, dit-il, suivant 
s S. Bernard , deux genres de scandale , le scandale des 
s simples et le scandale des pharisiens. Les premiers 
» se scandalisent par ignorance , et les seccmds par ma- 
» lice ; les Uns parce qu'ils ne connaissent pas la vérité , 
» les autres parce qu'ils la bussent. 

» Ce ne sont pas, dit Mallebranche, les personnes 
» d'une véritable et solide piété qui condamnent ordi-- 
» nairement ce qu'elles n'entendent pas; ce sont plutôt 
» liçs superstitieux et les hypocrites. Les superstitieux , 



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9e4 MERCURE DE FRANCE, 

» par une crainte servile , s^eflîirouchent dès qu'ils voyent 
» quelque esprit viC et pénétrant. Il n'y a , par exemple , 
» qu'à leur donner des raisons naturelles du tonnerre el 
» de ses effets , pour être u^ athée à leurs yeux. Mai* 
» les hypocrites se servent des. apparences des véritét 
» saintes et révérées de tout le monde » pour s'opposer r 
» par des intérêts particuliers , auxT^ités nouvelles. l]$f 
w combattent la vérité par Timage de la vérité , et se 
» moquent quelquefois, dans leur ccmir, de ce quelout 
9 le monde respecte; ils s*établissent dans Tesprit de« 
» hosunes une réputation d'autant plus^K>Ude etd^autant 
» plus à craindre que la chose dont ils ont abusé est plus 
]^ sainte. Ces persotoea sotit donc ies plus forts , les plut 
» puissans et les plus redoutaBles ennemis de la vérité. >> 

Il résulte de cette discussion que l'imputation de maté^ 
rialisme ne saurait être &ite à MM. les docteurs Gall et 
Spurishdun ; et que si jamais l'on a porté contre eux 
cette accusation , c'est l'effet de l'irréflexion , d^ l'igno- 
saftce , ou de la mauvaise foi. 

l^ais en esi-il de même du fatalisme? Si la nature m'ai 
donné des organes qui me portent au mal t si ces organei 
«ont constitués avec une énergie supérieure à celle de» 
organes qui leur sont opposés , n'est-il pas évident que 
l'homme est entraîné malgré lui vers le vice , que sea 
torts sont ceux de la nature plutôt que les siens propres ; 
que la loi qui le punit est injuste , puisqu'il ne fait 
qu'obéir à l'action d'une puissance supérieure et invin-* 
cible^y et qu'un scélérat traduit devant les tribunaux peu| 
toujours , montrant sa télé et découvrant ses protubé* 
rances , dire à ses juges : « Messieurs, voyez ces bosses. 
M-du meurtre et du vol qui s'élèvent malgré moi sur mon 
» 'Orâne ; considérez avec quelle fatale supériorité elles 
» dominent sur toutes les autres bosses ; examiner s'il 
» m'a été possible de vaincre leur cruelle influence ,. et 
)) prenez pitié d'une victiiiie infortunée- à qui la nature a 
» donné tout pouvoir pour faire le mal et aucun pour 
n -faire le bîed. Le destinée vpusa pUcésisur le banc des 
a juges , moi sur c^lui des capables ^ mais songez qu't^n- 
» exhaussement de quelques lignes sur l'un de vos os 
» IVûDitauXj saffissit peiU^epiDur d^f^Ag^yr c^ ardr« ie^ 



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ckosé» et ^abtir entre vous et moi un cruel échange 
» de conditions. )> 

Voilà ce que Ton- dit ^ à M. le docteur Oall, et cet 
argument semble ^ en effet , une des consëqaences les 
plus terribles dé son système. Mais M. Gall répond 
d^abord que pour )Uger un prindpe il faut l'examiner en 
loi-méme^ non p«s dans ses conséquences ; quels vérité 
est une ; que ce qui est, est ) et que Ion ne compose 
point a?ec ce principe. 

Vous supposez que si le cerveau est partagé en divers 
organes, tous doués dune fonction particulière» Tame 
deviendra leur esclave et obéira servilement à leur in«» 
fluenee« M. Gatl vous représente que ce raisonnement, 
loin d'être concluant, est tfu contraire en opposition avfo 
la marche de la nature ; qu'il- ne s'ensuit poiat, parce 
^u'on a un œil pour voir , qu'on soit forcé de voir toii^ 
jours ; que nous avons deux pieds pour marcher ^ deux 
mains pour agir , des dents pour manger , des organe» 
pour nous multiplier, et que cependant nous ne sommes 
£as toujours occupés à marcher , agir , manger et nous 
multiplier 5 qu'il ne faut point confondre la faculté de 
s'exercer avec Texercioe lui-même ; que l'homme est 
éminemment doué d intelligenee et de volonté , qu'il su 
détermine par des motifs , et que tous les objets qui 
l'entourent lui fournissent sans cesse des moyens nou- 
veaux de détermination. 

tt II n'est point , dit-il , au pouvoir de l'homme d'ân^an^ 
n tir sea pendians ni de se donner à son gré des incli- 
D nations 5 mais au milieu des désirs les plus vifs ^ si 
s plusieurs £QK:uUés d'un ordre supérieur agissent en lui 
» et se joignent aux motifs extérieurs que lui fournisseiil 
\ 4'éducation, les lois > la religion , ces désirs/se trouvent 
» vaincus. La volonté que l'homme manifeste alors n'est 
s plus l'action d'un organe unique , c^est l'ouvrage de 
R lliomme raisonnable , en un mot y l'ouvragé de rameau 

On voit maintenant comment l'aetion des organes et la 
volonté penvent ^tre en oppositk)ii. ic Un homme , ^t 
n M. Gall , se sent provoqué à la vengeance ^ ses sens 
A s*échauffent ) 11 est près de succomber ; mais sa veft- 
•^ gèauc^ ne peut a'o^&cuter que par une ^ctioii bfiss»; 



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fto« HERCURE DE FRANCK, 

» ses facultés intellectuelles l'avertissent qu\ine acKoil 
» basse le déshonorera , qu*il sera regardé plutôt comma 
» Tesclave de ses passions que comme maître de lui* 
I» même. Il s'abstient. 

>t Dans une autre. circonstance, il est tenté de se jeter 
n dans les bras de la volupté; mais Timage effrayante d« 
T» sa santé détruite , de sa félicité domestique renversée, 
m vient s'offrir à ses yeuse ; les convenances sociales , les 
» suites fâcheuses de son amour pour l'objet aimé , tous 
I» ces motifs agissent sur son esprit, et soit par leur 
n énergie ou par leur nombre , ils finissent par Tem^ 
n porter , et c'est de cette manière que Thomme parvient 
» à vouloir une chose absolument contraire à celle à 
i> laquelle un penchant très-violent lavait excité, n 

Ces idées paraissent aussi simples que raisonnables; 
On a souvent mis en question si l'homme était libre* 
Sans doute, il est libre sous certains rapports; mais il 
est esclave sous beaucoup d'autres. Il ne dépend de lui 
ni de naître , ni de ne pas naître ; d'être le fils d'un grand 
seigneur ou celui d'un mendiant; de recevoir de Téda- 
cation ou d'être abandonné à la simple nature ; d*êtire 
gouverné par de bonnes lois ou par de^ réglemens ab- 
surdes ; de périr ou de se sauver dans une tempête. Le 
cercle de sa liberté est fort étroit ; mille objets qui l'en- 
tourent agissent sur lui; mais au milieu de ce cercle et 
dans cette agitation inévitable, la faculté de se déter- 
miner lui reste toujours, et c'est en cela que consiste la 
liberté. Or, les protubérances du docteur Gall ne nui- 
sent nullement à soa exercice. L homme est, dans ce cas ^ 
placé comme Hercule entre le vice et la vertu. La pro- 
tubérance de l'énergie générative me soUiciite de céder le 
soir aux agaceries de cette jolie fille ; mais la protubé- 
rance de la sagesse et de la prévoyance me presse de 
In'en éloigner , et au milieu de ces deux solliciteuses je 
conserve la faculté de me déterminer. 

Il est vrai qu'il y a des protubérances très-impérieuses , 
et dont il est fort difficile de réprimer l'ascendant ; 
mais cette objection n'est pas propre au seul système du 
•docteur Gall ; elle attaque également tous les systèmes 
des physiologistes et des médecins 3 car si vous prétendez 



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que mes indinaUpns dépendent ^e 1% combmaûonr de 
m^s humeurs;' s'il est vrai quunehiîe noire , âcxe et 
mordicante me porte à la colère, aux affections sombres 
et malmllantes ; si l'abondance des humeurs lymphati- 
ques fait de moi un homme doux , timide et méticuleux; 
si le sang roulant librement dans mes veines me donné 
uu caractère franc et jovial , n'est-il pas Vrai que ma 
liberté se trouve aussi compromise, que si le même effet 
résultait d'une petite protubérance à mon cerveau? 

Je ne prétends point plaider la cause des protubérances; 
il faudra beaucoup de tems , d'expériences et d'études , 
pour vérifier le système de M. le docteur Gall; j'aVouef 
même que j'ai quelque peine à reconnaître la protubé- 
rance du vol , parca qtrc fa^i toujours regardé la pro-v 
priété comme une institution sociale ; mais je suis loin 
de^ouloir imiter le zèle de ces docteurs intolérans , tou- 
jours prêts à lancer des *anathêmes et à condamner ce 
qu'ils ne connaissent pas. 

Lelivre de MM.Gatl et Spurzheimestuneespèce d'appel 
au public. C'est un Mémoire très-bien fait , où la raison 
dopixine plus que l'éloquence , où la conviction résulte de 
la liaison des principes avec les conséquences , où l'au- 
ieur ne cesse |amais de parler le langage de la raison , 
où l'humeur et la passion ne se montrent point, où 
Fauteur parait évideniment avoir conservé toute sa liberté, 
indépendamment de toutes protubérances contraires*. 
Quand on a été attaqué sans ménagement et sans égards , 
il est honorable de savoir se défendre sans aigreur et 
éans rancune» Sàlgitzs^ 



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LITTÉRATURE ET BEAUXARTS. 

Essai B'iksTRtrcAo* mokale, ou les Dafoirs envers Dieu, 
le Prince et ta Patrie , la Société et soi-mS/he ; à Tusàge 
des Jeunes gens élevés dans une monarchie, et plus 
particulièrement des jeunes Français , avec cette épi- 
graphe : 

Gratum est, qubd patr'im cwem popuîoque dedistiy 

Sl^acis ut pmtriœ sit idoneus , utîlis o^ris , 

Z^tills et helîorum et patis relus ageiidis. 

Plurlmùrn énîm in/ererit , quîhus arfibus et quîhus htmà té 

Jîbrîbus instituas, 

JoviNAL. 

peux v(H. in-8*?, ornes du portrait de TEmpereur. Prrx, 

10 fr., et la fr, 5o cent, franc dç port. — ■ A Paris , 
chez Èrunot'Labbe ,Mbrw'e à^ TUniversité imp4|;^ley 
qua^ des Augustins., u^ 33. i 

11 est peu de malîères sur les^ui^ttes ôii ait tSHt écrit 
u'e sur réducalîon. Les pliilosoiihfei 61 liés tëgislàteui's 
le Tantiquitë en ont fait 1 objet de leurs ptemiëréi n^édi- 

taii >ns, et la base de tous leurs ^y^lèfties. Plâibn , dans 
le flan de sa République îmagînâiHe, fait entrer en pre- 
mière ligne rëducalioh de la jeulïfesSé, et C'«t db tà'qa*il 
fait dépendre la destinée des Empires. Aristdte, qtidîqne 
souvent en opposition avec les principes du fondateur de 
VAcadémie , ne paraît pas moins convaincu de impor- 
tance de Véducation , et Tinfluence qu'elle exerce sur les 
mœurs et sur le sort des nations se trouve développée 
presqu'à chaque page de àes écrits politiques. Je pour- 
rais citer encore une foule d'écrivains , philosophes , 
poètes , historiens , orateurs » qui nous ont laissé sur 
cette matière ou des traités complets , ou des digressions 
intéressantes; ce sage et vertueux Xénophon, le Fénélon 
d'Athènes , qui a consacré une partie considérable du 
premier livre de sa Cyropédie au tableau de TéducatioR 



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MERCURE DB^FflANCE , AOUT 181a. 909 

clier Ws Perses / et son ouvrage entier au> développement 
^'xifï ayiitèmje qui , siu Ijeu d'ime h^totre de Cyrgs , ^ a 
produit 4]u*un romi^i d'éducation politique et militaiif ; 
enfin, ces législateurs si vantés autrefois, et si peu conn 
^leuosjours^ Lycurgue, Zaleucus, Carondas, doni 
institutions expliquées par Plutarque , et conservées 
le précieux recueil de Stobée, sont encore des n 
mens vivans , qui attestent Timportance que les an^ 
attachaient à réducatiop , çt le soin qu'ils prenaiej 
^ diriger. 

Mais sur ce point la fécondité des modernes ne le ce 
en rien à celle des anciens , et , sans parler de quelque^r 
.écrits plus réeens , les D^iguet , les Fénéloi^, les Rollin, 
éclaires du double flambeau de la raison et de Texpér 
rience , semblent avoir épuisé une matière si riche et si 
intéressante. C'était d'après les principes de ces grands 
honunes , et sous la directioji des savans laborieux insr 
truits à leur école , que s'était formé l'enseignement public 
en France ; c'était à leurs lumières , propagées par ^e 
nombreux disciples , que Paris fut redevable de cette 
savante Université , modèle de toutes les institutions pu« 
J:)liques de ce genre , et qui fut , pendant un si grand 
nombre d'années , le berceau dé tous les grands homnp^s 
dont s'honore notre nation. 

A une époque où toutes les anciennes institutions se 
jFOyaient en butte aux attaques d'une philosophie auda* 
cieuse , Téducation ressentit aussi ses atteintes. Et com- 
j^ent aprait-il pu se faire autrement? L'ambition de former 
une société nouvelle ne conduisait-elle pas naturelle- 
ment à saper les fondemens de Tancienne , et par con* 
séquent à changer le mode d'éducation reçu? Aussi vit* 
on éclore sur ce su)et upe foule de nouveaux systèmes , 
Je plus souvent opposés entreux, mais qui tous proda* 
mant avec emphase des opinions et des idées que leurs 
auteurs nommaient libérales , conspiraient également pour 
la ruine de la saine doctrine. La manie de disserter sur 
l'éducation était devenue générale à cette époque : l'au- 
teur du livre de F Esprit \ égaré par de premières erreurs, 
en consacra de nouvelles dans son ouvrage sur Pffomme^ 
ff^le peintre de Julie , de la même main dont il avait 



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aïo MERCURE DE ïHANCE, ' 

écrit le Contrat Social , osa tracer un plan d'éducation ,. 
où , parmi quelques vérités utiles , se trouvèrent mêlées 
en foule des eneurs grossières et des Qpinions dange- 
teuses. 

Je ne m'arrêterai point sur une époque désastreuse 
ique tout doit nous faiVe oublier. Le torrent , qui entraîna 
la chute de nos institutions politiques , avait détruit l'édi- 
fice de l'Université ; les premiers soins des nouveaux 
législateurs furent consacrés à le réparer ; mais si l'on 
dut applaudir à leur zèle , on ne put également approuver 
le nouveau plan sur lequel ils tentèrent deTélever (*). Des 
épreuves malheureuses ne servirent qu'à faire regretter 
davantage la méthode simple et uniforme, d'après la- 
quelle était dirigée l'ancienne instruction; détrompée 
par tant d'essais infructueux , la saine partie de la nation 
soupirait après le rétablissement des anciennes écoles , 
et le décret qui organisa l'université impériale , satisfit 
d'abord tous les vœux, et bientôt après réalisa toutes le* 
espérances. 

Celte époque , si voisine dans l'ordre des tems de celle 
où nous écrivons , mais qui , par le progiès des apnélfo-^ 
rations qui Vont suivie , semble en être séparée par Tin- 
tervâlle d'un demi-siècle , n'a pas été moins féconde que 
celles qui l'avaient précédée, enouvi'ages sur Téducation. 
On a vu se ranimer le zèle et l'émulation de tous ceux 
■que leurs talens et leurs éludes appelaient à s'y consa- 
crer , et bientôt les diverses brancnes qui la composent , 
depuis les premiers élémens des langues jusqu'aux plus 
fautes spéculations de la philosophie , ont été traitées et 
approfondies avec succès. Les sciences et les lettres 
tîomptèrent dès-lors des ouvrages où toutes les classes 
des connaissances humaines, où les préceptes de Télo- 
quence et du goût , lurent exposés dans un ordre à-la- 

(*) Je ne compare ici renseignement donné clans les écoles een- 
trales avec celui de VUniversilé , que sous le rapport des Jiumanités , 
et d« nombreux succH ont prononcé en fareur de cette dernière. Du 
reste , je suis bien loin de nier ou de méconnaître les avantages qui 
auraient pu ré-sulter de Tinstitution des écoles centrales , si elle eût ok 
]« ttmi de 9*affermir sur des bases plus solides. 



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AOUT i8ial ait 

fois profond et lumineux. Quelques méthodes élémen- 
taires plus simples et plus faciles fin-f nt substituées aux 
anciennes ; mais en donnant à Tinstruction publique plut 
d'extension qu'elle n'en avait eue autrefois, le Traité des 
Etudes du respectable et savant Rollin demeura toujours 
la base dé l'éducation , et le modèle des ouvrages destinés 
à l'enseignement des générations nouvelles. 

Cependant , parmi tant de richesses , il manquait en- 
core un livre spécialement consacré à la connaissance 
des devoirs y cette partie si esSientielle , et qu^on doit rer 
garder comme le fondement de toute éducation; il man- 
quait un livre ^ qui , dégagé de tout esprit de isystèihe , 
de toute opinion particulière , présentât un ensemble 
complet èiùistruction morale ^ et qui pAt remplacer pour 
des Français Texcellent ouvrage de loraleui* romain ) 
de Officiis. Cest ce qu'a osé entreprendre Fauteur du 
livre que nous annonçons. Le plan et la division même 
de tout son ouvrage , se trouvent renfermés dans son 
titre. Il nous enseigne les devoirs que nous avons à rem- 
plir envers Dieu y le Prince et la Patrie , la Société et noi/s- 
mémes. De chacune de ces divisions principales , aux- 
quelles correspondent les quatre livres qui composent 
l'ouvrage, naissent, selon la nature et l'étendue du sujet, 
d'autres subdivisions qui toutes se dirigent vers le même 
objet. Pour remplir un plan si vaste, Tauteur n'a point 
eu recours à ses seules lumières ; il aurait craint que des 
opinions particulières ; de quelque sanction respectable 
qu'elles fussent revêtues , n'imprimassent pas assez dé 
confiance dans les esprits , et que l'autorité d'un sent 
écrivain ne pût suffire à' recommander un ouvragedestiné 
à devenir un code de morale pour les écoles françaises. 
U a donc recueilli dans les écrits des anciens et deis mo- 
dernes les préceptes de la plus pur^ et de la plus saine 
morale, les exemples les plus sublimes de la piété envers 
les Dieux , du dévojuement au prince et à la patrie ; de 
totttes les vertus sociales et domestiques. Indiquer les 
sources où il a puisé, suffirait seul pour faire l'éloge de 
son livre, et les noms des Platon, des Plutarque , des 
Pascal , d^ Bosquet , des Fénélon , des d'Aguesseau , se 
passeront aisément de notre faible recommandation. 

Oa 



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ai» MERCURE DE FRANCE, 

Mais, si le fonda n'appartient pas à, Vautour., H a«u d9 
moins s'approprier une si riche matière par l'ordre dans 
lequel il Ta distribuée* L? choix des Qiorceaux fait d'ait 
leurs honneur à son goût ^t à son discernement. Uiui a 
fallu conij>ulser et lire une infinité de volumes, pour y 
trouver , à la suita de longues et pénibles recherches , 
des passages. qui convinssent à Voh]et de son livre, et ^ 
l'esprit dans lequel il a été composé , et Iç choix est fait 
avec tant d'habileté et de bonheur, qu<)n s'aperçoit ^ 
peine, en lisant cet ouvrage, qu'il est le frui^des réflexions 
d'hommes différens de génie , de siècle et de nation ; delà 
découle une conséquence bien naturelle, c'est que si 1? 
style elfle génie de chaque écrivain varient suivant Tâgé 
et le Ueu qui l'ont vu naiU-ç , la raison et la morale ,. iur 
dépendantes de ces causes accidentelles , sont toujours 
les mêmes dans tous les tems et chez tous les peuples. 

Un autre mérite de ce livre , c'est l'exlrême variété que 
son auteur a âu y répandre ; sur un fonds en apparence 
ingrat et stérile, il a fait naître des fleurs qui en caçhetut 
l'aridité. Ce qui rend la lecture des livres de morale pé^ 
nible et fatigante pour le grand nombre des lecteurs , et 
aur-lout pour la dasse à laquelle celui-ci est destiné» 
c'est la continuité et la sécheresse des préceptes dont 
lien ne tempère raust^êrilé , ni n'interrompt le dévelop- 
pement^ pour éviter cet:écueil, l'auteur a su prehdj;:^ 
4ous les tons , et réunir tous les genres. Les précepteis y 
4ont entremêlés de récits; des mA^imes . exprimées eo 
l>eaux vers succèdent k des morceaux oratoires; le mo- 
deste apologue brille à c6lé d'une narration historique , 
et la réunion de tant d'agrémeos divers , faite par une 
main habile , ne nuit point à Tunilé du plan et du dessin» 
première qualité d'un ouvrage de ce geûre. Nous aurions 
seulement désiré que l'auteur fut moinà prodigue de 
citations d'écrivains obscurs ou peu connus. Riche de 
lant de trésors que notre littérature et celle des autres 
nations mettaient à sa disposition , avait-il besoin de 
recourir aux vers de$.P. P. Barbe et Brumoy , pour y 
trouver des moralités exprimées avec élégance, des 
maximes dignes d'être gravées dans la mémoire et danâ 
le cœur des jeunes^éièyes ?.Nous pensons qu'à cet égard 



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AOUT i8i». ii3 

trop d*abondaiice ressemble à de la stérilité, et nous en- 
gageons laoteur , dans la seconde édition de son livre , à 
• remplacer ces morceaux» heureusement en petit nombre, 
par de nouveaux exemples , dignes d'être présentés à la 
fois comme des modèles de pensée et de^tyle. 
, Je me hâte de terminer l'article des critiques, et j'ose- 
rai faire encore à Fauteur un léger reproche : c'est d'avoir 
négligé , dans la partie de son ouvrage qui traite des 
devoirs domestiques , la peintute des vertus .conjugales. 
Sans doute il a craint de (présenter, dans un traité, de 
morale , des idées et des images qu'un sage instituteur 
doit soigneusement écarter de I avide imagination de ses 
étëves : mais quoique je rende justice à la pureté de ses 
intentions , je ne crois pas sts scrupules bien fondés* 
Une plume chaste et réservée ne peut-elle , sans laisser 
dlmpression dangereuse , peindre les douceurs et retitacer 
les devoirs dune chaîne aussi fortunée, d!un sentiment 
aussi pur ? Ne peut-elle imprimer daiia Tame des. jeunes 
^ens le respect pour un lien sacré, auquel ils devront un 
jour leur bonheur? La peinture des chastes amours d'Hec- 
tor et d'Andromaque a-t-elle jamais effarouché les yeux 
de la jeunesse pudigue, et fatit-il retrancher de Virgile 
les pages éloquentes dû ce poëte divin a embelli Iç tableau 
d'une passion moins légitime , de toute la dialear du 
sentiment , et de tojus les obarmes de la poésie ? Mais ces 
légères imperfections n'empêcheront point que ce livre 
ne soît un des traités de morale les mieux faits et les plus 
complets , qui aient encore été oil'erts à l'enseignement, 
et je me plais à affirmer que , sous ce double rapport de 
l'agrément et de Tulilité , il atteint le but proposé par le 
législateur dû Parnasse latin : 

Omnê fuKt punotum, qui mîiouît uHh tUtIci , 
Leoiofêm dêl^ctando, pariterqu4 monêtido^ 

L'auteur n'a point oublié qu'écrivant pour des écoles 
françaises, c'était sur-tout des vertus françaises qu'il 
devait leur proposer pour modèles; qu'il devait cherdier 
à leur inspirer l'amour de la constitution à qui elles 
doivent leur existence , du souverain qui les créa , et de 
la patrie qui les nourrit. Tel est Le noble but qu'il s'est 



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ai4 MERCURE DE FRANCE, 

proposé ; tel est Tesprit qui Ta constamment dirigé. Heu-' 
reux de trouver dans Tauguste Prince qui nous gouverne 
des exemples de toutes les vertus politiques , guerrières' 
et sociales , et dans le chef illustre de VUniversité un 
panégyriste digne de les célébrer , il a puisé à ces deux 
sources fécondes , et les grandes actions du monarque 
éloquerament décrites dans les discours de l'orateur rem- 
plissent la partie la plus considérable et la plus intéres- 
sante du 4^ livre de cet ouvrage. 

On devinera-sans peine qu un travail de cette impor- 
tance n a pu être entrepris que dans le sein même de 
rUniversité. Aussi est-ce à un des membres les plus 
distingués de cet illustre corps* que nous en sommes 
redevables. La modestie dont il se couvre m'oblige à res- 
pecter son secret ; mais j*o&e croire qu'il sera mal gardé 
et qu'il se trahira lui-même. Plusieurs morceaux en vers^ 
traduits de Juvénal , décèleront sans doute la plume élé- 
gante et facile qui disputa une palme à l'Académie contre 
le Quintilien français , et à laquelle nous devons uae des 
meilleures traductions en vers des Bucoliques de Virgile* 
Cependant quelque recommandation que les titres litté*- 
raires de son auteur aient pu procurer à cet ouvrage , 
l'adoption qu'en a faite l'Université était sans doute le 
moyen le plus sûr de lui acquérir la confiance des insti- 
tuteurs, et l'accueil distingué qu'il a reçu dans les écoles 
auxquelles il est destiné , justifie à-la-fois et le choix de 
rUmversité , et les éloges que nous nous sommes plus à 
lui accorder. 

P. S. J'apprends , en terminant cet article , qu'un de 
nos plus habiles professeurs , M. Maugras , en a adopté 
l'usage pour son cours de philosophie au lycée impérial « 
et l'empressement des élèves asecpndéle choix judicieux 
du maître. 

Raoul-Rochexte. 



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AOUT i8n. ai5 

Lb5 Chevaliers de la Table Ronde , poëme en vingt 
chants , tirés des vieux romanciers } par M. Criuzè 
DE Lesssr, Avec cette épigraphe : 

.... Sans doute , ici , les belles 
S^instruiraient mal dans l^rt d*^tre fidëles ; 
Mais on verra qu^hormis une , sans plus , 
J* ai dans mes rers peint ton tes leurs vertus. 
Souvent aussi )*ai peint les saintes flammes 
Qui des héros vont embraser les amas : 
Dans mes portraits , f ai souvent allié 
Uhonnenr sublime et la sainte amitié. 
Chant XX. 

Un vol. in-ia. — Prix , 3 fr. , et î fr. 5o c. franc de 
port. — A Paris , chez Deiaunay, libraire , J^alais- 
1^0^ àI y galeries de bois, n^ a43. 

C'est une vérité malheureusement trop reconnue dans 
la littérature françai3e, que beaucoup de vers alexan- 
drins sLur le même sujet , lus de suite , ne causent pas 
d'un bout à Tautre le même plaisir, que fût-ce de beaux 
vers , beaux comme ceux de la Henriade , ils finissent 
presque toujours par faire un etfet tout dififérent de celui 
que le poète osait espérer , et que souvent, avant d'avoir 
achevé le premier mille. . . . , on ne m'entend que trop ! 
A qui faut-il s'en prendre ? est-ce au poêle ? est-'Ce au 
lecteur? est-ce à l'auditoire? A personne , mais à la chose 
même ; à l'uniformité , cette bête d'aversion de notre 
nation toujours jeune et toujours légère ; à la gravité , à 
la majesté , à la pompe éternelle de ces vers soi-disant 
héroïques , et qui ne conviennent guère mieux à toirs les 
récits de guerres ou d'amours , que de longs et lourds 
habits de cérémonie ne conviendraient aux héros en 
pareille circonstance. Qn s'ennuie de ces longues bandes 
de lignes égales , que pour surcroit de monotonie l'iné- 
vitable hémistiche doit fendre par la moitié. On est fatir 
gué de ce retour à point nommé des rimes féminines 
après les masculines , et puis des masculines après les 
i^minines; marchant processionnellesient ; et seprome- 



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•i« MERCURE DE SÉANCE, 

nant avec solennité , comme des cataliers avec leurs 
dames , à l'ouverture d'un bal polonais. Ajoutez à cela le 
langage poétique , espèce d'idiome à part , que tout le 
monde entèiid , si vous voulez , mais que bien peu d'entf e 
nous parlent bien couramment , et qui nous fait Tefiet 
d'une langue étrangère , «t vous aurez une première idée 
des pièges dont la carrière épique est semée pour nos 
malheureux poètes français. On vous dit à cela que le 
soin et le' travail triomphent de tout , et iiu'au milieu de 
ces entraves uii vtaî talent sait conserver les grâces de la 
liberté. <7^t comme on Vous dit que le sage est libre 
dans les fers : mais poturquoi donner des entraves au 
talent ? pourquoi donner des fers au sa^ ? 

Les auteurs dramatiques ne courent pas toul-i-fait les 
mèmeâ dangers , ou du moins ce n'est pas la poésie fran- 
çaise qu'its peuvent en accuser ; parce qu'à la comédie 
on est occupé d'autre chose que de la versification , et 
que dans la suite même des vers , il y a plus de coupure^ , 
plus de repos , pins de relais pour Tattention ; ce sont 
des personnages différens , des intérêts difiérens , des sons^ 
de voix différens ; et l'on serait tenté de croire que cela y 
fait quelque chose : c*est tantôt celui-ci qui parle ^ tantôt 
celui-là , et l'un repose de l'autre ; au lieu que dans le 
poëme épique, c'est toujours le même homme qui parle, 
et toujours sur le même ton , et toujours avec la mémo 
emphase , comme il a commenicé il finira sans quitter 
nn moment cette éternelle trompette qui finit par vous 
étourdir. 

Voltaire parait l'avoir senli lui-même , quoiqu'il se soît 
bien gardé d'en faire la confidence ; aussi a-t-il eu re- 
cours aux vers de dix syllabes , et aux rimes croisées , 
qui , en faisant disparaître l'imposante monotonie des 
grands vers alexandrins et des rimes accouplées , ont 
donné plus de liberté à son talent , pjus dé Souplesse à 
son style, plus dfe vîlesse à son récit. Qu'en est-il arrivé? 
c'est que tout en continuant à rendre à la Henriade les 
mêmes honneurs qui lui ont été si justement décernés » 
on se contente aujourd'hui de lavoir lue , et qu'on se 
détasse en quelque façon du cérémonial de la haute 
poésie j en lisant ^t rehwat cette autre production qui 



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AOUT i«i». - 217 

proQve si bien tout V^ivantage du vers de dix syllabes sur 
le vers alexandrin , et du familier sur le grandiose. Il 
serait plus qu'inutile de le nommer ici ce poème ^ où trop 
aflranehi peut-être de tous les genres de contrainte, eu 
y comprenant même la décence , le poète se livre sans 
inquiétude k tout Tessor , à tous lea écarts , disons le mot, 
à toute la débauche de son imagination , et où , s'il n'est 
pas sans reproche , il est du moins sans peur^ 

M. Creuzé s'y est pris de même , au moins quant à la 
versification. Il fallait aussi à sa muse agile un costume 
qui favorisât la prestesse et la desinuoliura de ses mou- 
vemens; elle s'est mise à son aise autant que de mémoire 
de muse , on ait jamais pu s^y mettre, elle an et fait rire ; 
c'en doit être assez pour n'avoir rien à craindre de la 
critique. Mon oncle a ri, dit M. del'Empyrée, monoiicle 
est désarmé. Et dans quel pays oserait-on ^Usputer à la 
gaîté ses franchises? 

Quoi qull en soit , nous voici tous invités à la table 
roiule^ ce sera , si l'on veut , uA réchauffé d un bout à 
f autre ; mais en pareil cas Tassaisonnemeilt fait tout ; 
puisqu'au.bout de vingt services, l'appétit, toujours plus 
aiguisé , reprocherait , s'il osait , au maître de desservir 
trop tôt. 

Moins le poëme labse dormir , plus il fait rêver. Cette 
multitude d'aventures , celle armée d'aventuriers , cette 
diversité de caractëtes , et les nobles inconséquences de 
tant de preux, et leur divertissante ignorance, et leurs 
courages indomptés , et leurs amitiés exemplaires , et 
leurs amours cavaliers , et ces entreprises impossibles , et 
ces situations bizarres ; tant de génies, tantdemagiaiens, 
tant de fées , tantôt si méchantes , et tantôt si bonnes , et 
tant de belles plus fées que les fées même..,. Quelle 
réunion de moyens et d'obstacles ! Aussi ne tarde-t-on 
pas à s'apercevoir que tout cet accord de discordances , 
comme ait Ovide, rerum discordia concors, laisse dans 
Fimagination je ne sais quel gai tumulte oui dure long- 
îems après qu'on a fermé le liyre : on fait le projet de le 
reprendre au premier instant de loisir ; l'esprit demeure 
eu suspens entre l'envie de continuer et la crainte de 



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jr* MERCURE DE FRANCE; 

finir; et à: cette hésitation succède , après kt-lectdreaeite-^ 
vée, le besoin de. la recommencer. 

Je n'ajouterai rien à tout ce que Fauteur dit à la tète 
de. son livre , dans une prose aussi agréable que ses vers, • 
sur le parti que la poésie peut tirer des longues et par 
fois ennuyeuses histoires de Tantique chevalerie; c'est 
pour nos braves Français une espèce de religion secon- 
daire , où pour leur plus grande commodité l'honneur 
tient lieu de dévotion. Elle a ses rites , ses cérémonies, 
ses mystères , sa superstition... dont notre esprit, notre 
humeur, nos qualités , nos défauts même s'accommodent 
;aiieux que du paganisme, et avec qui on peut en user- 
plus librement qu avec tout ce qui tient à la vraie reli- 
gion. L'Europe entière est à-peu-près là-dessus comme 
la France; sans compter TÈspagne et lltalie, nous 
voyons l'Angleterre , l'Allemagne , la Pologne , la Suède „ 
•t jusqu'à la Moscovie , pleines de ces vieilles chroni- 
ques, tant en vers qu'en prose, qui célèbrent à Tenvt 
les hauts faits de leurs braves*; car de mémoire d'homme 
on a menti, sur-tout pour se grandir, et sur ce point 
les peuples sont encore plus hardis menteurs que les 
hommes. 

Au reste , ces sortes de fictions ne prései>tent rien de 
précis , ni de clair , et c'est auprès du poêle un mérite de 
plus. Il peut les regarder comme autant de nuages flot- 
tans dans le vague, où il est permis à l'imagination de 
s'attacher pour les façonner, les modeler en quelque 
sorte à son plaisir; tableaux changeans , qui lui oSrent 
tantôt des combats , tantô^ des fêtes; ou bien des palais, 
des villes , des tours , des obélisques , des rochers , des 
cavernes ; ou bien des chars , des éléphans , des monstres, 
des nymphes , des guerriers , des dames , qui vivent le 
tems de les voir, prompte à se revêtir de nouvelles formes 
qui continuent à changer elles-mêmes , comme tout ce 
qui est ici-bas , au pouvoir des vents , et sur-tout de la 
fantaisie. On est donc maître de disposer à son gré de 
tout ce que Ton peut découvrir dans ces tems d'igno- 
rance , de délire et de noble barbarie , dont nos vieux^ 
romanciers nous ont laissé des souvenirs si bizarres , si- 
obscurs ; mais qui, par leur bizarrerie même, indiquent 



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AOUT i8ia. di^ 

Vesprit dominant des hommes d*aIors , et l'espèce de beau 
idéal qui naissait, dans leurs esprits incultes , de la gran- 
deur même de leurs âmes. L'on pourra du moins dans 
cette confusion de tant de traits fantasques , démêler 
une vérité constante, c'est que la morale a partout de- 
vancé la réflexion. Puisse-t-elle toujours la suivre et se 
graver de plus en plus dans les âmes par le travail de 
l'esprit! On n avait pas, à beaucoup près , des idées bien 
nettes sur la justice et la vertu ; mais on s'y essayait. On 
ne savait pas lir^, mais on savait tenir sa parole; la 
loyauté , la générosité , Thonneur étaient aussi nécessaires 
aux chevaliers que leurs épée^ et leur cottes de mailles , 
et les âmes devaient être entretenues sans tache aussi 
bien que les armures. La défense du faible , le redresse* 
ment des torts , la pacification de la société , ont été le 
premier but des institutions chevaleresques ; les plu^ 
puissans , les plus forts , les plus hardis se sont liés entre 
eux pour la répression des méchans , comme ils l'avaient 
fait dans les tems héroïques pour la destruction des.mons« 
trea.' On sait trop que ce brillant prospectus de la police 
du monde a eu quelquefois ses inconvéniens ; mais quand 
esl^e que l'exécution a pleinement répondu au projet? 
oà. sont les choses qui , aux yeux d*un politique ou d'un 
philosophe, n'ont pas un mauvais côté ? et n'est-ce pas 
assez pour un poë'te qu'il y en ait un bon ? Laissons donc 
les esprits , amb de la nouveauté , la chercher dans les 
choses oubliées ; car peut-être n'y en a-t-il plus que là. 
Et remercions M. Creuzet qui nous en a tant découvert, 
et si près de nous : félicitons-le du moins de les avoir si 
ingénieusement assorties , et d'avoir en quelque sorts 
construit un riant palais avec les débris de tant de vieilles 
masures. 

Le Saint- Gréai renouvelé non des Grecs , mais des 
Hébreux ( on appelait ainsi la coupe dans laquelle le 
Sauveur avait, disait-on, bu à la Cène au milieu des 
apôtres), le Saint-Gréal , , dis* je , est le point central 
vers lequel tous les fils de ce tissu si, compliqué sont 
eensés se diriger; et s'il n'est pas à proprement parler le 
4ujet du poëme, il en devient le prétexte. Les choses 
Mintes , dans ces tems de bonhomie ; se mêlaient volon- 



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iàd MERCURE DE FRANCE, 

tiers aux choses profanes , ^nais le tout sans malice, et 
sans qull en résultât ni sanctification pour les uns, ni 
purification pour les autres. 

On ne voit pas trop distinctement la raison de cette 
espèce de croisade (c'est un malheur constamment attaché 
à ce genre d'expéditions) ; mais on voit clairement que 
dans les diètes chevaleresques la raison était bannie , si 
non de toutes les iètes , au moins de toutes les tables, 
sans en excepter la table ronde ; la soif et l'ivresse de la 
gloire leur montraient le merveilleux s6us de bi^i plus 
belles couleurs que l'utile , et dans leurs délibérations, 
aur-tout dans leurs banquets , les grands ciœurs de nos 
l^aladins ne battaient vraiment pour une entreprise , que 
lorsqu'ils la jugeaient à-pen-près impossible. 

Notre poète aurait mérité une place à cette table-là, 
tant il aime à défier les difficultés , et^ant sa muse vive 
et leste a bonne grâce à les fVanehir ! Dès le début du 

Soëme eHé A moiitré ce qu'elle esi^ et t)ne vingtaine 
e vers a suffi pour noas mettre au courant : voilà que 
hons savons Tinstitution de là table ronde , les premières 
conditions qu'elle exige , les devoirs qu elle impose , la 
surveillatice que Tenchanteur Merliii son fondateur,, 
quoique disparu depuis toiig-tems , ne cesse d'y exer- 
cer , et sur-tout la punition trop assutéè au téméraire qui 
oserait y prendre place cotniile à uiié table d'hôte. On 
en a uti exemple récent. Bruissant , chevalier Bas-Breton, 
arrivé avec Lancelbt , mais un peu moins courtois que 
lui , a remarqué un fauteuil vidé ; il s'en est eîliparé d'em:- 
blée. A peine y était-il assis , qu'bii à vu le fauteuil 
i'abiinèr avec lui dans un goufire de flammes , et rêve* 
nir aussitôt vide comme auparavant. 

Or, il fallait que dans ce tems on ne laissât point que 
d'être accoutumé à ces sortes d'accidens , car on reprend 
fout de suite la conversation comme si de rien n'était. 
Elie roule sur une foule de sujets moitié sacrés , moitié 
profanes, qu'on entremêlait alors avec mioihs de scru- 

Îule que de nos jours ; bientôt le roi Artus prend 
.ancelot à part et lui conte mille et mille choses qui 
pour des gens un peu blasés comme nous, pourraient 
paraître tout aussi tonnes à ignorer qu'à savoir , mai^ 



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AOUT i8xt. a>î 

qaiun chevalier âua$i modeste, aus«i poli, aussi religieui: 
que Lancelot-, devait écouter avec une respectueuse at- 
tention. Pourquoi donc cet air distrait que le poète même 
lui reproche? Observez encore que c'est un roi qui veut 
bien parlera un jeune aspirant, et qui, de peur d'être in- 
terrompu, le fait passer dans^n cabinet ou il ny a per- 
sonne que la reine. Pourquoi donc encore une fois Lan^ 
celot n écoutait-il pas ? Le poète va tâcher de nous l'ex- 
pliquer. 

Ah t LaDcdot , quelle atteinte soodyiae 

De rotre teint e£Eace la oouleur ? 

Dans le palais Laneelot Toit la reine , 

Et reconnaît la dame de son cœui^. 

Je conTieodraî qull ne Va jamais rye 

De prës , de loin.. . . Mais (juoil sans tout cela 

Celle qu'on aima est d*abord reconnue , 

Et par ayauee cmour nouf la montra* 

Le beau Français qui pâlit , qui rougit , 
En la Toyant fut long-tems en silence ; 
Parlant enfin , il ne sut ce <{u*il dit « 
Mais ses regards araient leur éloquence. 
V . ■ De son côté ^ Oenièrre aux dquz appas « 
Ne Toyait point «ans un peu d*eynbarras 
Ce preux célèbre en amour comme en joute< 
Et cependant plein d*un tout autre esprit , 
Le bon Artns commençait son récit.... 
Ecoutons-le , pour que quelqu'un Técoute- 

Plua.on avance dans cette an^usai^te lecture, plus. on 
s'étonne de ce qi^'on y vpit , et si on la recommence, on 
s*étonne encore de ce qu'on n'y avait pas vu. Qu'on ne 
s'attende donc pas ici à une analysie en règle; elle sentit 
plas longue que le poème» et assurément elle ne le raib- 
drait pas ; cependant, puisque nous avons en ce moment 
je premier chant ^us les yeux, nous ne saurions nou^ 
refuser au plaisir d'en transcrire ici la fin. Le bon Ârtus, 
appelé par quelqu'autre affaire , a laissé Laneelot seul 
avec Genièvre , après l'avoir accepté au nombre de scj», 
preux dans une expédition qu'il méditait ; mais dans ce 
tem^là même , le ^ès-modeste clieyalier est méditait unie 



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%2% MERCURE DE FRANCE, 

autre, n est, comme nou3 l'avons dit, resté seul ave# 
Genièvre 't 

Tren^lant /il craiot d*exott«r son cottRonz ; 
Baissant les jeux et ployant les genoux « 
U fait enfia ouïr ces mots : Madame , 
Tout chevalier est celui d*unt dame ; . 
Puif-je ni*offrir ? Genièvre ne dit litn, 

Quelques instans et dit : je le veux bi«»« 

Merci ^ dit 'il , et le silence achevé : 

n sent alors ^*une main le relève , 

( Toute autre belle eût pris le même soin )• 

On prit sa main , on ne la serra point ^ ' 

Et toutefois ce moment ^e j*envie , 

Jusqu*à ce jour , remar({ues bien ce point , 

Fàt le moment le plus doux de sa vie. 

Ne demandez pas si soin et point , si dame et madame 
sont des rimes bien cathégoriques; regardez. le tableau 
et vous oublierez le reste. Que ceci soit dit une fois pour 
toutes, car on aurait cent occasions pour une de faire la 
même objection, et nous serions toujours aussi bien 
fondés à faire la même réponse. 

Comme il y a beaucoup d*honnêtes gens qui ne se 
contentent pas de s'amuser, et qui veulent encore savoir 
de quoi ils s'amusent, afin de ne point s'y tromper, et de 
ne pas s'exposeï* à faire à l'auteur plus d^honneur qu il 
n'en mérite ; ceux-là demanderont , peut-être , si cet 
ouvrage est une composition , ou , comme tant d'autres, 
une compilation. A cela je réponds, que s'il n'y avait 
jamaiis de compilations plus ennuyeuses que celle-ci , ofi 
ne voudrait point d'autres lectures. Sans doute, Taimable 
compilateur des volumineuses folies de nos vieux roman- 
ciers a pu , jusqu'à un certain point , y trouver une par- 
tie de ce qui nous plaît dans son poëme ; oui , mais 
comme Praxitèle a trouvé sa Vénus dans le marbré , 
comme WanspandoHg et une certaine rivale dont il serait 
jaloux s'il n'en était pas glorieux, savent trouver les plus 
belles fleurs du printems , les plus beaux fruits de l'au- 
tomne sur leur palette : mais ici , combien il a fallu de 
pairie et de bonhour pour tirer tant de richesses de taut 



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AOUT 181^. Mi 

de pauvretés ! combien d'eau trouble à filtrer pour la 
rendre potable ! car ce n'est ni une imitation , ni un 
abrégé, mais plutôt une distillation qui a rassemblé les 
esprits des substances qui lui étaient soumises , et qui , 
aidée de la science du chimiste , a converti une liqtieuv 
insipide en un breuvage dont on pourrait fort bien s'eni- 
vrer. Comme dit une vieille chanson , 

Tout consiste dans la maaiëro 

El le goût , 
"Et c*est la façon de le faire 

Qui fait tout. 

Comptcra-t-on pour rien cet art si désirable (et qui 
dans tant d'occasions serait si bien payi ) , de changer 
le vieux en neuf; ce coup-dœil fin qui dém^e dans ce 
qui ne parait et même qui n'est qu'ennuyeux , ce qui 
avec une légère façon pourrait devenir aniusant ; ce 
talent , ce goût qui sait amalgamer et fondre ensemble les 
choses les plus incohérentes , et cette magie poétique qui 
prête un charme inattendu àcequi , jusque-là , n'avait été 
quei bizarre ? Enfin , n'est-ce pas même pour M. Creuzé 
un vrai mérite auprès de ses lecteurs , d'avoir pris pour lui 
toute la peine /afin qu'il ne restât pour eux que du plaisir? 
Certes , ce ne sont ni les chroniqueurs j ni les roman- 
ciers de ces tems si peu , si mal connus , ce n'est ni un 
Robert Borron, ni un Hélîs Borron, ni un 'Gautier Mapp, 
niunChrétiendeTroies,etc. etc. dont ilpouvaitàpprendre 
i dire tant de choses ent si pèa demots, -eîix qui , d'ordi- 
naire , ont besoin de tant de pages poâr dire si peu de 
chose. £st*ce chez eux qu'il a puisé ce talent de faire 
naître à volonté incidéns sur incidens , qui cachent la 
pauvreté du fond des vieux récits qu*il a conservés, 
comme de nouveaux rameaux, de nouvelles branches et 
de nouvelles feuilles cachent la nudité et le dépérissement 
de l'arbre? Est-ce à ces pauvres moines qu'il doit cette 
vivacité toujours productive , toujours diverse , ces 
plaisanteries toujours renaissantes et jamais les mêmes *, 
dont l'ouvrage fourmille ' du premier vers jusqu'au 
clemier ; et ces tnûts malins qui semblent toujours sif* 
fler à ?of -«reiUfes } et particulièremenl: CH rtôexionfc 



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^4 MERGUAE DE FRANCE; 

loujoor» agrëaUes^qiK^ique sppveut prp6>9def , qui cod* 
lent sans cesse avec la vaèmp abpnda^ce sans laisser la 
moindre inquiétude que la veine qui les fournit pubse 
jamais s^appauvrir ? Nous ne pr^tçndons ppiiU y priser» 
de quoi désaltérer nos lecteurs , mai^ seuleo^ent de quoi 
allumçr de plu^ en plus lepr soif, et leur dominer le désir 
ou plutôt le besoin de s'approclier de la i^ource , et nou^ 
choisissons dans ce dessein , ou plutôt le hasard choisit 
pour nous^ le début du sixième chant qui se présente 
justement à l'ouverture du livre. 

Quand par hasard je repose mes yeux 
Sur ces puissans ennujés , euouyeux « 
lEmu pour eux d!une pillé sioeère , 
Su dis tout bas : Quelque petit iiiall»nt 
Ltitr ferait i>ien , leur serait nécessaire 
Pour délasser de Teoiiui du bpnheikr. . ' 

Et pub poussé ren un désir contraire, ^ 

Je Toîs souvent que ces keurenx ^ bientôt , 
Ont du malheur pluii qu*il ne leur en (eut. 
Car c*est , hélas I le sott de cette rie , 
De biens « de maux , incessamment remplie i 
Le mal remporte ; ainsi que nos beaux jours ^ 
Nos doux plaisirs précipitent leur eours^; 
Et le chagrin « démon qui nous épie , 
. Est toujours là , prompt à bo,\is fisfaillir. 
O gens heureux ! quelle iest votre folie ! 
Jouissex donc , le malheur va venir. 

Sans doute les détails sont chann^^ns , diront . les, arisr 
tarquea les plus sé?ères , c'ost quelque choise » mms U 
faut un ensenotble , uno nwche , ujae ordçnnaiiC9 ; en 
un mot , un plan. Et que nous direc-Yous du plan ? qu'il 
y en a just^ ce qu'il en faytr Un plan est une {mmîèi? 
pensée qui dbparait dès qu'elle e»t renqpUe CQUune le 
cannevas dès qu'il est brodé. U siiffit que tous les détaib 
tiennmt de pr^ ou de loin au sujet :e(quand d'aiUeurs^ils 
M conviennent, ils s'arrangent ehtr'eux., de manière qu'il 
en résulte un tout qui plaît , le içcteur n'a. rien de plus à 
demander; peut-être mâme qu'aprèa cela si .i^ouî^ lui 
montriez te plan à nu , il y trouverait i^se^ pçu d'Ânléréi. 
jETn goetâor • «uvé aes péoAtef d'upe .viUe.^nit^raséa:.il 



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AOUT i«ia, 

' sfaft , par une révélation céleste , tp.fil doit les 
porter rfans une autre contrée , et y fonder une 
c|uî deviendra un grand empire : il obéit à sa de 
*une dirinilé le prolége , une autre le persécute 
•suscitera une tempêta, un amour, une guerre, 
héros sortira glorieux de toutes les épreuves , et les 
tins s'accompliront, ToiU cela était a^sez facile à ima- 
giner, et cependant TEnéide n'était pas facile à faire. 

Un plan heureusement conçu, sagement raisonné, 
fidèlement suivi, est de la première importance dans un 
poëme dramatique où la durée de la représentation vous 
sert de mesure en tout , sans vous permettre de détourner 
un moment votre attention de Tobjet principal ; et où la 
première des règles, c'est de serrer.le nœud et de presser 
le dénouenieiit ; iîl aïs dans Vme épopée où le poète est 
maître de prendre à-peu-près tout 4e champ qui lui con- 
vient, il s'écarte satis scrupule , bien sur qu'il pourra 
toujours se retrouver. Dans le poëme hérpï-comique, sur- 
tout, le sujet pourrait fort bien n'être qu'uii prétexte; la 
conduite, une promenade; le plan, un,lab)^riute; et la 
règle alors , au lieu de marcher vers le déuoMf^meot, serait 
plutôt de le retarder; ce n'est point à proprement parler 
une épopée , mais une parodie élégante et amusante des 
choses qui dans l'épopée ne pourraient ou du moins ne 
devraient être que sublimes et sérieuses. La poésie héroï- 
comique esta côféde la vraie poésie héroïque, une jeune et 
jolie petite espiègle qui s'amuse à contrefaire sa mère ; elle 
apris quelquefois son noble costume , sa par.ure , sa coif- 
fure , toutes ses marques distinctives ; elle imite sa con- 
tenance , sa démarche , son langage , ses manières.... Elle 
lui ressemble^un moment, mais bientôt la gentillesse, la 
vivacité, la malice, Tenjouement, llextravagance repa- 
raissent de plus belle ; sa légèreté , ses courses , ses d^n^e^, 
j ai presque dit ses gambades , nous la montrent comme 
ici nous la voyons, doublement heureuse de plaire, spus 
lé taïasque ei démasquée. 

< A propos des détails d'un poëme héroï-comique, on 
-en reviendra peut-être encore à la versification de cehii- 
"d ;• car pbur peu que la critique trouve à mordre, sur- 
"Wét dans \m aussi bon morceau , die ne lâche pas sitôt 




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S26 MERCURE DE FRANCE, 

prise. Eh bien , oui ! nous somine,s déjà convenus en ce 
point de quelques négligences , que M. Creuzé avait 
sûrement vues avant nous. Pourquoi donc les y 'a-t-il 
laissées? Il avait sans doute quoique raison pour le mo- 
ment, ne fût-ce que celle de ne pas perdre son (emsÀ 
ratisser son chemin , et lenvie de nous conduire plus vite 
îi de nouvelles scènes qui nous font tant de plaisir, tandis 
qu*un petit cahot à peine sensible nous fait si peu de 
mal. Malheur aux tristes juges devant qui la grâce ne 
trouve point grâce ! 

Nous voudrions bien ne pas quitter sitôt la table ronde , 
et nous espérons qu'on nous permettra de ne pas nous 
en tenir à ce premier article. Bouffixrs. 



VARIETES. 

Spectacles. — Théâtre impérial de T Opéra-Comique.'^ 
Première reprësenlioo de V Emprunt secret , ou le Préteur 
' sans le couloir , opéra comique en un acte , parolesn^e 
:M. Planard^ musique de M. Louis Prad'her. 

L'idée principale de cette comédie est assez plaisante. 
< M. Dubuisson , procureur de village , est avare et amoureux ^ 
{il a sur sa terrasse de l'argent caché sous une caisse 4e 
. fleurs y et sa belle est logée près de lui , mais elle ne l'aime 
pas , et il craint qu'on ne lui dérobe son double trésor^ aussi 
, chante-t-il : 

On peut me rarir ma future , 
J*aî pour mon or même frayeur ; 
Je crois voir dans ctiaque figure 
Un rirai ou bien un voleur. 

Cependant son mariage paraît certain^ M. Durivago,pèré 
de celle qu'il aime, lui a souscrit une obligation de dix 
mille francs payables dans six mois , à un jour fixe et à midi 
ttès-précis } faute de payement, il reconnaîlDubuisson pour 
son gendre. Armand , rival préfère du procureur, voudrait 
bien rembourser les dix mille francs pour M. Durivage; à 
cet effet il a mis une maison en vente , et chaque jour u en- 
voie à Brest, ville voisine , Victor, son fidèle valet, pour 
gUQttejc Tacnvée d'un vaisseau qui doit ramener des colo* 



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A^oogk 



AOUT i8ia. ^27 

fties QA oncle riebe qui depuis trois mois annonce son 
retour, et qui lui a promis la moitié de son bieu. Ctîpt'U)- 
dant c'est ce même )our qu'expire le délai fatal et que les 
^x mille francs doivent être remboursés^ les deiix ^maos 
sont malheureux et se querellent , ce qui est assez d'usage. 
Enfin le valet revient de Brest pour annodcerque le vaisseau 
tant désiré entre dans le port /et l'on court chez le notaire 

Jour essayer de retarder la signature du contrat de mariage 
e la jeune personne avec le procureur, car la difficulté est 
de savoir si l'oncle ou l'argent arriveront avant l'heure fixe 
de midi. Le zélé Victor, épuisé de lassitude, s'assied sur u<a 
banc prè^ de la porte de la terrasse du vieux Harpagon e 
eelui-^i paraît sur sa terrasse, et se félicite d'avoir à joindre 
à son trésor quelques fonds qui viennent de lui rentrer. 
JDaas ce moment, sa gouvernante lui remet une lettre por 
laquelle on le charge d'acheter de suite la maison d'Armand, 
et on lui fait en même tems passer quinze mille francs en ' 
bons billets pour cette acquisition ; mais le procureur se 
garderait bien de remplir cette commission avaul le lende-^ 
main, car Armand pourrait lui rembourser les dix mille 
francs, et lui Dubuisson resterait garçon ^ il rentre chez lui 
pour répondre à cette lettre. Victor qui a tout entendu est 
|ustement courroucé contre la ruse de M. Dubuisson ^ il se 
demande si l'on ne peut pas emprunter dix mille francs au 
cofiVe-fort du rival de son maître , tandis que ce même rival 
retient quinze mille francs qui appartiennent à Armand. La 
gouvernante de Dubuisson parait sur la terrasse ^ elle est 
ësrt en colère de ce que son maître se marie ; Victor, en 
la flattant, parvient à se faire introduire; il trouve tin 
moyen ingénieux pour l'éloigner, et se saisit du portefeuille 
qui contient le trésor* Bientôt après, tous les personnages 
sont réunis ^ le procureur, atteuau qu'il est midi moins si'jç 
minutes et demie et qu'il n'est pas payé , réclame la main 
de Julie ; le valet lui présente alors une somme de dix mille 
francs et le paye avec ses propres deniers ; idée comique 
et qui a été généralement applaudie. Les fonds annoncés 
par l'oncle arrivent en même tems: Victor joint aussitôt 
dix mille francs à ce qui est resté aans le portefeuille , et 
le restitue complet au procureur; grande colère de celui-ci, 
qui sort raillé à son tour par ceux qu'il avait voulu tromper. 
Hv 9 de l'invention et de la gaîté^dans ce petit ouvrage ^ 
Il querelle des deux amans , terminée tout-à-coup par l'ar- 
xivée du' vieux jaloux, a fourni h l'auteur une véritable 
«cène de c^m^c^ celle ott le valet profite de la surdité d^ 



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aa8 MERCURE BE FRAPiCE, 

1a gouvernante pour s'introduire sur U lerratee eet très» 

Î^aie et a excilé des* appiaudissemens réitères. Des oiora^ 
istes demanderont si Lemprunt fait k la caisse de Dubuis- 
^on , n'est pas un véniMe^oif si Ton doit mettre de pav 
reiUes actions sous les yeux des spectateurs. ••• Je crois que 
Tauteur serait fort embarrassé pour leur répondre. 

L'auteur est M. Flaoard qui , dès ses premiers essais • a 
fait voir son attachement pour les bons modèles; le dialo« 
gue et la versification de ce nouvel opém sont naturels et 
faciles : ce dernier ouvrage prouve qu'il se range dn parti 
des auteurs qui veulent con&errer la comédie à l'Opéra- 
Comique, en dépit de ceux qui vx>udraient transformer ce 
théâtre en Opéra Bi^ffa. On doit donc le féliciter de son 
succès^ Il a été secondé par M. Prad'her, qui a saisi avec 
•esprit les intentions do l'auteur , e\ a coupé ses morceaux 
en homme qui a la connaissance de son art. L'ouvrage est 
bien joué ^ sur-tout par Gavaudan qui , dans le rôle du 
valet , a su prouver qu9 le vrai talent sait se plier è plusieuri 
emplois. 

Théâtre de VïmpércLtriàe. —Première représentation dt 
la Mcuchedu Coche, comédie en un acte et en prose. 
. M. Dermond, homme d'un caraclère pacifique, rit rer 
tiré dans une belle terre en Touraine ; il a prorais la main 
de sa filte à Francheville, ancien militaire et son ami ; le 
neveu de Francheville aime la fille de Dermond et en est 
aimé. M. Faiioutf natif des bords de la Garonne, s'est 
établi chez Dermond son cousin ; véritable Mouche du 
Coche i il ordonne, se mêle de tout-, et ne fait rien. Der- 
mond et Francheville n'ont pas de pejne à sentir qn'oJi 
jeune oHicier, conime le neveu de Francheville , convient 
mieux à une jeune perjsonne qu'un vieux célibataire , et les 
jeunes gens, grâces aux soins que se donne M. Failout, 
sont heureux.... un peu plus tard qu'ils ne l'eussent été » 
s'il ne se fût pas mêle de cette négociation , d'autan^ plut 
délicate que les parens , avant de fentendre , avaient résolu 
ce mariage. 

Celte pièce n'est point une comédie d'intrigue , puisque 
M. Faitout , personnage principal , y agit presque toujours 
aeul , et sàna autres obstacles que ceux au« se crée sa manie \ 
ce n'est point un gascon qui vit aux dépens d'autrui, qui 
-tracasse, qui brouille , qui raccommode, et le tout dans 
«on intérêt; c'est vérilablement l'homme dePhèdre , mM&- 
t^n/ift agendo nihil^agùns ; 4:'eat un hçnime possédé du 



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ADUT i8i«. lag 

iMtnoD desboDS offices , et bico convaincu lui-métne d'avoir 
élë ulile, aécesaaire même, et cela dans les circonstances 
les pins indifférentes. Talon , acteur connu par des succès 
au théâtre de la Forte-8aint-tMartin « a partaitement saisi 
ce oaraetère , et a puissamment contribué à la réussite de 
l'ouvrage , qui a été fort applaudi. 

11 ne peut qu'être très -flatteur pour l'auteur ou pour les 
auteurs qui paraissent décidés i gavder l'anonyme , qu'on 
firt attribué cette petite comédie à un bomme dn talent dr 
M» Picard } une pareille méprise en fait assez l'éloge. 

: B. 



Institut uctékial de France. — Classe d* Histoire et 
dé ^littérature ancienne. ^ Prix proposés au concours 
pour les années i8l3 et 1814. — Séance publique dii'ijuil' 
let 1812. — La Classe d'Histoire et de Littérature ancienne 
avait proposé pour sujet du prix qu'elle devait adjuger dans 
celte séance : Quel ^ fut Vétat de la poésie ^française dans les 
XII* et Xni* siècles ? Quels genres de poésie Jurent le, 
plus cultiçés ? 

ILes concurrens étaient invités à s'occuper spécialement 
(Tes ouvrages des poc4es français proprement dits / ou 
Trouvères t beaucoup moins connus que les Troubadours , 
ce qui ne devait pas empêcher qu'ils ne pussent parler inci- 
demment de ceux-ci, à j*aison des points de contact qui les 
rapprocbent des Trâuvères. 

Aucun des Mémoires envoyés au concours n'a paru à la* 
Classe réunir toutes les conditions nécessaires pour mériter 
le prix : elle a cependant jugé digne d'une distinction hono- 
rable le Mémoire qui porte pour épigraphe x 

Saiox Fox U meitreA de la gent 
Nos dit en son enseignement , 
Que quanqtti est en livre tsctit 
Y est tôt por nostre profit ; 



Qae nus escriz n*est tant frarins , 
Ne de vices as. Sarrasins , 
Dont r«n ne puisse exemple traire , 
De mal laisser et de bien faire. 
{Koman </<r Partonopex de Biais. MSS, de la Bïbl, Imp, n^'ldSo. S. G,) 

Ce Mémoire , rempli de recherches , lui a paru réunir 
tous les matériaux et les documeas nécessaires pour bien 



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i3o MERCURE DE FRANCE , AOtJT i8t«. 

traiter le stfj«l\propo8é ; maïs le plan et la marche Se Von-^ 
Vcage Be répoodeiil pas au mérite des recherches ; les résol* 
laissant djffîrilesà saisir , et le style est trop peu soigné* 
I«a Classe espère que l'auteur, qui se plaint de n'avoir paa 
tu le tems de fair* ùiieiix, pourra Faire disparaître ces dé- 
fauts , et qu'il profilera du délai pour travailler de nouveau 
son ouvrage. 

Elle a pensé que la oiéme raison avait empêché l'auteur 
du Mémoire qui n pour épigraphe : Ardua res est pettutoH 
noçitatem (iare^ViiD. Hist. Nai.), de terminer son travail, 
et que le délai accordé lui en donnera le tems. 

La Classe propose de nouveau le même sujet pour Tas- 
oée i8i3. 

Le prix sera une médaille d'or, de la valeur de i5oo fr. 

Les ouvrages envoyés au concours devront étfe écrits en 
français ou en latin , et ne seront reçus que jusqu'au pre- 
mier avril i8l3. Ce terme est de rigueur. 

La Classe d'Histoire et de Littérature ancienne propos» 
pour sujet d'un autre prix qu^elle adjugera dans sa séance 
publique du premier vendredi de juillet 1814, àe Rechercher 
^uelsjTureni les changemens opérés dans toutes les parUes 
de Vadministration de t Empire romain sous le règne de 
DioCLiTlEN , et les règnes de ses successeurs jusqu'à Vaçé^ 
nement de Julien au trône. 

Le prix sera une médaille d'or de la valeur de i5oo Tr. 

Les ouvrages envoyés au concours devront être écrits en' 
français ou en latin, et ne seront reçus que jusqu'au pre- 
mier avril 1814. Ce terme est de rigueur. 

Ils devront être adressés, franc de port, au Se^^rétariat 
de l'Institut , avant le terme prescrit ; et porter chacun une 
épigraphe ou devise qui sera répétée daus un billet Cacheté 
joint au mémoire , et .contenant le nom de l'auteur. 

Les concurrens sont prévenus que l'Institut ne rendra 
a^icun des ouvrages qui auront été envoyés an concours » 
mais les auteurs auront la liberté d'en faire prendre des 
copies , s'ils en ont besoin. 



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POLITIQUE. 



Le sepliètne Bulletin de la Grande-Artnëa , datcS de 
WilDa y le 16 juillet , est aiosi conçu : 

Sa Majesté fait éierer sur la me droira de la Villa un eamp retran- 
ché fermé par des redoutes , et fait construire une citadelle sur la 
montagne où ^tait rancien palais des Jagelloos^ Oo traTaille à éta- 
blir deux ponb de pilotis sur la Vilia. Trois poots de radeaux existent 
àé\h sur cette rîviëre. 

Le 8 , TEmpereur a passé la revue d*upe partie de sa garde , com- 
pose des divisions Laborde et Roguet que cotumande le maréchal 
duc de Trévise , et de la vieille garda que oommaude le maréchal dua 
de Danuick , sur Teoiplacenient du camp ratranché. La belle tenue 
de ces troupes a excité FadHatration générale. 

*I« 4, le «lar^chal duo de Tarente lit partir de son quartier-général 
dênossiena, capitale de la Samogitie , Tune des plus belles et des 
plus fertOes provinces de la Pologne , le général de brigade baron 
Blcard , avec une partie de la 7* division , pour se |>orter Ar Po« 
DÎewiez : le général prussien Kleist , avee une brigade prussienne , a 
été envoyé sur Chawli « et le brigadier prussien de Jeannerel « aree 
une autre brigade prussienne , sur Telch. Ces trois commandans sont 
arrivés h leur destination. Le général Kleist n*a pu atteindre qu*ua 
hussard russe, rennemi ayant évacué eu toute hâte Chawli, aprVs- 
afvoir incendié les magasins. 

Le général Ricard est arrivé , le 6, de grand matin à Poniewiet . Il 
a eu le bonheur de sauver les magasins qui s'y trouvaient , et qui con- 
tenaient 3o mille quintaux de farine. Il a fait 160 prisonniers « parmi 
lesquels sont quatre officiers. Cette petite expédition fait le plus grand 
h jnneur au détachement de hussards de la Mortprussien, qui en a été 
chargé. S. M. a accordé la décoration de la Légion d*honneur au 
oommandant, au lieutenant de Raven , aux sous-officiers Werner e| 
Pommereit , et an brigadier Grabouski , qui se sont distingués dam 
cette affaire. 

Les habitana de la province de Samogitie se distinguent par leur 
patriotisme. Us ont un grief de plus que les autres Polonais : ils étaient 
JOires ; leur pays est riche -, il Tétait davantage ; mab leurs destsnéaa- 



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a3a ^MERCURE DR^RANCE, , , ^ 

ont cfa^angé are&ta clititf de la'PologneC T.es plus belles f«re^ ayant 
étf^^née8 par Càlheriiie.aivx Soubov ( \es payifei» , de libres qu'ils 
étaient, ont dA derenirtsclaves. Le mouvement de flaoc qu*a fait 
Tarmée sur Wilna , ayant tourné cette belle prorince , elle se trouve 
intacte , et sera de la plus grande utilité K Tarmée. Deux mille ehe- 
▼auz sont en route pour venir rt'parfr tes- pertes do Tartillerie. Des 
magasins considérables ont été conservés. La marche de Tannée de 
KolKTOO.sur Wika et de Wilna sur Dunabourg et sur Minsk a obligé 
Fennemi à abandonner les rives du Kiemen , et a rendu libre cette - 
rivière , par laquelle de nombreux convois arrivent h Rowno. Nous 
avons dans <!to'mofhent plus de i5o mille quintaux de farine , z millions 
de rations de biscuit, 6 mille quintaux de riz , une grande quantité- 
d*efni-de-We , 6ao mille boisseaux d'avoine , ett. ele. Les convois so 
Sltcc^deBt avetî rapidité ; le Niémen est couvert de bateaux. 

Le passage du Niémen a eu lieu le ^4, et TEmpereur estentré-à- 
Vriloè le 2ld*^ La premi^c armée île TOuest , commandée par PEm- 
percer Alexandre , est composée de <) divisions d*infànterie et de 4 
divisions de cavalerie. Poussée de poste en poste , elle occupe aujbur* 
d*hui le camp retranché de Drîssa , où le roi de 'Naples , avec les 
corps des maréchaux ducs d*Eicbingen et de Reggio , plusieurs divi- 
srons du premier corps et les corps de cavalerie des comtes Nansootjr 
et Monlbrun , la contient. La seconde armée , commandée par le 
prinfïe Bap-ation , était encore , le i«^ juillet, h Kobrin où eUe-se réu- , 
nissait. Les g^ et i5« divisions étaient plus loin sous les ordres du 
général Tormazow. A la première nouvelle du passage du Niémen , 
Bagration se mit en mouvement pour se porter sur Wilna ; il lit sa ' 
jonction avec les Cosaques de JPIaloff qui étaient vis-K-vis Grodno. 
Arriver & la hauteur d'lvié« il apprit que le chemin de Wilna lui était ' 
fermé. Il reconnut que Texécution des ordres qu'il avait serait témé- 
raire et entraînerait sa perte , Soubotnickî ,' Traboui , Witchnew , 
. Volojink étant occupés par les corps du général comte Grouchy , du 
général barbn Pajol et du maréchal pripce d'Eckmulh. Il rétrograda 
afors et prit la direction de Minsk ; mais arrivé à demi-chemin de 
cette ville , il apprît que le prince d^Eckmulh y était entré. Il rétro- 
grada entiore une fois ; de Newij il marcha sur Slousk ; et de U , il se 
porta sur Bobriiisk d'où il n'aura d'autre ressource que de passer le 
Borysthène. Ainsi les deux armées sont entièrement coupées et sé- 
parées entre elles par un pspace de cent lieues. 

Le prince d'Eckmulh s'est emparé de la place forte de Bbrîsow sur 
In Beresina. Soixante milliers de poudre , seize pièces de canon de 
siège . des hôpitaux . sont tombés en son pouvoir. Des magasins coq-* 
wdérablesi ont été iacçncUés , une partiç cependant a é^é sauréf. 



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Le xo flê §hténl LarouT^Mauboorg t enroTi la dmahoni û^ eavi« 
Ien>légëret co«»Mndée]Mr le général Roisîaâkt, fur Mxr. BM' 
rencontra ranriëre-garde ennemie h peu de distance de e«tte rîUe. Un 
engagamant trèWif eut lieu* Malgcé rinférierité fia nombre de la 
division polonaise , le eharop lui est resté. Le génénd de Cosaques 
Gregoriew a été tué , et i5oo Rasses ont été tués ou blessés. Hoire 
perle a été de 5oo l^nunef an plus. La eavalerie légëre polopand 
t*est battue aTec la plus grande intrépidité , et son oomrage a aappVé 
aa nombre. Noua aom»es entrés le même jour h Mir. 
La i3 , le roi de Wesiphalie avait son quartier-général k Nesry. 
Xe Tiefr-roi arrire à Doebohitaooi. 

Les Bavaroia , eommaodés par le général comte Oouvion-Saint-» 
(^ , ont passé la revue de l^Empcreor , le 14 . k Wilna. La division 
Beroj et la division^ Wrade étaient trèa-belles. Ces 4roupes se sonf 
mises en marche pour Sloubokoe. 

L9 dite de Varsovie s*étant oonstitaée en confédération générale- 
de Pologpie « a nonuné le prince Adam Caertorin^ki ifon'préiidetrt. 
Ce pilbee âgé de 80 ans , a été , il j a 5o ans , maréchal d'une diète 
de Pologne. Le^preQlier aeta de la oonf^déiation a élé de déclarer le 
royaume de Pologne rétabU. 

iJne députation de la confédération a été présentée k TEmpereoT k 
Wilna , et a soumb à soa approbation et à sa protection Tacte de' 
conféclération. 

Voici le texte de la réponse de S. M , réponse qne l'his- 
toire consignera parmi les momimens les pins ren:iar- 
qnables de ce règne. 

< MM. les d^pntés de la Confcdécatton de Pologne ,' 

^ J'ai entendu avec intérêt ce que vous venez de me dire. 

» Polonais , je penserais et j'agirais couime vous e faurais roté 
comme vous dans rassemblée de Varsovie. L'amour de la patrie est 
la première vertu de Thomme civilisé. 

> Dans ma position , j*ai bien des intérêts h concilier, et bien des 
derolrs à remplir. Si j*eusse régué lors du premier , .du seeond ou du 
troisième partage de la Pologne , ^'aurais armé tout mon peuple pour 
vous soutenir. Aussitôt que la victoire m'a permis de restituer vos 
sneiemies lois h votre capitale , et h une partie de vos provinces , je 
l'ai iait arec empressement , sans toutefois prolonger une guerre qui 
eèl (ait couler encore le' sang de mes sujets. 

i J^ime votre niitioii. Depuis setae ans j*ni vu ron soldats h met 
ellét , 0tn \t9 chinaps d'Italie , ct^pime sur ceux d'Esp^gnf . 



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a34 MERCURE DE FRANGE, 

9 J*«ppl«iidu à tout c« «pie TOUS ares fait ; fttuî^nst les cfibrtii 'ep9 
T«U9 voulez faire ; tout oe ^i dépendra da moi pour aeeonder rof 
r^olutioo5 , je le ferai. 

» Si y 09 effortj sont unanimea , tous pouTes eoneoTolr Tespoir de 
r^oire vos eonemis à reeonnaitre tos droits ; mais dans ees contrées 
si éloignées et si étendues , e>st sur-tout sur Tunanimité des efforts 
de la population qui les courre « que tous deres fonder ros espé- 
rances de suco^. 

» Je TOUS ai tenu le même langage lors de ma première apparition 
en Pologne ; je dois ajouter ici que j*ai garanti k TEmpereur d*Autri« . 
ebe riotégrité de ses Etats , et que je ne saurais autoriser aucune 
manosurre , ni aucun mourement qui tendrait à la troubler dans la 
paisible possession de ce qui lui reste des prorinces polonaises. Que 
la Litliiuanie , la Satoogitie , Witespsk , Pelotzk , Mohiîow , la 
Wolbjnie , VUkraine , la Podolie , soient animées du m6me esprit 
que j*ai ru dans la grande Pologne , et la Providence couronnera par 
le succès la sainteté de rotre cause ; elle récompensera ce dérone* 
ment à rotre patrie , qui tous a rendus si intéressans , et tous a acquis ' 
tant de droits à mon estime , et à ma protection , sur laquelle roua 
derez compter dans toutes les circonstances. » 

Pendant que TEmpereur règle ainsi les destinées du 
Nord , que conciliant les droits des peuples et ceux des sou* 
verains , il trace de sa main puissante les liknites d'un Etat 
détruit en cinquante années qu'il relève en quelques jours , 
TAngleterre pressée par la force des circonstances , et par • 
la plus impérieuse des lois, la nécessité , l'Angleterre ëpui* 
sëe au dehors par des efibrts sans proportion avec ses 
moyens du dedans , épuisée au dedans par l'opiniâtreté 
cruelle de son ministère dans un sjstème insensé et des» 
irticleur , cédant h la voix du besoin , au cri de la famine , 
aux douloureuses plaintes qui s'élèveut des ruines des ate- 
liers, et des débris des manufactures , l'Angleterre vient d» 
déclarer hautement, d'avoper en face de l'Europe qu'elle a 
suivi une politique déraisonnable , qu'elle a élevé des pré- 
tentions exagérées , que les eOels désastreux de sa politique 
sont retombés sur elle; pour éviter la guerre avec l'Amé- 
rique , et probablement sans parvenir à réviter, elle a revo- 
3ué à l'égard de l'Amérique ses ordres du conseil de 1807 et * 
e 1809. Le rappel de ses actes d'agression justifie asse» 
ceux de représailles , et l'Angleterre , en revenant sur se» 
ordres de 1807 et de iBoç, sanctionne , à la face du mond^ 
entier, la justice et la stricte équité des décrets de Berlin et 



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AOUT i8t«. a35 

de Milao< Cependant , pour conjurer Forage qui se fonné 
•D Amérique , pour obtenir que le continent lui soit encoro 
ouvert , pour calmer les rossentimens dos neutre^ qu'elle a 
dépouillés, les alliés qu'elle compromet, et IVnnemi auquel 
elle a voué une haine si invétérée , a-l-elle fait assez, et no 
peut-on pas^ en développant le tableau de sa politique , et 
en reprenant les événeraens de plus haut, ne peut-on pat 
lui demander encore davantage, et élre en droit de 
l'exiger ? 

Le Moniteur, par une note publiée le i^'août, répond 
^ celte question : 

« Voilà bien let ordres da conseil de 1807 et de 1809^ révoqués , à 
dater da i«r juillet ; mau tous ne révoques pas les ordres de 1806 , 
e*est*à-dire . ce nouyeau droit de blocus sur le papier , ofi rous dé- ' 
«lavez en état de blocu<: une place , non parce qu'elle est bloquée et 
•n prévention d'être prise , mais parce qu'elle fait un cominerce nui- 
sible è Tos manufactures. Or . tant que vous ne rapporterez pas les 
ordres de 1806 , rovs n'aurez rien fait . et le Continent vous sera 
âslefdit. hcè bétimeos venanl directement en France avec des car- ' 
gaisons neutres seront reçut. Les biliaitns venant de l.oudres areo 
des cargaisons anglaisas seront confisqués. Nous n*admetion-> de blocus 

E«inl qu*a défini le traité d'Utrecbt , c*cst-2i-dire le blocu^d'une 
dans la situation où se trouraieat Flessingue et les Bouche^-de- 
lut , pendant Tcxpéâition de 1809 , et qui cernée par terre et par 
mer , serait en danger d*ètTe prise ; mais Tapplieation ou blocus surU 
papier \l tont autre point des côtes de l'Empinr. pour nuire à son com- 
inerce , entraine le moeusiar /« papier des îles britanniques. Rn effet • 
sans la reconnaissance du droit de blocus tel qu'il est établi par le 
^ traité d*Utrecht , et la révocation des ordres de x8o6 , que serait la 
térocation des ordes de 1807 et de 1809? Nous verrions demain ou 
apr^s . TAngleterra déclarer en état de bloeuR les cotes de TErapira 
«aaçals « et permettre seulement aux neutres la communication avee 
an point qoeiconque des côtes de la Méditerranée , ou ayee un port 
de Im Baltique. Non , oela ne peut pas être. Rapportez les ordres da 
conseil de 1806 « et reyenes pour le droit de blocus ans droits oonsa- 
erés par les siècles « à ce que tous les traités ont établi , à ce qui exis- 
tait en 1785 « ou vous n*avez rien fait. Les tems sont changés. L*in- 
justice et la violence des mesures que vous avez prises , ont autorisé' 
IHoiastioe et la violence des mesures que la France a pu prendre.' 
Cest la nécessité produite par votre injustice qui a cné le Grand- 
Xmpire. Désormais le tems où vous ^us permettiez tout oontte le 
Continent , et où le Continent ne se permettait rien contre vous . est 
passé ; ce tems ne reviendra pas plus que le règne des rois fainéaos. 
A chaque déclaration de guerre , vos voyageurs et vos marchands 
aeroot arrêtés sur le Continent , si vous arrêtes sur mer les matelots , 
les passaprs et les négocians qui voyagent sur des bâtimens mar- 
chands. Si vous bloquez par une spéculation commerciale , si vous 
appliques à une partie de l'Empire le principe que vous avez adoplé 
de hloeva sur /# papier ^ et noa un vérilabfe bloous , tel qu'il a été' 



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a36 MERCURE DE FRANCE, 

r«comio mrc tonîétmees d*(Jtreeht , Us Iles britaoniquet tt ro9 po>-l' 
sessions seront bloquées sur ,U papier. Si tous prenex des mesures* 
fprtes , on en preodra. àt plus furtes. On opposera la force des armes 
A la force des armes , la ngueur de la législation ï la ricueur de la lé-, 
gîslation. C'est le seul moyen do n*être pas dupes, c*est le seul moyem 
de vous vaincre , ou du moios de vous forcer d*ètre justes. 

» Vous avez plus besoin du commerce du Contiheut crue le Contl<' 
nent n*a besoin de votre commerce. Vous «ves plus besoin de TAmé* 
rique que TAmérique n*a besoin de Vous , par ta raison que le uiar* 
cnaud a plus besoin du consomoialeur que le consommateur n*a besoin 
dn marchand. Si je ne puis m*habiller de velours « )e^m*babillerai do 
drap ; si je ne puis porter des bas de coton , je porterai des bas de ûl. 
Voilk rhistoire du consommateur. Mais le marchand qui a fondé le 
tcaio et le bien-èlrede sa maison sUt les besoins da-consomlmiteui't a 
besoin de vendre. Si vous cesses de. vendre, où preudrec-vous voS' 
deux milKards de contribution et vos 600 millions d'emprunt ? Tout»-» 
fois le commerce est nécessaire au Continent. Il serait digne à'un 
siècle barbare et non du siècle où nous vivons « celui qni viendrait 
mettre obstacle au juste développement de Tindustrie des peuples. 
liss divers climats ont diverses' productions. Les échanges fout la 
fortune et la commodité réqtproques. Que le commerce soit dono^ 
rétabli , mais qu'il le soit sur des bases justes et égalf*t. Que les peu* ; 
pies luttent entre eux d'économie et d'industrie, mais n'appuient pas 
par la force une industrie atbitraire. Lord Chatam disait : « Si nous • 
étions justes envers la Franee , notre prospérité n'existerait pas vinet- 
quatre heures. > Lord Chatam pouvait avoir raison au tems où 11 
parlait ^ mais il changerait de langage aujourd'hui. La force des cirv 
eonstances était alors poor vous ; vou« étiea maîtres des mers oomine- 
aujourd'hui , mais la France était sans influence sur le Continent. Ea^ 
faisant peser sur la î^rance une injuste lég'i&lation , vous enrichissiex'. 
la Hollande . Hambourg, Venise. La nature des choses estcotitre' 
vous aujourd'hui. Au lieu de vouloir méconnaître lu voix de la justice, 
vous êtes dans une position où c'est à vous à la réola,mer. Le traité 
d'Utrecht , contre lequel vous avec tant lutté , est désormais yotre 
sauve-tgacde. 

> Vous faites enfin un pas rétrograde : venu reversez sur les arrêts - 
de 1807 0( de 1809. Mais les hommes profonds qui , chez vous pins» 
t|ue dans toute autre nation , tiennent le burio de rhistoire , remsr-i- 
queront que les ordres du conseil ont changé la face du Monde, qu'il 
eût mieux valu pour vous perdre un grand nombre de batailles et un« 
grande partie de vos colonies que d'avoir publié les ordres du conwil, ■ 
^i ont .été la cause de la réunion de la Hollande et des villes ansé»- 
tiques , dea grands chanMOiins survelius en Europe et du système 
cootineotal. Les ordres du conseil à la main , l'Empereur osait et' 
pouvait tout , soit en France , soit en l^nrope. Sans vps ordres du 
cpnseil , il n'eût pas eu la pensée , et n'eût pas eu le pouvoir de réunir 
la Hollande et Hambourg , en établbsant le sys^^me continental. 
Cependant vous revenez sur les ordres du conseil r iU n'existent plus 
dans votre législation . et lo système continental, ei^t immuable. Dans' 
Tiguorance où vous êtes de la situation des- adliires du Continent . • 
TVMi vous êtes trompés d'époque ^ le» ordres- du oçn^eil euste»t été-' 



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AOUT lin. »3^ 

^ODM on ffàS^ , iU'ftiisent produit d^irnnueiiMs avantages pour vf iit^, 
t^fkS de grandi iaconvéniens. Votfs non riez tenir iaipuuémei|t le ûq- 
cage dn loup de la fable. Mais dans Vépoque actuelle , le seul langage 
Çmi TOUS convietufb est le langage de la justice : et en suirant les prin- 
cipes qui eonvîennent ans inteséts'du plus fort , tous ne faires tfu*ae- 
e^iérer votre ruine', en fendant la prospérité de vos enoeims* La 
înttiee veut que tous rereniei aux principes qui régissaient 'Its neu- 
tres par rapport aux puissances belligérantes k la fin du siècle dcmit 
ft au couimencem^nt de la présente guerre. Votre intérêt vous le 
commande. Le tenu où les mesures injustes et arbitraires tous étaieôt 
profitables , tsî passé sans retour. 9 

« Voilà une d^darfUiop po^iti^^ ^ foîlà cUs Itrm^s cUina et 
^urécîs } le cootineot aéra eoliècemojit Ubrd ou eotieoeoieat 
fen^ë } la met sera te domaioe de toutes les nations , ou 
elle ne sera naéme pas celui de l'Angleterre ) .tous les pQr(0 
seroot ouverts , ou ils seront tous arn^f oqivtre les vaisseaux 
4ie rAoglelerre^ totiles les industries seront rivales et en 
i;oncurren<;e , ou çelie de FAngleterre sera proscrile et 
^néaaliei^ k>us les pavillons auroat Icinrs droits , ou celui 
41e Lopdres perdra le sien. Au nom du roi sop père, Ip 
prince régent gouvernera une nation lij^ire, commerçante, 
iigncole f indttstriiause , ^s'élevaot p^r û géaie qui lui ^st 
propre k I4 plu» haut« prospérité^ PU il négnera sur des 
matelots oisifs , sur des cites affamées , sur un Vêniloitp 
ensanglanté ppr les ludilistes , et dësdlë^par l'insurrection. 
: La déolaraiioo ënercMjue des Gtf^s-Uois ne mettra pas u|i 
peid* médiocre dans la i>alance des ^^libératiops ouni^tér 
rielles. Les Etats-Unis ont déclaré la guerre h l'Angletorre^ 
le séuat a couIlnQé à une forte majon^ la résolution de La 
i:i^aQ[ibre.d«a représeptaas , et comme qn l'a dit au sein dp 
«relie chaude, Yé^é» do Wa'a^in^pu esi tirée. Dé>4 aA^me» 
dit-^o , un engagement sérieux a été la suite de cette décUf- 
ration , et cette ntâme ffé|çra(e l^ Président, insultée en 
pleine paix» et Yob']*si d'une kostilité caractécisée, a v«u^ 
ihonueur-de SQp paKitlau, eu prei^ant uui^ frégate an- 
glaise. 

. La guerre avec TAnuSn^ue ne roeuace psis seulemeut le 
commerce anglais d'une ruipe lotde , et le territoire hù^ 
tannioue d'une disette affreuse ; les pa>«sjeSsious apgWsea 
sont elles-jpâ mes menacées : en vain l'ApgljQlfUFre arme au 
Apada ; les Canadiens »ont plus Ç^^P j^pia^. disppsés II 
faire cause commune avec les ^méncains soutenus par Ip 
France, tan4i9 que dan» l'Amérique paéridionaLD , une 
uonvelle confédération éi^alem^nt ind^peadante > se réunit 
sopsun cbefarmé pour la onuse cooiipunf à ('Am^i^up 



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a38 >fERCUft£ DK FRANCE, 

entièfe , et stipulera pour pf einlère condition la franchise 
dé son pavillon , la liberté d» son commerce , l'inviolabilité 
du territoire c|uVllelirrache moins encore À la domination 
de l'Europe qu*au monopole anglais. 

Que si, dans celte situation , TAllgleterre fondait en* 
Core quelques espérances , non sur les succès de Tallié qui 
dans le Mord a cédé à ses Suggestions dangereuses , mai$ 
sur les produits de son commerce, dans la Baltique et les 
débouches qu'elle y maintient encore , voici des résultats 
qui peuvent être opposés k ses spéculateurs déjà éclairés 
par une expérience fatale ; ces résultats ont été appréciés 
.'dans une ville où les notions commerciales sont ta dés é\é* 
meos de Finstruction , et publiés dans^neautra ville oii Ton 
sait compter. 

uLes Anglais, dit le Journal d& VJSbt^ citant unè^ lettre 
4e Leipsick , les Anglais ont expédié cetti amnée , fioàf hr 
Nord; le même nomore de navires de coinmerce que dso» 
les années précédentes. Partie s'est dirigée vers la Bbi- 
^tique , partie a eu pour destination Archàngel , mntft 
polaire fréquentée depuis les décrets de Berlin et de Milan, 
et par laquelle des cafés font sur terre un trajet d« 7 è tiot 
lieues avant d'arriver au point où ils seront fartiveiQ/^t 
consommés. 

n Les expéditions de*i8o8 , 9 » 10 , ont M présentées k 
l'Europe comme ouvrant un débouché à i5ou ^an^tUioat 
sterlings et plus , de valeurs en denrées coloniales et ubjeil 
de fabrique. - 

n Les expéditions de 181 1 ont présenté une diminution 
telle qu'on n'a point cru' devoir entretenir le public de l^état 
•florissant des flottes du Nord. Bien peu d^atticles encorn 
ont pu en être vend us'. 

' 7» Les expositions de 1812 sont aussi brillantes , numéri- 
quement parlant : mais elles n'ont à bord que pour 
25o,ooo liv. sterlings ( environ 6,000,000 de fr. ) de va- 
liÊLurs. Tel navire dont le chargement était d^ S à 600 ,000 tV. 
dans la campagne dé iBlo , n'apporte cette année U se| 
COns^gUatatres que Sork 8o,ooofr. de denrées , plutôt daiiè 
la vue d'entretenir des relations prêles à s'éteindre, qnè 
dans l'espoir d'un bénéfice \ car il est notoire que les cuvoià 
-dans le Nord , donneront 25 pour cent de perte aux mrœa- 
teurs^ 

» Les frais de cette expédition ne seront pourtant point 
'entièrement perdus. La maase des objets invendus sur les 
Ai^ciens envois est suffisante pour charger «a retour ua 



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AOUT i8i!i. aSy 

Eaod Dombre ée navires : et ce sera da moins une conso* 
tion pour le négociant de Londres de revoir dts marchan- 
dises qu'il croyait perdues et dont il avait déjà fait le sacri* 
fice ; a moins cependant que la difEculté de trouver en 
Angleterre des magasins , et le haut prix des lo^rs , ne 1^ 
déterminent à préférer Tenlrepôt d'Anholt , d'Héligoland 
ou de Malte. » 

Dinaanche dernier S-. M. FImpératrice a reçu , au palaiâ 
de Saint-Cloud , les grands dignitaires , les ministres / le 
corps diplomatique et les menibres des premiers corps rie 
l'Etat , qui s'y étaient rendus pour lui présenter leur hom- 
mage. Le soir el}e s'est promenée en calèche dans le pai>€ 
avec le roi de Rome , oà sa présence a excité les accla^ 
mations accoutumées. S.... 



ANNONCES. 

I/Bymên et la Naissance , ou Poésies en Thoimeur de LL. MM« 
H. et RR. Un yoI. in-8^. Prix , 5 fr. , et 6 fr. 5o o. frane de port. 
CtSt Firmia Didot » imprimear de rinstitiit , et gpraFeur de lliapri- 
merie impériale , rue Jacob , n* 24 ; ei chez Arthiu-Bertraad 1 11b. , 
We Hantefeoille , n* ^3. 

On trouve aux-mèmes adresses : Couronné poétique de Nmpoléon'^ 
lê^Grand , ou Poésies composées en soa honneur. Un yoI. in-ô*' « 
avec un beau portrait. Prix , 6 fir. , et 7 fir. 5o o. franc de port* 

Des recueils de ce genre ne sont point faits pour rester dans Ton- 
hli ; parce qu*ils reproduisent Texpression libre , authentique « solen- 
nelle de Tadmiration et de la reconnaissance publi(}uos : ce qui doit 
les faire considérer comme un des plus beaux hommages qu^on puisse 
offrir à rhérotsme et à la grandeur. 

L0 Missionnaire 9 histoire indienne j par Miss Owenson; traduite 
de Tanglais par Véditeur de la Femme , on Ida T Athénienne , rcmaa 
du même auteur. Trois vol. in-ia. Prix , 7 fr. 5o o. , et 9 fr. ficane 
de port. Chef H.' If icolle , libraire , rue de Seine , n« za ; # t Arthus* 
Bertrand , libraire , rue Hautefeuille , n* a3. 

Le Portrait, Nouvelle traduite de Tallemand d* Auguste Lafoa- 
taine 5 par le même. Un vol. in-xa. Prix , i fir. 5o e. , et z fir. 75 e, 
ikanc de port. Ghes les mêmes. 

CaUndriêr du Jardinier , on Journal de ton t^riiraîl » ^^tribUé f i< 



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.ft4o MERCURE DE PRAfîCB , AOUT i8i a; 

^chtLfffip mois d9 Ttaiiëe^ osrnige «tik. à toulî» ks p«r9«imc0 qui 

.veulott oultii^f eUe9-a»6nies leur» jat dînt , oncuritnseï 4è poovoir 
foirro * tt toèma 'diriger ahrec fÙtàit Its op^atioQs de leursr (ardl- 

iBien* etc. tua ; pablU fat J. F. Bnstieo , ^auteur de la Nouvelle 

• M«isoi» riMlîifue , 8 vol. îh-4». Trohiêmv éctlthn , enf ichîe de toutes 
let DQQYeUes d^courertes faites jusqu'à ce jour. Un vol. ia-ii de plus 
de 700 pages , imprimé sur petit caraclëre. Prix , 4 fr. 5a c. «i;t 6 fir. 

^ firaoe de .pçtl. CJms Artbus-BoiTaad , Bboiire , rue Hautefcmlle , 

.«•a3. 

Le compte favorable qei a été ^endu-de cet ouvrage , lorsque h 
première édition parut , lui a mérité un f^and succè«. Son utilité a 
-été reisoDBue par toults les penMnnes instruites dans les matières qui 

~ y sont traitées. 

Dégagé entièrement de toute la partie seientifîquR qui n'appartient 
qu*à la botanique proprement dite, cet ouvrage, par ses détails, 
convient k teutes les personnes curieuses d*acquérir des connaissances 
utiles et agréables , pour les mettre en pratique; à celles qui veulent 
se perfectionner dans t}elles qu^elies pourraient déjà avoir sur la cul* 
ture et le jardinage. 

Oupnfges qui se trouçentchet Arfhus-BertraDd , libraire, 
à Pmis, rue RauteféuiHe, n^ 23. 

' Histoire de Catherine lî , impératrice de Russie , suirie de Téiat 
actuel du commerce , des richesses , des forces et des productions de 
la RuMie ; par M. Gastera. Trou vol. in-80, avec i3 portraits, la 
' carte de la Russie , et ceUe de la Pologne. Prix , 18 fr. , et 22 £r. 
franc de port. 

Le même ouvrage ; 4 vol. in-ia, arec les mêmes figures et cartes. 
Prix, 12 fr. , et 16 A:, franc de port. 

Histoire de la Ruisie , réduite aux seuls fdits importans ; par Sj^ 
vain Maréchal , arec la carte de k Russie. In-8*'. Prix, 5 fr. , et^ ir. 
5o cent, franc de port. 

', sànBcdolaa întéiessantes et secrètes, tirées des archives de la R\issi(*i 
.AWc des tt«its e«rac»étfstiques particuliers aux diETérens peuples Je 
^cetEnupire^ ^rol. in-ia. Prix, la fr. , et r6 fr. franc de por!. 
• Bstoiie de la prétendue révolution de Pologne. In-S». Prix , 5 fr. , 
tt 6 fr. 5o c. franc de port. ' 

Gkiraatèveé et Anecdotes de Ih cour de Suède. 'In-8*. Prix , 3 fr. , et 
.i| it:. fkanc 4e p%rt. -^ 

Voyage en Norwège . en Danemarck et en Russie ; par Swîotoi* 
. Deux roi. ÎA-d®. Pnz e ? .%* > *^ ^^ ^^'. Uv3^% de {xçrt. 



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MERCURE 

DE FRANCE. 



N* DLXXVn. — Samedis Joût i8ia. 



POÉSIE. 

Ll VIEILLARO POLONAIS. 

QVSLIA ombre tout-li-ooiip sort de la nuit profonèi ^ 
St parait méditer sur les destins du Monde ? 
iSat-oe toi , Sobtesld ? Parle , ^e me retuc-tn ? 
Depuis dix ans entiers » chaque nuit ton fantômt « 

Quittant le noir royaume , 
A TMifer la Pologne excite ma Ycrtn. 

Dans ce Bobk deisetn jVii trwrminos rillet « 
Plttti!entstttkamalhracidcfl.dboordctoMliM; ' 
J^en atteste k Ciel qui ni*a ru tant de fob t 
Snreloppé de deuil , le front dam la powaîte « 

Détestant la Inmi^M , 
Prier pour mon pays , d*uno mourante roix. 

« Jusques k quand , dltfais^je , ô peuples ians eounige , 
9 Du joug le plus hoiitfux souffrires-Toas Toutn^? 
B Le Russe , consoibmant tts infâmes traités y 
> Dé ait$ regards jiAoux conre sa riche proie y 

9 Et Fdus compte ayeo joie « 
• Comme de rilt troupeaux , dl^ua paa d'or aohetés. 

9 



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ti* MERCURE DE FRANCE, 

9 VptiI«z>T6t|s que', parmi »es soldats intrépidts « 

« 9 Le Vebgeuf oheroke en rain tos légions tlmidet ; 

9 Et qu*itxiposant silence àtt clairon belliqueux « 

a U sorte 4^ SA tente i et qu*il dise k tes 1>rayes : 

' 9 Laissez ces rils esclaves ; 

* Us ne Boéritent pas que vous mouriez pour eux? 
• 

» Peèt-étreattendez-toul qUe le'feb du tonnerre^, 
» S'aftaèht |iuz rams*urs d'une fi belle i^e , 
9 Et de leurs corps fumans dévore les lambeaux ; 
9 Ou que de vos aïeux les cendres consumées « 

» Tout-à-coÉip rtiitimées , 
» Une lance à la main , sotlent de leuts tombMux ? 

9 Le flambeau de knr. gloire éelaire.TotceJionte ; 
9 Vous détournez les yeux , çt la peur voua spr^mi^tet 
^ Allez , indignes fils , l)aissez vos frobts fremblans ; 
9 Gaebes ces boncKers r ees terribles épées ' 

9 Du sang russe trempées , 
9 Que leur bras suspeojdi^à f os foyers brûlans« 

9 Voilà done ces'àéios qui , passant Je Bo'spKote , 
9 Devaient assujétir les peuples de Taurore f 
9 Vaincus , chargés de lers , ils se traînent motirans. 
9 Et qui n*a su défendre un pouvoir légitime, 

9 Débonnaire viclîme , 
9 Ohih s'taii Ikiurmure à de cruels tyrans f ^ 

9 Malheur au citoyen esclave volontaire ! 
9 II se cache dans t^éoibre ^- il marche solibke s * 
9 II est l^horosur dea JobstS', Topprobre îles vitaos ; 
~9 Nul ami ne soudent sa «vieillesse afiaiblîa : 
' a U expire , otf Tanifaiie ; 

* Et sti os rejetés sont le jouet des vents. 

■ ' -: . * 

9 Mais celui qui combat ,. qui meurt pour sa patrie ^ 
9 "^e craint pas de laisser sa mémoire flétrie. 
9 Si le fer ennemi recède sa valeur , 
9 Sa mère est triomphante , et la vierge attendrie , 

9 Â son pieu qu^elie prie , 
9 Pour ipoux I ea secret , dâinaade Je vainqneur. » , ^ 



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: A^UT 181».. /. ^ 

^e perdais met discours ,.et , vingt foUtaUuai^t , 
Mon indignation sans fruit A*e.«t consupiée. ' 
Faible rieillard , ^ue puis-je , avec mes chaf eux blancs? 
On étouffe ma toîx dans un lâche silence ; ' 
On méprise la boce ' * 

D*im soldat aceaMé sous le fardeau des ans I ' 

Iraî-jo , 6 Sobieski , ckerchant un libre asile , . 
Smbarquer sur les mers ma vieillesse f^ag^e ; * 
Et traînant , ezQé sous des soleils lointains , / 
Le reste languissant d*unejrîe épuisée « 

Dans la douleur usée , 
De mes cris étemels fiitîgaer les Deàliiit ? 

Eh I de quel front dirais-je aux mânes de mes p^rtt : 
J« vous quitte., et je fuis aux rives étrangères 7 
ICoi , fuir ! moi , me couvrir d^un opprobre étetœl 1 
Non , non , plutôt venger ma luette Ytirie ; * 

Et , vendant cher ma vie'* ' 
Arroser de mon sang le foy^r paternel I ^ 

Heureux , pour mon pays s*il faut que je snpc<^mbe f 
Un jour peut-être , un jour , à faspect de ma tombe t 
- Le soldat polonais se sentira touché , ' 

Invoquera mon nom , et , déposant les armes ^ 

De ses pieuses larmes ^ '« 

llooillerm Thumble pierre où je .serti eooohé I ^ 

Par M. DX CotJUMlA * miàitêiir m Cornsml-d^Eta/. 

STANCES A FLORIAN (i). , 

0r7H<x etichantettr de ia France , 

O toile fleur des troubadourf' ' '^ 

Qui diantas Taimable innooenov * 

Et le )etme essaim des «moues ; . — 

(• Toi^nt la Ijre tendre et ptive 

Jadis 9, charmé les cdteeÉk 

-■-■■'" ■ ' ' 

(T) Cette piVeee déjà paru dans le BnUetin de U Société phîltfhM- 
tldqaedeBoideMa; ISaalevr y a liât de gcwds «hasgeMMie , el elle 
parait ici telle q^FaTooe. ... .\ 



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M|4 MEBCUllS I>£ fllANCI, 

Blilt fit tiiùm tabWtoz (a) ; 

norîan « reçoit le$ hommagoi 
D*an« mute dant toa printemt f 
kt dn haut dét taerës brooagei 
Sourit à tet faîblat aceantt. 

Alors cpie ton ime tensible 
S*épaticlie en de tendres écritt « 
Arec quel cliarme irrésittible 
Te fuirent nos eanirt atlendrit f - 

Que n^But ehAEttram ton JSsuiie , 
Ahmmnxoi' (3) et ton concurrent f 
Bt dflnt ta et^ttiëre Iznmortelle 
Çue ton ITinfia nout parait g^and f 

iKNnqn^e» ton ayeaf^e furie (4) « 
Toute hideuae de forftitt , 
On rit ta eoupable patrie 
Sa fouiller dn lang det Françait I 

Toi qui ne thantae tnr talfre 
Qua lea metors puret det^haaeai^c } 
Toi dont la fiel de la tatire ^ 

. iTaiouiîlÉ {ansait les pinceaux i 

* IMit tanijoiir impur du crime 
Tniné aoodain par not tyrans « 
Faible agneau tu devient rictioia 
]>i loupt'oruclt et dérorant I 

Iià, ta TÔîz plâhâve et touclianfe « 
Attristait r^l^ de oet murs t 
* c Quoi t 4*<u une n^rt flél^itfa^ta 
% Vont#*éteindr9 "miu jours obseins t 

(a) On tait que Flotiaii ^aet tA dans les diEoiaases eontréas d» 
IfOediattie : il a lui'-même «hanté son pa/s aatal dans KstêlU. 
(S) GoasaliradaCordoua, li4ros dn poème de (7r«ifaiff CanfaMa. 

<4) Fersonnan^gàoaequeFlociaBiittTÎetee^it'^'^U*^^*^ 
y4a htm Im déttf § lyaahaM da. la i ém i tiga^at da ea fc> d<fla-> 
laUa. 



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AOUT i8i9. §41 

» Voilà done ; iogirtte patrie,, 
» Le prix de mes chants fortunés 9 
» Les derniers instans de ma vie 
» De koàte sont empoisonnés ! 

9 Fayex , beanz rèTes de la gloire , 

» Poétises illusions ! 

9 Fojes de ma triste mémoire : 

» La mort éclipse ros rajons ! » 

Mais trop tard de ton etelcyafi 
5e brisa le fong odieux t 
Tu péris au prinlami de Tâge , 
PUÔré par nos demieta nereux* 

Tel au matin , quand FhilomHe , 
Sous le rerd feuillage des bois t 
Annonce la saûon nourelle « 

Par les sons teuchans de m toIx t 

« 

Insensible à sa mélodie « 
Le Tautour Ibnd du ibant det alai « 
Et la pressant d*un ong|U impie 
Nous cafilMS teadvea eoaeertf I 

Par M. Fmliilifa làvii^ 



ÉNIGME. 



J*strt pe«t m^ en tout lams la ourioaill « 
Et sur-tout de nos foort eOe me muU^lie. 
JesuisTieux,meiamk« toua Zoiimr )e pri| ifk | 
Rien ne bm plaît pourtant eaflmèt.Vi wonfmntL 
Je tcarerte les nets ^mmi domaine eat le nondt ; 
La guerre et aea daBgwi sont met .pbu gnadt 
Des peuples dispersés peu aenvr taa lîeaa 
Je promène paMout ma eeune Ttgabanâe ; 
De la terve et des eiaus f extrais mes alimeaf 
'Qui poturrah ealeulerma oemlireuse flunUe ? 
De feëres et^a«ars netr»mais^ l^nxmiUe* r« 
Mail c'est assez , leeleor , tu me tient « |e le teni^ 



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s4i MiatGURE Xm FRAN<5E , AOUT i8i». 
■ LOGOGRIPHE. 

SotnrziTT je naû'do luxe et deTextreragaBee r 
Je suis d'humeur légère , et diéris rinconstanoe* 
Aussi ehex lé Fcançais j*établis mo» pouroir ; 
C*est à Parb , sur-tout , eVst là q,u*il me faut vpîr. 
A la cour , au théâtre , an bal , aux Tuileries , 
Je promène avec bruit mes superbes folies. 
Mainte femme • maint sot , dépourvus d*agrémens « 
K^empruntent d*autre éclat que de mes ornemens» 
Le caprice ou le go^t rëglent ma destinée ; 
Je vis , meurs et renais , vingt fois dans une aaiiée. 
Qu*on retranche mon chef, par un destin nouvean , 
J*immortalise alors , et Pindare et Rousseau. 

FÉLIX Meecier ( de Rougemont ). 

CHARADE. 

HoF premier i cpioi qu^on Ibsse , est tonfoiiTi derant tous» 
D*autres individus ne Tont que par dessous. 

J# puis , je crois , par un nouveau systëmcr, 
Xh, suite ; en peo de mots , passer à mon troisibne. 
Xe blanc avec le noir , v«îHi son élément 
Mon second est toujours un titte vénérable. 
Qui reut le mériter , ne peut qu*être louable. 
Autrefob plus commua q^*il ne Test maintenant* 

On ne le conférait qu'à Rome. 
Mon tout , quoiqu'en lui-même , absurde- , iosignifin» t 
Fut ( tout Français le sait et k cite souvent) 
Le mot de gaîté qu*un grand homme 
Prononigait avec gr^ee etpfesque k tout menant. 

JotTYMULu-DESLOOES ( Poitiers ). 
" ■ ■ ■ ■ t^ ii ■ I - . . j . ■ ^ .11 . I .1 III .... 

Mots de rENiGiR , éf^LMoeiuPHx ^t de ht Ckarade 
insérés dans le dernier Numéro» 

Ijt mot de l'Enîgme-logogripbe est Bamê (de papier }. 

Celui du Logo^phe est Basthe , dans lequel on trouve : 5 j^^ 
his , ait , si , la } éi , ioi^f sm, lis ^as , cas ^ îiah , 0ètk , Im y lai, ic^t 
}ae 9 has , Làî» et 1mi&» • 

C^luide la Charade est CaUpiru 



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LITTÉRATURE ET BEAUXARTS. 

H18TODU1 Dz Fkance tendant Li^ix-UmnÉHÈ 6itoiB; pnr 

. Charles Lagretelie , membre de llnstitut , professeur 

d'histoire à TAcadéraie de Paris. — VI* Volume. — 

A Paris , cheis Fr. Buisson, libraire-éditeur, rue Gilles* 

CoeUr, n^ 10. 

Après avoir parcouru cette longue suite d'événement 
qui s'est écoulée depuis le siècle de Eouis XIV jusqu'aux 
premières années du règne de Louis XVI , et do^it rhon- 
neur n'a été sauvé que par les triomphes de Tesprit et da 
génie , M. Lacrotelle arrive à cette époque qui devait 
enfanter Tune des. plus étonnantes révolutions dont le$ 
peuples puissent garder le souvenir. 

Que ceux qui ont attribué cette terrible catastrophe 
aux progrès de Tesprit philosophique et aux vaines dé* 
clamationsde quelques enfans perdus de l'Encyclopédie ^ 
que ceux dont la vue bornée ne saurait embrasser toutes 
les causes d'un grand événement , lisent l'ouvrage de 
M. Lacretelle et s'y instruisent : ils verront tous les élé- 
mens de la discorde se préparer de loin , s'amasser len- 
tement , s^échaufier par la fermentation des partis , de$ 
intérêts et des ambitions , et produire enfin cette redou- 
table explosion qui a ébranlé nos institutions jusque dans 
leurs fondemens. ^ 

Supposez qu*à l'approche de tant d'orages , au milieu 
de tant de dangers , le chef de l'Etat , au lieu de cet esprii 
chancelant , de cette conscience timide et scrupuleuse 
qui l'arrêtait sans cesse , eût eu cette fermeté d'ame , 
cette noble résolution qu'inspire la philosophie , pensezr- 
vous qu'il eût abandonné aux vents et aux tempêtes le 
vaisseau confié à ses soins? Frédéric ou Catherine II, 
«ur le trône de France , eussent-ils redouté les progrès 
deTesprit philosophique? Il me semble que ce qui donne 
un grand prix à Vouvrage de M, Lactetelle, c'est Tari 



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»a . MERCURE DfiFRANCE^; 

^ . « • , 

avec lequel il sait remonter à la source des év^nemens » 
lier les faits entrQ euXt en suivre tous les mouvemens , 
en montrer les conséquences et les ramener tous vers un 
btttunique et nécessaire. Car dans Tordre moral , comme 
dan» Tordre physique ^ la nature suit des lois communes* 
L'histoire n'est pas un assemblage fortuit de faits partieb 
01 isolés \ c'est la réunion d'une infinité de phénomènea 
divers , agissant ensemble, et dont les combinaisons piro- 
dttisent un résultat fixe et déterminé. 

D^ le Commencement , du dix r huitième sifccle on 
aperçoit les germes de la révolution. M^ Lacreielle nous 
en a déjà montré le développement sous U régence. d^ 
Philippe d'Orléans , le long règne de Louis XV, et le$ 
premières années de celui de Louis XVI , dans une pé^ 
riode de soixante-huit années. Pour arriver à l'époque de 
la révolution , il ne lui restait plus qu'un espace dç six 
années à parcourir. Cest Thistoire de ces six années qu'il 
nous offre aujourd'hui dans son dernier volume. 

La j[uerre d'Amérique venait de finir , et la France par 
une paix glorieuse avait effacé Taffront qu'elle avait essuyé, 
vingt ans auparavant. Tout semblait ne respirer que la 
pai^^ et le bonheur. Les jesprits se portaient vers le culte 
des arts , et semblaient n'ètrç animés (jue des sentimens 
de la phis douce bienveillance. Jamais on n'avait tant 
parié a humanité , janxais on n'avait semblé la servir avec 
plus "de zèle ; niais sous une apparence de calme «t de . 
sérénité se formait la plus redoutable des tempêtes i et 
ce fut un ministre actifi laborieux et spirituel qui la pro» 
Toqua le premier. 

Ici M, Lacretelle décrit las suites de la retraite de 
M. Necker , Tentrée de M. de Calonne au ministère, les 
impressions défavorables que répandit cette nomination 
dans les parlemens et les diyers ordres de TEtat, la sécu* 
rite du prince « la satisfaction des courtisans, et l'adresse 
du ministre à dissimuler les plaies de TEtat. Ce tableau 
est fait avec beaucoup de discernement et de vérité. 

M Tout fut aimable , dit-il, dans les formes extérieurea 
)» de son administration ; avant Calonne ce qu'on craignait 
» le plus au'milieu ^es fêtes de la cour, c'était Taspect 
» d'un contrôleur général. Calonne y répandait la ieca<« 



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AOUT i8ia. s4t 

» rite en parïiissant toot approuver de son inaltérabla 
» sourire» U augmentait les charmes de ces fêtes par les 
» 'giéces de sa conversation et sur-tout par la facilite de 
» Be9 promesses. Le comte d'Artois pouvait confier gat^ 
» ment au ministre son protégé les pertes qull avait faitea 
» au jeu. Tout était si promptement réparé que le roi 
s» ét«t tenté de croire que son frère s'était modéré dan$ 
» ses dépenses. La reine avait-elle à réclamer de nou- 
» veaux dons pour les parens de son amils la duchesse 
» de PoKgâac? Le contrôleur général paraissait avoir 
» tenu en'^réserve une place commode ,* un domaine par* 
» faitcment à leur convenance. L'intéressait-elle pour 
» un militaire sans fortune ou pour un artiste malheo* 
» reox? Calonne accordait des secours à tous les objets 
» d une pitié généreuse. A quelque heure de la journée 
» qttV>a l'abordât , on le trouvait dans la situation d'un 
» homme qui a fini son travail, et qui confiant et serein , 
» écoute vos vœux avec intérêt et suit vos pensées en le» 

• dévetoppant. Ucausait bien et discourait encore mieux, 
s Tous les différens systèmes d'économie politique lui 
B étdent également connue. Il raillait en public les 
s économisles , hiais il leur fesait entendre en secret qu'il 
» était un adepte de leur école et que s'il agissait aujour- 

• d'hmenColbert, il saurait bientôt se conduire en Sully « 

> Son style avait moins de solemnité , mais une élégance 

> plus naturelle que celui de Neckër. 11 savait que les 
» rrançais; dans toutes les discussions difficiles , se lais^ 

• sent aisément persuader par celui qui fatigue le moins 
» leur attention. » 

M; de Calonne était donc le ministre qui convenait le 
mieux à la cour : mais était^il celui qui convenait le 
mieux à la éituation des affaires ? On sait combien son 
apparente sécurité dura peu , avec quelle célérité toutesi 
ses ressotitces s'épuisèrent. Néanmoins , au moment 
même dei la phis grande détresse il aSectait la plus grande 
confiance , et lorsqu'il se vit réduit à provoquer l'assem- 
blée deft notables pour leur avouer les besoins de TEtat , 
il se présenta avec la même assurance que s'il eût été 
question d'annoncer la restauration des finances. , 

M, LacreteUe décrit ces circoastancés ave<) autant 



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•5o MERCURE DE FRANCE, 

de clarté que d'intérêt, mais avant d'arriyer aux demieri 
résultats, il suspend sa narration pour. nous montrera 
cette époque Télat de la France dans toutes les parties qui 
pouvaient contribuer à sa prospérité et à sa gloire. Ce 
tableau est riclie en détails et répond victorieusement k 
ces sourcilleux détracteui^s qui ne veulent de gloire que 

Sbur le siècle de Louis XIV, et se font une secrète joie 
e. rabaisser celle du siècle suivant. Dans la peinture , 
on vpit récole française , affranchie des règles arbitraires 
de Wanloo , des. caprices et de la licence de Boucher, 
revenir à un goût pur , simple et noble sous la' direction 
des Vien, des Barbier, des Ménageot, des Vincent, 
des Regnault , des David. 

. Julien, Houdon , Dejouy, Matté, Chaudet, guidés 
par le sentiment de Tantique , opèrent la même réforme 
dans la sculpture. A Taspect de la baigneuse de Julien, 
du Léonard de Finci , de Ménageot, du Socmte, du 
Bélisairc^^ du Serment des Horaces de David , de la Cana- 
néenne deDrouais, le faux goût vaincu s^éloigne des 
rives de la Seine , et Técole française devient la ri^la 
des premières écoles dltalie. 

Dhs le milieu du dix-huitième siècle le génie de 
Soufflet avait rendu h Tarchitecture son antique simpli- 
cité ; les monumens élevés à Paris quoiqu en petit nombre, 
attestent la restauration du goût; l'école de droit et Técole 
de chirurgie seront toujours des titres de gloire pour les 
artistes qui les ont exécutées. 

Quelle révolution dans les arts fit plus de bruit , excita 
plusd mtérèt, que celle delà musique? La France n'avait 
eu jusqu'à Rameau que de tristes psalmodistes. Rameau 
lui-même n'avait opéré qu'une réforme imparfaite. Le 
charmant intermède de J.J.Rousseau avertit les Français 
qu'ils pouvaient aussi briller dans la musique comme ils 
brillaient dans les arts, les sciences et les lettrés. Grétr; 
et Monsigny créèrent une musique nationale , et les cé- 
lèbres débats entre Jes partisans de Gluck et de Piccini 
enrichirent Topera de chefs-d'œuvre jusqu'alors inconnus. 

Voltaire ,. Diderot , d'Alembert avaient fondé la philo* 
Sophie, la doctrine de Locke était devenue classique , les 
tourbillons de Descartes s'étaient dissipés devient la 



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AOUT i8ia, a5i 

^Qiie $iinple et spblime de Newtoi^^ k savant €t infor- 
tuBé Bailly traçait en traits ëlbquens Thistoire àB Vastro* 
iiomie;:dç5savans s'étaient distribués sur les divers points 
du globe pour observer les grands phénomènes de la 
çiarche des astres. 

M. Lacre telle rend compte des e^ipéditiens de nos 
Hslronomes français pour observer en 1769 le passage 
de Vénus sur le soleil. Ce morceau est écrit avec ehaleuK 
et intérêt; mais je dois prévenir lauteurqu^ilsy est glissé 
une faute grave de typographie, qu'il est important de 
corriger; car elle est encore tépétée dans la table. On y 
lit : le passage de Vénus sous le disque du soleil ^ au lieu 
de : sur le distjfue du sol&L 

Mais un morceau plus riche, plus étendu , plus élo- 
cfuent, est celui delà littérature. A cette époque brillaient 
de tout réclat du talent Thomas , Laharpe , Marmontel , 
Champfort, Raynal> Condorcet, l'abbé Delille, Ducis, 
Bernardin de Saint-Pierre , et ce Beaumarchais luinnéme, 
qui sans études et sans lettres fit retentir toute la France 
du bruit de son nom. M. Lacretelle analyse rapidement 
tes ouvrages de ces écrivains, discute leur mérite avec 
discernement et impartialité, montre les espérances que 
nous pouvions encore concevoir , et finit ce .tableau 
fiar cette observation , que si cet état des lettres n offrait 
'pas réclat prodigieux du siëde de Louis XIV , ni de 
cette époque où Voltaire, Montesquieu , J. J. Rousseau 
et Buffon se montrèrent dans la toute-puissance de leur 
génie , il était encore honorable et satisfaisant. 

C'était le tems des heureuses illusions. On voyait l'es- 
prit humain se perfectionner tous les jours; tous lescœurs 
semblaient animés d'un mouvement général de bienfai- 
sance. Loin d'appeler les tempêtes, on ne demandai! que 
Àes jouissances; et si le timon de l'Etat eût été tenu par 
une main plus ferme , si les finances eussent été réglées 
avec plus de capacité , si Ton eût su faire fléchir sous la 
majesté du sceptre l'ambition des parlemens , si des p^ 
sions étrangères aux intérêts de la nation n'eussent pas 
allumé le flambeau de 1^ discorde dans les divers ordres 
de r£tat , jamais la philosophie , ni les lettres n'eussent 
provoqui-de révolution* 



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s5» MERCURE DE FRANCK, 

Maia les fautes du prince se m«illiptiâie&t tôûi M 
jmnrs. It était sans forc^ au sein ,de son palais, comsûé 
in milieu de la nation; ses mesures timides , chanée^ 
kntes , incertaines , révélaient à chaque initaUt sa ùi* 
blesse, et les moindres ambitions purMt alorà seftatter 
du succès. 

Un procès célèbre servit encore à ^ever à là maje st é 
royale là considération qu'elle perdait toùé les jours; 
«Un seul jour, une seule faute, un seul coÉseil <kui- 
M gereux, dit M. Latret^lle, rompit tous lès freins que 
» Topinion respectait encore, excita la licence à chacw 
li^cher près du Ut du monarque des scandales ilnàgH 
]» naires , souilla tout-à*Ia-fois la mitre et le diadème ; 
ft enfin mit ^ur la même sellette des hommes qtii' tous les 
» jours bravent Tinfàmie, et des éttes qui semblaient ii>ii 

• pouvoir jamars être atteints. Il était dit que tous lest 
» premiers traits lancés contre le tr6ne partiraient dtf 
n trône même. » 

Ici' commencent les détails scandaleux du procès dur 
collier. M. Lacretelle en raconte toutes lés circonalancc^,î^ 
et lesentreméle souvent de réflexions judicieuses; « Çtfapf 
-» prend le public, dit-il , dans un long conflit deprocei 
i dures , de mémoires , de rumeurs de toute espèce ?P^ 
« un fait qui ne blesse la vraisemblance. Il faut crbiro 

* que le grand-aumônier du Roi , dans l'espoir de wiw 
M trer en grâce auprès de la reine , s*est sem de la conv^ 
>> tesse de Valois , qui n'a jamais eu le moindre accër 
» auprès de cette princesse ; que, pendant deux ans, cette 
» femme lut a persuadé qu'elle conduisait avec succès 
n une négociation dont Tissue serait de le faire nommét^ 
» ^remiei' ministre ; qu'elle lui à jprésenté comnfie l'unU 
» que prix de ce comble, d'honneur et de puissance , 
il Tachât dun collier de diamant estimé z6,ooo,ooo liv. ,' 
M dont le Roi a refusé Templète , et qui , ue pouvant âtro^ 
>i porté publiquement par la reine, sera pour elle la su-* 
M ^erfluité la plus incommode. 

•ft Convaincu, ajoute-t-il, que l'histoire n'apas encore 

«-les moyens de résoudretoutes les difficultés de ce procès 

* rf éhigmatique , j>n évite les scandaleux détails ; c est du* 

» public quej'aià m occuperparticulièrement...£hbiea! 



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AOUT 1811. tS3 

Wk publie 8^âtladia , doruit ce prôcèà^ aux seuU soap^ 
« fons qnll était iaMM>il8ible d*iidmettre. L'fuûiiiipsité.con!» 
» Ire la reine fit naître une sorte 4*iHt4rdt pp^r le c$f^ 
» dînai ; et cet. iniërèt il le partagea , asrçc qiai ? f^vef 
m Cegliostrp, i> . 

Ci^ostroalaîiaé dea aooyenin trop téfiens et un npin 
trop fameux dans l'histoire des folies humaines > pouf 
^■e M. Laeretelle ait dû L'oublier* Il tra^ce en peu d^ 
fliots l'histoire de et célèbre aventurier , et tire ce qa'Û 
Ht de lui d'un: Mémoire publié par Caglioatro Hûdcuème^ 
«lais attribué à M. d'EprémesmU 

Tout le monde sait quelle fut l'issue du procès d« 
ecdlier. Ce^ débats honteux furent le préiode de débats 
d'un autr^ genre :et bien plus importais. Là oominence 
tout ce qui tif ut aux événemeiïs qui devancèrent la réy^^ 
liitioa etet eU accélérèrent le^ terribles exploaioas, 
. LamortducomtedêVergennes^ la disgrâce de M#.do 
Calcmne , lés premières résistances du parlement, son 
esil et son rappel , les ohangemens opérés dans lenùr 
ttstèiat TexiLda duc d'Orléans, les nouveaux débals 
«ntre le trône et la nuigistrature ^ l'arreslation d« M* d.'& 
primeanil, le$ troubles de la Bretagne, les rédamatiow 
du Danphiné, les représentations de la conduite impru«- 
doitu du cleigé,. la retraite de l'archevêque de Sens*, Ija 
natrée.de M. Necker, ia seconde convocation des no« 
taUes^ les préparatifs des Ëtatsgéniraiix.» VéljMion des 
députés et les demandes du peuple. Tels sont les nom- 
farmx événemens qui se pressent et s'açcumulei^t à cettf 
époque mémorable. ... 

lie récit en est tracé avec beaucoup d'ordre i<t do 
mdtfiode. Le ^tyie de L'auteur a'a pas tou)Ours. de Vi^ 
dftt, il est tou}Oura clair , exact .et facile. Ses Just* 
mens annoncent un écrivain étranger à toute eapè^ft 
diqtérèt et d*esprit de parti. C'est un sage qui se^ plaiHi 
im-dessos des événemens , les contemple «vec calage 
et les décrit tels qu'ils skiffireht à ses regards. Il a pa 
ae tromper ; mais on est sûr qu'il ne Ta jamais voulu- 
On lira avec intérât .tout ce qu'il, a écrit sur la reine » 
cette iUustiie et touchante victime de la calomnia ^^t 
doa fiureiva.ié«olptionnaii«s.. Mak.^ réchunerpî au^ 



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^54 MERCURE DE FRANCE, 

près de lui pour Thonneur et la mémoire d'uûe'aiilrc 
victime qu'il me semble avoir traitée avec une rigweur 
excessive. Je parle <de cet archevêque de Toulouse tbnt 
le nom n'est prononcé qu'avec la plus vive reconaais» 
sance dans les deux diocèses qu'il a administrés. AvAnt 
M. Lacretelle , Marmontel avait accusé ce prélat d'ttne 
basse avarice , et M. Lacretelle semble avoir adopté 
cette opinion. Il l'accuse de s'être emparé de Tardiez 
Têché de Sens , parce que c'était un bénéfice plus conâ* 
dérable que rarcbevêché de Toulouse ; il lui reproclM 
d'avoir envahi les meilleurs bénéfices. La vérité est- que 
l'archevêché de Sens valait cinquante mille écusde moins 
que l'archevêché de Toulouse, que M. de Brieone nele 
désira que pour se ^rapprocher de son frère , et que te 
roi , en lui donnant Tarchevêché de Sens , joigniti» celte 
faveur l'abbaye de Cori>ie , que possédait le cardinal de 
Luynes. 

D'ailleurs » qui jamais fit un plus noble usage de^ 
richesses que le cardinal dé Lomenie ? L'auteur de cet 
article a été témoin de ses inépuisables libéralités f et 
quand la révolution reut dépouillé de ces ressourcés pré- 
cieuses qu'il employait si généreusement , il trouva eor- 
core le moyen de répandre des bienfaitssur lesnom»- 
'breux indigens de son vaste diocèse^ L'esprit- de parttui 
cherché à verser la diffamation sur sa mémoire , Feaf^nt 
<te justice la transmeftraavec quelque honneur à lap^)- 
*lérilé; 

' Je me permettrai ^adresser encore une observation^ 

l'habile auteur de V Histoire du dix-huitième siècle^ Par 

fout où il rappelle le souvenir des hommes qui ont occupé 

^attention du public dans les dernières années du dixv 

'ftutàème siècle , je le vois avec peine s'a£franchir defces 

"formulés de politesse qui semblent essentielles au carao- 

^tère de la langue française ; dois-je rappeler ici an pas^ 

iagp de Voltaire ? n 

ic «Tai toujours trouvé peu conforme à la pcditesse fras- 

H çaise et au respect que les hommes se doivent les uns 

s aux autres , de dire : Fontenelie-, Chaulieu , Créhition, 

}> ta Motte ^ Rousseau. J'ose dire que j'ai corrigé qoelr- 

- » ques personnes de ces manières de p«éfer ; qui seraient 



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AOUT i8ia. a5S 

» tnsaU&ntes pour les vivans > et dont on ne doit se servir 
» envers les morts que quand ils commencent ^ devenir 
» anciens pour nous. » 

L'ouvrage de' M. Lacretelle a été accueilli du public 
avec une telle faveur , que la seconde édition est deve- 
nue nécessaire quelques semaines après la preYniëre. S'il 
ea est encore tems, )mvite Tauteur à faire disparaître 
ces fautes légères* Sai^uxs. 



9t^^f^ ^i ^^'^/%f^^^^^^^^^^^^^^^,^^^%^^^ 



VétAGB FITTORESQITB DU NORD DE lItAIIE , par T. C; 

' Bkttttn-Nseroaahd , gentilhomme de la chambre du 
roi de Danemarck , membre de diverses sociétés 

• savantes 4 les dessins par Naudet ; les gravures par 
DsBUCOTTRT , agrégé de la ci-devant Académie royale 
de Peinture. — Première et seconde livraisons (*). 

' Nons premier article a fait couiiaître le plan de ce 
bd ouvrage , et la manière dont il est exécuté ; dans 
eekii-ô nous allons suivre la marche^ des voyageurs , 
indiquer les objets qui ont fixé leur attention v et qu'ils 
oottrcrové à propos de rappeler à la curiosité, soit<i«na 
lelexte explicatif, soit dans les charmantes gravures ffjk 
Paccompâgnent. 

Après avoir traversé la vallée de Chamonix , les deific 
voyi^eurs montrent sur* le grand Saint-Behiard , X&ê 
juillet 1806. Ils s'arrêtèrent ches cee respectables reli»- 
Dieux qui passent leur vie entière à soulager' l'infortuné 
voyoïgeur , qui souvent sans eux expirerait, et arrivëreift 
le soir à filartigny» La première visite de Tauteur fut chex 
le prieur Murtth , célèbire par se$ connaissances enni»- 

(*) Cet ouvrage oondeodra teiie ë dîx-tept HvxaisoiM ; il en pareil 
«as pas mois « composée desii planches et d'un texte explicatif. jCha- 
^Unaisoa estdu piiz 4e a6 fir. , papier rélin graad-âigle satkéî; 
arant la lettre ; 20 fir« , papier réHn ; et 9 fipk , papier ordÎDaire. I^ea 
peiBQonee ^i n'auront pas souscrit avant que la troisième livraison 
pasaisae* paieront 12 fr. pour le papiçr ordinaire» et 26 fr. papier vélio^. 

On souscrit chez rAoteur, quai Voltaire ) n° 17 ) tt chez les pni^ 
i^«tt|ilaaircsetB#c«l|mdf d*eit^ .. . \. ;^ . 



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hSê MERCURE DE FRANCE, 

misnuitii^e , et par le don .qu'il a fait de son midaiiter 
»tt couvent de Saint-Bernard* Il r^enne plus de ^a- 
tré*vingt médailles trouvées tant sur la montagne que 
dans le Valais. La ville de ^on offrit à leurs regards 
plusieurs de ces malheureux connus sous le nma àm 
CftéthiS, dont le nombre a considérablement- dimîiiné , 
grâces à 1 influence. du gonvernemeut français. Gé qui a 
le plus contribué à cet heureux résultat , c'est le soia <|M 
Ton a pris pour réducation de la première enfance. La 
ville de Sion n^est remarquable que par un châtéau-fort 
d'où fon découvre une vue charmante, et par quelque! 
sœurs d'un ordre nommé /a il6^m//ecA/id/ie/ii»e. Ces soeurs 
•'occupent de Téducatio^ des çnfans, et paraissent $vAf 
vre la règle des Trapistes : il ne leur est permis depadèr i 
«lème entr'elles , qu'à de certaines heures de la journée. 

Après neuf heures de marche , les voyageurs ^rritb- 
rent au Simplôn, qu'ils quittèrent pour se rendre d*abord 
è Domo d*<Atoola , puis à Oondo , enfin à Feriolo « petit 
village agréablement situé sur les bords du lac Ma)eur. 

Lm premier! rayons du soleil brillaient à peine qm 
les deux voyageurs se disposaient à visiter les Hes Bor«» 
sromées. Ib s'embarquent et parcourent suocesaivenueiït 
llsolaBella, llsola Madre^ l'Isola del Pescatore. M. Bmim- 
Neergaard en fait la description, et donne des détails 
tmievat sur la première de ces îles. Il fait aussi connrttre 
la distribution des jardins , des hâlimens , et les pi» 
jmmx tableaux qui ornent les appartemens* On y dis* 
iingue une yénus quicomgt t amour, par Bianclâ; le 
io&é de Ttmpesta; un petit saiid Frtmçoiê, par Fii^ 
asihgo ; tt&e Ciéopdtre à genoux , par le nième ; «né 
•I^mrge Unani un iis^ par le Guide ; iqùatre Zucbareiti , 
dont deux ont été gravés par Bartolozzi j quatre grands 
iêt superbes Lucas Jordans , etc. etc. 

Le philosophe de Genève fut enchanté de celle hebi» 
iation ; il dit même dans ses Confessions qu!il l'anrait 
choisie pour la demeure' de Julie , sil-o!^ avait pas froové 
trop d'art et de richesses. Le célèbre Saussure en a fait 
la description dans son Voyage des Alpes , ainsi que le 
professeur Hirschfbld, savant danois. 

Aprèa avoir décrit tout ce quiiui a paru devoir inlé* 



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AOUT i8ia, a57 

resstr , M* Bruun-Neergard arrive à Sesto-Câlen^ 
en part pour se rendre à Milan. Il visite la câjj 
appelée communément 11 Duomo. Ce monupent^^, 
n'est pas encore achevé, a élé construit en 43^5^^ s 
Jean Galeas Visconti. Sa masse imposante semble réun£^;^^ 
le style des architectures grecque et golhiqu^.j et paraît -|^?^ 
même quelquefois approcher de celui des Àipbc?. Ijt-I^ 
façade fut commencée en i58o sur les dessins tts.PeU&jj--^ 
grini, dont le nom est aussi connu comme peintre. Lâ-^ 
cathédrale de Milan est plus large et plus élevée que 
Téglise de Saii^t-Paul de Londres , mais elle e^t .moins 
longue; lauteur en fait justement la remarque , parce 
qu'on a souvent répété que 11 Duomo était le plus grand 
corps d'église après celui de Saint-Pierre de jRome. 

Au surplus , la cathédrale de Milan est remplie de 
tableaux et de statues. On y remarque le corps de saint 
Charles qui e^t conservé dans une caisse de cristal de 
roche, u On voit de belles peintures sur les croisées au 
» bout de réglisej on admire de grandes colonnes de 
» granit de Baveno , que les Italiens appellent Migfiarole z 
1» l'Egypte même en aurait difficilement fourni de plus 
» ^andes ou de plus belles. £n montant aur II -Duomo, 
» on jouit dune vue magnifique, et on peut bien dire, 
j) avec plusieurs voyageurs , qu'on croit niarcher sur une 
» montagne de marbre. ». 

La célèbre peinture de la Cène de Léonard de Vinci 
qui se trouve dans le réfectoire dé Téglise de S. Maria 
délie Grazie, ancien couvent dé Dominicains , est prcs« 
qu*entièrement effacée. Pludî»urs causes ont cohtribué 
à la perte de cette composition admirable. D'abord les 
proc^d^ que Léonard, avait suivis dans l'exécution de 
cet ouvrage , la longue insouciance et la coupable indif- 
férence ^s anciens propriétaires qui , sentant peu lé prix 
du trésor qu'ils possédaient , laissèrent estropier lea 
figures du Chridt et de plusieurs Apôtres en faisant élever 
ia porte du réfectoire,, ensuitq les mains profanes qui 
Font plutôt repeint que restauré , les malheurs de la 
guerre, toutes ces causes réunies ont contribué à dé*,; 
truire un objet ^'art qui, en tçut lem» > devait faire l'ad-. 
niration des artistes. , ^* 

R 



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tyè MERCURE ITë P&ANCE, 

' Uëttrémiétfeiit qtt'il se trouvé un grârt4 noinbre âé 
côrplèii' d^la Cène, Uni à IWlô qu'à là freâ^t. Phn 
«(Qùrs fhWës âraht la rmtatiVikioh deviëlifieiit >eJdréfi(H^ 
IM^nt précîèi^iés , et dbtkiëtit (a plus graïid^ idée ^^ Ttiri^ 
gîÂiElt/ La plus estimable de ces copies est celle que )[k>s-* 
èédaftrif lé^ Chartreux: djè Pavïè. Quelques persokiAe^ 
Tcml ^trïbûée à Lepnardo lui-même ; mais elld paraît être 
de fi8n' élève Marc d'Ogîottrio. L'Empereur J^iseph !I 
ayant supprimé le couvent en 1793 , cette copie fut 
VeàdVie: die appartient «aujourd'hui à un particulier de 
Milan. Une autre copie fort estimée se voit à la Biblio* 
flièqile.Ambfoisienne; elle a été peinte par J. B. Bian- 
chi.' M. Bruun-Neergaard noua lait conualtre les ftom^ 
des artièrtêi qui ont peint, dessiné et gravé cette pr6^ 
diicWoû a'dtnirable. Ses recherches ne peuvent iti'ahquer 
d'intéresser tous les amaleursy ées réflexions font aper^ 
Gevoir en lùfi un ami des arts ; li^n homme ôclairdetpro* 
fond qui réunit^ un jugement sain , un goût- pur', des 
tounaissanées très^étendues en histoire haturelte. 

J. B. B. RoQ^Kroïtt. 

J^LGIAT^OCLÉS , OU Lettrçs écrites de Rome et de Urèce 

' au commencement du ifuatriènte siècle , |raduites de 

J-aHçmand ^e M"** Pjchlbr , par M~* Isaueixk Dr 

'. MoNTouEU^ — ;A î^aqs., cbe« Élanchdrdel Eymeçr, 

rue tà^azarine /n^ <{o j eti^alais-Royal , galerie» de 

. bais^^n*^ ?>^ , au Scigç,,J^r(m/iiin. V 

' d'i^TÂiTi^ine J>eHé époque à: 'peindre , qU^'ë^He^ oik 
Pfeitfpirë foiùàîn . qui subsistait depuis trois - siècles , 
înalgré la cruatité et rWiîpérlttè klè la pfiipart Afc i'«k)àà-i 
^es. qui avaient hérité de fa ponrptie', qui en av^âefit été 
tèvêtds pat^ élection , -ou qtrî l'avaient diaitirpé«'';'qtie 
^bètte-' ^oqute' , dis-je ,'■ btf *é: colosse /^i^hte'sqWe^ 
Wtkrfué de tbùA les côtés par lés barbares AuNcJra ^\)ht 
fès Perses strccipsseurs dès Pâfttti^ , joignaàt^fet^dêc^éjn^ 
tpdç*ppl^ique â la décrépltudèreligîeose dupot^théi^Bie, 
îfvaît" besoin ,- -potrr se soirtënîr encore ttveè ^^Ju^elqué 
éclat , qu'un prince , brave et ambfliëd^ féÉïM^bM se. 



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AOUT 181^. ^5^ 

^t« ia couraim^ impériale dont plusieiirj Aygusies et 
pIudÎQMrs Césars se, dilataient lea tletironç , ]iii ^pnixât, 
poUfi nouvelle capitale une ville d'où ses flottes dirigées 
à*la-fQi5 s\\x trois ijfier^ différentes , pussent porter des 
4raiipes et dea secours ^ toutes Içs parties de l'Empire» 
^t rajeunit son cu)te et sa morale par une religi^ nour 
vetle qui opér4t.d»Qs hs cieii^ une rfSvolu^on ne* 
^oms complettei que i^ grande révolution poUtiqvi^ tpji 
changeait alors Ja face de la terre. 

Vn pareil t£^leau semblait d^Kiander 1^ touche 4 uli 
homiTie plutôt que celle d'une femme , ordinaîreqtetlt 
pe« versée dans les connaissances faistoriqyes , pw 
jkccoutumée à démêler, les causes. 4es événemens , %tk 
iiter de grands résMltafs , de principes quelquefois obs- 
curs et souvent incertains. £t pioiittant cet ouvrsc^ ^^ 
M^ Fichier , traduit ile laUemapd par M"' d.e Monr 
ii)imi , prouve queUe était h laJianteMif du sqjet qu'elle 
4vait jphaisi » et le mérite de la traduction ^ssOQmWT 
4e MbôtoUeu à la glpire d^ Taiiteun 

Il y A<ilw4i;Q(tiQ production dewpartîei tthfi^simciof^ 
la partie romanesque iH la pAriie histonqn^^ Bansi'unfe 
.et l'jautre , M^^Pi^jer nous pavaft avoir déployé une 
^aade supéciorité d» talent, Cpmm^nf«ns par U pâflie 
rûi|«Mù^lq(i&. Agslbaalès , ami de Tirjedate , prince , at 
^«îteffoid'Anmé&ie, séparé de l^arissa, jeune greQ<|iie, 
Jaj^mpagBA.de.flonentance ^ et qui^ 4^ f^reu ^ sa 
œëry, devait hîfutiôtjètre «on éponse^est toul près <Kêtre 
^dnit à Borne , oà ii ikit un tases long séjour , par kv 
dkarm^ 1 Te^rit et (es talens d0 Cdlpiwme , et i^ peitt 
jnèm» se' àéienàteiû»\mm^ , qiiôiq«'H parvienne à toi 
4mdier la viiPfeaBo à& aa passû^o^ Géroué aux iflAétèts 
4e Tiridftte, qu/$ lapoiiti^ie db pècMl^ea f eiil faire coi 
iM l'Arménie » poiir Tot^posâr aux >Persâs qtfî s'él^itat 
3m|[mrés dte 0^ vtiyanmfi / il vajGoadMlti^'soas les onlcrk 
4ii.général I>émétritift,.quiie nonmxMos^léfitif, c'^if^ 
-^ffySoo, aidédiiwmpy et qui biiBalôtlfiiflit redjsvable de 
la vie* L'époux de ce Demétrius est prédisjéntent cette 
même Larissa dont il n'avait plus teçu da nouireUfla: 
C!çat alors querad jiluatipn devient aingnUèrementinté^- 
Mâmmde f miûa «au^i frèa^çéaùbl^i DlàfûéAn^ ^Mciik 



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•6a Mercure de FtiANCEr 

guerrier , dont \k gloir« offusque un courtUan du Céskt 
Galérius , nommé Marsius Alpinus^ est privé du com- 
mandement de son armée , au moment même où il 
vient de remporter une victoire , et peut-être pour 
l'avoir remportée. Il se retire dans une campagne 
solitaire avec Larissa son épouse. Il y est surpris par 
les Goths , et meurt en voulant les repousser. Larissa 
devient leur captive : mais grâce à la générosité du 
chef doùt elle est le partage , elle redevient libre. 
Instruite qu'Agathoclës a été sensible aux charmes de 
Calpumie , et croyant même qu il va Tépouser, elle 
quitte le nom de Larissa pour prendre celui de l'héophar 
nie , et par le conseil d'un prêtre éhrétien qui dirige sa 
conscience , elle se fait recevoir à Nicomédie parmi les 
diaconesses et se dévoue au service des malades et des 
blessés. Agathoclës , que aea grandes actions ont fak 
distinguer du César Galérius, nommé Auguste après 
Tabdioation de Dioctétien , est élevé par lui au rang de 
tribun des Joçiens. C'est alors que l'amitié l'unit à Cons^ 
tantin , qui lui découvre le projet ou'il a conçu , de se 
faire seul et unique empereur , de cnanger la religion de 
l'Etat , et d^en transférer le siège à Byzance. Agathoclèi , 
déjà chrétien très-zélé , et dépositaire des secrets de 
Constantin ^ voykge dans toutes les contrées de l'Elire 
]pour Ini faire des partisans , et lui donner les moyens de 
tromper k haine de Galérius , qui soupçonne les pr(^ets 
de son ambition, et veut le perdre à quelque prix mie 
cesQtt. Revenu à Nicomédie , Agaithodès, voulant dé- 
fendlreunejfemme chrétienne contre la fureur d*un prêtre 
de Cérès qui prétendait immoler son fils à cette idole , 
est blessé par le peuple armé pour ses dieux , et est con« 
duit , pour être pansé , dans un de ces hospices secrets , 
où Théophanie , c'est*à-dire Larissa , remplissait )es 
fonctions de diaccviesse. C'est là qu'elle le reconnaît et 
est reconnue de lui. Ce moment est du plus grand inté- 
rêt. La joie de Larissa est pourtant altérée par la pré- 
sence de Calpumie, qui vient visiter Agathoclès sous 
Thabit d'un jeune esclave : mais cette belle Romaine ayanit 
accepté la main de Tiridate , roi d'Arménie , et Aga- 
thoclès ayant 4oa&é à Lari^^a des preuves irréfragable» 



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AOUT i8ia. a6i 

ê% M fidélité , cette dernière consent à hii donner sa 
main. Deux enfann sont le fruit de cette heureuse union ; 
mais un incident fait tomber les deux époux du &îte du 
bonheur dans un abîme de maux. Constantin ^ Tobjet 
de la haine de Galérius , et qui sait que ce dernier veut 
le faire périr , parvient , par les soins d'Âgathodès , à 
s'échapper , mais il est repris dans le moment même qu'il 
s^mbarquait pour aller se mettre à la tète des armées 
qui lui sont dévouées. On le renferme dans une étroite 
prison. Agathoclès , à force d^argent , obtient d'ua 
garde qu'il *Vy introduise déguisé , et là , inspiré par 
ramifié et par une certitude prophétique que le destin 
de son ami doit le porter sur le trône du monde , et^qu» 
cet empereur est de tout tems réservé à accomplir à cet 
égard les décrets de la Providence , presse Constantin de 
changer avec lui de vètemeiit et de sortir de sa prison 
où il tiendra sa place. Constantin résiste d'abord , mait 
eùfin vaincu par les argumens irrésistibles d'Agathoclès, 
il remplit le vœu de son ami et s'échappe. Galérius » 
instruit de sa fuite , et furieux qu'Agatnoqlès lui ait 
ainsi dérobé sa victime , le condamne à la mort et or- 
donne l'apprêt de son supplice , malgré les prières et les 
supplications de Larissa , de Tiridate et d.e Calpumie : 
tout ce qu'ils peuvent obtenir , c'est qu'avant de marcher 
à la mort , Agathoelès ait du moins la consolation de 
faire ses derniers adieux à sa fenune et à^ses enfans. 
C'est dans cet entretien , dont on ne peut lire les détails 
sans verser des larmes , tant M°^* Fichier. et M"** do 
Montolieu y ont déployé de pathétique # c'est dans cet 
entretien, dis-je , que Larissa, qui a fait commuiiii^ son 
époux et qui a communié avec lui , espérant qu'après sa 
mort f l'ame d' Agathoclès qui lui a fait >urer de lui sur- 
vivre y ne Tabandonnera pas , et planera autour d'elle / 
obtient de lui la promisse de so manifester à son épouse 
après sa mort , par quelque signe évident. Agathoclès. 
meurt avec le courage et la constance d'un martyr , et , 
fidèle à sa parole , U apparaît à Larissa , qui da maint 
croit lo voir et Fentendre. Malgré la singularité de cetia 
promesse et de T apparition , qui en est le résultat , on sa 
sent entraîné par Téloquence du sentiment et df la relira 



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26^ MERCURE DE FRANCE, 

gion y èan» lè dernier w)lunie ée c^ romcn qui nooa 
panrait d'un «vdre trèâ-dislîiigué. U y a aussi de très- 
b#ll«i*.thos^ d<^ns lei trois premiers volumes , otde 
briilakks épisodes qni, cependant , ne nuisent pas à Tin*' 
lérèt de l'aetloa principale. Les caractères de Larissa , 
d'Â(9aUiodès et de Cjdpumie , sont supérieurement de«>> 
iinés et coloriés. Rien n'est sur-tottt si aimable que cette 
Caipumie , qui malgré l'orgueil que lui inspire sa beauté^ 
malgré sa coquetterie et ses intrigues qui sont loin d*être 
irréprochables , à-ia-fois amante passionnée , et mai* 
tresse plus que légère , est cependant amie à toute 
épreuve^ Quant à Larissa , il est difficile d'être plus 
intér(!»sante , plus passionnée et plus religieuse. Cest 
dans le roman mèiHe qu^it fiaut lire nombre de morceaux 
du plus grand intérêt qu'un extrait ne peut qu^indiquer , 
parce que l'abondance des citations excéderait les boraes 
qui nous sont imposées. 

La partie historique n'a pas un mérite infériear. à la 
partie romanesque. M~ Pichler et M~ de Montolieu , 
Ipxi lui «a prêté les -couleurs brillantes de son style , ont 
peint avec beaucoup de vérité cette époque singulière , 
^ ei le polythéisme étalait toute la décrépitude de sa longue 
vieillesse , où le christianisme , avec toute la ferveur et 
ta vigueur de sa première institution , attaquait ce vieux 
^osse , encore asses redoutable à êeê derniers momena 

Eour écraser ses Vainqueurs sous les débris de ses ruines, 
a sombre fureur de Galérius , qui nous parait avoir 
beaucoup d^Hnalogie avec celle de Tibère , et^ui , qnoî« 
<ttt'il4ie'fût ni aimé » ni estimé de Dioclétten, usurpa sur 
eet ^empereur le même pouvoir que Tibère Uvait eu sur 
Auguste , le noble courage des chrétiens , le zèle éclairé 
de leurs prêtres , de leurB évéques , qui , seuU alors > 
dans un ttècle barbare , conservaient intact le dépôt des 
ifciences et des arts , et l'emportaient sur les prêtres 
paiens > autant par leur «avoir et par leur éloquence, 
que par Ja sainteté de leur morale et l'ardeur de leur char 
rite , fous ces traits , toutes ces circonstances , qui appar- 
ti^hnent à l'histoire, sont fondus avec beaucoup d^adresse 
dans ce roman , genre de production darts lequel on n'a 
pas dr^it d'^.\îger la sévérité de$ coulcui^s locales. Ce 



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|iW ^ 4}!^ p;» |iQ puiaae «ovisager sous un poû;i( dç ¥ue 
fort di^écen^ I {xlusieurs obje^qMeJVl"^^ Piçhler a pomf4 
4aps do^te conune elle «'en e$t &it iiimiç idée* OijL pourrais 
d'^bordiifi contester que ce fût par ^blesseque!Pigc|ét^i^ 
ait.ahdiqûé Tempirp , et remis le$ vèmes ^ugo^vernefqent 
àQalérius. U nous a paru, d'apri^f touflcisrenâieigaamefif 
qpfi nons donpe rhiatoire , et 8ur-t9^t d'apr^ jies fyUs ^ 
quon ne peut guères révoquer en doute, que J)iQcl^t'}/s^ 
avait ài-la-fbis 4u .courage et de h sage^a , et av^c ce^^ 
doux qualités., qu'on ne lui conte^e pas , ordinairenau^ 
on n'est pasfa^^ : )e soupçonnerais , au contraire, q^ 
qu^que sentiment d'orgueil et :de vanité )ui suggéf'ia 
cette abdication , par la raison qu'elle fut combina a«f;ç 
ceib deji^la^^ûiven sur l'espiit duquel il avait un si grand 
ascendant. Il voulut donner ^ Tunivers le ménie specv 
. tacle que Sylia lui avait doni>é qva^e siècles auparavant. 
Peut-être au^i Jie désir du rep^s , et la lassitip de de lutl^ 
sans cesse sur je irône contrç les passions bumainef , 
rentrai,nàrent-ils à cette déiparcbe célèbre .i Peut-être 
était-il convaincu de ce que M. (|e Voltaire a U hietfi 
exprimé dans sa tragédie d'AUire : { 

Crojei-moî , les èumains , gue f aï trop su eonnaitre , 
Méritent peu , mon fils , qu*on yeuHlè être leur niaître. 

Si Dioctétien laissa l'empire à Galécius , c est qu'il nç 
pouvait faire autrement , puisqu'il Tavait décl,aré Çésai: 
depuis plusieurs années. Il crut d'ailleurs et devait croire» 
en effet , que Constance-Chlore. , priuoe brave et vertueux, 
^'il lui avait associé à l'empire , serait un frein pour ses 
vices etspg aynbijion qu'il connaissait bien. Les événemens 
coatranère^t &€ê sages dispositions ; Constance mourut^ 
H Gal^fius lui survécut assez pour que l'nnivers fût 
jsalheiireiyx sous ses lois : mais l'infortune fies peupljGy{ 
^ne DiocléUen ne gouvernait plus , ne doit nr ne peut lui 
èbcQ imputée. Ce grand empereur vécut ensuite kui,t 'ùna 
«impie particulier h Salone , sans regretter l'Empire. On 
j»ait qu'il refusa de reprendre la pourpre , et la mort de 
sa femme Prisca et de sa fiUe f^alérie , assassinées pair 
les ordres de Licinius ,. furent les seuls reveis qui trou- 
blèrent la paix de sa solitude. 



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%6i MERCURE DE FRANGE, 

Nous croyons aussi que M"^ Pichler a beaucoup frojpr 
embelli le caractère de Constartiin. En effet , cet ambi- 
tieux y qui araii de la vaillance et de la poliÀque , xtsais 
que les circonstances ont encore mieux seffi que ses 
qualités ( car il n'eut pas de vertus) -, ce barbare , enfin^ 
qui sur d^assez faibles indices , condamna sa femme et 
son fils à une mort cruelle ; et les fit périr presque sont 
ses yeux , méritait-il qu'Agathoclës conçût pour lui une 
amitié si tendre et si courageuse , et s'elposât à subir 
une mort certaine pour le sauver? En vérité , Constantin 
n'est pas un de ces héros pour lesquels leur peintre , lenr 
historien , ou même leur panégyriste , doive se pas- 
sionner. 

Une dernière observation que nous croyons devoir 
faire à M** Pichler (car ce n est pas à son élégant tra»- 
ducteur que nous devons la soumettre : aucune des 
erreurs de l'auteur ne peut lui être imputée), c'est qu'elle 
rappelle des noms célèbres dans les plus beaux tems de 
la république romaine , à une époque où ces noms 
n'existaient pas plus que ceux qui les avaient portés. 
Personne alors , à Rome, pas même parmi les sénateurs, 
ne s'appelait Sulpitius , Sorranus , Calpumiusi PUo* 
A peine ces pères conscrits de nouvelle date-oonser* 
vaient*ils dans leurs noms ou leurs prénoms lapparence^ 
d'une origine romaine. Les empereurs , dans leurs 
diverses proscriptions , s'étaient plu à faire couler le sang 
des plus illustres familles , et c'était dans ce sang à longs 
flots répandu qu'ils les avaient éteintes. Les noms des 
nouveaux patriciens , même de ceux qui avaient été créés 
par Auguste et par ses premiers successeurs, n'existaient 
déjà plus. Il y avait long-tems que les fastes consulaires, 
souillés par les noms barbares de Goths , de Huns , de 
Gépides , revêtus , sans pudeur , de la prenuère magis* 
tratnre de la république, n'offraient plus ceux des nobles 
de la première , ni même de la seconde création : un 
Publius Cornélius Scipio , et un Fabius Maximus , sont 
les derniers de ces deux grandes maisons qui soient ins* 
crits dans ces fastes , et depuis le commencement du 
troisième siècle dp Tère chrétienne, on n'en trouve plus 
de traces. 



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' AOUT i8im. • a6S 

Tous tes TTaîs Kttéitnc<|]rs doivent savoir gré à W^ 
de Monlolieu d'avoir prêté à M"^ Pichler les charmes de 
5(m styie qui nous rendent cette très-estimtfble produc- 
tion pjus précieuse. Nous Hnvitons pourtant à corriger, 
dans la prochi^ne édition de cet ouvrage , les deux 
phrases suivantes , que cette dame n asans doute laissé 
subsister que pour se piquer d'être fidetle à son ori- 
ginal. 

« Convaincue à présent que tel était Vètre qui agitait 
» mon cœur , je suis rentrée sans peine dans t ornière de 
» tranquillité et d'insouciance dont sa présence et soii 
» départ m'avaient fait sortir. >i 

« Il y a des positions dans la vie qui paraissent de loin 
» aussi brillantes f/ue les aiies tfun papillon, n 

Jamais la tranquillité et Tinsoudance n'ont pu être 
comparées à une ornière; et il n'y a point de positions 
dans la vie que Constantin ( car ces mots se trouvent 
dans une de ses^lettres ) , que ce farouche Breton , de- 
venu depuis l'assassin de sa femme et de son fils , ait 
pu trouver semblables aux ailes ^un papillon. Cons- 
tantin ne doratisait pas. Ces fautes légères sont presque 
les seules qu'on remarque dans cet excellent roman : 
mais il est essentiel de les fûre disp<^aitre. A. M. 

lAnaa i>ES TŒuz BS JutAval ; traduite en vers français 
par A. DE i^ Ch***. — A Paris , chez Firmin Didot, 
uiprimeur de Tlnstitut , rue Jacob , n^ a4* 

Il est impossible de ne pas s'intéresser i l'auteur de 
iette traduction après avoir lu sa préface. 11 y parle 
avec réserve de ses prédécesseurs , il y établit les prin- 
cipes les plus judicieux de Fart de traduire , etil réclame 
en quelque sorte les observations des ciîtiques sur là 
manière dont il a su les appliquer. Nous croyons , en 
effet, qu'il les mérite. Lorsqu'on a des vnes aussi saines^ 

n' ' es à tant de modestie et de bonne- foi, on n'a plus 
in sans doute que d*étre éclairé sur les défauts de 
son ouvrage pour les corriger et pour éviter d'y retombur 
à lavenir. 



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966 MERCURE DE FRANCE, 

» ^. 4eU^.(%***cegiH'âe, aTac.raiêOii', là fidéUtécoiitine 
le premi(^ d^oir .^ .tcmt traducteur /et mèoiye de oekA 
qiii tr^idiHt m^ t^rt im poêle. Cette ftdélité oonsîsjte t 
di(4l , BOn à «'ettacber iotupuleutemeAt à la lettre » mait 
à «e teair ^vMÎprè^ de roriginal que ie permet k( génie 
de notre langue , à conaerver Tordre dee idéea et des 
cbo^e« » à faire dire è Tairteur tout ce qu'il dit de la laa* 
niëre dont il le dit , et à ne rien ajouter à son tèaH^. 
If. de la Ch*** prouva trèff-bien , pu des citations » com- 
bien il est fdffagf reux de i^écaiter de ces préceptes , et il 
^ ajpute na autre sur le soin <]ue doit avoir le traduo 
teur d'observer' le costume , de conserver la couleur 
jkic^le 9 si^s lequel , en effet , il ny a point de salait en 
traduction. La clarté , la pureté , sont les deux autres 
qualités qu il recommande , et Ton sent bien qu'il n a 
pas ed besoin de preuves pour en établir la nécesaité. U 
demande ensuite qu'on le juge d-après «ses principes , et 
c'est aussi d'après s^ principes que nous prétendons le 
)9ger. Qu'il ne s en prenne qu'à lui ai nous rendons uo 
arrêt sévère» C'est avec l'auteur qui sait si bien comment 
il faut faire , que la cntique a le droit de difioyex sa 
iQvérité. 

Pès la première jpâge de la. traductioB , je IroAiiïe 
M. de la Ch*** infidèle à l'exactitude qull s'est prescrite. 
Juvénat noûs dtt r 

.... NtfitttrM tùgé , modiut^ pHuntur 

te Sous la toge et dans tes camps on demande aux dieux 
ce qui potts peut nuire« » M. de la Ch*** traduit : 

I/hotomè veut ion mallMur daM k gtterre et la paik. 

Cela.nW ni exact, ni vrai, ni poétique. L'homme nç 
veut pas son malheur, mais il est assez aveugle pour de- 
inaùder aux dietuc des choses qui lui nuisent j et que 
devient dans la tradiK^tion l'image de la toge? que devient 
^énergique r^étitionde nocilura? 

Quelque^ vers plus bas on lit dans Jovéoal : 

... « F^ribiêÊM» 

Confisuj p0riit y admirandisque lacêrtis. 



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AOUT i$a. «67 

tt Celui-là périt ^pduv s'être conM dam sa vigueur , 

! ù^ûs ses bras dont on admirait la force. » Il est clair que 

le satirique entend par4à les hommes- qui ont trouvé la 

mort dans labus de (eurs forces ^<x>rperelie8é Cela est-il 

aussi clair dans ce vers du ti*^ducteuj: : 

ï/nn se fie à sa fbtce et Tolt trandiet ^es jours. 

Je ne le crois pas : en négligeant Vadmirandis lacmtis , 
i\ a rendu ie passafp obsour et s^est privé d'une image 
leasibie. Je tourne te feuillet et je lis cea vers : 

Les souhaits ^*à formet le peuple est toujours prompt » 
Les Voici : Fais , 6 ciel I que mes biens s'agrandissent « 
Que ma richesse augmente et ^*aueun citoyen 
ÎTait au Forum un coffre aussi grand que le mien ! 

\ liais nul poison n*efit hu dans un vase de terre. 

I Tremblez on sâi^isdant un précieux craihte « 

i'f'emMeîr quand le Sétine étincelle dâUs Tor. 

Le dernier rems est heureux : il rend biett ei hto seiinum 
t^Miiin tf«A>. Mais^en pasent am traducteur l'emploi 
èi mot cratère , quoique spécialement affecté à la bouche 
des volcans 9 pourriiit-on se contenter du vers <|ui pré* 
eède, pour e^cpliquer ce que dit Juvénal : 

S^d nuîla aconita Hhuntur 

FictUitus? 

La traduction est pourtant très-fidèle en appatence, 
fiiâk elle devient inâdète et obscure par un sévi mot 
supprimé dans le vers suivant : 

.... Tunù iila timê cùm pootûa sûmes , etc. 

« (hi ne boit pas Taconit dans les vases de terre , crain^- 
fe quand tu prendras une coupe brillante , etc. » Dans ce 
passajge et dans beaucoup d'autres , Juvénal est si concis 
eUes transitions sont si brusques , c|u'on risque tout à lui 
relrancher un seul mol , et qu'il doit être permis de sup- 
pléer à sbn silence. Continuons celte même page : 

L*Abdéritaîn mAquaiif jadis riflit sabs «t tse , 

Et jamais cependant il ne vit dans la Grirce 



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968 MERCURE DE FRANCE, 

Hi prétexte , oi ehar^ m juge , ni Uotvtr. 
Qa*eût-il fait t*ii eût m le laperbe préte«r t . 
Dans le cirque eu mîliett d*ane épaisse poussiète f 
Pompeusement assis sur sa iMiiite iUidrê ? 

^observerai en passant qtie rendre prœiexta par ffri- 
texte , c'est se livrer à cette fidélité perfide dont tout tra- 
ducteur doit se défier. Beaucoup de lecteurs ne con- 
naissent point la préiexie; tous savent fort bien ce que 
c'est qu'un prétexte , et je conseillerai du moins à M. de 
la Ch * de ne jamaia employer ce mot au féminin sans 
Tarticle , ou sans un adjectif qui en détermine le genre 
et le sens. Mais ce tort n*est rien auprès de tout le mal 
que produit dans le passage le simple échange de deux 
mots. Juvénal nous dit que Démocrite ne vit point en 
Grèce de litière^ il nous peint un préteur monté sur son 
thar, et tout cela est conforme à la vérité. M. de la 
Ch*** lui fait dire qu'il n'y avait point de char en 
Grèce ; il place son préteur dans une litière , et il commet 
en cela une double erreur. La première saute aux yavx 
de tout le monde , car qui ne sait que dès la plua haute 
antiquité les Grecs se servirent de chars ? La seconde a 
besoin d'être développée. La litière était, conune son nom 
l'indique, une. sorte de ///porté par des hommes coHUne 
le palanquin des Orientaux; et le préteur de Juvénal s'en 
servait sans doute dans le cours ordinaire de lai vie , mais 
tout prouve que dans la cérémonie publique dont parle 
le poète » il était monté sur un char. En efiet , il est 
question» quelques vers plus bas, des chevaux qui le 
traînent, et les litières n'avaient point de chevaux j le pré- 
teur est représenté debout et dominant la foule : 

Exstantem et meàio sublimem in pulçere etroi. 

Et dans une litière couverte , portée par des hommes, 
on ne pouvait se tenir debout. 

Je continuerais cet examen scrupuleux, si je ae 
craignais deux choses ; d'abord d'ennuyer mes lecteurs , 
ensuite de fatiguer inutilement l'auteur lui-même. A bon 
entendeur salut. Qu'il revoye son ouvrage avec Tattan- 
tion que je viens d'y mettre , et il se convaincra aisément 
que toutes ses pages , à l'exception àç deux ou trois , me 



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A0X7T i«is. «69 

fourniraient autant ou plus d'observations que les deux 
premières. Cela posé , je me bornerai à lui indiquer en- 
core deux passages où l'infidélilé Ta conduit à des contre^ 
sens. Dans le premier, page 3i ^ M. de la Ch*** rend 
areu^ le père de DiaK>sthène , de sa propre et privée 
salorité : 

Sons on aitro contraire « 

n naquit , hii qu^uo jour ion père déjà Tiens 
Kl dool unfêr ardtmt a fait étnat lêsjrêu^. . . . 

Cela nous rappelle ce pauvre Blondel dont les mécbans 
Sarrasins aidaient brûlé les jeux wec une lame (Pacier 
jflamboyante. Mais Juvénal n'est pas si pathétique, il se 
contente de nous dire que les vapeurs embrasées de sa 
forge t'avaient rendu chassieux : 

Qu€m pmttr arJitntis massœjuligîne lippus. 

Pour rendre un passage plus toudhant il n'est pas per- 
Biis d'altérer rkistoire. L'autre contre-sens , page 4q # 
regarde les mœurs. M. de la Ch*''* y peint 

VoVpÊhÉt ex Sa sœur déchirant lent timi^ê. 

Quelque fondée que fût leur douleur , il la fait aller 
trop loin. Dans Juvénal Polyxène et Cassandre déchirent 
l'espèce de schall ou de manteau (palla) qui couvrait 
leur tunique ; mais elles n'ont garde de toucher à la 
timique eye<-même. Les femmes de ce tems-là respec* 
taient ce dernier vêtement jusqu*à leur dernière heure , 
ft savaient le ranger encore avec modestie au moment 
de tomber sous le glaive d*un bourreau. 

Notre traducteur conclura sans doute de tout ceci 
qu'il lui reste encore beaucoup à faire pour arriver à 
cette fidélité qu'il s'est proposée. Il a pu voir également 
que son style n'est pas toujours aussi clair qu'il le vou- 
drait , et nous pourrions lui en apporter d'autres preuves. 
Quant à la pureté du style qui entre aussi dans ses pro- 
têts , nous ne lui en dirons rien aujourd'hui. Il est vrai 
qu'il la conserve souvent , mais souvent aussi il manque 
d*élégance. Sa préface même ne dit rien de cette qualité 
si importante , et il est un autre talent indispensable au 
poëte, qu'il n'apeut^4tre pas assez cuiitivé : celui de faire 



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»70 MERC»R1E D£ FllANCE, 

ctesTets harçcomiéttit; Les «ienâ, di'pèndatit ', oâVehf peu 
^e cacèpbonies , iwaistropsouveiit ils sont ioiirds et secs, 
^t noua avçiia cm >i«fnttrquei* cfM e^ d^fé^t tyent , M 
ipraBde partie , à et cpiU a'eutre-^te point autimtcf^ 
te fisadpAit* les sjUabei fémtmM» «t'IeainaM^lM^ ; artK 
fice qui n'est pas moins nécessaire dans le corps de» v^ 
qu*à la fin. Nous n'en citerons poii>t d'ej^empU»* Cette 
indication suffira ^ ^r»ducteuris*il a d9 Voveiild ; si par 
malheur il n'en a pas , . nps çitatipos lui seraient inutiles. 
Il vaut mieux le dédommager de nos criliqfies en sapr 
portant ici deux morceaux de sa traduction qui donnèi^ 
de son talent une idée plus favorable^ te premier (p. 28) 
est relatif aux dangers de Téloquence , à la fpW àf^ 
élèves qui souhaitent -ce don brillant et pérîHew- 

Le marmot ^v'up f tiétevr instruit p^yr mic 0)^^*, 
Et qu*un esclave enfant , chaque jour , à Técole 
Spk ,* ÛA\Àk garcBen de soff léger «atton , ' 
t« ' X>éjli cl*ttBBémo9t&l^e'oa'b{eii d*uû'Gicéton, 

Durant tô«s l^s ônq j^ofs eensacré^ -è 'flfioetVe ,' 

Demande s(|reo i^i^i^f f I la ^oire f I la ?f «▼# f ; . 

Hab leur diyin talent les a perdus tous deux 5. 

Z,^éiO{fuevhe ipemaue àjtots impétueux , ' ^ 

Fit abattre et la tête et la nMîn d'un graficT l)ommç \ 

Cernes , en aucun tems , la tribune^ , ^âins Kotne 

Ne fût reinte du stng. d*ntt vulgaire avocat. 

c G Romains fortunés , lié» sous nron consulat! s 

S*il n*Mt jamais 'rien* di^ tireo pins d^éloquence , 

Gkéren eût 4l*Aiif(okie ëfité la fengeaàee. 

1 .^ ' ' '.' 

Le second morceau est la de^scriptioa du TXkaripge 
adultère que Messali^e pbligea Silius 4e contraatar, ^ 
qui coûta la vie à ce malheureux jeunf^ )^vvm»* 

L'épouse de César a farit ehoir ^'un iSpouat 5' 

A cet infortuné qtlel qonsetl donnei-vous ^ ' 

Sili«e , benu , pudtqair , e^ d^ noble origine , 

Est entraîné iondain anc pieds de Meesaliae ; ! 

Il va bientôt périr : assise ea un bosquet ^ . :'^^'I ^ 

Elle £ût préparer , sans le moindre seoret*) 

£t la cowoliB de pMÛrpnitt'le roile myitl|be -; 

Le inîU>on ti t ptél , j«1#b FMie atHiii^oe^, .... 



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'AOUT iBia.' I7t 

L'AVfor» et 1m itooîm Aolroot Ut ÎTt% Yfifir^ . . ' . 

A oacbér eél hjaif o lu eMjak (p^rT^ntr # 

Silias t maU eit Tain t on I0 reu^ Ughim^ : . < 

Quel parti rai^^tu praadre ? en t'oppoAAnl au erima , 

Avant la fin du jonc tu toû finir ton ioti; 

En ne résistant pas « tu difiVrej ta moct 

Jusqu*à rbeure où la ciiose en teu^^ lieux câpan4u* 

A Toreille du prince enfin, sera renne. . ' ; .. , * ■ '^ 

II saura le dernier l^affront que tu lui (àis ; ; 

Si donc ce peu d*inHÀs a pour toi tant d*attraits ,, 

Obéi» . . . Mais qulmporte ? à la haclie cruelle 

Il te faodra livrer cette tête ti belle. 

Ces vers , sans dotitè , ' ne sont, pas* ifréprôchaSrtw | 
ittiis loriginal y est assez fldèlertient rendu : ils donnant 
aa moins des espérances , et ces espérance» justifient 
l'examen sévëve qée nous avons fait de rùu*vlrtfge entier. 
H ne servirait à rien tf examiner et de cfitkjticft^celm d'tin 
autour qœ Tabstnce totale* d« talent oondMinèi«il à ne 
riea produire de supportalle. G. Y. - 

PoÉsns HATioNALES ; par. M. L. Davin , aricien avocat , 
sous-chef au Minisfère de rinterienr, fj membre de 
plusieurs Sociétés UhëyaVr es. — Dn vol..jn-8°. 

Depuis quelques anfiJ'e'i' îl a paru un assez grand 
nombre de poésies nationales ; il fallait de^ événemens 
aussi remarquables que ceux dont nous «wons été les 
témoins pour donner ^in. essor poétique^ aux esprits 
timides, et qui se défient de leur force, Aficun genre, 
autant que celui de Iode,, nesiprpgre à peindre de 
vastes tableaux , à exprimer des pensées fortes ; mais 
pour atteindre au pb«lMrut vol d» rode» Uiaut avoir les 
ailes de Pindare ou d'Hocaea^ qui iià lU^ntme , en par- 
lant du fameux lyriqueigeeo , : 

Pindarttm gius<fûU stùdei^hiuîarl} 
JuU, dét'dtU tfè ÉiaâJea ** 

Niiiiur^êfttiis , ^t^yp^dàtuHAi ' ' '**' 



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%^% MERCURE DE FRANCE, 

Parmi les odes {hibliées i Toccasion du meriaga de 
LL. MM. II. et de la naissance du roi de Rome , on a 
distingué celles de MM. d'Âvrigoy , Barjaud et Damin. 
Ce dernier s'est souvent élevé à toute la hauteur de son 
^u)et : il destine spécialement sa lyre à célébrer les épo- 
^es marquantes de son siècle , et n'en a laissé passer 
aucune sans payer son tribut d'hommages. Nous'arons 
de lui une ode à. la paix , dans laquelle on remarque 
de la chaleur et de la correction : il a publié ensuite une 
ode à Toccasiou du mariage de LL. MM. , une pièce de 
vers adressée, le i^*" janvier 1811, à Sa Majesté riropé- 
ratrice , et dans laquelle on peut dire qu'il s'est rendu 
l'interprète des cœurs français; enfin ui|ie idylle sur la 
naissance du roi de Rome , qui a obtenu le seizième prix 
au concours de MM. Lucet et Eckard en 181 1. Toutes 
ces productions annoncent du talent; mais les citations 
suivantes le prouveront mieux encore que nos réflexions. 

Dans l'ode à la paix on remairque les deux strophes 
suivantes: dans la première, l'auteur peint Taction dunt 
bataille ; dans la seconde , il termine en rendant un juste 
hommagd' aïk géiM et 4uix vertus du plus grand des 
monarques : 

Vin image tpaîs iù fumée 
Apporte la mort daM ses flânes; 
De débrb la terre est semée, 
La mort roule dans tons les ranfs. 
liî mille toùc gémissantes , 
t nos légions triomphantes 
fkeppent les airs de erîs oonfiis ; 
On Toit coofondns dans la pondre 
Les Tainqueurs atteints par la fondre « 
If onrans snr les oorps àtê rainons. 

Les héros ftmens ^e ThistoÉtn ' 
Se plaisait à nons renraeer, 
Derant ce colosse.de f^oire , 
Verront leur gloire, s*abaisser ; 
L^aigle a le regard moins rapide. 
Qnel guerrier fut pins iptrépide ? 
Qnel Eoî eompta pins de vaMs ? 



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, AOUT i8x». 

Ce princQ anMi T«tllant ^it sage t 
^l^e Alexandre ea courage ^ 
En clémence égale Titui. 

Nous n'avons à reprehdre dans ces strophes que 
ou trois viers un peu prosaïques* 

Dans les strophes où 1 auteur chante les bienfaits de 
la paix , il rappelle nos guerriers vainqueurs daiis la ca-> 
pitale et décrit ainsi les embellissemeus d« Paris. . . - . 

DaoA son enceîote florissante 
Où régnent à Tenvi les arts , 
Fier de sa pompe renaissante 
Paris demande tos regards. 
Là sur cent monumens durables » 
La gloire en traits ineffaçables 
Consacre vos faits éclatans | 
Un temple à la valeur s*élève , 
Le Louvre rajeuni s'achève 
Vain^eur des outrages du tera«. 

Dans Tode sur le mariage de LL. MM. Tauteur s'ex* 
prime ainsi en parlant de Sa Majesté rimpératrice : 

D*un brillant cortège entourée , 
Le front ceint du bandeau rojal, , 
Je Tai vue , épouse adorée , 
Marcher k Pau tel nuptial ; 
Assise au char de la viotoire « 

I)*un héros éclalant de gloire 

ZUe rehaussait la graadeur; 
Les peuples Tentourant sans audace et estas craiûta 
Sur Taugnste bonté dans ses regards empreinte , 

Fondaient Tespoir de leur bonheur. 

Nous avons aussi distingué dans la même ode cettt 
autre steoplie : , . 

Mortels dont là main diligente 
Se pUrit aux rustiques travaux , 
Asttée a rempli votre attente; 
Baechns sourit sur vos coteaux * 
Vos chants ne seront plus stériles. 
Vous "verres ros guerets fertiles 




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a;;4 , MERCURE P£ FRANCE , AOUT lêia. 

Se coaviir dt richm moÎMoat ; 
Et forg^ désormais pour le bopheur du monde » 
Le fer, en fatiguent une tene féeende; ' < • J 

De Gérës triplera les dons. 

M. Damin , dans une pastorale , chante lanaissance da 
fils de VEmpereur : deux jeunes bergers , Edme et Félix^ 
assis à Tombre d'un chêne , se disputent le prix du chant 
devant Palémon leur j uge. 

Cependant le bronze a tonné , 
Far cent coups répétés il annonce à la Francu . 
Que le ciel d'un héros a comblé respérance , 

Et que le roi de Rome est né. 

Du sein de son onde limpide 
La Nymphe de la Seine apparaît à leurs jeux , 
Le rire sur la bouche et le front radieux, 
c Qu*une plus noble ardeur tous anime et tous guide # 
» Vous ^i chantes , dit-elle , et les prés et les bois > 

> Bergers , rendez tos chants dignes du fils des rois. » 

XDMX. ' 

> Est-ce à nous de toucher la I jre de Pindare 

9 Et de prendre un sublime essor ? 
» Qui s*élèTe trop haut , du malheureux Icare 

» Doit craindre le funeste sort. 

LA ITTKPBX DX X^ SXIITX. 
% Berger, il esf permis de chanter ceux qn*on aime 

> Quand Tamour la conduit , la plus humble des Toix f 

9 Loin d*offenser la majesté suprême 
» Charme le conir et Toreille des rois. 
9 Chantes César , Tespoir de la patrie , 
» L*orgueil de Rome et Tamour de Marie. 
» Chantez Napoléon , sa gloire et ses exploits « 

> Je promets au Tainqueur une palme immortelle. > 

Dans cette idylle, Tauteur/sur un fonds naturèliè* 
ment simple , a su représenter xin tableau intéressant. 
Le style ne sort point de cette noble simplicité qui fait 
le charme dé Fidylle. On y désirerait quelquefois plus 
de vigueur et de nerf i mais il est en général pur et cor- 
rect. B* 



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POLITIQUE. 

Les évéa^oMOS presseot rAngleterre au^dehors comme 
au dedans ^ au dehors ses possej»sioos sool menacées , au 
dedane sa oonslitutioD est rompromise par les actes mêmes 
destinées à la garantir de la sédition , du pillaee et de Tin- 
cendie. La maladie du roi a donné de nouveUes et vives 
inquiétudes. Le parlement a été prorogé jusqu'au 2 octobre 

Îrochain , sans que le prince régent ait encore pu parvenir 
organiser complètement le mmistère. L'Amérique a dé- 
claré la guerre, les hostilités sont commencées sur les 
frontières du Canada et sur l'Océan ; les Anglais ont en 
pore perte subi la honte de rapporter en face de l'Europe 
ces fameux ordres du conseil qui étaient devenus leur palr 
ladiom maritime^ la France leur demande davantage; elle 
leur demande la révocation du principe même de ses ordres, 
la révocation du principe de blocqs établi en i8p6 ; l'Ame* 
rique de son côté reclame hautement la liberté de ce qu'elle 
nomaie fort énergiquement le grand chemin des nations } 
elle vent que ses vaisseaux fidèles à leur neutralité entrent 
daas ses ports, en sortent, entrent dans ceux du contir 
nent, et en sortent de même , sans souffrir d'outrages, 
lans encourir de dangers , sans voir ses matelots pressés 
dans la vaine recherche de sujets britannicuies; elle a mieux 
aimé l'état dô guerre qu'uue paix où TAngleterre reste 
armée et sur-tout spoliatrice. 

L'acte de déclaration «le guerre a été publié è Washing- 
Ion le l8 juin : il a été sur-le-champ répondu à la slalioa 
d'Halifax , à la date du i^*^ juillet : les forces maritimes des 
deux nations dans ces parages ont reçu l'ordre de se pré- 

Sarer à combattre } un beau mouvement a éclaté sur la 
otte du Commodore américain Rogers. ««Marins, a-t-ii dit, 
la patrie réclame vos services; mais s'il est quelqu'un 
parmi vous qui refuse de me suivre , qu'il parle , qu il sf 
retire ; je ne veux que des hommes dévoués, n L'équipage 
a répondu par une acclamation unanime qu'il voulait vivre 
et mourir pour Thonneur de son pavillon. 

Déjà les Anglais surpris d*une démarche aussi vigou* 
teuse ont jeté un regard d'inquiétude sur leurs possessions 

Sa 



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a^ô/ AJERCURE DE FRANCE. ^\ 

au continent iilDiér?€«iii , ils ënnmèreot I^s forcé» <}ti'ils j 
•fitreticnnent et les IrouYenl de beaacoap insiiffisaDtes , si 
ks Aîné: icaibs allaqueul avec cëtërilë et profileai d«« dis- 
positions iniërieures; aussi dëjli des rëgiroens ont-ils ëlë 
embarques à Porfomfnvtli ponr le Canada , et une Sotie 
est-elle prëparëe pour allor croiser sur les r6tes d'Amérique. 
Ainsi tout le monde reconnaît en Angleterre que le gant 
tfîtst jelë I et que la févocation des ôrdreà du tifinêe'A. ne dë- 
aarmera pas i Amëri^e ; oA a Ifen ii)^me de croir» ^'eit 
dëclararit la girtrre elle avait conna<fsaan ce , si nos ^e It 
T^Votratiou de ces ordres , du Mioi«s de rinienlion de-leé 
^apporter à son ë|;ard. Mais , a dit ivn membre du parler 
ment , l'Amërique qui craint la Fr»»ce , lui est toute ùitO'* 
table; «De craint auasi l'Angtefi^rre , mais eHo a eootra 
tK>ti8 une hain^ , m^ jatoiiafe , mt ressentfment indomp* 
table, et nous ne pouvôtis rien espërer d'elle/ 
' Lorsque* ce meitibra Ura le message de M. Maddisaon 
%ii sënat , il recoonaflra peut-étVe que cette h«in« , ce réa-* 
sentiment des Américains contre les Anglais , ne aon^t pas 
^ans mo4^ifs : ce naessageest un d<hreloppement, appujrëdo 
ftits authenffcHi^i y de tous les aetes illéganx, de toutes ièa 
prëtenlions arbitraires élevées par TA ngleierre contre l'indé* 
}>endânce et la sûreté d^s neutres. C'est l'analyse du c^^ 
de spoliation que l'Angleterre nomnat son code de commence; 
le gouvernement américain n*« cejfsé de se plaindre, dtt 
tëdamer dans lea formes convenables, qu'est -il «r ri v^ ? Tjê 
goiivernernent anglais a répondu en comblant diionneiirsét 
de dignilés précisément les officiers qui avaient commis Is 
pins dVjlacttons. L'Angleterre rehilivemenl an blocns a fté*- 
tendu queeatte mesore était une représailld; contre qui? 
contre la France sans doute : nnais l'Amérique devait^eits 
^tre virtin^s de la qutH-elle entre la France et t'A nglel erre ? 
K^* pouvant asservir la France fallait-il spolierles Etats-Unis! 
Left Etats-Unis étaient-ils responsables dans cette quereUs, 
vt dans des Dotes diplomatiques n'a-t-il pas été a vo né , re« 
^ nnu qu'en effet les Américains ne pouvaient être cou* 
srdérés comme responaahles dans la lutte eDire la Franoa 
«1 l'Angleterre , lutte à laquelle ils voulaient et devaient 
rester étrangers? ' 

Il j enl un nooment oh quelqu'e^poir de rapprochemeiit 
et de paix fut permis , et l'Amérique Se livrait k cet es« 
poirqui fut bientôt déçu , l'Angleterre ayant rejeté toutes 
les buvertui-es qui lui étaient laites ; mais vufci qui onraeté- 
rise le géni« de ton eabinet, et ce ^'oa appelle depuis trop 



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AOUT i8i!i. ^jj 

loDg-ttms la foi britannique. Bans, le «momeQt mAœe oi| 
l'on oëgociaii à Londres et qu'un ministre pubHe y tenait 
le lao|çage de Vamilié , un agent st^cret du |i;ouvcrnement 
anglais avait la faonteafte mission de travailler par des îa« 
trigHes à la subversion du gOMvertten^ent américain et k uq 
démembrement de l'union. On m rappelle la mission du 
capitaine Henri, on se rappelle aussi ias incursions dea 
sauvagea ^ U nouvelle altitude qu'ils ont prise depuis lea 
l-elaliona <]ua les Anglais ont établie avec eux , leurs dë« 
iBonstralions bosliles , Jeur prnpbéte , sa mission révolu* 
tionnaire, sa fin tragiciue. Les Aoaéricains ont déjou^ 
rea trames , mais enfin eUe« étaient ourdies par les Anglais 
dA^s U nord <le rAmérique , tandis qu'on parlait à Lon^ 
drA:s de paix et d'uoioD. 

. Nous vojFons, d l M. Maddissouy nos citoyens naviguant 
fur lea mers être victimea de !a violence qui s'exerce sur l^ 
grand chtrnÎH des nations, nos vajsseaux confisqués par 
d«a coosi^ls d'amir^ulii qui ue spot plus les organes da I4 
loi publique, mais les inslrumeus d'édils arbitraires, et 
\par% éauipagffs disperséaou embauchés dans i^s poris an* 
çla'Wf ùrcH de combattre quelque tems après contre lenra 
propras ïrètiis. 

Lea. Etals-Unis ne peuvent plus sn ufTrir cette honteuse 
oppreasioH) la guerre vaut mieux qu\iB tel état de paix et 
d asaarvisseftiuînl ; le prcsidcnt la propose , et le sénat la voir. 
. Voilà » puisqu'il faut le rappeler à l'orateur du parlement, 
lof metiis de cette baino , de ce resseutiment de rAméri«« 
que; Qorles , celte h^iiue n'est point aveugle , ce ressenti** 
ment n est point inju&rc, à moins qu^il n'entra dans les 
ordres du conseil celle clause , que les neutres dépouillé^l 
devront coiuonner de (leurs le gouvernail des pirates ap^ 
gtaia, et quo les captiTs encliainés sur les pontons devront 
^ntxxuaer rbymnc de la reconnaissance. 

Le prince régent a lait la clôture de la session brUanni^ 

3 ne le 3o juillet. Le Statesman commente avec soin 1^ 
iseours adressé. aux deux chambres au nom et de la pafl 
de Sa Maiesté. Nous le suivrons dans cette difcussio*^ 
intéressante. 

u. s. A. R. , dit le Statt^sman , exprime d'abord ses vifi^ 
regrets au sujet do l'indisposition du roi j ces sentimena 
fout honneur au prince , et nous croyons sincèrement quo 
leur expression n'est pas chcs lui un simple jargon du cceur. 

» 3. A. déplore ensuite la mort da M. Pctceval sous, un 
point de vue moral cl politique. Sous le rapport moral ^ 



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%^n MERCURE Ï)E FRANCE, 

persoDDe au monde ne déplore plus vivement que nous la 
mort de M. Percevâlj nous avons toujours considéré l'as- 
sassinat avec l'horreur qu'inspire l'atrocité d'un tel acte, et 
nous avons été honorés des invectives pitoyables et des 
injures grossières des apôtres de l'assassinat ; mais en con- 
iiidérant la mort de M* J?erceval sous im point de vue poli- 
tique , nous ne sommes pas disposés à mêler nos lamen- 
tations k celles du prince ^ n*es(-il pas évident ,- en effet , 
Sue M. Perceval fut le créateur et le soutien de ces ordres 
u conseil si funestes , qui ont jeté la pomme de discorde 
entre l'Amérique et nous? 

» Passons ensuite à la satisfaction que témoigne le grince 
anx deux chambres du parlement pour le zèle et l'assiduité • 
qu'elles ont montrés pendant cette session ora^use , oh 

•lies ont rempli leur devoir en ajoutant au poids énorme 

de nos taxes , en proclamant au moins dans 1 une dc^s deux 
chambres l'incapacité des ministres , el en' leur accordant 
ensuite uno confiance «ans bornes, et mettant les habitant 
de plusieurs districts dans une situation telle que c'est ^in 
crime aux jeux de la loi que de garder chea soi les armea 
qu'on a achetées pour sa sûreté , pour celle de ses pro- 
priétés, et que de les conserver contre la demande d'un 
magistrat capricieux , ainsi que ses maisons contre das ^- 
sites domiciliaires : elles ont rempli leur devoir en s'opfWH 
sant h nse enquête sur l'état de la nation , lorsque la nécea- 
site d'une telle enquête était évidente ; si leur devoir con- 
sistait dans de telles mesures , elles l'ont rempli. Mais Di«u 
Teuille qu'elles n'en remplissent plus de semblablea ! 

9> S. A. R. nous assure ensuite qu'elle approuva les éloges 
justement donnés k lord Wellington et à son armée ; nous 

Sartageons à cet égard les sentimens du prince^, mais nous 
ésirons que S. A. montre la même sollicitude pour la 
liberté des Polonais que pour celle des Espagnols : on nous 
parle cependant d'engagemens ^ soutenir , ce ne pleut être 

2ue pour empêcher les Polonais de rompre leurs chaînas, 
^n nous demande de nouvelles sommes d'argent , c'esl-à- 
dire qu'on demande au père d'une famille prèsqii'affamée 
le peu de subsistance qui lui reste , afin de mettre un chef 
de bande en état d'exercer ses cruautés sur des hommes 
qu'il peut avoir auparavant soumis quoique partiellement. 
Tel serait dans ce cas le portrait d'un Anglais avili , donnant 
son dernier schelling pour mettre la Russie à même d'ané* 
antir le dernier eflbrt des Polonais. Certes , ce n'est pas 
ainsi que nos aïeux se seraient conduits. 



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AOUT 1811. '«7g 

' n So pariant àe l'état alarmant, de no» rclationa arec 
rAmiriqoe , S. A. B. exprime Fespoir que les relations de 
paix et aamitié avec ce pays peuvent encore élre rélabliea» 
et paraSi craindre oependaot que les prëleoti^Ds insoutena- 
bles de rAmérique ne s'opposent à un arrangement entre 
les dent pays. Les ministres du rëgent auraient pu noua 
apprendre es yiai cianetstent ces prétentions insoutenables» 
BOUS aurions pu alors nous former une opinion pin» exact» 
du résultat probable de cette querelle , s'il reste encore des 
dout«s à cet égard. Quelles sont donc ces prétendions in<-^ 
soutenables? Serait*ce que nous cessions de presser les 
matelots américains ? Mais sans doute » nous n'avons jamais 
prétendu ^prouver que cette presse fût fondée sur la loi des 
nations belbi^érantes , et sur les droits maritimes de l'An- 
gleterre. SerajI-ce le refus fait par les Américains de recon- 
naître la justice de nos ordres du conseil? Mais nous avons 
cédé sur ce point, et les prétenlions n'étaieot donc pas 
insoutenables. Quel sens peuvent donc avoir les mots, pré»* 
tentions insoutenables des Américains? On ne peut y voir 
qu'une expression banale plus propre à décevoir qu'à 
eékirer. --^ 

t » En s'adressent h la chambre des communes , S. A. R. 
exprime sa satisfaction aux membres de ce qu'ils ont si 
généreusement voté les sommes nécessaires , et elle observa 
qu'une telle conduite de leur part offre la perspective de 
voir se terminer heureusement et d'une manière nonorabls 
la lutte dans laquelle nous sommes engagés.T#l a été, pen- 
dant nombre d années, le langage dicté par Piit au mo<» 
narque dont les souffrances nous engagent ii oublier les 
erreurs ^ on nous a toujours dit que le moyen le plus sûr d» 
* terminer nos gnerres d'une manière honorable était de 
donner notre argent , et d'augmenter les impôts et la dettew 
Voilà ce que l'on nous disait déjè lorsque nos taxes an- 
nuelles s'elevaieni à seize milKona sterling, lorsque notre 
dette nationale était de I70 millions sterlinr , et voilà ce 

3u'on nous dit encore lorsque les taxes s'âèvent au-delà 
e 60 millions sterling et notre dette à plus de 800. S. A. R. 
nous console cependant en disant qu'elle dép)ore d'être 




que fera le prince , jusqu'à ce que la nécessité l'oblige enfin 
à faire cette paix pour laquelle jusqu'à présent toutes les 
ouvertures de la France ont constamment été lepoussées £ 



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«So MERCUBE DE FRANCE, 

la paix ! ce mot si donx 'De doit-^il jamais reténrir h notre 
oreille 7 Le diaoours de S. A. R. ne nous eo donne pus 
la pecflpeciive , et Ton sait cammeat lord Caatelreagn a 
récecasoent répondu aux pronosiliont qui pouvaient tendre 
à l'amcaer. Il faulqueridée ae paix soit à Tintérieur comme 
à l'exlërieur bannie de Teaprit de la cour; dans le discours 
do prinee-irégent , il n'est pas même question des carboliquea 
et «ta leur cause, et de leurs si pressantes rcclsmafions; of 
les feuilles de Dublin arrivés ce malin nous donnent de 
nouvelles preuves des eflorts que font ces mêmes eatho-* 
Uques. Les comtes de Limerick^t de Tiperari. viennent do 
tenir des assemblées. séparées , où on- a vu régner la plus 
grande unanimité et. la plus ferme résolution . 

» S. A. R. termine en exprimant son approbation des 
mesures prises pour étouifer les troubles qui ont eu lieu 
dans différées districts. Nous sommes, ainsi qu'elles ^ bien 
aises d'apprendre qu'ils vont .être Icrminéa,' mais nous 
regrettons qu'on n'ait pas employé pour cela les moyens 
légaux qu'ofirait la constitution , avant de porter oneatteinte 
aussi forte à fie monument vénérable, n 

On voit que le prince régenl congédie les membres du 
parlement en leur donnant le soin de présenter à leurs 
cx>nci4oyens des comtés un heureux tableau de la sitûatioa 
de leur patrie. 11 aurait pu tenir un bien autre langage. 
' Rapportez à vos commettansce que vons avez vu , aurait 
dâ dire le prince : diteâ^leur qtie le roi est en danger de 
«onveau , eè que la régence n'a eu jusqu'à ce jour qu'une 
marcbe incertaine et timide; que le régent. a demandé dès- 
ministres el n'a pu en trou vtep dans les parties extrêmes et 
dans le parti modéré. Diles*ieur que des ouvertures de 
paix ont été faites par la France, et que nous avoua feint 
de ne pas comprendre une note diplomatique , afin de no 
pas y répondre. Dites^leur que depnis 1606 nous avons été 
conduits de malheurs en malheurs avec une progresston 
«ifravanie p^ir les actes mêmes qui aux yeux de nos mi- 
oistrea- devaient amener TEnrope et parliciilièrement la 
Frunce à nos pieds ; que l'Europe n'a pas voulu ae rendre 
lioBteu.^emeut tributaire, et qu'elle a appris à se posserde 
nuus 'fr qu'alors nous avons rapporté nos ordres tyr-ahniques, 
mais que noua avons eu la satisfaction d'bppreurire qu'il 
■était trop tard, que notre révocation élaii insuffisante , in* 
compiettc 'y que 1 Amérique lasse d'être spohée a fermé ses 
^rts ; qu'elle nous .ruine I tious aSame^ et répond à nos 
4;ria d'aUrmea par oxic déclaration de guerre^ Dites-leur 



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AOUT i8i»- s8f 

qi}« U gbenre s'est rallumée dans le Nord ^r l'effet dea 
coins conslans que nous /dicte l'amour de rhiiniaBilé ; que 
BOUS avoDs encore séduit un souverain par le rain a|lpÉt 
des seceura qui ont déjà ooùté atcber à œux qui les ont 
reçus; oue nous armons pour enchaîner les Polonais cet 
mêmes oras que oous avons armés pour rindépendance 
dfs Sspagools. Dites-leur que par T^effetde noe dispositions 
en faveur des Russes la Litbuanie est déjà'débvcée de leur 
présence, que les deux barrières de leur empire ont'été 
irsocfaies sans que ie passage en ait été disputé, et que* 
notre ambassadeur extraordinaire en Russie trouvera l'Em^ 
p^eur Alexandre repoussé dans le oenire de son empire , 
regardant alternativemeot Fétersbourg et Moscou , et in-* 
certain sur le choix de celle de ces capitales qu'il doit dé-* 
leaiipe. Dites-leur que fioiis avions rcapoir d un arrange- 
meot entre les Turcs et les Russes , mais que Ténergia 
aflomane a égale sa persévérance , que le (nrité u'a pas é\ê 
ratifié^ i{ueles Russes sont rt>lenus sur lo Danube et vont 
kr^ eonpéa de leurs communications. Dites4eur enfin que 
depuis un an les élémens de notre prospérité raanufaclu- 
rière et industrielle ont été la proie d'boimnes égarés qui 
les ent voués à la destruoiion , que la famiue et la misèrer 
sont le cri de raUiement de ces troupes tirgsnisées pour le 
brigandage et le meurtre y et que dans Tcspoir de les ré-( 
primer les deux branches ont consenti nn b U éfsefstfdes 
prineipea dek constitution ,' de la liberté' et de la sAreté 
ladividuelle ) sHez^et revenee au i octobre rapporter au 
fBtmal^re' et à la régence les tributs nouveaux qua lea be<^ 
soios de TEtat exigent , et le» homma<]^8 do^ lAn|gleterra 
recoonais<»attfe. 

Avant de clore la session il s'est élevé , dans lachsmbra 
des Bommunes , une discussion sur laquelle nous devons 
revenir. Quelques orateurs ont parlé de IVvasion d'un 
certain nombre de pvisonniersfraBrttis , le lord Castel^eagh 
les a accusés d'avoir manqué à Tbonnenr; Vbici , à cet 
égard , une note du Mûnitevr, du plus bant intérêt ; éNn- 
est è-la-fois une explication fraucbe , et «me dédaration si 
posrtive , que cette fois le gouvernement anglsta ne pourra 
pas faire semblant de ne pas l'entendre. 

«Ce sout les Anglais , y estnl dit , qui / les premiers , 
ont violé leur parole^ des^laintes en ont été portées an 
transpori^n/ftce ,• mais les oluciere anglais qui|avaientTnanv 
que à leur parole odt élé bien accueillis par lcnrgouVerne«i 
-lucat^ Le nombre de ceux ^ui a^ trouvoiçut al^rs^dans *c^ 



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sfti X MERCURE DE PftANCE, 

tts se moiMait k 779 , dont plusieurs généraux* Le ttntïî- 
port*office s'était plaint, par une lettre du 12 août 1811, 
de l'évasion de quelques prisonniers français. Dans la ré-' 
ponse qui lui fut faite le 14 septembre suivant, ave« l'atito- 
TÎsation du ministre de la marine , après avoir rappelé que 
c'étaient des prisonniers anglais qui avaient donne l'exem- 
ple , et avoir trouvé que le nombre des Anglais évadés de 
(France dépassait de plusieurs centaines le nombre des pri- 
sonniers français échappés d Angleterre , on proposa de 
prendre , de part el d'autre , des mesures pour empécfafer 
ce scandale, lies commissaires du transport-office accu- 
sèrent réception de cette réponse , mais aflTectèFent de gaN 
der le silence le plus absolu sur la proposition qui \eur éltit 
faite. 

f* Plusieurs généraux français se sont soustraits à la cap- 
tivité qu'ils éprouvaient en Angleterre , et ils en avaient it 
droit , puisque leur détention était /arbitraires injuste. Os 
avaient capitulé à Baylen , sous la condition d'être reeoii* 
duits en France , et mérae de conserver leurs armes ; l'An* 
gleterre n'avait pas le droit de retenir 6000 honofmesqui, 
ayant capitulé h ces conditions, n'étaient pas même prison- 
niers 'y on ne pouvait exiger d'eux aucune parole , puisque 
la capitulation ne donnait aucun droit sur eux. Il n'j i 
point d'exemple qu'une pareille convention n'ait pas été 
respectée. 

n Un nombre considérable de prisonniers espagnols, 
oificiers , colonels et généraux , s'étaient échappés ea 
violant leur parole; des officiers français^ pris dans la guerre 
d'Espagne , «e sont cru le droit de faire ce que faisaient tes 
Espagnols , partie principale dans cette guerre , où l'An-* 
gleterre n'est qu'auxiliaire. 

n Dans les anciennes guerres , dee cartels d'échange 
étaient établis dès le commencement des hostilités. Ce n'est 
que dans la guerre actuelle que les faux raisonoemens , la 
petitesse et la mauvaise foi ont résisté è tous les cartels qui 
ont été proposés. Les bases en étaient simples , justes et 
conformes aux usages de l'Europe. L'échange devait se 
faire homme par homme , grade par grade , et simulta- 
nément entre les deux masses belligérantes. Mais les An* 
glais voulaient établir une distinction entr'eux et leurs alliés 
les Espagnols et les Portugais. Ils paraissaient adopter les 

Ïmncipes de l'échange général et simultané } mais ils vou- 
aient pouvoir s'en écarter dans l'exécution. Ainsi il y avait 
^$^000. Anglais prisonniers en France } les Anglais enleor 



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AOUT 181». i83 

Paient les ^cluiig«r d'abord contre 1 5,000 français ; de 
sorte que , s'il plaisait ensuite à l'Angleterre de rompre le 
cartel quand tous les Anglais auraient été libérés , elle pût 
laisser en France tons ses alliés , et garder tous les Français 
qui resteraient encore à échanger. Le piège est trop gros- 
sier. On proposa d'exécuter Fécbange en comprenant dana 
chaque convoi une partie aliquote des diverses sortes de 
prisonniers des deux masses belligérantes , de façon que 
tous les Anglais et tous les Français se trouvassent libres 
en même tems. Ainsi , en supposant le nombre des pri- 
sonniers français triple des celui des Anglais , et en cam*' 
prenant dans chc^qtie oonvoi«iour 3ooo Français ^ 1000 An- 
glais et 2000 Portugais ou Espagnols , alliés de l'Angle- 
terre , le dernier prisonnier fi ançais serait rentré en France 
tn même tems que le dernier prisonnier aurais serait 
rentré en Angleterre. L'échange aurait ensuite continué 
entre les alliés respectifs^ et la France , qui a entre les 
mains un plus grand nombre de*f>risonniers qne l'Angle- 
terre , consentait même à remettre sans rançon ceux qui 
Ini resteraient après l'échange consommé. Ce système était 
d*accord avec les principes consacrés dans tous les cartek 
.d'échange conclus depuis plus d'un siècle. 
>- ^ n Une proposition si juste fut fejetée av^ une mauvaise 
Soi qui indigna» même en Angleterre, tous les gens qnî 
lisent et qui pensent. H fut, évident que le gouvernement 
britannique voulait retirer la totalité des Anglais qui sont 
en notre pouvoir contre une partie seulement des Français 
qui sont en Angleterre, abandonner ses alliés, et retenir 
le plus grand nombre des prisonniers français sans garantie 
et è sa merci. 

• nËQ résumé , beaucoup de prisonniers avaient déjà quitté 
la France , en violant leur parole , lorsqne le gouvernement 
se vit obligé de rendre le aécret du 4 août 181 T. Un certain 
nombre de Français prisonniers en Angleterre les ont en- 
suite imités , et le gouvernement n'a pas pu les f#nir , lors- 
qu'il a vu que le gouveinemfent britannique ne ptuiissait 
pas les Anglais. Des prisonniers de la capitulation de 
JBavlen , c|ue les Anglais retenaient sans aucun droit , n'a- 
vaient fait qu'échapper à une détention contraire à toutes 
le» lois de la guerre 5 ceux qui avaient été pris en Espagne 
disaient comme un nombre bien plus considérable d'Es- 
pagnols prisonniers des Français. 

ftTâj aurait une manière simple de mettre un terme à 
■ces .discussions pénibles ; ce serait de faire IVchaiige ^ 



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2*84 MERCUBE DE FRANCE, 

^dœmè p»r hjOmfné ,- des pri50Bifi«r$ qtù 99 èont MhBfpih 
4e pari eUcl'aulr«. Lorsqoe c«l écliADge «era consommé , la 
' France aura eocore de so« càié beaivcaim de prisonniers 
#ogIai8 A Tiioiamer. C'e^t ce que lord Caslelrtaf[rh feint 
d'ignorer | el le gouvernemeiit anglais , parce qu'il ne ¥e«il 
pas en convenir , A^acceplera pas un mojen si fecile de 
séparqr ceacaodale. C'esl par une raisoa pareille qu'il oe 
répondit poiot.à la proposition qui lui fui faite de prendre 
de côpcert des mesures pour Tarréier ou le prévenir. Il 
pensa iNen qu'on vo^dr^iil distinguer panpi les prisonaiera 
qui se lODt éebappés » ceux de la. capitlili|lion de Bayleit 
qHi avaient le dJ^oil de »e aoustraive i uae délention ajrbi* 
traira. . . 

. ir Mais pour«u<^ oe pas (raneher teules ces questions , 
en revenant enna , et de boone foi , à un éobange général» 
simultané , grade par grade , homme par bornée» dan» la 
proportion des d^ux mttsea l>eUigérantes;9 et de ao^le q«i« 
too« lê^ Fraaçaie e| t^ueiles Anglais se trouvent rendus k 
U lil^rti au m4ine naoment'} $1 l'Angleterre veut réelle^ 
ment Vëcliange det prisonniers , qu'elle censenleà un cartel 
tar ces bases ,. qu'un membre. de^ commtHies Je signe pour 
la France , il serii ratifia ^ ou qu'un minisire déclare au par-» 
lement qu'il en adppte le principe y et aussitôt ua oemmis* 
laire (Vançaie se reodra k Douvres pour sop exéculioA.f*' 

•Tous les jeurneux de )a capitale lQn\ saisi celte occasîoA 
de repousser un reproche odieux fait à l'booneur Atonçais I 
ils ont rappelé ou l'ail connaître tous les traits de i'inhuma-i 
oilé et de la déloyauté anglaise f?overs uoa prisonniers 9 
leur détenliop sur d^a. pontons inreot* , leur exil sur.dee 
terres désertes, les mauvais traileipens, les persécutiont 
q^i'ils ont éprouvés en refusant de servir eopUe leur patrie. 
fJorikUiit anglais nous a rendu le boa oflSee que tous ce4 
leits viennepi d'être rappelés avec beaucoup de vébéoieiice« 
et que l'indignatidn qu'ils inspirent est k s^n Qonable. 

MP .au^-e orateur» M. Burdelt , en parlant. des seoQura 
que l'Angleterre va donner aux Russes , n'a point dissi^ 
mulfé l'idée qu'il ae forn^e de eetle gAierre., el de son inévi* 
table résultat. £u vo-yant, dit-il, les deux nobles lordé 
Çsstelreagh et PaimerMop diriger pos expéditions » j'ai aussi 
|>eu d'espoir de leur voir obtenir des succès contre Napo^ 
léon^ que j'en aurais pn voyant un enfai^l ^oo^r une partie 
d'échecs avec le fameux Foilidor* 

•M. Burdett a raisoÉ : le jeu d'échecs est sous nos yeux | 
c'est la.carte .du théâtre de la gqerre i le ministère anglaie 



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AOUT iSi». ^U 

ftoUê y ptfAtt âtêes bien Caractérisé par le fou : ié)ik lôtdixi^ 
coup de pions de l'adversaire soot pris : son cavalier ert 
en danger, sa tour est mal posée , el il y & échec au roi» 
Voici plua positi ventent où en est U parUe» 

8*^ lULUEXIV DX XJl QJiAltD^AJEJÊiM* 

Gloubokoé , le 21 juillet l8ia. 

Lt conH du pvkioe Bflgraiîoti est composé ée qaatre dtvîsfi^ii» d^în* 
ftmterîe foi les de 22 è S4.cx>o kônmct • des eosamies de 1hate# fbr^ 
maor 6000 chevaux , et de 4 ou 5ooo hoOMBet et oaTaferit. Deux 
dirisionf dt son oorp« (U^* et la ii«) voulaient le refoîadre pmk 
Piuk ; elles ont éiè ioterceptéet et oMig^ de ffentwr en WoUijniei. • 

Le 14, le général Latour-Maubeurg , ^î seâvait. ramke^ g at Ai 
it Bagrat'ioa , était k Romaaow. Le 16^ le prinee Pooialowtl^ 3r^f ait 
Mn quartier-général. 

Dans Taffaire du 10 , qui a eu lieu à Revanew , le général Hox« 
oîecki , commandant la cavalerie légère du 4^ corps de cavalerie , m 
perdu 600 hommes tués ou blessés , ou faits prisonniers. On n'a k 
regretter aucun officier supérieur. Le général Rosniecki assuve 

Sue Ton a reconnu sur le champ de bataille les eorps du générai de 
irision russe comte Fabien « des colonels rusaea Adrianow et Je«ot> 
wâjsli. 

Le princ^ de Schwarxemberg avait , le i3 , son quartier-général à 
?ratana. Il avait fait occuper le 11 et le 12 la oosition importante df 
Fdnk par un déracheroent qui a pris quelques hommes et des maga** 
sios assez considérables. Douce houlans autrichiens Ont chargé qua* 
note-six oosaquet . les ont poursuivis pendant .plurieurs lieues , et en 
QDt pris six. Le prince de Sohwareeaaberg marche ser If iask. 

Le général Régnier est revenu « le 19 , à Slooim , pour garaotir lé 
dacbé de Variovie d'une incursion , et obsen^ar les deux divuions 
•ooeniies rentrées en Wolhjrnie. 

Le 12 « le général barea Pajol étant à Jgjboutimn , a earo^ le ea» 
lataine Vaodols avec 5o ehevaoa h Khaloei. Ce détachement a pria 
iï on parc de aoo voitures du corps de Bagralion , a fait pritonnieie 
^ oflBciers. 200 canonniers , 3oo huœttet do teain , et ■ pris ëoo beaux 
cheraux d*arlillerie. Le capitaine Vaudois se trouvant éloigné de l$ 
lieues de l'armée , n*a pas jugé pouvoir ameaer œ eeovyi et Ta brûlé ; 
il a amené le4 chevaux harnachés et les hommes. 

Is pri»>ce d'Eeàmekk éiait le i5 è Jgboneaen; le généval Paiol était 
^ Jaclnisié , ajf*aX des portes sur Swisîuch ; ce qu*appreiéaat , Bagra*. 
tioa a renaocé h se porter sur Bobninak , «t t'eat fmé fuioae lieues 
plus bas du tôle de Mosier. 

Le 17 , le prince d'BrkmuUi était è Gologesao. 

I« i5. le général Grouchy était h fioriaoar. Un parti qu'tleeavofé 
■ar Nfrtr-Lepel , j a pris des magasins eonâdérabies et deux oottipa4> 
goifs dt* mineurs de Q officiers et de aoo hoouaes. 

L<> i li . ce général était k Kohkanow. 

Le lu^ine four « à demx heures du uaatia , le géoérel baroa CelbeM 
eu eatré.è Ofahe , «4 il •*«•! f inpec4 d'inateMoi « a gstia i de fiutiie^ 



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aS& MERCURE DE FRANCE, 

d*iLroitif ; d*€ffett d*babillemeBt. H a passé de sutte le'BciystlihBeet 
f*est mis à U poursuite d*uo conroi d*arHllerie. 

Snoleosk esl ea alarme. Tout s^évaoue sur Mojcon. Va oficier , 
mnrafé par l'Empereur pour faire éracuer les magasins d^Orcba, a 
été fort étooné de trourer la plaoe au pouvoir des Françab ; cet offi- 
cier a été pris vreo ses dépêches. 

Pendant que Bagration était Tiremeot poursuivi dans sa retraite « 
prévenu dans ses projets , séparé el élo%né de U grande armée , la 
grande armée commandée par TEmpereur Alexandre , se retirait sur 
la Dwina. ,Le 14, le gén^l Sébastiani suivant Tarrière-garde en- 
Bemie , culbuta 5oo cosaques et arriva k Drouia. 

Le X 3, le duc de Reggio se porta sur Dunaboors « brûla d*asses 
belles barraques nue Temiemi avait fait construire , nt lever le plan 
des ouvrages « brûla des magasins et fit i5o prisonoièis. Apr^ cette 
diversion sur la droite , il marcha sur Drouia, 

Le i5 , Tennemi, qui était réuni dans son oamp retranoké de Diissa, 
au nombre de xoo à 110 mille bonunes , instruit que notre cavalerie 
légère se gardait mal , fit jeter un pont , fit passer 5ooo hommes d'in- 
fanterie et 5ooo hommes de cavalerie , attaqua le général Sébastiani 
à rimproviste , le repoussa d*une liaue et lui fit éprouver une perte 
d'une centaine d*hommes tués , blessés et prisonniers , parmi lesqudi 
se trouvent un capitaine et un sous-lieutenant du ix« de chasseurs. Le 
général de brigade baron Saint^Oeniës , blessé mortellement , est 
resté an pouvoir de Tennemi. 

Le 16 , le maréchal due de Trévise , avec une partie de la garde è- 
pied et de la garde à cheval , et la cavalerie légère bavaroûe , arriva 
à Oloubokoé. Le vice-roi arriva à Dookchitsié le 17. 

Le 18 , TEmpereur porta son quartier-général À Gloubokoé. 

Le ao , lesmaréchaui ducs d*Istrie et de Trévise étaient à Ouchatsch;. 
le vice-roi h Kamen , le roi de Naples à Disna. 

Le 18 , Tannée russe évacua son camp retranché de Drissa , consis- 
tant en une douzaine de redoutes palissadées , réunies par un chemin 
couvert et de trois mille toises de développement dans Tenfoncemeut 
de la rivière. Cet ouvrages ont coûté une année de travail j nous les 
avons rasés. 

Les immenses magasins fusils renfermaient ont été brûlés ou jetés 
dans Teau. 

Le 19 , TEmpereur Alexandre était è Witepsk. 

Le même jour, le général comte Nansoutj était vis-è-vis Pololsk. 

Le 20 , le roi de I^aples passa la Dwina et fit inonder la rive droite 
par sa cavalerie. 

Tous les préparatift que rennemi avait faits pour défendre le pas- 
sade de la Dwina ont été inutiles. Les magasins qu*il formait à grands 
frais depuis trois ans ont été détrui^. Il est tels de ses ouvrages qui , 
au dire des gens du pajs , ont coûté dans une année 6000 hommes 
aux Russes. On ne sait sut quel espoir ils s*étaient flattés qu*on irait 
les attaquer dans les camps quHls avaient retranchés. 

Le ^néral comte Grouchj a des reconnaissances sur Babinovitch 
et sur Sienne. De tous côtés on marche sur la Oula. Cette rivière es: 
réunie per un caaal k la Bérésina , qui se jette daxu le BoKysthène r 



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AOUT i8i«, ^»7 

aiimnoof Misints BMitrcs de la coiBmiiiii«atîo& d« la Balt!qu« k k 
Ibr-Koire. 

Daos sei mouTemens , reDDemi est obligé de dérraire ses barges « 
if jeter daos les riviHes son artillerie ^ ses armes. Tout ce qui est 

C niait profite de ces retraites précipitées pour déserter et jestec 
• les bois ittsau^à Varrivée des Français. On peut éraluer à Jo,oo» 
1m déserteurs polonais qu*a eus rarmée rus^. 

Le maréchal duo de Bellune . avec le 9« corps « arrive sur la Vistule. 

Le maréchal duc de Castiglione se rend à Berlin pour prendre !• 
aonmiandement du ii« corps. 

Le pays entre TOula et la Dwina est tr^s-bean et couvert de su- 
perbes récoltes. On trouve souvent de beaux châteaux et de grands 
eoBvens. Dans le seal bourg de Gloubokoé , il y a deux couvens qui ( 
peuvent contenir chacun laoo malades. 

9* BULLBTUr DB LA ORAKDl-AKMtX. 

Dechenkoviski , le 25 jiiillet x8f a. 

LlEmpereuT a porté son quartier-général le a3 à Kamen , en passant 
par Oachatseh. 

Le vice-roi a occupé , le 22 , avec son avant-garde le pont de Bots- 
ehfiîkovo. Une reaonnaissance de 200 chevaux envoyée sur Beohen- 
koviski a rencontré deux escadrons de housards russes et deux de 
cosaques , les a chargés et leur a pris ou tué une douzaine d*hommes 
dont un «ffioler. Le chef d*escadron Lorenri , qui commandait la re- 
eomMttssance , se loue des capitaines Rossi et Ferreri. 

, Le 23 , à six heures du matin , le vice-roi est arrivé à Beçhenko- 
?iski. Â dix heures « il a passé la rivibre et a jeté un pont sur la Dwina. 
L'ennemi a vonlu disputer le passage ; son artillerie a été démontée. 
Le colonel Lacroix , aide-de-camp du vice-roi , a eu la cuisse casséa 
par une balle. 

L'Empereur est arrivé h Bechenkoviski le 24 , à deux heures après 
nodi. La division de cavalerie du général comte Bruyères , et la di- 
vîtîoD du général comte Saint-Germain ont été envoyées sur la route 
de Wltepsk ; elles ont couché à mi-chemin. 

Xe 20 , le prince^'Eckmulh s'est porté sur Mohilow. Deu^c mill« 
komiiBes qui tormaient la garnison de cette ville ont eu la témérité de 
vôtdoix se défendre ; ils ont été écharpés parla cavalerie légère. Le 2r, 
3mo oosaquet ont attaqué les avant-postes du prince d'Eckmulh ; 
c*élait TaTant-g^rde du prince Bagration , venue de Bobrunsk. Un 
bataillon du 85* a arrêté cette nuée de cavalerie légère et Va repousséo 
«a loin. Bagtation parait avoir profité du peu d*acti vite avec laquellj» 
il était poursuivi pour se porter sur Bobrunsk , et de là U est revenu 
sur Monilow. 

Nous occupons Mohilow, Orcha , Disna , Polotsk. Nous marchons 
sur "Wltepsk , où il parait que Tarmée russe s'est réunie. 

Cest dans cette position qne M. Barclay de Tolli , mi- 
nistre de la guerre j général russe , n'a pas craint de signer 
de prétendues proclamations , c'esl-à-aire , des provoca- 
tions aux soldats fran^is et allemands. Il les engage k àé^ 



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^88 MERCURE DE FRANCE , AOUT 1 8 1 1. 

•erter leurs drapeaux ^ à passer au camp russe : il lent 
prume) la liberté, des grades., el des lerres daûs la Russie 
inëridioUale. L'espace nous manque pour reproduire ici 
.lés réponses vigoureuses qui ont été renvoyées aux postca 
jusï^s pfr les grenadiers français ef allemands* 

Le 9* Bullehn dit«ss6z qu'au moment oiN nous écrivons ^ 
.des répoDseâ d'iiiie autre nature auront été portées jusqu'à 
Witepsk , aux hommes libres d'Alexandre par les se^fs df 
Napoléon. , S.... 



, ANNOJî.CES. 

XêUrnê êê la matyidst dm D^and à Horace TT^ùlpoU , depiiîfl 
comte d'Orford , écrites dans les années 176J6 à Î780; auxqueJles 
sont joîntts des lettres de Mn« du Deffsod ^ Voltaire , écrites dans 
les années 1769 à 177S ; publiées d'après, les originaux déposés \ 
Slrawbeiry-Hill. Souçelle édition , eorriséê, Qaatre vol. in-S^-l'rix, 
^ fr. , et 3o fr. fîrane de port ; papier Télîn , 48 fr. , et 64 fr. frana 
xte.pQit. Chea Treuttél et\VÛTU , libraires , rue de Lille « n^ 17. 

Dês F^ers à sois 9i de Uur Adbatt/ibir , selon la pniti<]iia é» Cérmaamêx 
suivi d'un Précis sur las divers produits de U soie, et sar la iwii^i 
de tirer les fantaisies «t les âloselles « areo des Notions sar la &brique 
des bas de Gaoges ; par M. Rejnaitd , fabricant h Saiat-Jaan du Gain, 
avec des notes par P. F. F. J. Giraad. Un roi. Mi*ia. Prix , 8 fr. , ot 
,B h, 75 c. franc de port. Chez Ant. Bailleol, imprimeur-libraire du 
Commerce , me Helvétius , n« 71 ; et chei Arthui-BerUmd , iiiwaâa ti 
rue Eautefiiuille , a» aS. 

Choix d'Éfogcs couronnés par î*.Académi9jrtmçaise ; eompos^ des 
Sloges de Marc-Aorbfe , d'Aguesseau , Duguaj-Trouin et Descortei, 
par Thomas ; de La Fontaine et Molière , par Chamfort ; de Fénélon , 
llacine et Catinat , par Laliarpe ; de Snger. Fontanelle et Montansier. 
^r M. Garât , et de Louis Xil , par M. Noël : précédé de l'Essfd sur 
^€s Éloges f par Thomas. Deux gros volumes in-8*. Prix , i5 fr. « ot 
Ao fr. firanc de port. Chez Chaumerot • llbraira , Palais-Kojal , 
X galeries de bois , n*^ 188 , et place Saint- André-des-Arcs , n° 11 ^ et 
chez Artfa us-Bertrand . libraire , rue HautefeuiUe , n* 23 , proprii- 
taire des Œuvras complètes de Thomas. \ 

Histoire des Générauxjrançais; par A. Châteauneuf. XXTV'PAft- 
VIS« ( De rimprimerk de Pierre Didot. ) Prix de ce Tolnm« . en pap. 
rélin . 5 fr. Le prix des ^4 numéros de eet ouvrage est de 29 fr. , et 
35 fr. franc de port. Chec TAuteur , rue des Boos-£n&ns , n"" $4. 

Ce nouveau volume contient Thistiûre des maréchaux Lannes. due 
de MontebeHo ; etOudinot , duc de Reggio ; des généraux Desfoux- 
aauz « TEspivissc , Laharpe , tt des traiu de bravoure des offieiers et 
d«f soldats» 



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MERCURE 

DE FRANCE. 



V' DLXXVin. — Samedi i5 Ao(U i8i>. 
POÉSIE. 

LE SIÈGE DE PALMYRE , OU ZÉNOBIB. 

t&ÂOMINT DU CHAITT PHIMIBJl. 

Skuaiîon dé PSmpirê rommin à Pépoçuê où Parméê appelle ^ttréHm 
sur le trôné. Exposition du sujti* 

Jl diante la ytlear d*UDe illustre guerrière « 
Doi^t le glaire honora les fils de la lumière « 
Qui foulant è %tê pieds Tamour et les plaisirs , 
Aux exploits des héros borna tous 9t% désirs « 
Faforisa les arts , protégea rinnocenoe , 
Et du NU à TEuphrate étendit sa puissance. 
A la Totx des Césars , son trône ensanglanté 
S^éeroula , mais brarant le destin irrité , 
Elle sut mépriser les erreurs de la rie , 
Ct)us^e dans les fers ne fut point asserrie. 

Sol^ , fojtr du jour « roi suprême des cieox , 
Qui Tiens à tes rayons réouvrir mes faibles jeux « 
O toi qui des mortels réglant la destinée , 
Sème ff de ^el^aes fleurs leur rit ia^NrtuBée « 



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$90 MERCURE DE FRANCE, 

Fécondas Tuir , la terre , €l Tabymc àts mén , 
Prescrift leur route immense à ces iistres éiyaÊê 
Au sein de Tinfini suspendas à ton trôite , 
Pais faillir sur mes vers Téclat qui t'environne t 
Des fiers enfant des arts prête-moi les pineeauz « 
Et du feu de la vie enflamme mes tableaux. 
Je riens sons tes regards contempler la nature t 
Jouir seul awcc toi delà volupté pure , * 
Cbercber loin de la foulejin asik éearté • . 
Célébrer la vertu', Tamour , la vérité. 

Triste décrtt du aott ! te bonheur est un soog» , 
La justîte un fantôme et la gbire'un mensonge. 
Borne de ses lauriers voit les temples couverts , 
Et de ses propres fils elle a reçu des fers. 
XiC peuple roi n*est plus qu*un vil troupeau djesdaves. 
Seul arbihfe du monde , et grand aux yeux ite braves t 
' Mont e nt d^av o i r p ar * l uif t yaiueu ws eiiuemn , 
Et de parler en maitre à Tunivers soumis , 
n laisse à des tyrans rButepe aisujétie , 
Et reçoit k genoux leur foudre appesantie, 
llaifins et Sj^a. , les pfemiers des Césara , 
X)es Romains tour-k-tour aigubent les poignards « 
A Toeil des assassins indiquent leurs victimes v 
£t d*une main féroce ouvrent la lice aux crimes, 
telles nations pleurent Germanicus ; 
Là Séjan foule en paix la cendre des Brutus. 
Plus loin Néron Mwit leint du sang d'wae ttètre , 
Des sages « des kéfos , 'd'nneépouseet éton^kérCf 
Embrase denses mains Fimmortelle eité , 
- Et triomphe de voir IHneendie irrité. 
De proscrits et de morts 'Rome entité «S^ol»uv«ne « 
Et le Sénat sHosM sur sa t0fàbe entf'ottiperie. 

Le peuple humilié , les pmpires détruits , 

De huit siècles d'exploits tels sont les tsistesfpùtaf 

Dans les pleurs des vaincus si le vaxnqoeur M juûe,^ 

La tyrannie est là pour engloutir sa proie ; 

L'un par VmMe *abatl»» , iMrintf antdmes tt%û )0«t , 

Les tjMM immol^8'««4Conbent «our^^MUr. 

Le glaive rëgne eevl aur là. terre' alarmée « 

Et le tTÔae'wt'4fAMrt4et^n porVunét. 



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^ AOUT i«i». * a^t 

Lft pomrpTt i0s Céian et lent trist^-bandeiii 

2fe serrent qa*è parer lei bords de leur tottibeM. i 

Comme un lorrexa sorti des mer^ iijp|»bûr^ , 
Des iMTrbaifes du Kord les bordes conjaré^t 
Vteoneat faii% gronder le tonnerre d^Odia 
Du fond de la iioltique «uz rires de rjEuii» , 
Dans son cours au !|Cidi su'iveuxXe Borj&^ne 
Menacent le Danube , asserrissenl rUXrain/s « 
Des villes de la Tbraçe oocifpeot les reniparti ^ 
De Déce triomphiant brareqt les /âj^d^rds , 
Et des Rom^s raingueurs Targ^^ jçnorguejIU^ 
Dans un marais grofohd expîrp jeiuer^f . 
Les autres du Bospbore ont inon^^ 1^ botds , 
Des palais , des auteb , enlëTe^t lt$ tr^ors « . 
Des murs sacrés d*Epb^e en^aounent TédifiM , 
Soumettent sans ejBfart la Qrëoe à.leMr caprice « 
l^f tient Atbène en cendre « et ebasy^ Ters rAbsiii » 
Laissent Tbessaloniqpe, et fondent sqr.{(#iisiu. 
Oavde seul les arrête , ^ Je fier ^candinayjo 
Tombe derant son cbar , fuit ou deTientj^sclare. 
Une auta« colonie et les nombreux essaims 
D*un peuple de guerriers «nobles fils des Germaiaf « 
D^un nourel incendie allument la tempête , 
De la Gaule effrayée espèrent la concjuête ^ 
Raragent Tlbérie , et sur $ts bords trepdblanf 
L'Afrique voit la mer jeter ses conquérans.' 
Les enfans de l'Ister , libres , beureuz , sans mitns , . 
Des Suëves issus et fiets de leurs ancêtres , 
De 4*Eridan surpris font tremblçr les râlions « 
Et viennent insulter Rome aux pieds des sept monts. 
La terre devant eux sVbranle , et la famine 
Avec tous les malbeurs sur TEmpire domine ;. 
. De tombeaux entourée , elle immole au basard 
L*époux , la femme en deuil , Tenfant et le rieillard. 
Un mal contagieux et plus terrible encore , 
Implacable vautour des bommes qu*il dévore , 
La pe^te lea saisit,, xoage et laisse leurs os « 
Chan^ en poison iegr sang , en dessècbe laaAptf « 
De Torpbelin , du ricbe assiège la demiure « 
Frappe , qai^ce «|< AR^oca « «l^gue jo^ir ,> to«te jMre , 

Ta 



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afft MERCURE DE FRANCE» 

Pes plot heûtt mtéê fait un tas d^osseœens , 
Kt «ombW d« la mort les sombres monnmens* 

Ce fl^aa Ta cesser et le monde respire. 
Le bravé Aurélien rend la rie à l*£mpire. 
Jïé pr^ de Sirmium , d*un pautre laboureur « 
(Clieot d^Aurelius illustre sénateur , ) 
D*une simple prêtresse , obscure et retirée , 
Pans un temple ihodeste , au soleil consacrée « 
Soldat , centurion , apr^s d*heureui exploits « 
Parrenu tour-l-tour aux différens^ emplois « 
n obtient les faisceaux , s'unit à la frmille 
P*Ulpitis qui lui donne et ses biens et sa fiUe « 
De ce nom réréré derient seul héritier , 
S^élère au second rang et s'assied au premier* 
Claude , arant de mourir , rappelle au diadème « 
St ce oboix pour Tarmée est un ordre suprême. 
M rôle pour cueillir des lauriers toujours prêts , 
St les Germains tremblans rentrent dans leurs foiêlt» 
Jm cité du désert nVst point encor réduite ; 
Il croit n'avoir rien fait et sa râleur s*irrite. 

Un jour an Capitule, oih d'antiques débris 
S'ofiraient dans le lointain k t99 regards surpris » 
Ot d'un cril calme et fier il planait sur Tespace « 
Xes ruines du tems , les peuples qu*il efface , 
Le songe du passé , la nuit de Tayenir , 
Et les liei^x qu*k son sceptre il roudrait réunir» 
Vers les restes ponipeux d^uue tour abattue. 
Un ïantème a surpris et reposé sa rue. 
C*était Rome. Au milieu de sa prospérité , 
Xlle avait do malheur la tranquille fierté. 
Ses traits de la puissance offraient encor l'image ; 
liais des chagrins amers silloanaient son risage , 
Kt d*un air dédaigneux , elle foulait aux pieds 
Pes chars , des ossemens , des troues foudroyés. 

ICon fils , s'écria*t-elle « au nom de la patrie , 

Borne Tient déplorer sa majesté flétrie. 

Oui . du fond' du cercueil Home se moQtrfeT à toi » 

Borne' dont lé nom seul long-tems sema refiroi | 

Borne k peiue conserre un écbt inutile ; 

§oa empire écroulé gît au loin immobile. 



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AOUT xSii. 193 

I<*aigle àtê l^gîoDt triomplie , diras^tii t 

Jasqoe dans ses forêts le barbare est raîoeo. 

Qu'est-ce après tont poar moi que le deuil du barbuv $ 

Si dans les flaoes dn Nord Torage se prépare « 

Si d*aatres ennenûs rnootreat leart éteadardt « 

Bt le toBoerre en main reoTeraeirt nos remparts ; 

Si Tombre de Crassus demande eneer Teogeiiioe j 

Si le cruel Sapor affismik sa pmssanee « 

Foule d*un pied superbe un empereur romai» , 

Et sur sa tète auguste impose un foo^ d*airain ? 

Valérieu n*est plus , le Persan rit encore I 

n respire et tu reux que le peuple honore t 

Ab I si tu reux monter au rang des immorteit. 

Vole « armé de la foudre, obtenir des auteb , 

Du malbemr de Crassus renger ngnominie t 

Et soumettre laJPetee an désert réunie. 

Une femme avant tout appelle tes exploita^ 

Fière de §9$ sueoës et ri?ale det-rais. « 

ITa-t-elle pas osé s*asscoir au rang suprême , 

Des pleurs de T Occident orner son diadème 9 ; 

De Taigle dans les fto mépriser les décrets , 

Et d'uu beureux tjran servir les intérêts ? 

Sur le 19il et l*Euphrate elle étend son empire. 

Mon filk , Tiens foudrojer Zénbbie et Falmjre » 

Falmjre , du soleil orgueilleuse cité , 

Qui oroit de Rome même éclipser kt fierté. 

Elle dit. A la Toix qu*il révère et qu*il aime , 
César est embrasé d*une fureur extrême. 

Tel la lion qui dort au f6n^d*un antre obscur 9 
Où jamais n*a brillé Téclat d*un toleîtpuT « 
Aux acœns imprévus d*une meute guerrière ^ 
S^éveille , et bérissXnt son bovrible erinière\ 
Entouté d*enneinis , prêt à les.déelMrer « 
n les voit « il s'élance , il va tout dévorer. 

Rome , s*écria-t^il , ombre auguste et sangbole^ 
Dont rimage à mon eorar sera tou|ours présente^ 
Toi dont Torgueil flétri « les lauriers écEpsés.* 
Le regard presq[a*éteint et les traits efiaeés t 
Inspirent à César une force nouvelle « 
J9 vole , 1% le dais , e*est R09M qui m^appeUe » 



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«94 MERCURE ITE FRANCE, 

Home qui de Ten^ie ététafie let eoinpiotf , ' * ' " 

Et ne reut km&s laisser aueun répot. 

lAns qtkéi fcMt sacré i2i*aftire et m^èorirotme f 

Ici tout m*ébWpît , «Mit m*ariÉte et m'étosne f 

Ici , Rome chi moade a ptaé les deilins , 

£t TU ses fiers enfaes e«wblés d*boiiitetin dmae« 

loi les Serons . Marros et Peiii|>ée « 

Jules dont la Talevr ne fiit iamais trûiii|iée 4 

De vingt rots eonjarés oot foulé les débtis , 

La pomp^ de leur gloite hdnte ces parvis. 

Héros , vaillalis guerrién ^ne là terre coottitipl»» 

Je le jure , )e vais niitér votre ezeinpile. 

L*aigle vers TOrienk dÂrigeaat son. essor 

Va punir \ dm Toix 1-attentkt de Sapor , 

Dépouiller â^ùn vain ÛHn iine reiee infidell#4 . 

Et voir s*éFanouir son empiré avee eUé. 

L^ Arabe ra trembler et rebèroir ma loi , 

Illustres morts ^ YeMaet |>laaea deraiM moL 

n arait dit.. Bientôt dans cette île enchantée 

Où s^embrâse le coeur de Tamante a^tée , 

Où Tamour, sur un char guidé par les plaisirs. 

Se plaît h rallumer les éclairs des désirs , 

Et portant dans ses mains le flambeau de la rie , 

Voit même k ses décrets Cjtbérée asserrie « 

Jleçoit un pur.jeneens* Tenoens 4^ la beauté. 

Et par-tout devant lui sëme la rolopté. 

César prës de Pajilios témiit son'iirméé , 

Prêt k couvrir de lÉorts If Arabie ahttdiée , 

A venger sur Pahnyre , et le fils des déserts , 

Les outrages sanglans que Eome avait soiinerts {*), 

Sabatub. 

■ ' I ' 1. 1 ■ •' i . ■ - , 

C) Ce Poëme , dtvhl éti ilà^ ^itiaA , tdtièfiè à SA lih. H paraîtra 
ineessamment. 



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AOUT iSia- 1^^ 



ÉNIGME. 

BbC Tinm de» ▼ertot chi imgê , 

Et que dans la tooiété 

On doit eu parier le Imgegt ; 

Mais en dbîmt le Térilé 
•Fetfois la tîreottétffDoe «nfege 

A TenTelopper dm nitege 

VwÊ» prudeinte obffCBrité. 

Je peîs 19e citer pour ekevplV' 
On ne doit pas tonjoats ■owmer un chat luiddit. 

Or donc que cluieii» me eoniesple : 
En paraMeant )e redotite Téelaî : 

L*ing4ttoité , la fnmébxm , 

En moi ne eoat pas des Teetas. } 
Si fuse de détours , et si je me dégoise , 

On ne m Va estime que phu.. 
Tout au contraire , si )e me donne à connaître , 

On ne s^occupe plus de moi ; 

Ij on se rit de ma bonn^fbt ^ 

Je perds mon nom , je oesse d*ètre. 

S 



L0G06RIPHE. 

Dl mon tout , rtemo contentus , 

A dit certain poëte en us. 

Mes trois-quarts , puîsqu*il faut le dire , 

Composent un bien triste sire ; 
Ha brillante moitié sait faire des beurenx ; 
Arec elle un butor se croît égal aux dieux. 
Nécessaire à Saint- Cloud, et dans Saint-Udephonsc « 
Mon quart , ami lecteur , ne p^se pas une once. 

V. B. C d'Agcn. ) 



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S98 MERCURE DE FRANCE , AOUT iSin, 
CHARADE. 

SoTT le dessus dessous , soit le derant derrière t. 
Qu^importe quelquefois œ désordro apparent ? 
D*aBe méthode routinière 
On peut sVcartpr un moment 9 • 

Dût eette nouyeauté passer pour singulière ! 
Sans doute on n'y roit rien qui soit inconvenant* > 

Des que la ohose reste entière. 
Or , eette chose entière est propre à ^armement 
D*un huissier « d'un portier , même d*un mUitairt. 
. Son dernier , tranche de cochon « 
Peut aussi réclamer le nom 
D*mi ancien prêtre et d*ane ancienne armure. 
A certains jours , f ur-*tont s*il fait beau tems « 
Filous , oisi& , curieux et marchands « \ 

Ou pour afiTair^ , on cherchant aventure « 
Viennent sous son premier passer quelques instans. 

JOVYIVEAV-DZSLOGES ( Foitkcf )• 



Mots de r'^viqwÊ f du Looooiuphe et d& la CHAiLâi)i 
insérés dans le dernier Numéro • 

Le mot de l*Enigme est Papier-nouçeUe, 

Celui du Logogrîphe est Mode, dans lequel on trovve : miff» 

Celui d^ la Charade est ir^nire^saint^grU^ 



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SCIENCES ET ARTS. 

Dk l'Opératioit db la CATAiuc?rf . Thèse soutenue publia 
quement dans t amphithéâtre de la faculté de médecine 
de^ Paris le ixl^ janvier -k^iix. Troisième épreuve du 
concours pour la chaire d« médecine opératoire , 
vacante par la mort de M. Sabat^ier. Par Â. L* 
Tartra , docteur en chirurgie , chirurgien du pre- 
mier dispensaire , lun des quatre concurrens. — Ua 
vol. in-8^ 

C'est un bel art que la chirurgie ! que de prodiges 
elle opève ! dans combien de circonstances elle arrache ^' 
en effet , Thomme à une mort sans elle inévitable ! 
conome sa marche est certaine ! comme ses opérations 
sont hardies ! Le chirurgien ne craint pas de pénétrer 
jusque dans le crâne , dans la poitrine , dans le bas^ 
ventre ou dans la vessie, pour remédier à des maux 
qui entraîneraient infailliblement la perte des malades* 
Cependant , dans tous les cas , le chirurgien est tou- 
jours armé de fer ; mais Fusage qu'il en fait est telle- 
ment salutaire , %ts succès sont si évidens , qu'on ne 
peut que célébrer son intelligence , son, adresse et les 
merveilles de son art : aussi la chirurgie n'a-t-elle jamais 
été en butte aux sarcasmes lancés si souvent contre la 
médecine. Qu'on n'imagine pas cependant que nous 
voulions mettre l'une des deux branches de guérir au- 
dessus de l'autre ; si les succès de la chirurgie sont plus 
frappans , ceux de la médecine interne ne méritent pas 
moins notre reconnaissance , n'exigent pas moins de 
savoir ni moins de justesse dans l'application des règles 
de la science. 

Les opérations de la chirurgie sont , en général , très- 
brillantes ; mais il n'en est peut-être aucune qui soit 
fondée sur des notions plus positives , qui exige dans 
Vopérateur une plus grande habileté et dont les suites 



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^98 MERCUIUE I»v FRANCE,^ ^ 

soieiif fhê eonsUfttiliétf cpe c«ll« 'qui a pMr objfl^d» 
renfdre la Inttîère à Iliomaie qui ^ ed priU. Sa eoa^ 
dénmt ia âélicalesse de ForgaiM ëe k iFite , la diveraM 
des parties qui entrent dans sa conformation , les condi- 
tions nécessaires à Texercicô de cette précieuse fonc* 
tion , on verra combien de tems il a fallu pour parvenir 
à bien cpnnaitre le mëc^isme de la vision , pour déter-» 
miner les causes capables de Taltérer eï pour trouver les 
moyens d y remédier. L'homme privé de la vue ne fouit 
pas de la plénitude de son être , il a perdu celui de ^es 
sens le plus nécessaire à Texercice ae cette vie que les 
physiologistes ont eu raison d'appeler vie extétieun de 
relation pu animale. Déjà la locomotion éprouve des 
entraves , il se rapproche du végétal , et comme lui il 
n'a presque plus que la vie nutritive : qui peut le con- 
aoler de ne pkn Contempler le spectacle si beau et si 
tarie de la nature y la magnificence du firmament , le 
grand aatre qui édaire et qui viriSe tout ? Il resterait 
ainsi plongé dans les ténèbres et dans un état assez sem* 
blable à la mort mente (car vivre c*est )oair de la lusàière, 
comme naître c est voir le jour) ,. si un génie réparateur 
Be venait renverser la barrière qui le sépare du monde 
animé. Ceat ici le triomphe de la chirurgie ; le premier 
qui a réussi à rendre la vue à un aveugle. a dû passer 
pour un être divin ; un tel miracle ferait élever des au- 
tels .chez les nations sauvages à celui qui en serait l'au^ 
leur ; cette merveille n'en est plus une pour nous j la 
civilisation tM)us rendrait^eUe moins sensibles aux pro-* 
grès déserts et aux prodiges qu'ils ont enfantés ? 

Il serait peut-être un peu long d'analyser avec détail 
Vouvrage intéressant dont il est question , il suflSra d*eo 
exposer le pian et d'en indiquer les idées principales. 
. M. Tartra divise son sujet en deux parties; laprer 
DÙère est essentiellement historique et pathologique ; 
elle embrasse tout ce qui tient auk notions théoriques de 
la maladie , aux diÀTérences qu'elle peut présenter , et 
auk signes qui la caractérisent. Cette partie qui cinn- 
prend d^à tant de choses indispensaUes à connaître » 
peut , en quelque sorte , être considérée comme une in* 
troduction aux vues pratiques et çuratiyes exposées danâ 



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• AOUT iSfil " 9^ 

te seconde. Celle^ei , qui a spécialement ponr objet è9 
gaérir Iff cataracte , est beaucoup pHis développée ; elto 
contient tout ce qui a pu être pubUé sur cette matière el 
les idééé particulières que l'auteur de l'ourrage s'est foiv 
mées. Il a partagé cette partie de son traité en trois divi-* 
sions ; dans la première il s'occupe de l'opération de lar 
èfttaracte proprement dite, et comme il a distingué dettx 
Qiéèhedes opératoires , il consacre fa deuxième divisibm 
à l'exposé de chacune de ces niéthodes : cette déuzièBner 
division se subdivise encore en deux sections dont cha- 
€iune comprend tous les détails particuliers à la méthode 
dti déplacement et à celle de l'ettraction. 

C est dans ta troisième dirisich que M. Tartrà établit 
un parallèle entre les deux méthodes , et les motifs de la 
préférence à accorder à l'une d'elles; il fournit à Tappui 
de ses raisonnémens un tableau comparatif de diyerf 
résultats de l'opération de la cataratte par Tune ou Vautre 
méthode sur un certain nombre de sujets* Cettetroisième 
diftsion j^ut être considérée comme la eonclnrion ou le 
résumé de Touvrage*. 

Tel est le plan de ce traité ex prqfesso sur ropératioit 
de la cataracte; l'auteur s'est donné un grand cadre, mata 
il a Âù le remplir ; on ne connaît rien de plus étendu ; 
de i^lus détaillé et de pins complet sur celte matière. 
Ccfpendant ce travail qui a exigé tant de recherches et 
vlie discussion si approfondie de tafnt d'opinions diverses , 
a dâ être terminé dans l'espace de douze jours ; Aiais îl^ 
sefa facile à l'auteur d'y dévelerppér ^ psr la suite , les 
»6int8 qu'il n'a pu qu'ahnonter somihairement. Il feul 
lire dans l'ouvrage même les considérations d'après les* 

Suélles il parait incontestabteisënt 'déÀionlré que la mé- 
lode du déphcement Yemipati^ dans presque tous les 
eas sdr celie par extraction. Nous ne devx>ns pas omettre 
de faire remarquer qu'il ne faut pas confondre la mé^ 
thode dont M. Tartra cite les avantages , avec le procédé 
opératoire par simple abaissement ^ c'est à celui-ci que 
peuvent se rapporter les accidens pour lesquels il l'avait 
abandonné , et qui lui avait fait préférer la méthode par 
extraction. En disant déplacement , l'auteur indique uno 
opération que pratiquent maintenant , il est vrai , ^esplua 



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3m mercure I^ FRANCE^ AOUT 1811; 

grands* chirurgiens, i^ais qui est encore nouvelle en ce 
sens y qu'elle avait besoin d'être décrite pour être plus 
généralement connue. Tel est l'effet et le précepte à dé- 
duire de cette question , qu'il s agit moins d'abaisser le 
cristallin que de Téloigner de Taxe visuel , soit qu on le 
porte en dedans ou eu dehors, ou en haut. Cette opé- 
cslion tsi donc bien mieux caractérisée par le mot gêné- 
cal de déplacement que par celui d'abaissement, dont le 
sens est trop restreint et imposerait à lopérateur des 
limites qu'il doit savoir franchir pour s'assui'er le succès 
•t la guérison des malades. Nous regrettons de n'avoir 

Su suivre touteii les idées de l'auteur dans un travail 
'autant plus intéressant que la maladie qui en est Tobjet 
dévient de plus en plus commune. 

Le traitement de la cataracte , et tn général celui des 
maladies des yeux , est aujourd'hui mal à propos aban- 
donné à un petit nombre de praticiens qui , sous le nom 
^oculistes , >sè sont emparés presque exclusivement de 
cette partie ()e la chirurgie qui n'aurait jamais dû en être 
séparée. C'est sous ce titre qui lui-même suppose des 
connaissances très-bornées , qu'on voit les hommes les 
plus médiocres parcourir les départemens de Œmpirt 
et trop souvent en imposer à la crédulité publique. De là 
résulte peut-être le fâcheux inconyénient qui empêche 
les chirurgiens vraiment instruits de se livrer au traite* 
ment des maladies qui affectent l'important organe de la 
Tue. Le grand Ambroise Paré , l'Hippocrate de la chi« 
rurgie française , est un des premiers que l'on sadie 
avoir fait l'opération de la cataracte avec de (pands 
succès. 

L'ouvrage de M. Tartra, que nous annonçons , n'est 
pas moins recommandable par les idées saines qu'il ren- 
ferme , que par le style clair et précis dans lequel elles 
sont exposées. 



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LITTÉRATURE ET BEAUXARTS. 

£iUDi» SUR LAVOXXAnnB , ou Notes , recherches et excup^ 
sions UtUraires sur ses fables ^ précédées de son éloge 
inédit , par feu M. Gaizxahi) ^ de VAcadémie française. 
— ¥n fort vol. in-8® de plus de 5oo pages* — Prix , 
6 fr. , et 8 fr. franc de port. — A Paiis , chez Grabii^ 
rue du Coq-Saint-Honoré , n^ 8« 

Lavovtâikb a été moins heureux en commentateurs 
qu>n panégyristes. Son éloge, proposé par TA cadémie 
de Marseille , a donné lieu à deux ouvrages dont la litté- 
rature du dix-huitième siècle s honore ; et Ton ne con- 
aalss^t encore qu'un commentaire assez médiocre de 
Coste sur les douze livres de fables, lorsque parut, en 
J796 , celui de Chamtbii , auteur de Téloge couronné. 
Ce commentaire ou plutôt ces remarques philosophiques 
et littéraires , imprimées deux ans après la mort de Tau^ 
teur, furent regardées comme une partie des matériaux 
qu'il avait amassés pour son éloge de Lafontaine , et qu*il' 
ne mit pas alors en œuvre. On répéta ce qu'on se sou- 
venait de lui avoir entendu dire à lui-même , que c'étaient 
ses rognizres. L*estimable éditeur du recueil que nous 
annonçons aujourd'hui, ne parait pas partager cette opi- 
nion, il donne pour preuve du contraire, que ces notes 
de Chamfort sont de beaucoup postérieures à son éiogp 
de Lafont'tine , et quil ne les rédigea que long-tems 
après celui-ci , à la prière de M™® de rolignac pour 
laquelle il les transcrivit de sa main. Il nous semble que 
ce B*était pas là ce qu il fallait prouver pour nous con- 
vaincre que les notes de Chamfort sont un ouvrage ex 
proftsso\ mais plutôt qu elles sont antérieures à Téloge, 
et mieux encore , à Fépoque où le sujet du prix fut pro- 

g>sé. Autrement, rien n'empêche de croire que Cham- 
rt, travaillant sur ce sujet et riche de beaucoup d'ob- 
servations sur Lafontaine, n'en ait jeté plusieurs sur If 



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3oa MERCURE 9M FRANCE^ 

papier, et nelciiB 0it n^^uilè réunkn ,enr fursoe^c^e com-^ 
iQ«ntaire. Ce qii|î ^Âeodriitt k Vifif^ ^If^^j^-J^njpn , 
cesi qu'on trouve quelques-unes de ces nolbes^odues 
d^QS réloge inêii\e , et d^utces fmi se^ib\eJ\]L 9Vfj^4çTïpé 
à Tauleur l'idée au parallèle deLafbotaneet <k Molièi^y 
considérés comme peintres de mœurs, parallèle aussi 
«Agéfûeux que piquant et qui a fait en grande pisrtie la 
fortune du discours académique. En résultat, 'à importe 
assez peu de sairoir oe qui a donné lieu au^ notes, de 
iCbamfert C'est une idée heureuse que celle de les re- 
produire accompagnées ^'-antries observations qui quel- 
quefois complètent le commentaire dans les pavties où il 
laisse à désirer, quelquefois aussi reçtijSent certains ji^ge- 
snens du commentateur. Parmi les écrivains mis à cçn— 
iribution pour ce travail , tous ne sont pas de la même 
doctrine, et Ton pourra s'étonnerde voir confondtrs'Mat^ 
moiitel et Clément, Laharpe et M. Geoffroy : maisTédî- 
teur a fait comme certains maîtres de maison qui s'amn-^ 
0ent quelquefois à réunir des ^ens qui ne se voient pas. 
L'esprit de Chamfort était plus naturellement porté 
«ux spéculations de la morale et de la philosophie qu'à 
la critique littéraire , ses notes sur Lafontaine en sont la 
preuve. Les observations qui tiennent à Tart sont la par- 
tie la moins recommandable de ison travail. Sa cribque 
n'est pas toujours saine ; les qualités particulières de son 
esprit étaient la finesse et le trait , et il lui arrive trop 
souvent de les prendre pour règles de ses jugemens sur 
Lafontaine. Dounons-en un exemple. Dans la belle fable 
de P Homme et la Couleùt^re , Lafontaine dit : 

A ce» mots ranimai p^ryért , 
( G^est le serpent que^* veux àixe , 
^t son rkoa^e -, on pourrait aisément sy tso)nper. J 

« Le troisième vers parait froid apftès le second , ♦» 
dit son commentateur. En effet / c'est dons le second 
vers qu'est toute la force du coup : le troisième ne fait 
que l'amortir; et si Chamfort eût fait les deux premiers, 
il se fût bien gardé d'y ajouter une réflexion qui ôtait ii 
la pensée de sa ^nesse , ne laissait rien à la subtilité , et 
M latsaii qu'^ousser une épigramme des mieux acérées 



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AOÛT laïa. Sot 

ooiitre4e gMre Imummi ;«uÛ0 catte épiçramme a^^ûipliii 
été oeHe d^»afoii<gtnp , «t au Iku de la gaiii douceamit 
maligne) àtsïtoik^ur des bbies , on iL'auaU pins trouvé 
que la satyre mordante de l'auteur du Marchand dc&myme. 
Rendons tout^foisjustice au commentateur. Il reconnaît 
et dit lui-même que : « Lafontaine ajoute à dessein ce 
« troisième vers p^MiTTeiifrer us peu dans «m cacactène 
I» de^ henhiomie , docbt il wBt d£ sortir par on «imca st 
s AAtirique..)» 

Il y a d^UK opinions-sur iLafonifiine qnî oot'Wng-tontf . 
prévalu» et qui, examinées depuis plusja(tesitiveHH»t,«Bt 
paru susceptibles de modifications ; la première fondée 
sur son caractère de bonhomie , et qui empêchait de 
croire qu*il eût senti lui-même la force de plusieurs ti:aits 
malins répandus dans ses écrits ; la seconde , qu'il avait 
tnfanté sansiravail et presque à son insu, par le seul 
effirt de la pins heureuse organisation, cette foule djô 
bemités qui nous ravissent. Ouv se plut è imaginer un 
homme à qui la gloire littéraire avait donné ce qu'elle 
vend aux autres. Delà le mot de M"* de la Sablière , qui 
rappela leJaUier , et le vers de^Marmontel : 

A Là&Dtaîne à lui seul inconnu ; 

et plus récemment encore celui de Collin-fd'Hadeyilk^ : 

n ne les faisait pas , ses vers , il les troufak. 

Ce qui pourrait bien ne signifier autre chose , sinon que 
Lafontaine était particulièrement doué de cette facilité, 
l'un des plus précieux dons du génie ^ mais qui jii'tt«lut 
pas toujours le travail et l'élude. 

Cbamfort naturellement caustique, et qui s';étaît^ 
CcMome il le dit lui-m^e , constitué en état permant ni 
d'épigranune contre le genre humain, ne pouisait être ' 
dupe de «1 autre espèce de pcéjugé sur la bonhomie .de 
Lafontaine. £n plusieurs endraits , il s'attache^ repvàr 
senter le .bonhomme comme très-malin, et jsur^totit 
comme malin à bon escient. Lui-même alors^il lenehérit 
sur le poêle qu'U commente ; il renforce^e ses. véfleKion* 
particulières les traitiS d humeur chagrine contre la société 
^ la civilisation^ et Msnotesjiur î$9&)niai»jwot\&it 



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io4 MERCURE DE FRANCE, 

quelques endroits moins un commentaire qu'un «upplé^ 
ment à la partie de ses œuvres ^ui a pour ti^e i^p^iffées 
0t caractères. Lafontaine énonce cette morauté : * 

Selon ^e vous serez puissant ou misérable , ■ ' » . , 
Les jugemens de cour tous rendront blanc ou noir. 

« Non seulement le^ jugemens de cour , ajoute ^on com* 
M mentateur , mais les jugemens de ville , et , je crois , 
» ceux de village. Presque partout Topinion publique 
M est aussi partiale que les lois ; partout on peut dîire 
» comme Sosie ^ dans TAmphiliyon de Molière, 

Suirant ce que Ton peut être , 
Les choses changent de n«in. ^ 

Comment Chamfort, si habile à saisir les rapports 
qui s'offrent entre Molière et Lafontaine , ne s'est-il pas 
rappelé, à propos de ces deux vers, ceux*ci de la fable 
du Fermier, le Chien et le Renard? 

Ce chien parlait très^k-ptopos; 
Son raisonnement ponrait être 
Fort bon dans la bouche d'un maître ; 
Hais n'étant que d*un simple chien « 
On trouva qn*il ne râlait rien. 

iDans la fable du Berger et le Bùi, Lafontaine dit, eft 
parlant de Tambition , 

Car même elle entre dans Tampur , 
Je le ferais bien roir, 

u L*auteur , dit Chamfort , n'aurait pas eu grand peitie 
n à répoque où il vivait. L'amour, dans des mœurs sim- 
» pies , n'est composé que de lui-même , ne peut être 
i> payé que par lui , s'offense de ce qui n'est pas lui ; mais 
»^ dans des mœurs raflfinées,. c'est-à-dire corrompues, ce 
j» sentiment laisse entrer dans sa coiùposition une foule 
» d'accessoires qui lui sont étrangers; rapports de posi- 
n tion , convenances de société , calcul d'amour-propre , 
j» intérêt de vanité, et nombre d'autres combinaisons qui 
M vont même jusqu'à le rendre ridicule* £n France , c'est 
» pour l'ordinaire un amusement, un jeu de commerce 
» qui no ruine at n'enrichit personne, n. 



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AOUT i8i«. A 3©1 

- Lliameur x^w«iique de Chamfort a remué Thunieu 
JEfeoire d'up^^'^glAi^ Latbntaiae, daas la i'ablo du Ra 
anglais. q»»*il adresae à M"**! Harrey sa bieataitrici ' 
à mpfos d'esprit : 

Est-il quelqu'un qui nie 
Qae tout Auglais n^en ait bonne proTÎsion ? 

é Quoi , dit Chamfort , tous les Anglais ont de* 
)) prit ! Il n'y a pas de sots chez eux! A quoi Latbnta* 
s songeait-il en écrivant cela ? 

» Oui certainement , M. Chamfort , répond un Anglais 
» que Tédileur ne nomme pas : il y avait au iems de 
j> Lafontaine, comme de nos jours, plus de bèterquô 
» n'en désireraient les gens d'esprit, et bien des coquins 
j» pour leur tenir compagnie. Ces deux classes abondent. 
3) Sans compter les Bedlams , les Newgates , et tant d'au- 
» très maisons du même genre, *asiles de tant d'individus 
» marqués du sceau de la réprobation publique, l'An- 
» gleterre peut se vanter d'avoir sa part du rebut de la 
» terre ; à cet égard , elle ne le cède à aucune nation 
» civilisée du monde. » 

L^ambitleuz , ou , si Ton reut , Tavare , 

dit encore Lafontaine. a Vers admirable , ajoute Cham* 
» fort. En effet l'ambition , dans nos Etats modernes , 
n n>st guère que de lavarice» Cela e^t si vrai , qu'on 
» demande, sur les places les plus honorables: Combien 
Il cela vaut-il? Quel en est le revenu ?» 

Quelques citations de cette nature ( et il nous serait 
facile d'en remplir des pages ) , donnent une physio- 
nomie toute particulière aux note^de Chamfort, et nous 
ne croyons pas nous être trop avancés en disant, qu'elles 
sont moins nn commentaire qu un supplément à son 
recueil de pensées et d'anecdotes , espèce d'arsenal dans 
lequel il a déposé les traits qu*il avait recueillis ou forgés 
lai-même contre les institutions ridicules , les grands 
seigneurs et les abus. On a voulu comparer les notes de 
Chamfort sur Lafontaine aux analyses du Cours de Lit-' 
ténUure, et l'on en a conclu que le goût de Chamfort 
était fort inférieur à celui de Laharpe. Peut-être fallafit-il 
seulement en conclure que leurs esprits étaient de nature 

V 



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.8^ MERGURB DE FEAKCE , 

très^différente, et que eette différeooe %f| avait ooca- 
mmuaé une noa tneios semibleda&a-Uors oiî^iona et 
Im^ )agfnieii»Jitl£raim.^ Il ert bcite de voir y ^ «fft » 
que Chimirort a presque toujours affecté autaat de QVJtUà 
pour la guerre de mois et la critique purement littërane , 
que Labarpe 7 a mis d^importance» Aussi peut-oo dire 
que ce que celui-ci gagne en superficie , l'autre le gagne 
ien profondeur. En d autres termes, Labarpe est plus lit* 
térateur , et Giamfort plus philosophe , plus penseur. 
Nous citerons à Tappui de notre opinion ce passage des 
notes sur Lafontaine , et ce sera le derpier. Il • agit de 
la fable première du livre onzième, intitulée : iêLion. 

a Cest certainement une idée très-ingénieuse d^avoir 
n trouvé et saisi, dans'le naturel et les habitudes des 
n animaux , des rapports avec nos mœurs , pour en Gdre 
» ou la peinture, ou la satire; mais cette idée heureuse 
)) n'est pas exempte d'inconvéniens , comme )e Tai déjà 
)) insinué. Cela vient de ce que. le rapport de ranimai à 
fk llibmme est trop incomplet; et cette ressemblance im* 
/> parfaite peut introduire de grandes erreurs dans la 
I) morale. Dans cette fable, par exemple, il est clair que 
» le renard a raison , et est un très-bon ministre ; il est 
i) cUir que sultan Jéopard devait étrangler le lionceau , 
1) Aon^sculement oomm« léajpard d'apologue , . c!est*à« 
pdire, qui raisiné; mais il le devait. même cemme 
p aultan, vu que sa majesté léoparde se devait toute an* 
M tière au» bonheur de S9t peuples ; c'est ce qui fatdé^ 
^^ moiUii peu de tems Après. 9^^ oonoluro de là? STen- 
» auît^-il que parmi lea hommes, un monarque orpheUa , 
n. héritier d'un grand empire , doiiFe être étraagté par un 
n roi voisin, sous prétexte que cet orphelin, devenu 
« majeur , sera peut-èke un conqiiiénMiÉ ledontaUe ? 
<» Machiavel dirait qae oui , la poliltqtte vulgaire balan^i' 
p cerait peut-être, mais la morale aihrmcEaitqae aoa. 
i^Dloà vient celte différence enlr&satBajestéléèpanle 
a et cette autre majesté? C'est, que la pvemièra se trouve 
» dans une nécessité physique , iastante , évide&te et in« 
D GOftIestable , d*étrangler rorphelio pour Tintérèt de sa 
lé propre sûreté , nécessité qui ae saurait avoir lieu pour 
« l'aulre monarque , etc.. » . . 



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AOUT i8ia. 3o7 

bù f<*relte , en lisant les notes de Ch^nifor!, qii*îl n'ait 

pas er^pioyé un pea de cet esprit solide et brillant à 

téttitet quelquèà-tihs dèé jugeihcns de Voltaîfê sur La- 

jantainé , qui petiVeàt |)araitfe aU moins inconsidéré. 

ï)ani lé Dictionnaire philpso|>hiqiie, au taài i'IaUefié^ 
ftôU^liipfis: 

(i tqfbhtaine a dit , et prétehd atoir dit après Ès9pè:n 

On ne peut th>p loutt troii sortes ^e psfi#ttaét y 
. Let ditux , n nàiymê^ tt ^on foi. 
Ssb^e le idisait { f j toaserii ^ast k HnA. 
Ce «dDt naxilaet tonieors houxm* 

« Èjfopen'a rien dit de cela , et on ne voit pas qu'it ail 
» ffatt^auconrot ni aucune concubine. ». 

Voltaire se 6e apparemment ici à sa mémoire ou. 4 
quelque édition fautive des fables ; et il en prend occa* 
i^n d*aocuser Lafontaine de n'avoir pas (u ou devait 
jBdt lu Esope. Le fait esf que L^Çpntaine np parle pa# 
d'Ésope, mais de ATa/Aenôe. 

[ Dans le même ouvrage , att'mot PaiU y Voltaire û^esî 
pas moins léger dans seè jugeitiens sur Èalotitaine : il est 
•ur-toutplus injuste. Je ne parle pars des (touzèou qui4aç 
fables qu/il analysé en deux lignes et qu*tl condamné sur 
VB mot. t«*in)U5tice de seé jugemenssufLafohtaine, nWt 
pas-tant dans ce qui! lui reproche que dans ce qii*il lui 
fefuse* Il aprait pu trouver encore autant de fables oif 
{aibles et m;édiucres , ou d'une moralité équivoque ^ f$t 
cependant se jiaontrer plus juste envers le recueil entier^ 
Dama les douze livres de fables ,■ n^ en a-t-il en éâet 
Que « qaaire-viagt qui soient dels cliefs-d^œijvre de nai- 
n veté » de grâce , de finesse ^ quetau^ois mime dm 
» poésie^ n Bemarc^es ces mots , ifueiaue/ois minm m 

{^eisiê « coxmne si la poésie était un mérite si vwtt dans 
es Éd>tes de Lafonlamt , que beaucoup , même dé ses 
ijneilieure» # «n soient privées. Est4l vrai encore qu'il 
h'iWQii au un stylé , cêlui dont U partait de Janot iapin ef 
3s Rtmiirutgwms. haîotAAnt nWoir eu qu'un stjie ! De 
duoi vaut-il mieujt accuser Voltaire , dWoir été injuste ^^ 
ou de n'avoir pas sebti le mérite et le charme des fables? 
Après un par^ esetople, qui potirra répondre de la 



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5(>8 MERCURE.de FRANCiîl^, 

8olidUe.de ses principes et.de la, pureté de k%Q goûtfn 
malière littéraire ? . ^ 

ChamfoFt , dans sa lettre i Voltaire , par laquelle^ luî 
envoie son éloge de-Lafontaine , Tattaque bien ^ur quel- 
ques-uns de ces points; c'est dans son commentaire qu'ft 
aurait dû particulièrement lui répondre ; maiis Vojtairç 
avait flatté sa vanité. Il lui écrivait : k (^uahd M. de 
»Xaharpe hi'envoya son bel éloge de Latohtaine , qui 
» n'a pas eu. le prix ,- je lui mandai qu-ii fallait que celui 
» qui Ta emporté fût ta discours le phis partait qu'on eût 
M vu dans toutes les académies de ce monde. Vofre ou- 
» vrage m'a prouvé que je ne'me suis pas trompé. i> 
^.L'éloge de Lafontaine, par M, Gaillard, n'a qu'un 
■avantage sur ceux de^Chamtort et de Laliarpe j c'est de 
n'être pas connu et d'être jusqu'à présent resté îhêdit. Il 
Cônimence, comme les deux autres, par (m 'mot de com- 
pliment à M. Necker qui avait doulDlé la, valeur clu prix, 
et fait dés voeux pour que le génie de Lafonlain^e luiJÛt 
transmis. Ce vœu dé l'innocence et de la icandéUr n*a 

Eas été tout-à-fait exapcé , et ce nest pas Ife génie de 
lafontaîue (jui b;-ille dans te style pompeux, ef èYn^ha- 
tique desopiniàns Migieuses , et de quelques autres écrits 
du hiinistref , contrôleur des finances. 
; plus loin, M., Gaillard entreprend , trop sérieusement 
çans doute , de disculper Lafontaine du reproche de 
stOj^îdïté,^ '^Oft. dirait gu'il â pris à la lettre Ie*mot,de Fon- 
téàelle : c'est par bêtise qu'il préfère ïes fa^pfei d^b Phèdre 
«131 sièniiës. « Oiî'îàlriie, dit M. Gàîlla>d',"à' ijonherda 
i>^rîdîcine à un ho"mmè supérieur ; c'est 'la vengeance de 
i la médiocrité. >) llnV a rien de vrai âans tout* Cela , 
sur-toiitVar rapport'^ Lafohtelne , dont le 'sort' fut d'être 
•îmé de tollé ceux qui le connurent; et à qui sa* gloire 
toe fit pas un envieux.' ^ 

• Même absence de raisfon , fausse chafeur dans la tirade 
suivante : * ' ' . '' ' . : .* . • . . , 

«Il avait des' distractions. Monde fîivoleî Vous ne les 




w se péûëtré de vos petits intérêts, de vos petites p 



as- 



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AOUT i8i«. S09 

» «îons-,-^^ ▼ot^fjticrelles' poK*iqow, d^ vos querelles 
)» lift^aires ; qu*on écoute les arrêts que vous croyez 
» porlcfVuf les arts que vods ne connaissez pas , sur les 
i^ fruits du génie que vous ne savez pas même respecter, 
» LafontHine , en vous entendant , se taisait et rêvait. Ses 
y^ dfkfràctfons vous faisaient iustice et peut-être grâce.» 

En voHà -assez potrr prévenit* le lecteur que ce* n*ést 
pas là qu*il faut chercher Thistorien de Charlemagne, et 
Fauteur de la Ris^alité de la France et (& P Angleterre. A\ 
a paru avec plus d'avantage dans d'autres concours aca-, 
démiques , pitil n'eut pas d'aussi redoutables rivaux que, 
Laharpè^çt Chanifort. ♦ 

Nous dîrohs, en tennînant, que les Etudes siirLa^ 
Jbntaine sont un'lîvrê utile , et un service rendu aux 
lettres. liés notés de Chanifoit n'ofTra'lent qu^un com- 
mentaii'e Incomplet et sur-tout trop peu littéraire de 
notre f^ùtisfè. Plusieurs de ses jugemens demandaient 
i être révisés. Trop homme d'esprit pour tomber dans 
le ridicule de certains commentateurs qui sont saps cesse 
à genoux devant lés beautés et les imperfections de leur 
auteur, C&amfort n'avait p^s. toujours évité l'exçè^ 
contraire. La rigueur de saCQnsur^aiaitdire qù'ijh'ava[it 
pas toujours été sensible aux grâces de rorîgînaTi' il a. 
fallu défendre contre lui plusieurs traits de naturel. 'Ce^t. 
f:e qu'^a fait l'éditeur en s'aidant tantôt de ses propres* 
lumières, et plus -souvent de$ réflexions de quelque.^ 
critiques qui Vont précédé: Son recueil, tel qu'il est^ 
mis entre les 'mains des Jeunes gens dont le goilft 60m-' 
mence, ^ se formeç , doit éclairer leur intelligence et, 
suppléer avantageusement lei analyses verbales 'd'unpco- 
tesseur. Boiteau a dit' dé I4 lecture d'Homère : 

C0SI «voile profilé que dv savoir sh^ plaire. 

Nous en dirions, presque autant des fables de iLafôntaîne.' 
£n apprécier le mérite et le charme est uq des premiers 
fruits des bonnes études. L*^ouvrage que nous annonçons 
peut Concourir non moins utilement à ce but, C!est €n 
faire assez féloge. 



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3io MERCURE DEFRANCK^ 

ëisqii>Q î ^8a ; p«r le b^rpa py Qhimm «^t par Dip^iiçf ^ 
ïpq vpl. m-S**. Pri», a8 fr. ; et 35 fr. fiiftftç 4? fflfJ.. 

Cqppf, ^^ Î9- ., . , 

Jl éfaît de ppdc au sîècl^ dernier, parmi les spuve- 
rffîns de rÀlleiinagne , d'aypir à P^r^s uji cpvresppù^^^it* 
qui leur faisait passer les nouvelles littéraires, ^t quieln 
quefois mume I^ chruiuque scandaleuse de cette grande' 
capitale. Quelques personnes ont paru <?roire que çelta 
espèce d*hommagt rendu pai* des princes élrangerf i sinon 
à la supériorité, du moins à Hniportéincp de nojré lilté-^' 
rature, avait un but plus réel, quoique fnpius recpniiu.^ 
et que leurs correspondans leur fondaient , Sc^s s'qi^. 
douter , des services politiques. J*^î pei^e ^ le pfoîre ,.et* 
ce oui rne prouverait le contraire,' c^e^t que Iç gr^^d ' 
Frédéric qui , sans doute , ne négligeait ôên çn pçUJi- 
que , xi^ se soucia poi^^t d'vix\e nouvelle cprre^pijin^^ce 
littéraire après la mort de Tbii-ioU <^uoi qu'jl e^ sojt y pu 
nous avait déjà donné celle de I^filt^rpe avec le gr^pd-diio 
de Russie ; on a publié depuis d'aqtres correspondwççs. 
ou d^autres Mémoires ; et I'qç pp^^ fait ^ujoufdliui çon- 
£dence des feuilles que le \^SLron de Grimm V^pédi4it ^11^ 
duc de Saxe-Gotha. Tous çç8 ouyrage^ ont été I^s ^vèc. 
^ne avidité bien naturelle ; mais , en ?'en ^njqsanj^ o^ 
n'a pas ipoîns discuté la bien^éançç , la ^^^Ùimité d.e leqr. 
pubHcation. On a blàipé La^^Fpe «oms I^ pi'emîe^ rap- 
port , et dVutres éditeurs sous te second. Notre intention* 
nVst point d^ntrer à^ni là querélle» Il n'^ pa^ bien sur 
que Tavantage de ces sorlejs dç Jivrçs çq cpntrel)§l9nçç 
les inconvéniens , ni que leurs inconvéniens reçpporlen^ 
sur leurs avantages. Ce qu'il y> de certain , c'est qu^ij se, 
trouvera toujours des libraires pour les imprimer, des. 
lecteurs pour les acheter, et que les parties intéressées 
doivent s*estimer heureuses que des mains plus sages se 
chargent alors :d élaguer ce qu'il peut y avoir de pliis 



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AOUT i»ii. 3rr 

scandldeiiz-daM iits oufragét , à êuppomtiùéme^t te 
spéouUleur ae soit pas (disposé à tons les sâcrifioef qatr 
la bienséance exigetmL 

Deua la ccrrrespoadtnce qm nous doeupe , it mita 
sans doute encore bien des trails câpotdcs de bteiser deé 
pertonnes vivantes , on les amis , tes héritiei^ de piM 
d'un mort; tcims on n'en doit jpas moins louer la disent» 
tîon des éditeurs qui se sont réduits k tirer cinq vdfâmeê 
d'une correspondance qui ponvast en fournir quinze. Oty 
vfût qu'ils &i ont supprimé deux bons tiers , et Ton petit 
supposer aveo raison que la plus grande partie dt MIT 
retrandiemenis a porté sur la chronic^e scandaleuse. ^ 

Une chose qui nous confirme dans cetteopinion , e*eif 
le bon esprit qui régne dans la notice sur le baron d9 
Griinm qu'ils ont placée à la tète de l'ouvrage. On ny 
dissimule ni les taibles de ce philosophe i ni leaaecÉ^ 
sations de ses ennemis : on ne prononce pas entr^eiit. 
On laisse au public à jruger si Grimm fat o^n hjrpocritè 
de sensibilité , comme Jean- Jacques la prétendu; m«i# 
on a soin d avertir qu'il est bon de se déner des prévetk- 
lions de Jekn^Jacques On parle des chutes de Grimm' 
en Allemagne , comme de ses succès à Paris , de laté^ 
cherche presqu'ejKminée de sa toilette et de la tournure 
sérieuse de son esprit , et l'on a soin de prévenir les le^r' 
leurs qu'ils ne doivent plus compter sur l'impartialité 
de SCS critiques, lorsqu'il s'agit des ouvrages de ses 
ennemis. 

Cette notice fort eoutie , mais intéressante , était ime- 
introduction nécessaire à la correspondance qu^on nous 
met sous les yevx , el ^ se distingue de toutes les cor- 
respondances et Membres du même lems, par une cir- 
constance importaonte s«r laquelle il me senibteque lès 
critiquas n'ont point assez insisté. Jusqu'ici nous avions 
eu des tableaux de la Ifttéiatnre française à cette épocpfO 
pjBtnts par des Français. Grimm était AltoMaiid , et par 
conséquent il a vu et il a peint sow des conleun très-» * 
iMMrtntes. 

La patrie de Oiîiuft peut seule expliquer certains }u-- 
gem^ns qu'il porte dans ses feuilles , et qui paraîtraient . 
ineoMewMes de ki pa4 d'un Frasiçaîs» d'un homme 



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3ri MERCURB DE FftANCE, 

qui virait à Paria. Je ne parie pasde l^KmiieÀent qu'il 
témoigne lorsqu'il voit nos soldais a indigner contre t'or- 
donnance par laquelle M. de Saintr(îermain les assujftttit 
tux coups de bâton :ie ne parle pas de se^exclauiatiof^ 
fréquentes sur notre firivolité ; mais, en nous bornant à 
•esîugexnens littëraii1es« c*est encore en qualitéd allemand 
' que M. de Grimm trouve nos tragédies à faibles qu'il 
semble douter un moment s il ne iauL pas l«s jeter aufeu» 
et ne leur fait grâce qu'à caus^ de- la poésie de Racine 
etde Vollaire. C'est. par- la même raison qu'il embrasse 
lifte opinion queses compatriotes ont depuis abandonnée, 
et pense qu il faut écrire pour le tliéâtre en humble prose* 
e| H^n en vers. Nous ne citons ces paradoxes ni pour les 
approuver, ni pour en rendre le défenseur ridicule. Ils' 
n/ejui étaient pas propices ; il les sou tienl avec esprit , et 
HOtus ci*oyons même qu'ils donnent à sa correspondance ; 
pl«$ de piquant qu'elle nVn aurait reçu des opinions or- 
thoiloxes que prûtessaient alors le plus grand nombre d6^ 
nos littérateurs. 

- Grimm , d'après le goût et les préjugés de son pays , 
a'étant rangé sous les drapeaux de la prose et du drame, 
on trouvera maintenant tout simple qu'il ait accordé une 
admiration particulière h constante à fauteur du Pèr>e> 
de Famille et à celui du Philomphc sans le naçoJr.. 
L'amitié d'ailleurs l'unissait àDiderol.* et Diderot admirait 
le génie de Sedaine. On excusera donc. notre philosophe 
allemand d'avoir trouvé du génie jusqne dans le Magni-'i 
^que , pièce qui n'a pu se soutenir au Uiéâtre même avec 
la musiqufî de Grétry. 

. Une autre amitié qui eut aussi beaucoup d'influence 
si^ries jugemensde Grimm, ce fut.celle de l'abbé G»* 
liani , de cet homme si éminemment spirituelv dont l'et* 
^rit naèrae avait des éclairs. qui ressemblaient au^nio» 
mais trop léger, trop paresseux pour avoir donné de$« 
fondemens bien solides à sa brillante réputation. Il e^ 
aussi l'un dea oracles de'notre <;Qrre> pondant , et nou* 
ne reprocherons point à M. dé Grinrm l'exagération de^ 
éloges qu'il lui prodigue :ngiis aurions voulu seulemettit 
qu'il e^it moins maltraité les ennemis ^lersou ami. Qu^ 
l'abbé Gali^jxi ait^iéçn guerre iiyec to$«^'opjôu^i^^> «♦* 



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AOUT i8ia. • ^ >iaV 

B'ëtait^, même porur Griiitit^, une ndsôn èe les'tmittpr 
avec le dernier mépris. Çui ne sait aujourd'hui qu'Adam^ 
Smith leur a donné les plu^ grands éloges et n'a peut-être 
pas a^oué tout ce qu*il leur avait d'obligation? 

On pourra trouver également injunte la manière dont 
M. de Grhnm déprécie le président Hén«ftit et u>n Abrégé 
chronologique de t Histoire de France, si généralemetat 
estimé; mais on luii pardonnera plus r^lontiers i^e^ plai- 
santeries sur Laharpe : cet éôri^ain n'ârait point «noore 
assuré sa réputation par son Cottr^ </e LiUérature, et 
quel que t'Akson tnérite littéraire îl était dans une tello 
disproportion'' avec son amoar^ptDpre t[u'on ne peut 
guëres se - i'ârher de voip ùét amour-propre humiliée 
Grimm d'ailleurs rapporte -le bien comme le mal dans 
torut <^ qui concerne Laharpcr* i/ilr relève son ingrfl^l^e 
envers Voltaiee au moment ^ cet homme illu^ire mioa^' 
rut, il raconte aussi l'adresse et 4a>générositéd#rauiMr* 
de 7iF'bni?/c^ lorsqu'il retira ties mains d'un moine ier 
matériaux d'un ouvrage contre son ancien eanemiiDoirat. 
U ne parait même pas que l'esprit de parti ait animé 
notre auteur contre Laharpns. Quelques sentimens qu'il 
ait manifestés depuis y Laharpe était alors rangé souslts 
drapeaux ou du moins sous la protectior/des philosophes» 
et lorsque la querelle de la musique les divisa; il fut un 
picciniste zélé: ; ,..}.*• 

Grimm était picciniste aussi; quoiqu'en qualité tfAIle* 
mand il eût dû adopter le parti contraire. Mais il me 
semble qu'on peut aisément expliquer pourquoi 'il no- 
rendit pas justice à Gluck. Dans l'ancienne quereUe des' 
Bouffons et de TOpéra, Gririun avait été l'un des phis^ 
zélés champions de la musique italienne; il avait 40'Sa^ 
réputation en France au petit prophète de BoemischBfoda; 
lorsque Gluck parut , Grimm ne^ trouva pas sa^musiqu» > 
assez italienne, et lorsque Picctnv vint partager lesBut^è» 
de Gluck, Grimm ne reconnut plus qu>n lui" seul les- 
doux accens deTAusonie. Il ne vil dans l'auteur dAl'cesto 
qu'un contînuatettr de Rameau. A . <. . i 

Mais il t tems d'en* venir à c^tte partie des opiniont^ 
de Grimmqui paraîtra la plus pt*opre à jeter delà dé&*^ 
v^ursur ses Mémoires; sur- tout daii^ le.sprit des gens- 



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|i4 MERCUJjL^ DE FEANCE, 

q^iuftrfviMnfiityHM d'une première préreMton. OnM^ 
4pp»rt9iiMt à une «ecte dont plusieurs membi^ ont éhè 
y^ftfWfBt tecofiéi de saper les fondemens des crûfances 
les plus salutaires , de limmortelité de Tame et de f^is-: 
tonoe de Dieu. On s'aperçoit sur- tout dans les premiers 
folumea de $a correspondance qu'il partageait en effet 
tef «fdmoni de Diderot et du baron d'Holbach; et Ton 
aerempîns prompt à n'en élonner si Ton rtfédiit qa'il 
?iv«it aoua leur influenee; et quel ascendant ne devaient 
pas avoir sur un étranger nou? ellement arrivé dans U 
oafHlatodea hommes asaaa persuadés de la supériorité de 
mm kwièrea peur compatir à la faiblesse de Voltaire » 

3 ni tenait fenne pour le théisme el re&sait le brevet 
'attiée dent ils voulaient llionorerl Grimm cependant, 
4^ k Mté était moins nourrie d'abstractions que celle 
de ces Messtairs» et tfui avait une connaissance réelle 
des hommias et des dioaea> se dégage pen-à-peu dans 
sa corrâ^iondanœ de son aveugle a^faniration pour eux. 
Aprèa avoir plaisanté oomme eux sur le théisme de Vol- 
taure, il conçoit quelques vagues inquiéhides snr Teffet 
de 1» publication de leurs principes, et ée rassure en affir- 
mant' qné les opîniionii et les livres sont sans influence 
sur le bonbeor des natiàna. Bîentât apirès U convient 
afeo Bayle ^ mais » dit^il , par d'autres» raisons qi»e Boy le, 
(fu'une société d*athées ne saurait subsister. Dans son 
troi^èiM voluate ( pag. i5o et suiv; , 344 ^l <^iv- ) ^1 
reeennall que la piolosophie moderne a pu nuire aux. 
lttlrcB,rauv nueura, & la Betigion. Un nouvel acadénn«* 
oien aMûttrès^bien cduervé dans aoa^diseeora de récqfH 
tion* que Ja siècle de la fdulosophie avait dà succéder h 
celuiderimaginattonet delà poésie, (pie nouiarétions plus 
philMa|>àeaquenQS pkre*se«|ieBa«ntpour être venu tsiprès 
eu. u Tomt eek , dal M; de Grimm ) ne noua persuade 
pmnt eneer» que ce soil uine ehose si dtauce et ai du- 
rable qne d'être d'un siède {^losopke. S'il est w«î que 
le monder ne devient sage qu'en vieiUiflisant , cemnmit 
nous appMbdiir de notre profonde sagesse, sans regretter 
mi peu lespdbi»e«;enDtnfs.dn bel âge , snnr craincko sur- 
tout d'approcher bientôt d» ternie oà l'en ne fait que 
radoter?» M. de Grimm entre ensuite. dana .quelques 



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AOVr i8i,^, :. 3i5 

détaiU rar le fort gue ^ pl^lo^t^Aif 4 |ai fiûre mot 

puifi il cvonUaue ^. u te m^e t<urt ^M U .phîlo^ophM ji 
pu îi^ir^ apx ^t« , elle Tm fait ^i^s ^w^ wê^A à 1« tetit* 
gio9. EÂ U ren^A^t plu< ^ge , pluf m^omaUe , elle IV 
rendqç plg3 frgidc... et U dé?qtipafli*e^ bientôt rideQlitt.>. 
Pg^ir b défendre avep «v^nUge, il « IaIIii ae conHmter 
de U Induire k ce qu'elif ^ d>Meiitiel. Ï4^$ prfnu^Wi 
pnAQpeA trop aimplef.trpp^bitroÂ^i ne pouf wt )«iMts' 
être h 1^ portée du pl^^ gr^d ivwbcf » oa a ô(é k la 
rrfigipii tput ce qu çUe av^it 4« PQPMlmrf«o Lfi «ombmï 
de^ £9{ia,tî(|ue9 a t^oaiippup diiwi¥é fan» 4wte , nuU^h 
ciplai 4^9 crqjfaoff 4 dimiaué dM9 la i«tee proportion, i^ 
pW ^PO qu^tfiiuprie folufoe epfin {pAft 4o ) i il )>lâiiie' 
là (iiumic^tioA du Srsi^èmc 4^ ^ ifmwff) û conviant èa 
mal <(ue ^e livre a^ w^^ ^ U .Ra cuiat: Nt da aMipartr 
cfittp vaprpdeiiqe de la p)iitQ9a]^ kwm é^imcbarlataiii 
qui 4i^ sxMH ^eç^et. i^QW repuogroM no» leatnfa.à caa 
epdrpit^ 4e '^ correspondance , qqa imia n'avoaa pu en 
aMelqi^e sorte qu'ii^4iqHer« Noim leBr^ooaaaiUons «uaat 
4e cpjijsuùfr (tifm/p \y, pagf 0^17)» lapiuiMgaeMiGviBim 
sç xnpque des plulpitopke^ qMifpnt des.mniriai. Ui.veri') 
rppi/afora qiia^e.4;îprce#pwda9t 4» doQ idb Sua^^Gotha 
a:^ fii^ivé peui^pfu sur lee 9^0$ at lei efiats dta m^th 
ikjil^nyQêfçrsxeSf f^ j|uHl ea a prévu lea 4angari «t ant la 
âitiik qxpi^qeAca qui j^ula a dW^^.paut^èlre k^ flow 
l§fjpli}« jmKWpis ^ a élejitar ^ pr^i^eat c^aUra lui. 

^ 79^4 aai\s. d^ute ^^sm paa? doonm* 4 noa U t M^M 
wg^ idj^ de ra^pifit q^i ^:^gue dan» c^Vt aorra^iopdanoe. 
Dj verront que nous nous sommes aur-rtool attadiéi à* 
lQ^t fskf p^n^tlrela^ pféjug^ts lee pi^aatîoaaito l'au- 
t5WF I wyen, Iç plufl ^ur de rajMJbpa leur- coatevr natuatH^ 
iHl^qbûitM.^ qMÎ cmt pu prendra aellf) de tes épimona} et: 
x)»aîiitçi^$pl nous pouiTops leur rcKXMiaiaftdar hardîaant 
<5^ 9Uifrage çpmnie ijw i^acvieil dafoîla ciiriaiur , d'anaa**. 
dates piqM^tes, da )uge9ieM toujpwa spifittieU H la 
^\^a spijye^t trà^^aiuf aiur W« hpmmts et ka prodoo 
tiooa ^n^e époqufi dpat le «paveair vivra kmg-leaaa 
dans notr^ histoire. Si les bomea de cette feuilte noua 
jgermeft^ient d appuyer ces^ éloges par des eltetions ^ noué> 



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3x6 MERCURE DÉ FRANCE, 

n'aàrions queTêmbftrras du choix. Réduits à indiquer, 

.nous diroîM que le premier volume, offre dans le plus 

gnmd détail l'histoire de la statue décernée à Voilure 

par les encydopédistes , et le voyage de Pigal à Fcrney ; 

Îa'on y trouvera un article très-piquant sur le chimiste 
louelle, et le grand secret de Timperfection des dix 
derniers vodumes dé TEncydojiédîe , mutilés "par un 
Ubtaire à Tinsu de l'auteur. La poétique -de la tragédie , 
par un curé baç-normand , qui se trouve dans lé même 
mlame ; est une de ces anecdote^ qui tremblent n'atten- 
dre qu'une versification agréable pour fournir un conte 
épigrammalique des plus plaisan». Le morceau sur la 
mort de 1^ Condamine dans le tome troisième est un de" ^ 
€!eux que nous aurions transcrit avec le* plus de pl^Ssir. 
On y voit- Tame toute entière de ce savant intrépide , 
dont nous croyons que le mérite n'est pas encore assez 
Oftnnu. Lelome^artrième est'd^un bout à loutre du plos 
grand intérêt; On y trouve l'histoire du dernier séjour 
de Voltaire à Paris ; -un voyage de Barthe à Femey , bien 

iihu comique que la comédie qu'ildevait y lire, et dont 
es deux premiers, actes procurèrent à Voltaire autant 
d'évànouissemens. Un dialogue de Pont de VeyLe avec 
M** du Déffant' fournirait encore- une. excellente épî- 
graonme ,^ et Ton ne peut guère fai^e en prose un: tacit 
plus vifetiplus animé que celui de Thistoire d'un jeune 
poète, dont Oluck voulait faire un comédien. L'abbé 
Raynal et ia persécution qu'essuya son Hbioire ptip>* 
sofMçue ^ ùdCMpeni une grande place dans le dnquiëme 
¥ohime ; l'auteur et l'ouvrage sont sévèrement mais juà* 
temédt appréciés. 

On sent^bien qM cette tourte énu^ération ne con- 
tient qu'un» partie -extrêmement petite des dioses inté- 
ressantes qui sont renfermées dans les cinq volumes^ que 
nous ahnotiç«ms. Beaucoup peul-ètre ne paraîtront yks 
nouvelles aux personnes qui vivent à Paris dan» éer- 
taines sociétés , à celles qui ont lu le -journal de CoDé , 
la con-espondanee de Laharpe, les leHres de IMP^du 
Deffant , etc* ; elles so;it au moins placées ^ous un )our 
.m)uveau, racontées d'une manière nouvelle; ce mérite 
doit suffire aux yeux des gens qui lisent tout , et celui 



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AOUT i8ia; 3,,j 

de la nouveauté Ipur r^cstera presqu'entîer auprès des 
lecteurs ordinaires. 

Cçtteannon^ $eraît itioomplèfte, si nous ne disions 
^pie; Grimm a fait entrer dans- sa correspondante plic- 
«ieurs morceaux médita de Tabbé GiaKani et de Diderot. 
Les îppemiers'se distinguent au moins'par leur tournure 
origifiale , lès; derniers par la verve' avec laquelle ils sont 
écrfJs.-Grîmni'liit-ifième ne manque pas de celte qualité 
si prëéieuse et si rare , et nous dirons de, plus qu'à soo 
style on ne reconn.aîtrâit point un étranger/ Ce n'est pa« 
dah3 ses phrases, mais dans srs.opinions qu'il taut cher- 
cher des germanismes , et ces germi^iisBies, comme 
nous l'avons déjà observé , sont défendus avec beaucoup 
^'esprit. - 

cKn a déjà remarqué , et avec raison , que la partie 
typdgrapfai<fQe de cet ouvrage n'était pas assez soignée. 
On ne peut l'attribuer sans doute qu'à l'empressement 
qi]%î^Tt réditeur de ndus faire jouir de cette publi- 
cation. Nous Sommes persuadés qu'il fera mieux dans 
là seconde édition qu aura certainement sa Correspond 
4mce. C. Y, 

'■'" : ' VARIÉTÉS. 

i)E VAiiOVVi ET DE L'AMITIÉ. 

Si tant d'écrivaiqs se. sont occupés <^e l'Amour el de 
PAmltiéy il ne faut pas s'en étonner ; c'est que , de leur 
côté 9 ces deux divinités elles-mêmes occupent la vie dé 
loiisîes hommes , et que , placées à la tête de toutes nos 
affections , elles décident. le plus souvent et presque exclu* 
siveœent de notre bonheur, ou de notre malheur , selon 
qu^elle* nous accompagpent constamment , ou qu'elles 
nous délaissent tout-à-coup. En leur consacrant quelques 
lignes , je suis l^îen certain de ne pas traiter un sujet usé , 
quoique si souvent reSttttu.f on ne se lasse jamais ni do 

I carter,. ni d'entendre parler de ce qui intéresse toujours-s 
e point essentiel est de ne pas trop s'appesantir sur les 
lieuifles plus communs ) c'sst aussi g# que je tAcb«rai^de 
faire. 



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; J/Aiàhté y datts Imàiû^'àfêéûhi , a ptcis de \nH% cotti^ 

xttaos m¥cqI* Amour <[09 ne ie pens^iir ^t^ htfèorifiér (|ilà 

«'ont I1U9 des ooôaaiflàuîecs «t poittt d'bdy» , A«i ^tàïlib^ 

^ueux et «n («or araet. ti'lûétoire X^ je te«ipfrl« p» t ^^'^ 

cause , de rkistoira aoéidiHi^ («) ) iioyi; offre dee eMaiplee 

de graodeur d*ame et de 4^vf^f^^nf i^^(M 9 qui fo«ti«^ 

;$enf aaseï cette assertion i.mfu , ^ lr|^la«e.d*up'4a!# aâiif 

i^u^éUè' met sous DOS veux, st|pTOkei(X-«!f*^Si>uflse5U, avec 

t4 t0iït ûé hn^p éetie sepsibiTit^ pprtéê ait demier dc^ 

il'aiÉUatioi^ , eataçtère él^iuènt de q»t' ^oqueo^ pKue« 

Mj^àtf I et lars<tuef it^é auf«2 àétémiïLi , t'il aé {iftit t la 

nfvstsfe'dç l^dlèttiott <)ob J.-J. e^t poilue i MU ^m, VôMi 

•ères contahMa ou'il est impoMiblé à TArtïûùt d'ÀHér 'piiift 

ïaiav Totitrfoîa il are fetM pa« ertiire qw fcè rtrpb4rta> 

dtKlquie nombreux qa'îls soient y entre TÂmour et nALittB->> 

|té » sufBscfit pottf i'ajre oQDfoa^i>e Vsm â/ftéVkoUe^ An 

physique ci^name au moral f et rëcipvpquhmeBf , dea traita 

f^omtniius à deux pby;slpiiomies n'ëtaVUssaolip^adavaiitage 

line^réMemblance parfaite <, que 'das nju^nc^ tdoa dti ^MMOf 

déttsibieS ne constituent une'ditt^ré^c^.çbsptbe ^no/AÇné^ 

MhUsJbcttè nnd, rtèé âhersà /dxiri^/t. Poiir jug^.r 11^109* 

meiît dk)S oibje^s , Hhtxt féS cbiàlâ^réÉ^sÔUs toutes fés facea, 

et , apyès aVoir examine le^s points de contact qui exlftt0ttt 

entr'eûx , étudier les rap|9orls sous lesquels tu diffèrent. 

Dans le sujerqttt iruttS d€CiS|SS^ 'ifô'us' avo^s indiqué lea 

lins ; nous entrerons dans plus d^ d^aib sur les.antroa. 

Oui , l'Amour et TAmitié èbiit également nn bescnp 
pour les cœurs honnêtes yoyxif (ous d^W r^pd^lU .capables 
des plus grands sécftfioes ceiÉx qtrils r>eti)pKssetil de lenn 
flammes j oui " . .. — 

eM ifi^tiiable I 
Ifère 

bhHepas ; ceM-^là bVffle et ne s'éteint que Idr^ûtie WfliÛrtUï 
•e trouve plus d'àlimenf. Voilà dé]à dnydta^t^Bcé'aîlse^ 
marquée ^ et sans t/réténdfe les indiquer (putéS : )ë Éièsdis 

fs encore au b<>ut. L'abiience seule nie fournira tiialièrê 
phisi^dN ebservation^. F^6c^t^dbns par ordre, ôii sait 
que l'hotna^ Morùs et le savant Erasme étaient uiïlé de là 
phM étroite amitié , sans s'être j^miiîs prouvée ebébn^bte. 
Ili é'éfâietitmutoellei&ent cotmits tfans leurs odvïaj^eé : U. 
sis auraient dottversé longuement l'un d^fi^rautte. l^^iir des 




-L- 



amis , sans oraiate àps plaisans. 



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AOtJT i»i»; 3i^ 

9BgB8 > $é fêAêr , •'•si »• ^oit y et tM eotreif^CHidancè 
plfis- directe tte Ifttda paftâ cbaogef ^ liaiten ittUitte cette 
connaÎMBSoe^'déjfc M «tanoéê. Il tte ponrtmt paâ «Il Mtï 
aîosf eoaineiir. Bki taie eiterait-oo rexetnpH dat^MfDt)^ 
B«dd , qui tH^of «moureti» de la eofnteésede Tripoli aà 
aaifl redit des ehamtfèade celte bette ; je réterqueHiia Vêt^ ; 
gnmeût ptft une aidiple obêferratiôo ; c'est ()tie Âttdel 
n'éuit et ne cuvait être qii'amoiiiretfx de la comtesse qu^ii 
ne €iQntmni9mt pea soti's tadt d'aiitfee rapports eseeoftiets , et 
i}iruD amoureux AVsf pas pltis nto «tmoit/ qu'cme mnouhMt 
o^eM dé f amour. Si dooc r Amour n'a pas , conaitte TAtai- 
tié , ses Mortu et ses Erasme , ce n'est point , aittsi que 
peàmietit le croire lès amoureux , parce que l'Amour ctst 
peu favorable eux pédans, titre dont iU ne manqqertnit pas 
de gratifier les illustres amîÀ que je cite ^ mais bien par une 
t)eoaéqtie«oe qui dérive de la nalnne même de-ces detut 
sAeelîofts. En effet , l'amitié, fondée sur Testime, dmen^ 
fée par une te^gue étude dés rapports d'esprit et de canat-^ 
1ère qui'peuvent exister entre les hommes qui ^ciierchent à 
sa rapprvcht^*, est le fruit de û réflexion ^ or la réflexioil 
pe«l'a^ à grandes distances i elle a mille mojrens présens 
da a'aaaorer de ce qui se paise foin du stége oii elle agit y 
è'est par miette raisoé qu'aujourd'hui même nôits aimons 
des écrivains m<ytis depuis Ibiig^teras , que nous les aimons 
non seulement pour leurs écrits , mais earcore pooreut-^ 
wèmnié'i et que nous regrettons de n'avoir paa été leurs 
ceatemporains , mi. de né pas les voir renaître de nos jours', 

Cnr eti faire nos nteilieurs amis. Je paànais beaucoup 
foofâHie, je f irt ru souvent , je l'aime ; qtie ne pois^je A 
M dir«i? L'amour qui, pour prendre naissance, ne con« 
SNdipes {comme dit- la chanson , la distance des rau]^ , est 
fcieo empéebé pat la distance des lems et des lieux; )e sail 
que Testiitie enrtr^ Mûr beaucoup dana l'AnaOur véritaMe ; 
et jè*ne patle que de cëlui4è ) mais le plaisir des sens ne 
Mt pae moidFs la majeure partie de son essence ^ de là la 
préeettce de^ qualités extérieures qu'il recherche est itétrôs^ 
saire^à sa détermination. A la vérité, un caprice lui suIB^ 
pwor dédder de leur mérite ; tû^it etteore faut-il qu^il pro^ 
ftottee en eioAiKiissance dt» cause. 

9k fabïence est ta obstacle à la naissance da f Amour; 
<8e loi es! plus faiflb encore dans Fétdat de sou triomphe. 
«Absens dut tort, h dit le proverbe; et ee proverbe a éti 
fait pour les ansans. Gula^n'e.st pas diflScile à concevoir. 
Yif ef impéineux, rAmotrir a besoin de jouissances :1e 



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3ao MERCURE DE FRANCE, 

jeûoe opire sur lui l'effet d'un poison lent qui le tue saes 
miséricorde; s'il renonce à rabsûneBoe , U change toul-à« 
|ait f et II cesse d'être le véritable Amour. Que peut , au 
contraire, l'absence'sur l'Amitié ? Rieo. Voyes un ami, 
absent depuis trente années , rentrer dans ses foyeif*: ses 
pas se dirigent vers la. demeure de son ami; c'est son ami 
jau'appellentsesembrassemens. L'amant, après trente ans, 
chercnei»a-t-il son. amante 7 Elle avait vingt ans lorsqu'il 
est parl^.... VÎDgt et trente.... Oh ! comme elle doit être 
^vieille ! Aussi il y a long^tems qu'il n'v pense plus. 

Il existe uoe autre différence entre 1 Amitié ei l'Amour; 
xnsds cet(e différence e^t, toute à l'avantage de celui-ci. 
Deux amans ', r^égués dans un désert , loin de lefir patrie, 
n'ont rien perdu , tandis qu'à leur place deux amis auraient 
encore d'antres amis h regretter. Pourquoi ? c'est que 
l'Amour, tant qu'il subsiste,, se concentre exclusivement 
sur nn^ objet , et qu'un véritable amant ne saurait , par con* 
séquent, avoir plusieurs amantes, comme un ami a plu* 
sieurs amis. Par malheur ce système d'exclusion , si cher à 
l'Amour, a les.suites les plus funestes, lorsq^n des êtres 
aimans et aimés tour-^-lour se voit enlever l'autre lui* 
«même.... Il reste seul sur la terre.... Quelle destinée lior* 
rible I.Mais n'y a-t-il que les anians qui y soient, exposés 1 
K'a-t-on pas un meille|ir ami ? Celui que nous ^aimoiu 
parce que s'est lui , parce que. c'est nous..,. 

J'ai dit, que l'Amitié naissait de la réflexion , etrAmout 
idu. caprice ; c'est pour cela que l'Amitié est un aentimeat , 
et l'Amour une passion.; mais.cette passion a des charmes, 
des charmes irrésistibles ; nous ne devons pas même cher-* 
cher à en triompher : le seul parti que nous laisse la prm- 
dence, consiste à allier le sentiment. à la passion » ou aa 
moins à remplacer Tune par .l'autre, lorsque la prenûère 
nous a quittés, ce quj arrive toujours trop tôt. 
\^ Ainsi que je l'avais annoncé , je ne me sqis occupé dans 
tout ceci que de l'Amitié et du V4iritable Amour. J'aurais pu 
toucher, en passant, quelque chose de l'Amour platonique^ 
mais, toute réflexion faite , je m'en suis abstenu. Cetétra 
'chimérique n'offre pas une physionomie assez prononcée^ 
à la] pureté de l'Amitié , il unit le délire de TAn^our , sans 
avoir ni tes rians attraits de celui-ci, ni la n>âle et coostanfa 
beauté de celle-là : ce n'est pas l'aimaMe Amour , ce n'est 
^as la sainte Amitié; et je suis de lavis de Rivaiplqni n'sd* 
^ ijnait que les sexes prononcés. 
* / . ' J. P. Ch, njt SAiKT-AicAîfn. . 



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AOUT iSia. 1 îi); 




SnCTACISS. -— théâtre Français. -*- le 
tout , OB a donné à ce théâtre la première repij 
k reprise deâ Bourgeoises à ia mode, comi 
actes et en profe. de Dancourt. Qette pièce , qS 
valoir ie Chevalier à la mode, les Bourgeoises^ 
Us Trois Cousines , et le Mari retrouçé (ce sonl ^ 

ineilleurs ouvrages de cet auteur dramatique )> oiFre^ 
tant quelques vesti|;4<8 de sou talent pour le diai^^ue , ^ 
de son style à*la-fois oa'iT et spirituel; maïs cette comédie , 
qui était anecdotique dans sa nouveauté , ( elle fut jonéo 
pour la première fois en 1696) , a eu le désavantage, à 
celte dernière reprise , de ne retracer aux spectateurs qu# 
dçs mœurs vieillies, et dont, il n'y a plus de modèle. 04 
trouver aujourd*hui deux femmes qui, comme les épousot 
du notaire et du commissaire des Bourgeoises à la mode, 
consentent à devenir les maltresses de ces deux maris aussi 
avares cru'infidèles » et à mettre la bourse de ces messieurs 
i contrioution , pour en partager entr^ellçs les dépouilles ? 
Oi^ rencontrer un aigrefin , qui, comme le Janot de hi 
même pièce , prenne le titre de chevalier, et, lorsque a« 
fourberie est cfémasquée , parvienne encore à obtenir 1* 
main de la jeune personne qu'il trompait si indifinement^ 
parce qpe sa mère, espèce de marchande de modea, lui 
assure trente mille écus / M. Simon , notaire , qui est assaâ 
jiche pour faire à la femme du commissaire, dont il est 
amoureux, un cadeau de trente mille Jrancs ^ doit-'l tant 
s'emporter contre sa propre femme , lorsqu'elle lui proposa 
de prendre un portier? Nous avons connu » il y a vingt** 
cinq ans è Fans , tel notaire , qui , si on l'avait laissé faira^ 
aurait été en état de mettre même un suisse k sa porta. 
ILes acteurs , sur-tout Baptiste cadet, et M^Boui^oin^ 
ont fait preiftve dans cette pièce d un» talent déjà en possca* 
sion de plaire au public ; roaii^, en bonne. foi, dans utt# 
aaison ajissi peu avantageuse pour les spectacles , et lorsqti# 
la scène française se trouve privée , pour quelque tenta 
encore , de ses plus fermes appuis , est-ce par la remis* 
de pièces aussi surannées, et aussi peu intéressantes , qmi 
les Comédiens français croient ramener chea eux l'aflluence? 
Et lorsqu'ils pouvaient choisir , pour remettre à leur théâtre^ 
entre le Flatteur de Rousseau , îe Jaloux désabusé de Cam- 
pistron , le Complaisant de Pont deVeyIe , le Méchant 
de Gresset, et beaucoup d'autres bonnes comédies i^uo 

X 



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J«i MERCUWr DE FMNCE, 

sous pourrioDS citer i esl*ee««HP les Bourgeoises à la mode ^ 
looméaie pour le moio^ iosignifiante , et d^assez mauya^es 
ftiopUrs, ùi3(é leur Choir xlerail se fixer r *^ *' ' 

!.. T^édlrTkhà VawiéïtéHe^^^iéetfttin <bstàifÊt'^ vmtàmU 

%limn'^X:/tt.^***4mùur'i!tiJoytmté,,is^Êaëi\i}àmï^auA 

. *■ ' ' ' ' 

* * . .^Ghnqïi^ ppuple k soQ.toqj^ r4f D^ fur U terrf I. . " 

''Chaque jeune autetirk àduiour v^iit V^i^giiei' 8"àf la scèi^ 
tti vatiaevitfe. M. K. de t. éi'téàt îmà^tfé S^rfd ^Otilé que; 

JîbuT Ittî , tes lênrs sont arrivés. Je «é Sàià si'le rirgoe aterà 
îEfg ei brîlhut , maisles ciotomeuetine»à oé-tctot'pas he«i- 
tenx. C'est au dëbnlaiitqne ttOus àotnmips TéâèvaBles d'udf/> 
fecjUin Lucifer Qt A' Amour &t E/oy'duië^ fc^éque jè dis qiVJ 
-famis sommes 'redeir Aies à' ce jeubte aittetir ^de ces fleut 
fîoaveiiufés bien fugitives , je ue préleuds'pas Jcjn^l àît'drojt 
^ ^s rétneréîmens. Arlequin Lucifer a ^t^ assez Tieureot 
^ôiir paraître crnq on six fois devant u« pafl^érré très-îà^ 
tiulgeniy Antdur. et Loyauté e^X «tort subitement un pé^ 
«vaut ta fin 'de la prertilère représentation t 'br-, 'la recon'i 
%»aiSi^dce du oublie ne satrrtril 'être bîeu^j^a^d^; ihàh uA 
*erViioe véritîlble qlt'aTendi^M. R. de L. , d'estîlè'tnoDtref 
4qu'un bon vaudeville est plus difficile k faite 'du'on ne lé 
pen^e. MM. Barré , Badét , ÎDesfbbtaines /Boullfjr , et queK 
^tkes autres , lui doivent tfes actionè de grâces , piirsqtlTl 
fift nif^tfx apjirécfer*etrcore ïeurs charmais ou vi-a^s'. 
- •'Hn^ëtait pas uécessaire 'd'annoncer c\\i^ Arlequin %ùcîfhY 
Vttiil hs cèup d'essai d'il n jeune dëbulaofj fé «jferrert-e ne 
Ven em '^uê trop apeiçit : il a maniWsl^ son opinion d*ut)% 
•ïteinîèi*e telleihent rioSmVé, qii'clle ne laî*s^ gais la tnbîn- " 
<>He ressource à ranloùr-prôpre de Pauteifr; diaque épWd- 
•#rt^ttr ér lalrgemenl U8fé dû ^roit qù'oh ' dchèfé à la* porter} 
^^dt^uoi ^nt-il que notis Seuls uôns 'ùti* pifî.^sions dli^ 
Tlôtfe avis sans ^ti*e faciès de 'Jîarlîalitéî'En vY^réi la raisôh ': % 
téfetine*aateûr h lancé 'conti*c notre joiirtinl lib petit trait 
Wirti'émoussé. Mais ùomttient avoir lé C(iui^gï$ de se 'fôcbeir 
^nr Ûrife plaîsatttétfepîos qu'inriocem^? tteus prëtëôdaas, 
%u 'èôntî*a}re, prt'tfiinnt'de ïa morale d'un ifiétodranoie noro- 
*Vèau qui fait coirrir' tout Paris, rendre fe' bien po^ur U niah 
ïrf'auteurest étit:drè lïsSer jeude pour écouter nos avi» par 
♦emels j àous Fiii dirons donc: pour rëussir au fhéâtre , il 
"ftntderimaginatioo et du sljle; vous n'avez pas fait preuve 
^d'imagination lorsque vous avez choisi dans le théâtre àes 
'<>^lévatda les tcèTtes'lcs phis-conoues , et que vous y avc?a 



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AOUT: i«iai' 3a3 

fitkté ladt bien qpe mal d^i couplets qui ^ne prpiji,vaieiu 
que de la mémoire ^ quant au si;yie i^ Arlequin Lucifer ^ ^. 
nou« avio.na la ixif^liçe d'appujAf- Dotre .ppioion ]ji^v qp(4r 

quea citations Mais ppn,, 9199 ipf^W»ft<^iicjrft*<i%îj#Mr 

parole* et ils feront bien. , .^ . 

^e jeûner auteur a été encore plus rôalêncontrêiix'è son 
second début 1 .<ïmo«r^/£ofaif|^aété aiffléaYeG>iiiiifffeoord 
bien rare: pas la moindre oMotitioo dabs toulie i% ' saMe'^ 
mais aussi quelle conception fadsse que ceUe de. deux aînif 
rivaux , et qui ne s'en aimeni que nueqz » qui ilouc<^«itoiir 
emploient leur éloquence à pehiuader à 4e[up maîtresse qur 
son rival est seal di^ne d'aUe^ Certains amisHe jont jui^ 
<|u'à la bourse \ mais ceux«-ci mettqnt absolument tout e;» 
conamun \ et loraqu'enfin la jeune pensonne a .&it o^ânaitré 
4K>n choix , celui qui n'est pas préféré se console ep {disant 
quie , puisque son atniépouëe celle qu'il aimait, c'qstconiinfe 
s'il r épousait lui-même, A ces mpls, l'orage' qui gCQttdait 
^e togles parts ; a éclaté avec uoe.yiqlAfîp^ ffj^lp^qi çtle 
4>ubUc n'a pas voulu en ent^Qdre ^^%%^gf- : . ... Â0 I 



UNIVERSITÉ IMPÉ^IALB. ' '' J 

' • • .• ' .. ■•: ::.';0 - 

L4. di^i^ribution des psix du pqncpijrs gf*iJ^4j44)l9§^«p 
de Faris.s'?9t t'aite avep la Aplenaité.^ccûuti^p:^e^ fjG^^,^ 
salle des séapqçs publioues derij:^litut. "Plusieiiis.fp^^^^f^ 
des premiers corps de:VEtat.çt fip pf^çi^i|le^ ^q,tf^iJvf é^j ju- 
diciaires ont assisté à )a çér^pnotiie. 

lie discours latin qui pré.qi^^ 1^^ distribution a é^éprquc^uqé 
par M. Villemain , professeur de rhétorique au Lycée 
^Cbarleinagn^. L'orateur a jçetracé les avantages de IV lucre 
.dçs langue^ anciennes^ il a inoniré que les auteurs classi- 
ques devaient. leqr supériorité à rimitalion des écrivains do 
la.Grèce et deB.ome. C'est en louant Racine /FenéloD et 
..Bossuet qu'il a célébré Virgile , Homère et Démpsthènes. 
U a caractérisé ces difréren.s auteurs avec nue abondance 
d'expressions bpureuses et pitloresques, qui dissimulait fa 
contrainte d'une. langue étrangère. La satisf tclion a été g^e- 
nérale, et toutes les voix ont décerné la palme de Téloquetice 
latine au jeune orateur qui, daus cette même enceinte, 
avait remporté , quelques mois auparavant ; la palme de 
l'éloquence française. 

Les applaudissemens ont couvert la péroraison. Le ton 
do Torateur a paru s'élever avec son su)et , quand il a i^- 



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3^4 MERCURE DE l'RANCE, 

-préienti NA^biAôir raniinàtit lés bonnes études , ITJdirer^ 
«itëentrctemint de sa ^Ibire lés générations qu'il lui confie, 
et les préparant I Henrimn jour Tenfant auguste qui est 
Fespoir de Ift Trance et dil M onde» 

8. Exe. le grand^maitre a parlé à-peu-près en ces ternMJi : 

« S'il reste encMMre des préventions contre la discipline et 
IVoseignemont dea écoleîa actuelles, il est tems/que ces 
préventions disparaissent. Le retour de ces solennités atteste, 
d^asoée en année» le progrès des bonnes^, /§ludes^ Nous 
svons ea sous lee yeux plusieurs des compositions que 
l'ancienne Université distingua le plus dans ses concourt 
généraux, nous avons pu comparer et ceux qui triomphèrent 
autrefois et ceux qui tnompbent aujourd'hui; nous ne cra>> 

Sons pas d*âtre démentis en assurant que ce parallèle, 
t sanspassiùn , ne serait point au désavantage des jtunes 
vainqueurs dont on va proclamer le nom. 

B Les langues anciepnea n'ont point perdu leurs premiera 
honneurs. Ce- pays latin $i vanté chez nos studieux ancé!^ 
très mérite tou|our8 sft vieille renommée. Les Hersant , les 
Porée, les Jouvencv , les Rollin j trouveraient des disciples 
et desaucces^f trrs uigjses d'j^qx. 

n Cependant Tétude delà Grèce et de Rome ne (ait point 
négliger la culture de la ^langue maternelle. Racine est 
âuprèé dé Virgile, Tacite auprès de Montesquieu , et Dé^ 
mosthènes auprès de Bossuel. Nous ne parlerons point ici 
des sciences physiques et mathématiques , car les esprits 
chagrins qui réservent exclusivement leur admiration pour 
le passé, n'osent, an moins sous ce rapport, contester la 
jirreéminence de l'instruction moderne. 

<fi LITtiiTersité , nous ne l'ignorons pas, est en butte 4 
deux accusations contradictoires. Tandis que des zélateurs 
superstitieux de tout ce qui Tut ancien déplorent , sans motif 
et sans eXflmen, raflaiblissement de ces études classiques 
où nos pères mettaient tant de gloire et tant de prix, d au<* 
très détracteurs dénoncent nuire prédilection pour* ces 
mêmes études , et feignent de croire qu'on ne veut inspirer 
à la jeunesse que des sentimens grecs et romains. 

91 Aux premiers , nous avons déjà répondupar des exem- 
ples. Qu'ils viennent dans nos écoles et 'qu'ils jugent T 

» Le plus jeune et l'un de nos plus habiles professeurs 

' a réfuté les seconds dans le discours cloquent que vous 

avez entendu. Il vons a dit que depuis la renaissance des 



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AOUT i8ia. 3a5 

lettres , les plus heureux génies s'étaient foftnés sur les 
premiers modems , qu'où ne devient original et no^uveau 
qu'en se couvrant avec art des dépouilles de l'antiquité » 
et que les littératures , même les plus riches , ont besoin 
de se renouTeler dans ces iources inépuisables du vrai et 
du beau. 

91 En un mot , quand on veut ranimer la relinon des 
peuples f on montre la statue des dieux; et les meux en 
éloquence et en poésie sont toujours ceux d'Athènes tt.d* 
Aome. Qu'on ne craigne point de voir reparaître la bar- 
barie scofaisliq»e au milieu de la civilisation perfectionnée ^ 
bais qu'on nous permette d'associer le siècle d'Auguste et 
le siècle d'Alexandre à celui de Napoléon. De si grands 
souvenirs ne peuvent déplaire au aouvesain qui luHmâm» 
en laissera de si grands. 

» Notre enthousiasme pour la gloire passée y ouvre mieux 
DOS cœurs au sentiment de la rioire présents. Si un au- 
^ste hymen apporte la paix à deux Empires » si la naisr- 
sance d un enfant royal promet la perpétuitéde la djmastÎA 
d'un héros , si nous voyons de j[our en jour le moncft fran- 
<^Bis succéder au mond^ romain , albrs tous tes jeunes tatens 
'^^qne nous instruisons s'échauffent k ces admirables récits; 
et Bons abandonnons les antîqèest merveilles pour des pro* 
diges plus récens. Nous inscrivons & la* porte de toutes nos 
écoles trois mots sacrés qui sont la règle de. nos devoirs : 
jDieu, le Prince et la Patrie. Cest là que se rattachent et 
le bonheur des fanûlles et la gloire de l'iStM qui oous con« 
fient leurs enftns.'* 

Le prix d'honneur a été remporté par le feune Matouchr 
witz , élève du Lycée impéria^y né à v arsovie en 1795. 

Le l^cée impérial a obtenu dix-neuf prix, cinquante-six 
necessits^ leLycée Napoléon quinze prix, trente-sept acces- 
sit»; WILyoée CharkmagneneuPprix, vingt-sept accessits^ le 
Xrycée Bonaparte trois prix, dix-knit accessitSwLeLjcéeim* 
périal a en vingt-deux nommatîons en rhétorique , profes- 
seur MM. Qurtiouf et Dubos , et seize en seconde classs 
d'humanités , |if . MoUevaut professeur. M. Laya y profea^ 
seur de rhétorique au Lycée Napoléon > a obtenu dans ss 
classe, pour la partie d^éloquence française, deux prix! et 
Ifois. aecessils^ 



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3f« MERCURB DE FRANCE, 



SÔélÊTJÊi SAVANTES ET LITTÉRAIRESv 

^eàétémii iyAj^irfàli âis Seîâftces , Littérature et Beaux* 
V ' '/ Jtrts de Turin. 

H^grammê À la Séante puBîhfuê du il Juillet i8ia. 

KitTPômf si^r lés ti-avaux ^ la Classe ^és Sciences Physiques ai 
Slath^matiques , ^ar H. ujâclotlie Caréna , secr^tjiire-ad}oiDt. 
,. BeJfxioiMft dai layon dclla Classé di Letleratora e* Belle Ard, del 
Sigv Cesâse Sàtuzso , segrehirio pérpaloo.' 

Ijft vitfè-^té^eiit e« fooctions , M. Valparga-de-Caltito , mnoneé 
les nouTelles nominatiens faites \ rAoadëmie , et proclame Tcayra^ 
i|in a sKoiporté le prix do ecmêovrs de x8i j. 

Kelaiibne ^el Sig' Veniàssa di Fretier , nno degll Aeeademicl 
al^titaft alt*esme defl* opéra eôoiorsà il prçmio proposto dalU Classe 
Si LeIiêrJtula e Belle ktû. 

^,Desci^ption anatomique et pbjsiologicpe d*4m Phoque è Tootn 
blapo , par M. Brugoooe. 

1« airtiQBsîone dell*Estxo. Aoaeteontiea delta Signera Diodata 
Salbn^Roerô-RaTrilo. 

A&r^gé fe*è^r!eDees gàlTaiJqàes sur différentes plantât , par 
M.'Èrândôls tlossl. 

Description de deux Galaléés ^ l'une de Raphaël , Fantre d'Anaîhal 
Carrache v/ par M. Laurent Pécheuz. 

Pelermtipn d*une BoaTelle esp^ de Marte , pat )C. BaatUL 

Cpiiq^ndio di una Memoria intomo ail* inrenzîooe degjU speedij t 
e deus inTetnatê « del ^ig^ Giânfrancesco Galeithi-Napione. 
b lUIynltat 4*«3qf>érienea« et d^phserTatipns aoBeèmant l*lietion da 
l!ndi|to v& lel anioMux , pac li. Biinîra. 

pUWm% littéraire \vk f atHeisbbè , ^àr M. Dk^pliret. 

tiouTiine 't)î(^ôrie clés lôdrhillbns dé sable qui ont Keîi en Amé- 
yique , \jti M. t^assalIi-Eandi , secrétaire perpiftuel. 

ÇaklaMB inscriptionu emeadatio , del Sîg^ Vemai sa di Fren^. . 

Essai sur la rMuction de quelques ozides alkaliias , terreux «t m^ 
talliques par Thjdrog^ne , par M. Victor Michelotti. 

Veraîone dU un Ode di Oraiie , del Sig^" Bara di San Paolo. 



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CUuiê des^ScUnets physique* et mathématiques, 
^ Ftnc U PpTtiQQK.^P^lUfit fOfi les A^roUthct^ q^ £f'{jîlas 

Jijpotk^ies jpaar les expU<|uef . X^e nombre 4e ces tgrp^tk^^ fait 
«sses Toir qnHl n*j en a point encore qui soit solidement 4^^ii) ^ tf 
pronre que eett^ i^ati^re peut fttrf mieux ;çt plqs pTofoodéo^çot 4is« 
^nt^ qu*on 9e Ta U\\ jusqu*à présent. Afin de r^pandce plvs ^ jçiffr 
sur rorigine de ee phénomène , et pour fixer les idées suf celle 5m 
doit être censée la plus admissible dans Tétat actuel de nos connais- 
sances , rAeadémîe immÊmim uns ûttpiiaation de Vorigine , de Pappeh> 
rition ou de lajorntfitwn et de la eh aie des ^éroîithes , ou nouvelle , 
"au prise parmi celles qui sont^ connues ,' mais qui soil^ndèe sur des 
principes rigoureusement admissibles ^ sur des raisonnemens etdesjaiff 
propres à ta rendre préférable à 'toutes Us autres ^ et qui s^aeeordè par 
etnséqUént avec les différentes circonsfances atmosphériques qui précis. 
' éent f qui accompagnent et qui suipent ce phénomène, 

jjt prix eift d« six cents fraoes. 

Les Mémoires seront remis , fmncs de port , au secrétnrîat d^ 
VÂeadémie avant le i«r mai 181 3. Ce teripe çst de rigueur. 

Le Biémo^e couronné sera proclamé dans la Séance pu)»lîç[ue Jh 
Hiois de juin i8l3. 

. PbiZ I^AtTAOïroiClX. <*- 2l^/#i^/««r Pépnque da retour ^u piri* 
hélie de la Comète de Vannée lySç, connue seus le nom de Comète d^ 
Hallej , en ayant égard eus perturbations* 

L*Aeadémie exige la rédnotion en nombre» des formules anafy- 
tsqnet. / ^ 

Ii# prix est de six eents Iranes. 

Les Bfémoiret seront remis , frv^ôs de port , au secrétariat d» 
VAcadémie arast le l«' février 181 5. Ce terme est de rigueur. 

Le Mémoire eouromié sera proclamé dans la Séance publique* db 
moins de juin i8i5. 

Classe de littérature et heaus^arts, 

PatX DZ Bzavz-Aats. — Un Dc^in d'inpention relatif à la pro^ 
iectjen que S* M, l'Empereur accorde aux Sciences et aux uârts. 

Le sujet pourra être traité soit d*une manière allégorique , soit par 
la représentation d*ttn fait historique tiré de la rie de S. M. 

Les auteurs ont la liberté d*exéouter leur composition soit a» 
erajon noir oq de eonleur « sur papier oolorc ou non , soit à la plume» 



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3iS MERCVRË DE FRANCE , AOUT i9i9* 

Les dùieiinon9 ^u àeêêM sont fixées à-cinq dSoUètres de làtgiÊm 
gur quatre de hanteur.. , , j 

Le prix et de six eentf franei . 

Le^ oomges derront être remit franei de port au fecrétatiat de 
FAeedteie avant le !«' arril 18x4. ^^ terme est de rigueur* 

1m Detsio eouromi^ aéra proolamé dans la Séance publique du noit^ 
d$ foin 18x4. 

Les dessins qui n*anront pas M couronnés seront rendus au porteur 
du récépissé qui aura été délirré par le secrétaire de rAeadépnie Ion 
de la présentation de rourrage. 

CotHRtions généraJ^ê du mno^urs* 

Les Hémoires enTOjés au concours des prix de physique et d*as- 
trtttoaie seront écrits lisiblement en firançais . en latin, ou en italien^ 

Cette condition est applicable aux .explications par écrit qui pour« 
laient accompagner les compositions de dessin qui auront concouru, 
nu prix de Beaux- Arts. , 

Auenn ouvrage envoyé au concours ne portera ouvertement le 
90m de Tau leur , mais seulement une épigraphe ou uoe devise : on 
y attacbert un billet cacheté et sépi^é qui renfermera « outre Tépir 
gpiphe ou la devise , le nom et Tadresse de Tauteur. 

Ce billet ne sera ouvert par 1* Académie que pour . Fonvrage qui 
«nra remporté le prix. 

' Les auteurs de tous les pays , les Membres résîdans de rAeadémie 
«xeeplés , sont admis II concourir. 



I > 



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POLITIQUE. 

L'AXBAStADiTTE deTrance à Constantinople, M. le comte 
Andn^ossi , est nrriyé dant cette capitale au. moment oh 
DDua écrivons ^ il y opposera avec succès à la corruptioA 
anglaise et aux insinuations de l'envoyé britannique les 
principes sur lesquels s'est de tout tems reposée la politique 
ottomane , les principes de rtinion de cet empire à la 
ïrance; il^appuiera sur les nobles stipulations du dernier 
traité , par lequel la France et TAutricne se sont accordée» 
il garantir Kinviolabilité du territoire ottoman,- et il n'est 
pas douteux que son intervention ne donne de nouvelles 
ibroies au parti qui ne Veut etitendre aucune proposition 
des Busses tant qu'iU conserveront une prétention «u^ les 
provinces occupées , une attitude hostile en Servie , et en 
un mot un pied sur le territoir.e turc. Pendant oe. tems les 
troupes de renforts ne cessent de se, rendre au corps da 
grand-visir : les dernières lettres d'Hermenstadt font re* 
gnrder comme imminente k reprise des hostilités. 
^ Varsovie a reçu la nouvelle que le roi de Saxe, son due 
bien aimé , a accédé k l'acte de la confédération générale ; * 
le conseil, pénétré de joie et de reconnaissance, a proclamé 
de suite cette heurense nouvelle; une grande solennité 
aura lieu aussitôt le retour des députés. Tandis que les lois 
oui doivent régir la Pologne sont noiéditées en silence,, 
1 enthousiasme guerrier s'est emparé de toutes les classes ^ 
et la Pologne est debout pour défendre le nom glorieux 
qui lui est rendu , l'aigle blanc qu'elle a reconquis ; Tarmée 
est magnifique , pleine d'ardeur , les régimens se forment " 
k l'envi , et dans tous les engagemens qui ont eu lieu dans 
la retraite des Busses , les Polonais eut toujourè déployé 
eelte énergie qui caractérise des opprimés qui ont un effort 
il faire pour assurer leur délivrance ; dans ces engagemens 
le général russe Phalen a été tué , et le lieutenant des Co-* 
saques Platow blessé. Sur la gauche, aux environs de Biga, 
les Prussiens ont eu avec les Busses une affaire brillante; 
les Bosses se sont jetés dans Biga , dont leur sûreté leur a 
commandé de brûler les faubourgs. 

Les différends entre l'ADgleterre et l'Amérique oBt ié)k 



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33o MERCURE DE FRANCE, 

pris ÛB eatftétère Irop sérieux ptfur âo^I àoît pdfriM e de 
croire flu ripproehement que désire 1 Afi|[;lelerre , et pour 
leqiwl elle a déjà fail des sacrifices qui ont d& eoftliNr si 
cner^ son orgueil: c'esrpéu d'avoir rapporté ses ordres on 
conseil pour Aie pp ;ivpir,la g(|erre avec TAmériqne ; Is 
tléclaralion de celle giietre kriivîa^rÂngkelerre preud det 
.mesures de garantie , saisit les nayires américains , donna 
k'êBê bUimena ordre- de courir -aas , niaii en méms lems 
éUeéèpèahe aux ËtaU-t-Uais une frëgo^ qai y port* oii 
agent et lies expUcalimis* Cet ageAt Irontera* les bâlinieos 
ançhûs saisis dans les porta de la CtNi&^dératioil , daasves 
nvièMa^ aur ses lacs } il trouvera l'armée américaine aof 
prises «voo les défeiMaQrs de Québec et d'Halifax^ il l^rcio* 
rcbra l'épét kors du fourreau , et le fourreau yelé l^io di 
l'Américain, ntn pas insurgent oetfe foi», mais aoinbaW 
tant poiA") son existence , son indépendance , son honnenr» 
Qu'est dtvcbu dans cette position cet of^ueii brittfmniqiia', 
eet evprit domtoaleur qui Dsgtières aurait pria volontien 
aneraprésMrlation pour unetléaobéiésance, et ira expntff 
de grie& pour un outrage ? La aci«atk>n est •donc meft 
changée ,. et .TAnglet erre est ddoe fotrcée eUe-^néone éè h 
xecovnaltni'^ «t d'en eossigoer l'aveu dans ses propréi 
acieè !. ^, . 

Les no«vtBllèa «TSspagve , translnises par les paptera «»• 

Slais:^ vous- rapréaeotertt les Français resserrant le Uocus 
e Cadix, réussissant à y lancer tlies brAlota dont la TiUe 
souffre beauooop ; le «sarécHal duo de Dakuatie o b e ar v a at 
les ttouFemeos du général Hill<^ et matchaol contre BaU 
ksiélroii mu* hii lermer le'retour de Malaga à Gibraltar ^ 
le MUii^écbal cbc de ilaguse , à la date «lu so jttiUot » forti*> 
fiatift'sès bgnta But* k rivo droito du Donro. 
^ Mais «s Catalogiio et dans le rdjauflipe de Valetieo, det 
évéviM^ifs importaos ont bu lieu. Voici uno note éa jS 
foiiletpuMiéo parleMo/iiA^nrdu i3 eo&t. - % 

' «Depiiivkyn^tems'yTest^ dit, ut projet d'attaqoo cetn^ 
hintm Itonff^ 4'drihiée ii'An'agoB et ewe desceaitv sur lié 
èôtea de Oat^loigiie ou de >Va&neese^éparaient à Mayot^ 
que <»tà Alicante. Le lo, le .maréchal .d oc d'Albiifora eut 
fHfto eouflfvence à Reuss avoc Ife géaé#al en «kef Docoem 
]jtt véuiii<M de leurs leolonues eur la cèle rqeta Lasey wB 
loîta «i ééooiloerta rewéditfOB de Ma^rquo. Uob partie 
ée ta fion# m êé^étn. De retour & VaiBotTe , lo » ^ ie ros^ 
récbal trouva Viliac«-»mpa aul pbrtes de Xiiria àvoe 4000 
kposÉBes , tMidis iiue Basteco^rt , avec lâoo ^ BHBqasii Co- 



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AOUT lî^S- ' 35jt 

fntfiHtsèt A^ffti^aa «. «t ^u'tin p«lît <}oxpe iBf at^k Oudtt et 
$égQrl>e. S. Mxc, & marcher le lai* > et le général LafoM# 
aveq.Iei S* napolitaio et quelques cuÎBasaieri , aiii ebaéM^ 
t^jnt: yiyemeM F.eiiBemi. Pendant ce feins , 1 armée de 
Muroi^vVéonie et rekiforeée , paratMatt $e diipeeer k iib# 
attaque en avant de Xucar. m eJE»t> le 2i , une flotte 
dn#laite de dix^uit ▼oiles , dont 4 vaifseaux et 4 firécatea » 
et &ra^st0 briokf et transports, se manlff» en vue de Vrieiice, 
ft poussée par un vent favorable^ se pertit rapidement de 
J)éûiB k Cpllera » entre Teinboficbure du Xucar etTAlbiip 
fora 9 paraissant piéle k débarquer et eaoonnant les fbrts»^ 

3ui lipoataient. L» oaaréeiial duc d'Albuferu fil aussitôt sea 
ispositiona pour tepoùsaer renoenaî ; il: rappela de Ré* 
goeoa le général Laioase , et de Ségorbe le 1^1* ; le 14* et 
rendit en toute bàle d'Alcirà k GtUera^ et le^* de hue» 
tarda / rartiUerte.et une partie du ■ i** léger et au 114* ao 
portèrent rapidement dans la nuit sut le point menacé. 
Vers le aoif » parante biibconatance aussi heureuse qutm^ 

{}Téptke>, le vent «vait. changé toul^à^coup et aoufilait de 
est avec tant de violence « que la flotte ^ après avoir paaaé 
Ja miit à lutter sani aueeès , fut obligée » le ^, de s éloi;^ 
gncHT^D louvoyant ^ cherchante gagner le brge* PeodanI 
ce soir , le général en chef observa tout pair lui-naén» » 
parcourut les'c6tes et plaça les trottpés* 

n Dans le même tems ^ lé gén^l Hàrispe , k la fêle d« 
hifl.^ division , élait.en avant d'Akoj en présence d^ l'armée 
de Jylurciej la i** brigade ^ comptaée mj* àe ligne et du 
^*:de;dragons , k Cusiaita » aux ordres du génénuDelort» 
et la il* à loi , composée du 44* » et des c^irassiess àous les 
ordres du cbloàélMesblop. Pcévojraotralta^ue, le général 
Harispis avait dboiai une positiob iiklermédiaire oà devaient 
aeiA'éunir les troupes ^ir recevoir la bataille. Di^s la veille ^ 
la mouvement de l'ebnemi fttleonnâ et les diaposittona 
furent, prises. Le ai.r à la pointe du jôur^ le général en 
çbe£| Jose[^ Oikmnel-, à la tête de quatre colonnes, atta*> 
qna le général Delort , qui , Itiivaot ses instructions $ aé 
retira en échelons et rappela à lui sur le pioiot indiqué aes 
cafl&ps de.Biar et Onill. Aux premiers coups de fusil , le 
colonel Me^lop > dent les trotripes étaient prèles et sous lei 
armes., se mit on mouvemeoFt psur rejoindre le général 
Detcrt)) «lorsqu'il fut^attaouië lui-même par un corps de 
6000 hommes , en deux kolannes , que commandait le gé* 
lierai siiglais Rotch , venu par Xixona. A l'aide de deux 
pièccf de. c*ioon placées, dans Je petit fort dibi, avec lefe 



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êi% MEBCURE DIE FRANCE, 

voltigeurs du 44^ et un peloton de cuirMsier* , il «rréCe 
Tennemi au passage d'an ravin et le rejette au-delà j mais 
fidèle exécuteur de ses ordres , il laisse quelques coiUpa- 
gnies en observation avec là garnison du fôrt et se rMid 
promptement sur le champ de bataille , pendant que le 
général Harispe faisait accourir d'Alcoy la réserve aartS» 
brie et de cuirassiers , et les compagnies d*élite dti 116*. 

» Le général Odônnel avait attaqué avec vivacité* Le g^ 
Béral l^elfort /en position , faisait de son artillerie , placée 
avantageusement y un feu soutenu et meurtrier. Le 24* de 
'^btigons, arrivant parla droite, se trouvait itienâcerle natic 
gauche de l'ennemi , qui s'en inquiéta , et dirigea deux 
pièces contre cette troupe en marche. En même tems , le 
coFonel Mésclop arrivait par la gauche. Le général Delôrt 
ne crut pas devoir attendre davantage. Les soldats atten- 
daient ce moment avec confiance , et auss^ bouillaos f^u'îli ' 
avaient été tranquilles , au signal donné, ils se précipitent 
sur l'ennemi de tons lés c6tés &-la-fois , la cavalerie et 
l'artillerie au trot et l'infanterie ail pas de charge. Le colonel 
Subessi conduit les dragons droit sur la batterie qui les 
mitraillait ; elle est enlevée à l'instant. Les'canonniers sont 
Sabrés ; une brigade d'infanterie qui appuyait les pièces 
est abordée du même élan , enfoncée et prise. L'infanterie 
et les cuirassiers pénètrent au même instant dans GaataDa , 
renversant' tout ; ils achèvent de mettre en désordre la lign^ 
entière de l'ennemi qui fuit de toutes parts. Les rues dé 
Castalla sont jonchées de morts , et le chef de bataiUon 
Heremberger fait poser les armes è 4oohobimes qui avaient 
cherché un abri dans le château. 

» Après ce brillant succès , le colonel Mesclop se hâte 
de revenir à Ibi avec sa colonne. L'ennemi était dans ]# 
viilage ; il l'attaque , le culbute , le chasse , et le voit fuir 
au-^là du ravin , laissant un grand nombre de* morts et 
de prisonniers ; alors réunissant %eê forces, il le poursuit 
de position en position , le reaverse è travers les rochers , 
lorsque les réserves du 1 16* , qai paraissent sur les men* 
tagnes derrière l'ennemi , achèvent sa déroute. 

n La perte de l'ennemi, dans cette a fHi i re , peut s'évaluer 
h 36oo hommes tués , blessés ou prisonniers. Le brigadier* 
général Labare , et plusieurs officiers supérieurs , sont 
parmi les morts. Dans le nombre des prisonniers, se trou* 
vent 4 colonels , 5 lieutenans-colonels , et is5 officiers. 
Nous n'avons perdu que ^3 hommes , tués on. blessés. 
léO colonel Mesçlop , qui s'est conduit d'une manière bril* 



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AOUT i8ia. 533 

Isnle dans celte altaîre » a eu son.eheyal blé soos lui. Gré- 
néraux , officiers ei soldats , lous oDt bieo fait leur deToir» 
et ont contribué au succès de cette glorieuse jçurnée. 

fi Le duc d*Albu£era a , dans ce moment ^ son quartier* 
général à Callera. n 

Une autre affaire a eu lieu près de Barcelone ; le Mont* 
Serratyqueles ennemis occupaient, a été emporte dfassaut 
parles troupes aux ordres des généraux Lamarque, de Yails 
et Clément. Toutes les difficiutés que présentait le terrain 
ont été surmontées ; les troupes ont gravi sous un feu 
meurtrier des lieux réputés inacessiblea , elles y ont porté 
de l'artillerie. "Le fort a capitulé , la garnison est pnsQn« 
nière de guerre et conduite à Barcelone. Les journées du 29 
et du 3o ont été employées è faire sauter les ouvrages d« 
l'ennemi , et une partie du couvent où il s*était fortement 
retranché ; ainsi 9 dit la relation datée de Barceloiie In 
1** août« les insurcés qui ont profané un des plus beamt 
jédifices religieux de la chrétienté , en le raétamprohosani 
en une forteresse , et en faisant un arsenal , un dfépdt dia 
loua les objets propret à la guerre 9 ont seuls occasionni 
la d^truçtion.de ce monument célèbre , antique objet dp 
la vénération des peuples^ 

• Lei cpionel anglais G;reen 9 un lieutenant«co)onel , x5 of- 
ficiels ., ;i6o 80usH>fficiers et soldats anglo-catalans, £91^ 
mes f soldés et commandés -par des An^ais » ont été cou* 
duits prisonniers h Barcelone. Ces hopimes étaient le npyan 
du corps sur lequel les meneurs de Tinsurreclipa catalann 
fondaient leur plus grandes, espérances* 

Le 10* Bulletin n'a point encore paru , mais on a 4^ 
nouvelles de l'Empereur en date du 3o j il était au-delà de 
cette position de Witepsk que les ennemis n'oot pas plu9 
défendue que les autres ', il était en marché sur Smolen^k, 
et jouissait de la plus parfaite santé. 

Limpératrice continu^ à honorer de sa présence Ifs 
Ëeux ou d'intéressans spectacles , où les plaisirs de U 
saison appellent , aux jours de repos , la plus grande partie 
de la population de cette capitale. Vendredi ^ S. M. a éit 
à l'Opéra , où sa présence , devant une asseinblée nom"^ 
breuse et très-briUante., a excité le plus vif enthousiasme^ 
Dimanche , S. M.. a reçu, j^près la messe. L'après-midJ, 
elle.. a été à Versailles: on attendait sa présence pour 
flonner le signal du jeuoes eaux } celui du grand bassin , 
dit du Dragon ; a particulièrement fixé lea regarda de 



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134 MERCUflE DE TRANCE , 

8. M. Lrfoule était immeirse v^t les secittm'àtioni ont pai- 
tout suivi S. M. sur son passajge. 

Le jeudi i3 y il y a eu apeclacèe À ta tour âaos les petits 
mpMVteineiu } od a -donaé F Ami es ia maison. Sanaedi il 
doit T avoir spectacle sur le théâtre *^ ta tiour it^^f^. 
H^toéraitalieD repr&eiUera f opéra 'de fpèr, intitulé Huma, 

Tout se préparé pouï* célébrer la ééte èe rann^v^irsairi 
4ie 8. M. avec une pompe dijgne âe sob objet. Tons l«j5 ' 
Keux pii^lics cdn^cti^s i celte fête- sont aiiimés par les 
travaux prépar»t€4r(»« La veille,. tous iea speolacles doti» 
ia^roMt gratis. Le «miatre de ISuférieur j^oaera ; io'MMMàa 
thi jour de la Aie , A afaeures , la prèfniière pierre éii pabis 
t^es archives imp^riafea, et celle des établissemeos r^iiui^ 
tde l'iiniversilé et de$ beaux-arts. Le corps manioipël de 
P^aris se réunira aux autorités du déparljsaient pour asaister 
^au TeDeum qui sera chanté ^ Tégltse niétropoiitaiBé.r»l^* 
3Qiamps-£lyséett «t ta place de la (Concortle sont iethéâfae 
^8 jeux publies \ dHine illuminafion briHi^ple , ol ^^la 
4>«au feu aartifiee. 

^ Chaque année les Tœux reconnaissans du peuple français 
'V^lèvent 4 ,oe4fe époque vera le prince qui me! toute sa 
gloire à fonder la prospérité de la nation sur des bases' ina* 
-périssables \ chaque année nOtis Payons safaté d*4w nom 
"nouveau qui exprimait un nouveau ^ienlait politîqtte, oh 
ntne nouvelle action noilit^ire digne de celtes qtii lui avaient 
^dëjà donné un nom immortel. $ious avons salué sifccèssi- 
î^meDit 'le lé^slateut, le conmlérÉnt , lé distributeur des 
xourounes } nos hommages 1 ont- suivi*' tçiii^-tonr- dans 
loutes les capitales ennemies, qu'il a.rassuréesjofir sa j>ré- 
Sence , après lei avoir fait tomber d'evai^t la force de se$ 
~ai;mei. Ait-delà de quelles bâifrières , "ap-delà de quels 
^fleuves , dans quelle vil{e moscovite nos voeux ^ront-tU 
cette année pouf se faire entendre à s6n orei^e et se mêler 
aux chants ae victoire de ses soldats / au îcri de te^réiir 'de 
•ses ennemis , Iitix'ac<ien8 de reconnoissameè des Petonaif 1 
^Célle année; ce^^st plus seuleilient des bords dfe la ^itJ^ 
t et dùTibre ^ def Ebré et de l^Elbe , qute ce» aecens se feront 
-entendre. L*Ûder ; la Vistule , le 'I^iemen , la Dmnâ l*s 
'répètent , et jusqu^la Névaiiiéme ,fc bruit en sera porté 
<par leRusse pliis fatigi^ de se retirer sans combat , que le 
' nancais de le défier et de le p^nrsirivrç. 



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ÂOVT ifii»j 33S 

• ' • AKNGWCÊS. 



Dov^ obi«^ Wf «Gd«iocM , ic9 imu , rbUwi^e:, 4«,qp|iiiBf rç« ^ l^i^uî»» 

À^<l^QÛ«t de Dijon « Tunn fit BesMçoq ; 4ei ^oci^t^^ 4es i^i«Ace^ 
B«tiur«Um dt Wétéram^; de Dbjâiqpe •( d*hUtoice iiaiurellf de 
G0a^is«; d'IiiH^lre'BftlMUeUe et ae niô^ftleigjie d^léna ^ des «cmikm 
«tweli dt Greaoblft, i^il a et Trêve f «t des SocÙtés d'afri^v^^s ^ 
d*fAm]|a«ie «b PavM- Uo toL îû-pS". A Pad«« ehet 4* A. {Ua)cHiar4* 
fiM $4;«i^AAdcé-desrAj»» ; jat à Gei^^ve , oheii :($»#» , Mie .^ Ifi 
Fiûterie. . ^ 

Cet e«^saÉe> p^ûv^t aerrir d*idoér«îr.e., lainoiiy 4e ré^tiflp a 
dié iwée du ^>tiiiat in-ia , <i<}\um/t plul povtatif en t^ojaoe. , 

Le portrait de M. Desaossure a M tiré \k ,pftrt,« pour ktf j>cu^o^ 
^màttimnma/i le pbeer ei» Ute de ae» ett^jages. 

"fyhémérutes politiques , littéraires et religieuses, pré.senrai^t potir 
èfaieuA des j^irs Ûe Tannée un tal)leatidès éVéaemen.s reiiiarc|tidbfâ 

Sdat^pt de ce même jour dans l*liisloice de tous les si^cïei ^( de 
S lea pajs jus^*ao i«r janrier i8ia. Troisiinié éâîtlon , revtie , 
^orrig^e et augttieutéeu Fripe de la souscription pour. Tou^rage coib^ 
IjXtX , la TOl. m-8« , .48 fr. , et .60 fr. franc de port. Chex Xienôr^ 
mot ^ impr. -libraire , rue de Seine , u* 8. .•.t. 

*Tlfoft». ïl bâtait buït tolumes. - ' ' 

i . ^ • •• . s*> 

*ëKsUi9m.liêêéMkê, tPJiahê ; par P. L« .Gummé , de HInstttqt ia^pé- 
rifll de Franoe , acsibBQ oion-réndant de TAe^déÉiie inpéualaJb 
Wtmu , «aaoaié^omq^OoidaBt.de celle de la Cruaea ^ etc. Tokta IV 
et V, iii-8^ de 600 pages , sur pépier ceiré fio d*Aiiv;er9ne , focmant 
la l é nmu dê •'iiptmsom. tPris 1 ta fr. , et 16 fir. ficaiio 4e port. Chex 
iiieàaad<fBteaa , ^iiapT.-Ubsaiiies , fuo des Bon^-Eofiau , n"" iS^. > 

"jÈUt^QÎ^t JLomfiinc â^ T^te-Liçê ; traduction nouvelle par Du^ati 

ÈlâMaUe., de rAcadémie française, tracjucteur de STaciV^ et de 
fi'usîe , etc. ; par M. Koêl ,' conseiller ordioaire«inspecteur-jg^oéral 
êl-jLr;i\vXirsité > c^o. Suiyie d^une Xfble mé^ode analjrti^ue , par 
.' Gallais. Cinquième âécudê , ÎQVJt\9pt la quatrième çt (fum^^ffï 
lipr^^. JJftiu^ Tol. ia-8?. Ptix , oapîer^En d'Auver^e » i^ f«^ et 
^ £Î« tfai)c,ile po^t ; papUr Vëlin , oroçhés en carton ,,s^ fc. Xejprix 
M Touîrrage complet , composé de 10 V9I. in-8'' , avec le texte iTatiii 
en feeprd et une carte de TEmpt^e romain , est de 90 fr. , x'2afr. 
nitte^porr. ^t 180 fr, sur papier rMin. Chez Michaud Irbces , 
Va#idea*B<|^Bli^Qs , b« ^ ; et ohea Artfaus-Bef trand , libraire ^ ttié 
ftkortfbuille, n". :^. 

Prpsopûpéê à. la l^ibliothèqut impériale ; y^t M. Necrexoris. Bro- 
«Attire in-8». Prix , 76 c. , et 90 c. /ranc da port. Chea A. JoKan- 
tieau /'IibraÎTe , hito du Coq Saiat-Honoré , n** 6 ^ et chez tous lc5 
Vtarc^aada de oooreautéa. 



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SS6 MERCDBE DE FRANCE , AOUT i8tti.' 

Rt>s^ecitis des Œuvres complètes de BuiffOK et 4fi$ Paxii§$ 
supplémentaires , proposées par souscription. Ches 
Arlbufl-Bertraiid ^ libraire, rue Baut^uiUe ,' n? zi. 
A Paris. 

Cours eomptot éVistmad natareUc , ou HbtoiM aatarelle Vff^oérâlo 
et partit uUère , contenant : !• toutes le< OCuTres de Leelere 4eBaf- 
foB , dans lesquelles les sopplémeos ont été insérés à la plaee imB- 
quée par Tanteur lui-mènie ; %• les notes et addkiens uéoessaires 
pour que rooTrage de fiuffon fût an nireau des eonnalssanees «e-* 
quises depuis sa publication ; 3* enfin • l'Histoire naturelle des Pois* 
aoos , par MM. Lacépkle et SoiAini ; des Reptilof « par M. Dandin ; 
des Insectes , par M. Latreille ; des Molusques , par M. Denis' Mont- 
^rt ; des Vers et Coquillaget , JMrM; Roitsj ; et des Plantes , par 
M* Brissean de Mirbet , que BuBon n*a pu traiter. 

Rédigé par M. Sonnini « membres de plusieurs Académies et do* 
ciétés savantes et littéraires ée TEurope , run des collaborateurs im 
Buffon pour la partie omithologique. 

Cette édition , la plus complète de celles qui aient paru , lenfecm» 
227 Toi. in-d*, j compris 3 vol. de table de matières , indispensables 
pour fiiciliter les recbercbcs ; accompagnée d*enTiron z,6oo fipircs « 
dessinées et g;caTées par les plus babues artisies. 

Pour donner aux acquéreurs la facilité de se proeurer cet OoTrar» 
•ans débourser de trop fortes sommes, on délivrera les 117 Tol.in-^^ 
figures , brochés et édauetés , par quatre . huit , on un plus grand 
nombre de Tolumes , si les Souscripteurs le désirent. 

A compter du z«r juillet 181 a , le libraire a délivré , au commet* 
oement de chaque mois , une lirraison de quatre volumes è-Ia-fo». 

Le pria de chaque linaison , de a ToUimes , est de an fir. pour 
Paris 4 et de ^ fr. par la peste ; arec les figures en couleur , 40 fir. • 
et 46 fir. par la poste ; en papier vélin , avec les figures en oovmr et 
noires , 80 fr. , et 86 fr. par la poste. 

. Les personnes qui s*en gageront à prendre les 127 Toluinet en deux 
ou trois livraisons , pendant l*année oonrante de leur soiisefiplion« aft 
paieront que 4 fr. 5o c. le Tplùme , ou 571 fir. 5o c. les ZS7 voluinea. 

9 fr. avec les figures en couleur , ou 1,143 fr. les 117 rolnmes. 

Et 18 fr. en papier vélin , avec les figures en couleur et noires « oa 
S,286 fr. pour les 127 volumes. 

Si Ton prend la totalité de TOuvrage , on ne paiera que 4 fr. !• 
volume , ou 5o8 fr. les 127 volumes. 

8 fr. avec les fiçires en eouleur ; on i,ot6 fr. les 137 volnmet. 

Et 16 fir. en papier réiin , avec les figures en couleur et noires « oa 
j,o3a fr. pour les 127 volumes. 

Les doutes qui auraient pu s*élever sur rachèvement d*un Ouvng» 
qui présente autant d*érendue et de difficultés que celui-ci , ne peu- 
vent avoir aucun fondement, puisque la loulité de rOuvrage est 
imprimé , et que le libraire peut livrer des exemplaires complets. 

Les lettres de demandes et les envois d'argent doivent être afiran-> 
ehb et adressés à M. Arthus-Bertrand , Ubraira , vue Hantefiiu3k t 
tt« Ai , à Pans. 



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MERCURE 

DE FRANCE. 



N° p t . yy|X . — Sgmediyi^ ^dloitt »8ià. 



^>>i»«****^>»>^-> >H>i»^»» 



POÉSIE. 

SECONDE ODE (*). 



L*OMBRE BÉ SOBICSKi. 

Ombai dz $obixski , d'où vi^nt ^1i U lumière 
Ta Toix a rappelé ma moarante paupière ? 
Dans réternelle nuit j*entèndais nos gaerriert , 
Je voyais s*atrancer leurs ombres immortelles ^ 

' Je me penchais sur elles ^ 
Et mes bras étendus touehaient à leur» lauriers. 

Mais troil fois dana les dra retpWddxt tonT épée ; 
Trois fois d*un bruit goemer mon oraiUe esC frappée ; 
tJne terreur profonde en^eine toua mes sent x . . < 
Tes yeux roulent la (laamie , et , pareille au tonnerre , 

Ta iroix remplit la terre . 
Qui s'érellle , atteiitive i ces mâles accens : 



(*) Cette Ode est le feeende dHme épode héroïque sur jit v4tri^iif 
semant de h 7ologoé. ^ 

% 



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byCoogk 



m " ■ MERCURY DE FRANCE, 

c EMtttii FbloDiîf I Le Destin m déclare ; 
9 Sur ses Tieaz Tondcmeos le trône se répare ; 

» Ronpex , rompes tos fers , ou , par un beau trépas « 
» Sous les yeux de I*Europe effaçant Tinfamie 

s ITune chaîne ennemie « 
» Montres que tos grands cosurs ne la méritaient pas* 

g - ■•-.■• 

9 Imiirt TOS ttSruz i etf héros magnudmea 
9 Opposant au^dangars leurs courages suBlimes f . 
9 Dans les rangs ennemis saraient jeter Tefiroi : 
» Leur biiUaitte râleur fe chef okait que h gldtre , 

. » Et , s4ts fia la Tictoira , 
» Ss méprisaient le nombre an combattant sons mat* 

9 6ù sont ces Ottomans qui , partis du Bosphore 
* Dès les premiers rayons de la nalssaiite aurore « 
' * t^Dm noe ehampt dérasiés inondaient les sillons (*)? 
9 Je Tois encor leur chef dont la mollesse étale 
9 Sa pompe orientale, / 

9 Et rdr étineelant de ses fiers paTillons ! 

» Que sont-ils derenus ? leurs corps , sans sépulture « 
9 Aux corbeaux dévorans serrirent de pâture , 
» Arant que le soleil eût-achefré son tour : * 
9 Cependant que leur reuve , assise sur la rire « 

-9 Inquiète et plaintive , 
> L*osil fixé sur les mers « implorait leur retour t 

9 J^appelai mes guer^ecs à défendre leur rie , 
9 A protéger leurs lois , à venger leur patrie , 
9 Et tous sont aocouras près d*un chef adoré. 
9 O dignes Polonais f ô gloire des vieux âges f 

» O vertueux coarages 1 
9 La sang de ces héios ast^ dégénéré ? 

a Non 4 non , le même sang coule encor dans vos veines « 
» J*en Jure , Albuéra , par tes fameuses plaines : 



(*} BataUIa do Cliooaia. 



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• AOUT iï,i. - 

» PbBf voua la Renommée éle^à ses cent roîx , ' 
» Et dans la sombre nuit du triste mausolée , 

» Mon ombre consolée . 
» Tressaillit d'espérance au bruit de tos explnitt. > 

A ces mots , Sobieski, ^e la tombe rappelé, 
Rentre , au feu des écUirs , dans la nuit étemeUe. 
Gueme,» f to,» ennmdet son générer oourrw , . 
O dignes héritiers de tos glorîei«tpèt«f , 

Seul espoir de vds frèvet , 
Vainqueurs d'Albnéa I ^e ne païwisti.raMi t ' 

Dea moutaPjrtnieos repaseanl les ftentiètet , 
Emparte^ Ten le Nord tos iUustres bantriëres f 
Le Caar tremble et s'enfiiit » son tonnerre à U main. 
Du carnage espagnol encor toute trempée. 

Que Totre noble ^lée ' 
Au coeur de ses états s*0UTra un large okeBiiiii ' 

Refondes ees torrens Jusqu^anz bontés du Monda* 
Si îamais , ramenant leur fureur Tagabonde , 
Ds assiégeaient le mur qu'on Ta leur opposer , 
Que d^éimeU remparu da légions guerrièrat 

Soient les fortes barrières 
Où leurs Hota impuissans reTienoeut sa briser ! 

Marches , ptlciphas rotre foule grossie , « 

Comme on Toir dans les champs de la froide Russie ' 
S'amasser , en tombant , la neige des hiTers ; 
Ou comiae le Niémeu qui , faible Ters sa souree ,.. 

S'agrandit dans sa course 
Dn tribut éeumant de Tingtâèut es dirers I 

Ailes ; brares guerriers , qui n'aTex plus de maittes , 
Marchas en iuToquant le nom de tos ancêtres ! 
Bt TOUS qui gémissex sous des fers inhumains , 
Vieillatds , femmes , enfans , trbupe pleine d'alarmes , 

Offires à Dieu Tos larmes , 
Jj^wtz , lerès Ters lui Tes suppliantes mains. 

A sa Toix Toua Terres tos tyrans disparaître , 
La Tîctoire accourir, la liberté renaître : 



lai) 



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34ft MERCUAE DE FÉANCE^ 

Qaeb bieot poutroot alora maaqtter à toi toalniti f 
A qatli penpks choim , sur quelle pUft hcnioite 

Sa bonté gép^rwi^ . 
A-t-f Ut prodigué à$ pin» liobes bieoi«iti ? 

L*or des ^^UmdM ^i wJ ii Q w s tvJitnU vos riragss ; 
Dans )m molU épaiiMPir d» TOi grai péHingei , 
Let ^ovp^i» smgiiHianf M eauàont à toi yetixi 
dur Tos coteai^ Hanvrift 4a daîfltma abeille • 

A la rofl# ▼enuaîBe* 
Dérobe ii» «réa«n.4:«A iwa.d^Uoîflu. 

Les phu peblet r«ft«i a# dMf^tcni Tôire aae ^ 
Voui aitiiei UKeMibaH » tom reppivea leur flasMe^ 
Vous ott?7»« yi.ijfJlriT Toa toits hospbdien ; 
En lonp eer^ltkMsiaa % vae Ȑie jeuaess^t 

Appui de la ^kfUtaft • 
DaM les pmÂÎcm )yb!eKs eonioBBe nM f^^ 

Ibflr cfenbler tmi de bia»s , si k D isee r A s «qûiè; 
Si qaelqne,Roi «bén « ae«s len htumiiJE eaupiae , 
De l*Etat partagé «émûl les lati^en» ; 
Sous de eomnuoes lois s*il rasseaiblt Toa V^lea > 

Si des haines <iHdles 
St$ généreuses muim éinigneeki les fambeaMs ; 

Aloai , noblâ. giieipsDs:« veiignica^de kliiriei 
Voua fai la défendes aprèa Tarek «onrw < 
Vous roayrifea lu sein de f os gpéeeti^ fifieoiids 9 
Voag]hii««s doMiroiu t cit tp» la^iMinailliea» 

Ke serooiplNe^seiiiUées 
Dans la sang e«9emicdfs Se/Afe itfilrauU» 

Alors , ebarnés des biens ftie.le qU tous wcoie f 
Vos lix>nts triompbateucs blanc|^Q|it. daHs ia.ipyt^ 
An milieu desog^fens ^ s^ntieiM dfi T9».lniTaiu : 
Tel t oeint de ^.tQnji , un Tien^pia dje.Sfocwégf^' 

Au front e6uyertd<B omge « 
Voit les sièdes puser sous ses Te^iea igwpiriWF> 



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* L*HOMME ET LA «SI^BTTK. 

FABLB iirrrti Dfe PlStlDÉi. 

Puis tout hêUl t J*aUeiii4r«i k hmlMit ^c»GMr»« ' 
U est ibu ^ ^rait^^Mi. GMBliie»d« f#ia«,M«lf 

Pour M mesurer Av%e PiiMte ^ 

La vanité ne suifil ^as* 
Mieux Yaudrait humbletaenl dire tob «adMurtti ; 
Aussi j*ea &îs Tareu : aiail il JBt prcbé anvM 

De lutter contra u« 4t ee* loua 
Si souvent contens d*euz« si rarement de nous « 
Tant la présomption Ûêk^ l«ur ftAie^rtfTÎé I * ' 

On le peut bien < je <$foîs « téta pëssér jpout j^^nx, *" 

Et sans manquet do- neMiestî^ 
Essayons. Aptes ipoî guelf u?atftra lert mî— k ; - * 

Sachant qn^nn M» ftoibîtl^ux 
Tourne au profit ^ l'art » sitsfait fft'on ai ^k» 
. A bien entendra , à blien tiéditir» 

Les chefind^teuvre de nec àiensi 
Mais qui peut «e AattM du soceès de^ta feilie T 
Imitateurs nùwi>tevai qn'un ^dou* es^ok eàtrlfintf ^ 
Nous entendrons tonjjtadi dire en labt^nr aha^Sn^} 

Qn^ dowH^afe qne Lnfontaint ■ 
A personne 4 «n mèdrant ^ tt^Ail ktsaé^lon inirin I 

Un homme prit une Belette : * • ^ 

Ah 1 méchante , dit-il , je te tiens dpno enfin I 

( Du sang d*une jeune poulette 
Elle était teinte encore , et , jkréyojant sa fin, . . 
S'alloneeait pour s*en£uir. ) L*autre a- vu son d6tfeil^/ 

Eien ne te «ert d^ètie âuattet 
Be[))cend-il « tu mourras. La dame s'inqnîetta ^ 
Son eçror bat , eDa tremble^ ^ ^t ^^ mus la nuin », 

Goame un Tolenr de grandebem^ 

Dont le trépas est une dette. 
Cobmtbt flirt ^ tromper, parler , tronrer mpy§H 
ïh ne pas laisser, prise aux arrêts du Des/m j 

Cest et qne tout lanon projette* 



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3^^ MERCURE DE FRANCE, 

Grâee , dir-elle ; hola 1 seigneur , sojes hninaîn : 
Vous ne prétendei|( pas ç[ue Ton tous seire en va^? 
Pe piège», tous lee jeurs , tos yoîtins font emplette 
Et TOUS non : peosez-j. Je suis de bonne guette. 
' Cette ferme avec moi peut se passer de chats ; 
Ce qu*ih eonsommemient , )e Tépargae. Les rats , 
Le^ souris , les mulots , importune Termine « 
' A toute heure de nuit et de jour ne ront pat 
Insolemment k la cuisine 
Salir ros mets en prenant leur repas. 
Laisses-moi TÎrre , moi panrrette. 
Fias sage q«e le boeuf qui dit et qui rèp^t« 
Qu« les hommes mnî des ingrat». 

Ainsi se disculpait la béte lâméHqne. 

6h , oh ! dit celai-^ , la bonne ihétonqoe ! 

Cest sans dont* pour m*ob)iger 
Que tu Tae te glissant dans mon garde-m^gor? 
Tes m^fiiits sont tous Ik 4 grarés dans ni mémpirr» 
Ta Tis 1^ mes dépens faote d*autre mojen. 
Car)» « greoier , salon , tom est ton réfectoire ; 

Et tu Toudrais me ftire aecroire 

Que ta traraîUefl poarmon bien 1 

Oh I ee ii*est pas Ik ton hislaîro t 
7e te H dirai « noi : toas le» menas débrii 

De pai» , de poire e| de fromage , 
St mon grain , qui lâchant touf les jours dteéntge» 
Ta les ghiges , fripoMe I et n'en fiHs tes profite * 

Que pour les 6ter aoz souris : 
Et puis de ce gibier Dieu sait qui se régale ; 

Et ( quand tout est exterminé ) 
Qui plante là son fadte , et Toublie et détale t 
Meurs , 6n ne dira pas qoe je t*aî pardonné : 
Meurs « et sers de leçon h oes Toleurs insignes f 
Serrite^ir* prétendus qni, dVux seuls oooupét « 
. Finiront. . . Mab que dis-}e , ayeo tes lois béniguee 
Hiémis ? n*entends-tu pas nombre de gens dopés 
6énàr loin dee fHpons l ton glaire échappés t 

FiLix NociAlt. 



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AOtJT i8ia^ 343r 

INVITATION A SOUPER. 

IMITATION DX MARTIAt. 

Cmahis UUè, etc. ( BlàaT. lôb. ZX » ^^. 53. > 

Ajfl « ches moi soupe aii)oiirè*liiii« 
Si tu n*as rien de mieux à fiûze ; 
Tu ne feras pas bonna ekëre , 
Mais tu œ eraîodras polot Temnil. 
I<a'lî^ife oderaote et vermeille , 
Des légumes tout frais eueillii ^ 
L*aeide et pimpante grossie « 
I«a eerile au tif eoloris , 
De Paies ronetueox laitage , 
Les osoft durs elles ou& mollelg't 
Areê le modeste fromage, 
Composeront nos premiers mets. 
Faut-il mentir pour que ta Tiennee ? 
Au second serrioe , un jambon ; 
L*buître des mers Ioniennes ; ^ ^ 

Près de la tmite et du saumon « • 

Le rouget vêtu d*éearlBte , -- 

Bt la eereelle délicate ; 
La gelinotte et le chapon 
Engraissés par la ménage ; 
Une carpe pose en ririëre ; 
Des tourterelles , des perdrix « 
Et tout ce ^*auz tables splendidet 
De nos gastronomes arides 
On sert de friand et dVzqnis. 
Je te promets bitn davantage : 
Apres nos jojeuz entretiens , 
Tn niliras ton bel oMTrage .... 
Je ne te lirai point les miens. 

Ds CiAiTA^jUn;. 

ÉNIGME. 

J*ÉTAI5 jadis dn genre féminin « 
O destinée étrange , 
Le tems par qni tout chanfa 
Me fit nagiièreiMaseuUa. 



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Ui MERCURE DE ^PRANdE , AOUT 1 8 1 «a. 

Un éptouwanX e^tÊiAêtétDhtphoii ^ 

Car'à préi^Dt , comme autrefois , 
Je suif toujours au fond 4es boif. 
' ' CSrtJs 4 mé tmiter là ùè sérftie ^as fSiol^e ? 
Je feugase ,.leetéiir « k me oheroiMr •■ riltoi ' 
Tu me remis ald^s dans AstrBoaa« 
Dans Kœnisbetfg i dans Oriéans , 
Dans Pétenbfltar^, dadb lEUlisboaAe , 
Dans Samareaade \ dans "Liid^ftnttt ^ 
A Constanlinople , . Il Xw/àt « 
A Sarragosieet dans Fuis* 

V. B. (.d'Agen. > 

t LOGOORIPHE. 

Svtiiam eift^ ^eds je suis brîUant ; 
Areo quatre parfois bi^Uanti 
Bi^dnit à tTMs I paUTre et rongeanl ; 
A certain jeu « sui deux ^ manquaat , 
Et sur un seul lonjdurs Want 

Parler^nêm». 

CHARADE. 

Animal doux de sa nature 

£st mon premier , 
Il fait yolontiers sa pâture 

De mon dernier ; 
Les enfaDs aiment la lecture 

De mon entier. 

iïïi le même* 



ir: 



Mots de flSiswmE , au LooooHif n et âeîà Chaxadb 

insérés dans le dernier Numéro. 
lie mot àt l*Em'^e est Enigme. 

Celui du Logogriphe est Sort, dani lequel om irpure i w/^ a^«t«w 
Celui de la Charade est SaIhUrdî. 



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LITTÉRATURE ET BEAUXARTS. 

Choix i>'£i.6oes couiionnés par i.'Académib f&ai^çaise ^ 
composé des Éloges de Març-Aurèle , d'Ague^seau ^ 
Dugay-^Troum et De«caTte« ^ par Thomas ; de La Foiw . 
taine et Molière , par Chamfprt ; de Fénélqa, Racine 
et Catinat , par Laharpe j de 3HfKr » Fonteoelle et 
Montausier y par M. Garât,; et de Louii XII par 
M. Noël j procédé de VEssai $ur ies Eloges , par 
Thomas. — Deux forts vol. iii-8*^. — Prix , i5 fr, , et 
io fr. franc de port. -*- A Paris , chez J.-H. Chauf- 
merot, libr. , Palais-Roya) , galeries de bois » n^ 188^ 
et place Saint-André-des-Arcs, n^ 1 1. 

Csoix d'Eloges français les plus estimés , contenant : 
Essai sur les Eloges y. par Thomas ; Eloges de Marc^ 
Aurèle , de Descartes , de Duguay-Trouîn , par le 
mèbie àuttîur ; de Molière et de La Fontaine , par 
Chamfort ; da roi de Prusse , par Guîberl ; de Newton, 
de Tournefort , de Vauban , de Leibnîtz , de d'Ar-p 
geiison et du Cfear Pierre I, par Fontenelle; de Frank- 
lin , par Condorcet ; de Buffon, par Vic(f-d*Azir. — 
Sept vol. In-t8. — Prix , papier ftn , i3 ir. : papier 
ordinaire , 1 1 fr. — A Paris , chez ifRautet , libraire, 
nie de la Harpe , n* 80 , près le Collège de Justice. 

Nous parlerons d'abord du premier de ces Recueils. 

Comme entreprise de librairie > c*ëtait une idée assez 
heureuse que celle de réunir les di£Féretis éloges couron^ 
nés par rÀcadémie française , depuis l'époque où té 
corfM littéraire , si justement célèbre , ptfit le parti , povr 
relever k concours de ses prix d'éloquenoe , un peu 
tombé dans Topimon > de proposer Téloge des grands 
hommes aux orateurs qui ambitionnaisnt la palme aca^ 
démique. Avant d'entrer dans qiielqtiel détaiU sûr ceé 
éloge* et leurs autetm , nous aUôns tranëcrire l'a^é 
préliminaire de l'éditeur ^ et 7 joindre nos téflexloaa. 



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34iS MERCURE DE FRANCE, 

a On a cnTdevoir {^'référer à une dissiriatiott nocnnelle 
»..8»r les élogé^ , t'excellent cHivraôe de Thomas qui 
)K semble être la préface naturelle a un choix de celter 
» espèce. 

» Quoique les Eloges de La Fontaine e! de Molière , 
y> par ''Chamfort , ne fassent point partie/ des Eloges 
i( couronnés par Tancienne Académie française , et 
M quoique le bel Eloge de Marc-Aurële , par Thomas , 
» n* ait jamais condouru , on n'a point hésité à les placer 
n dans une collection qui , sans eux , ne serait pas com« 
» plëte. Leur mérite justifie celte adoption. 

j) Pour ne pas rendre ce recueil trop voluminem: , oa 
» y a seulement admis les pièces qui ont obtenu la palma 
» académique , et on ne s'est pas permis de juger celles 
» qui , moins heureuses, sont cependant aussi très* 
)» recommandables. Déjà il était assez difficile de bornes 
s> son choix entre les di^^ers ouvrages d'auteurs plusieurs 
» fois couronnés. » ; ) 

Il est malheureux que ces trois petits paragraphes , 
dont se compose cet avis préliminaire, et qui sont , 
f^vec le titre , tout ce que Téditeur a inséré de lui dans 
ces deux gros volumes , il est malheureux , dis-je , qu^ls 
soient si inexacts pour les faits , et si mal écrits. L*éd^ 
leur prétend que Téloge de Molière , par Chamfort , n^ 
fait point partie des Eloges couronnés par ^ancienne 
AcadénUe française. H se trompe ; lauteur de cet article 
se souvient très-^bien d'avoir , dans sa première jeunesse , 
assisté à la séance publique de TAcadémie française dans 
laquelle cet éloge fut couronné , et obtint les applauais» 
sepuens universels. L'éditeur ajoute que le bel éloge de 
Blarc-Aurèle , par Thomas , n*a jamais concouru ; cela 
n'est point encore assez exact. Il était assez difficile qne 
réloge de Marc-Aqrèle pût concourir, puisque TAcadé-» 
^lie n'a jamais proposé pour sujet du prix d'éloquence 
reloge de cet empereur t et c'est là ce qu'il fallait dire. 
Puisque Védili^ur , en faveur de Téloge de Marc-Aurèle / 
s'est mis au-dessus de la loi qu'il* s'était imposée k lui-* 
même , pourquoi n'a-t-il pas fait la même grâce à l'éloge 
de Voltaire par Laharpe , ouvri^e certainement bien 
digne de figurer à côté des éloges de Fénék>n, de Racine 



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AOUT i«iï. 347 

et de Catinaty et qui d'ailleurs n'avait |»u plus eoncoum 
pour le ptix d'éloquence de rAcadëmie française qvm 
reloge dp Marc Aurèle? L'éditeur dit que TEMai sur let 
éloges de 'i homas semble être ia préface nmittrelie d'un 
choix de ce genre. Il croit que cette phrase est Téqui- 
valent de ces mots , sem(>le être naturellement la préface; 
et il se trompe encore. Toutes ces fautes prouvent que 
Jes libraires devraient mieux choisir les interprètes d# > 
leur pensée , lorsqu'ils ont quelque avis à mettre à la tèt# 
des compilations qu'ils publient. 

Le public , qui s'ennuie beaucoup plus aisément qu'il 
ne s'amuse , se trouvait fatigué des sujets de prix que - 
l'Académie française proposait aux orateurs depuis plu# 
de soixante ans. C'étaient ou des sujets de la morale là 
plus commune , et par conséquent la plus insignifiante , 
ou des canevas de flatterie pour Louis XIV et pour 
Louis XV , que les conçûmes n'avaient plus qu'à rem*- 
plir ; et celui qui avait flatté, non pas k.mieuXy mais le 
pia#9 était indubitablement couronné. L'Académie fran- 
çaise» qui rougissait eUe-mème du rôle qu'elle jouait dans 
ces concours d'adulations , crut devoir changer de plan f 
et ne plus proposer aux orateurs dont elle voulait encou-^ 
rager l'éloquence que l'éloge des grands hommes avoués 
par la nation, et sur-tout par la postérité qu'on ne 
trompe jamais. Elle ne pouvait pas ouvrir ce nouvel' 
ordre de choses. par un sujet de prix plus intéressant à 
tous égards que par l'éloge de Sully. Alors s'élevait labo- 
rieusement dans .la poudre des classes de l'Université de 
Paris, où iloccupaitoine chaire de (fuatrième, un homme 
dont le talent avait peu de souplesse jet de facilité , mais 
qui suppléait à ce que la nature lui avait refusé par beau* 
coup d'application et de travail ; un homme qui savait 
réfléchijr et penser, et même assez instruit des sciences 
exactes , pour en transporter dans l'éloquence les mots 
techniques et les locutions , espèce d'abus et de défaut 
dont il ne se corrigea que fort tard , et qui donne son* 
vent à son style de la roideur , de la sécheresse et de 
l'obscurité. Cet homme était Thomas. Nous ne savons 

F as trop pourquoi l'éditeur n'a pas inséré dans son recueil 
éloge de Sully, par lequel Thomas ouvrit sa carrière , 



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34» MERCURE DE È!lANCE, 

qui fot très-fastêtftént couronné par VAcadëmie dans un 
eomcour^ brillant et nombreux , et qui , s'il offre les dé* 
fautsqu*ona depuis tant reprodiés à sonatHeur, n'en 
est pas m#ins remarquable par les beautés qui «ont ta 
caractère diatinctif de son talent, j'oserai même dire d6 
son génie, car Thomas cnarait. A cet éloge succédèrent 
eenxdu chancelier d'Aghesseau et ût Dugay-Trouin» qui 
fie sont pas inférieurs k Télége de SuUy. Enfin son talent 
ae déploya dans toute sa force lorsqu'il composa l'élogo 
de Descartes. Il fut pourtant obligé de partager , da 
hioini au jugement âêTAcadémie, ia palmé avecM. Gail- 
lard t mais dan^ la séance pubKque où le tlistoura èe 
ton ri^al fut lu tout entier, et le éien par fVagmens, Tho^ 
inas obtintune victoire complelte. Son discours ititcou^ 
vel't d*applaudiM€tmens , et celui de Gaillard peti ^oàtè. 
Les défauta même ordinaires à Thomas , qui sont Teia- 
gération et Tenflûre , lés Côtuparaisons tiféès des procé- 
dés des scieneas et des arts , et Tabus de leurs mots tech- 
niques , parurent moins déplacés que par-tout aHleors^ 
dans rétoge d'utt phik>so||)he qui avait inventé une phy«« 
siqui^ erronée, il e^t vrai, mais hardie et nouvelle, ek 
qui, par la haine qu« Woëtius lui avait v^ouée, etMea 
persécutions qu'il lui suscita, sehtbiait autorUèr son 
panégyriste k animer les formes de Téloquence démons*^ 
trative des mouvemens que Cicét'on s*est permis dans aea 
Catilinaires et ses Philippiques , et que Démosâiënes â 
déployés dans toutes s^s harangués, sans qp'on l'ait accusé 
lie tdusse chaleur et d*ènflure. Au reste, ces défauts no ^ 
»e firent plus remorquer , et disparurent même tous dans 
fexceUent éloge de Marc-Aurèl6 , auquel Thomas i 
donné une forme draitiatique qui semblé rendre présent 
il l'tBil, comme à la mémoire et à la pensée , ce bea^ 
règne de Marc-Aurèlé qui pour le bonheur des natbns 
fit asseoir la philosophie sur le trône de Tunivers. Totil 
le inonde admira cette péroraison , dont nous nous coor 
tenterons de citer la dernière partie et le récit qui la ter-i- 
mine. Il ne faut pas envier au (ecteur le plaisir de cher- 
cher et de trouvet , dans le discours même ; les autrei 
beautés du premier ordre dont il est rempli. On doit se 
souvenir que cesl te philosophe jépoUomus (pii parh^ 



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AOtJt i8l», 349 

, it O fiU de Maro-Aiirèto , pardonne ; je ftorle' du nom 
» des Dieux > au nom de ruoiver$ qui feat confié; je^ 
» pajrie foçit la. )H>i)bei:ir de^ b<>Mnes ei pour la tiem^ 
» Kon , tu pe^ai^i^ ]^0Àlit nxaienfibLQà^ufte gloire si puce i 
» je touche am teime di^ 9^ vie ; bM»tât )'iraî rejoindre 
n ton père, i^ tu doU être juste , puîaaé-îe.irîrre encbrer 
» assez pQur contempler les vertus! Si tutlsvaisunfjour»;.^ 
» Tou)-4-^pup Cowmode, qui était efi)hal»tde guéiriery 
ik agita ,8a UiM^e dupemiaûère terrible. TousksBomaîns' 
j» piUrent; ApolWnius fut frappé .dos malhcuos ^ui me^ 
a n^çaj^t Bome ; il ne put aiàMever : ce vénérable TÎeiU 
» lard se cactàa le yi^f^e. La pompe funèbre , * qui avait 
» été auapendue» i;epi^ sa marcbe. hd people suivit 
» constene^é et danf un profond sileace :.il venait d'ap-^ 
» prépare que Mavc-Aurèle élait'tout entier dam letôni''^ 
* bea^. A '« 

La trappe ^u !taltnt ei de i'esprit de Cheafort était 
toui*à-£arijt àifËk^siJt^ de celle de ThMiaa. Ce dernier 
«lâchait à fr:app^r k' pubHc.nar de grandes masaes / 
Chamfort tâchait de le surprenare par des aperçus fins et 
détiqaka. Ce que Fim creuset » aippbroE6adit£sait, l'autre 
Kéiefukiitea sHperfioii». X^ lumière cjue Thomas épan«^* 
cb^t ^ glanda fiots / ei dont il inondait pour ainsi dire 
£ame du lecteur^ Cbasafort semblait la disséminer/ 
et la disait briller |kar parcelles , comme elle étincelle 
dana an diamant taillé à facettes. Une chose asse^ eat* 
traordîoairo à remarquer » c*est que le moins bon-* 
homme des gens de lettres après Laharpe, et le poëte 
ooDÛque dont les comédies aient le moins fait rire , 
soit celui qui ait le mieux célébré La Fontaine et Mo- 
lière : car on ne peut nier que dans ces deux éloges 
il n'ait vaincu ce même Lâbarpe cpi'il eut pour concur* 
U^, €tt qui était un rude antagoniste. La raison de cette 
«ngulnrité ne serait-elle pas que Ton est en général peu 
frappé dans les autres des qualités qu'on possède soi« 
mAme, 0t qu^au contraîiTe on' saisit par un niouvement 
de iVdprit auasi îu$te que spontané ûtAt dont on sent 
^le l'on e>t dépourvu? Quoi qu'il ta. soit, nous allons 
citer HB morceau de l'éloge de Molière par Chamfort qui 
peat 4MnQr un exemple de la tournure que Tesprit de 



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35o MERCURE DE FRANCE , 

cet aotèor fâUtiit 'prendre à ses idées , et surtout dâ 
degré tie finesse qu'il :s*avait donner au trait satirique / 
lorsqu'il voulait le décocher de manière que celui qui 1« 
recevait ne pût ou n osât pas se plainfdre de la blessure. 

« Cest ce sentimtot des convenances , cette sôreté de 
n discernement qui a guidé Molière, lorsque mettant 
» sur la scène des vices odieux, comme ceux du Tartuffe 
D^ d'Haq[iagoA, c'est un homitie et non pas une femme 
Il qjïiX ofire à Tindignation pubHque. Serait-ce que les^ 
n grands vices ainsi que les grandes passions , fussent 
> réservés à nblire sexe, ou que la nécessité de haïr vnd 
M femme f&t un sentiment trop pénibte , et dût paraître 
t) contre nature? S*4l est ainsi , pourquoi malgré le pen- 
M chant naturel des deux sexBS, cette indulgence n'est- 
».eUe pas réciproque? C'^t que les femmes font cause 
» commune; c'est qu'elles sont liées par un esprit dé- 
ni corps, par une espèce de confédération tacite, qui, 
» comme les Ugues secrètes dans un état, prouve peut-' 
^ 1) être la faiblesse du parti qui se crOit obligé dy avoir 
M recours. » 

Je doute que les femmes , tout en né s^en plaignant 
pas pourtant, aient su beaucoup de gré à Chamfoff titr 
motif qu'il prêle à Molière , pour n'avoir pas pris parmi* 
ailles le modèle du Tartuffe et de rAvare? N'eût-il pas étér 
plus naturel et plus vrai de penser et 'de dire que si léi' 
poètes comiques cherchent et trouvent plutôt les héros* 
des vices , qu'ils livrent à la risée publique , chez les ' 
hommes que diex les femmes , c'est parce que les hoih-* 
me.s , même dans la société intérieure, ont une existenccT 
politique que ne peuvent jamais avoir les femmes , que; 
rinâuence des défauts de ces dernières est par coi^ié- 
quent moins dangereuse , et que quelques législateurs* 
ont été si persuada de cette vérité , que, dans letrr cofte* 
pénal , les femmes , à crime égal , sont moins sévèrement ^ 
punies que les hommes? ^ 

Le talent deLahaipe, dans les éloges oratoires', ' est" 
tout aussi différent de celui de Chamfort que de celui de 
Thomas. Il p'a ni autant de profondeur que Thomas « ni ' 
autant d'esprit , proprement dit , que Chamfort; mais il 
a plu3 de littérature que l'un et l'autre; et il est sor-tout 



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^^ AOUT i*i«.- ' 35i 

kiw plus nourri dé la substance des anciens. Le premiet 
de ses éloges , couronnés par TAcadémie française , 
(l'éloge de Charles V) est faible, et féditeur a bien fait 
de ne pas l'insérer dans ce recueil ; mais les trois éloges 
de FénéloQ ^ de Gitinat , et de Racine • sont des ouvragies 
exoeUens,-et le dernier sur-tout est. le chef d'oeuvre de 
pro«e d'un homme qui nen a guère fait qtie de très* 
bonne. Il parut , eu louant Fénélon , avoir hérité de ce 
4jrle enchanteur qui caractérise les ouvrages de fauteur 
du Télémaque. On fut étonné , lorsque l'on entendit 
l^Qge de Catinat , qu'un orateur naturellement étranger 
aux manœuvres de La guerre et à la tactique de cet art 
meurtrier , mais nécessaire , eût ti*acé avec tant de supé- 
riorité les plans de campagne du maréchal* de^Catinat, 
Qt décrit d'une manière si exacte et si animée ses batailles 
à jamais mémorables. Au reste, Fléchier avait déployé 
avant lui le même talent dans son Oraison funèbre de 
Turenne ; le génie de Torateur, quoiqu'il ne soit rien 
moins oue guerrier , doit , lorsque le sujet l'échauffé » 
s'identiner avec le génie de son héros. Laharpe était bien 
mieux dans son élément , lorsqu'en composant son éloge 
de Racine , il préluda avec tant de succès aux savantes^ 
théories de l'art tragique , qu*il développa ensuite , avec 
non moins de supériorité et plus d'étendue , dans son 
Cours de liUémture du Lycée ^ ouvrage qui , pour devenir, 
modèle , n'a besoin que d'un abréviatenr sage , et d'un 
continuateur qui achève le cercle qu'il a tracé , mais 
qull n^a pu finir. La manière de Laharpe , dans ses dis-» 
cours oratoires , n'est ni celle de Ciceron , ni celle de 
Cémosthènes : il n'a ni Fabondance fleurie de l'un, ni. 
l'entraînement irrésistible de fautre , mais il est sage , 
Bombreux , élégant et périodique , comme Isocrate , qui 
donna dans AQiènes des leçons d'éloquence^ de même 

Ïae Laharpe en donnait à Paris, lorsqu'il professait au 
ycée. On en peut juger par ce début de l'éloge de 
Bacine : 

« Quand Sophocle produisait sur la scène ceschefs- 
» d^œuvre qui ont survécu aux empires et résisté aux. 
»aiècles, la Grèce entière, assemblée dans Athènes, 
^ applaudissait à sa gloire. La voix d'un héraut le pro** 



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359 MERCURY D£, FRANGE, 

^ clamait vainqueur dans un ingénie atnid^Atttre ffàî 
M retentissait d'acclan^tiQns ; s^ tête était courôntiéQ âe- 
» laurier» « la v^e <)e pette in^qniibrabla multitude ; aon 
y^ nom et son triomphe , déposés d^na les annale» ae 
^ perpétuaient avec le^ de?tiné«s.der£tat, «ttosPbiâiai 
» et les Praxitède reproduisaient sei tra&ts sur raîrain et 
» le marbre , <le la mêi^e main d^nt ils élevaient des 
m statues aux PieM<- : 

* » Quand celte même Athènes voulait témoigner aa 
» reconnaissance à Forateur qui avait servi. ÏMàsA et 
» charmé ses concitoyens , elle décernait à Défflosthène» 
ii une couronne dbr ; et si quelque rivstl ou quelque 
» ennemi , usant du privilège de la liberté , réclamait 
>x Contre cet honneur^ les nations aocou raient de tbatee 
i> les. contrées de la Grèce , pour assister à ce combêt dee 
M talens contre Tenvie , et proclamer la victoil^ d'4in 
H grand homme. i> 

^ Ne croyet-vous pas entendre Isocrate prononçant le 
panégyrique du roi de Salamine , ou celui d'Artémise ? 
' M, Garât a pris une route toute différente de celle doses 
trois prédécesseurs. Ses éloges ont une forme moins ora* 
toîre. Il s'y permet beaucoup plus de digressions ; il y dis* 
serte même quelquefois ; mais caqu'ily perd en ornlment , 
il le regagne en force. Il pense beaucoup , et fait beau* 
coup penser son lecteur : ce qui est toujours un mérite 
rare. Deux morceaux se font sùr-tbùt remarquer dans 
l'éloge de Suger , c'est le portrait de saint Bernard qui est 
fait de main de maître , et le tableau des amours d*Hé- 
loîse et d'Abélard', où Tauteur, malgré Tausléritéde Son 
sujet et de son talent, a su, non pas sans contraste, 
mais au moins sans disparate , en^ployer des couleurs 
suaves, e^dcs teintes douces et délicates. Nous regret- 
tons ^e les bornes qui nous sont imposées, nous em- 
pêchent de citer ces deux morceaux , ainsi que plusieurs 
autres aussi marquans de son éloge de Fontenetle. Nous 
préférons d'en transcrire un de son éloge deMontau^er, 
s^sez court pour ne pas outre-passer nos limites , eC qui 
se distingue sur-tout par ce caractère de pensée qui 
n'abandonne jamais Tauteur. Il s'agit dans ce miorcçàu 



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AOUT i8ii; /^^45a|ï^_ 

âela place de gouverneur du Dauphin ^ à laquelle t^^K^^^ 
tes courtisans croyaient avoir des droits. *^ '^^ \ 'a^^w 

« Toute la cour est en mouvement pour obteni:^ , p^ip/ fV^^» 
» la faveur et par Tintrigue , une fonction qu'un s'bi^vè^''<^"^l^, 
n rain ne peut confier sans crime qu'à celui de ses su|et4 
» auquel il a reconnu le plus de lumières et de vertus, 
j) On dirait qu*il n'y a pas un courtisan qui ne soit capa-> 
n ble de former un roi^ Louis , frappé profondément de 
» l'importance du choix qu'il va faire , sent que peut>ètref 
» il va décider en ce moment de la destinée des généra-* 
» tions mêmes qui ne vivront pas sous son empire. Il 86 
» dit qu'une de ses erreurs peut rendre la postérité mal- 
n heureuse par les crimes de son fils. Mais, tandis que 
» l'intrigué s'agite encore autour de lui , le choix est fait 
» dans son cœur, et il garde lorig-tems ce secret, dont 
» sa conscience semble jouir comme d une bonne action 
» qu'on ignore. Il a vu près de son trône un homme qui 
ny a toujours fait entendre la vérité, dpnt le caractère 
n sévère et inflexible donne à la vertu tout l'empiref 
h qu'elle doit exercer; un homme que ses moeurs et l'envie 
M'^nt également convaincu d'être l'ennemi de la cour. 
» C'est cet homme que le monarque juge le plus propre 
» à fcmner un roi , c'est lui qu'il donne pour gouverneur 
ji à son fils, c'est Montausier : les courtisans sont con-* 
i> fondus, et la nation applaudit. » Une faudrait , pour, 
rendre ce morceau parfait , qu'y corriger un hiatus quo 
la chaleur de la composition aura sans doute caché à 
l'oreille délicate et sensible de M. Garât. 

Il serait injuste de décider quel rang M. Noël doit 
obtenir , comme orateur , parmi les lauréats de l'Aca- 
démie française, puisque Ce recueil ne nous offre de lui 
qu'un discours qui fut son début dans la carrière de 
l'éloquence ( l'éloge de Louis XII), et que peu de tems 
après , cette lice honorable fut fermée pour tout le monde, 
et ne s'est rouverte que lorsque d'autres ocïcupations 
empêchaient M. Noël de s'y signaler par d'autres triom- 
phes. Il nous parait qiïe les caractères distinctifs du 
talent de cet orateor sont une élégance facile , de \sL 
clarté et dé la méthode. On y remarque un mouvement 
très-heureux dans un morceau assez difficile à traiter y 



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iît MERCUHB DE ffEANCE, 

«H»â« t^^r W4 ifchoseà que Tâtitcttr ttfftîil à Aie f fae {)tf 
celles qu'il devait taire , ^t dana Ijequel îl s'eamise de nfî 
petnt siÀÎTte soa héros dans ses oon^néùss ù^utiueusBs , 
et de ne point le Justifier de les avoir eotrépriâes* «t^El 
>» voua ( peursiiît Torateur ) , généreux Français- > iear 
D ^ la ejkevalerie ^ nons célèbres et cbers à ta ttalmi i 
M LaPaliaae, Gaatoa, d'Aubigay, LaTrémouille^ Bag!«rd|^ 
» pardoonez ai je ne m an*èle pas an instant poot* )eWt 
M quelques fleurs sur la tombe des hères. Que ne poissa 
» fttarcber sur vos pas à Gènes , à Mîian , à Ravavnia ^ 
» dans les chaoïps d'Aignadel , et vous voir re«iptir 4» 
n votre gloire et marquer de votre aaii^ ce théâtre 
y( brillant de nos triomphes et de noa revers ! Maia 
» Lhistoire vous a payé depuis h)ng-tenia le tnlmt ^éhn 
n ges qui vous est dû : le ciseau de nos artistes noua a 
>» déjà reproduit quelques-uns de vos nobles rtvau>. 
>! et les hommages de la France voui attendent tosa 
^ dans le temple des talens et des vertus natiosalea^» 
Ce morceau , dont Téloquence est vive et animée , et 
«pie ne déparent ni Texagération , ni l'emphase d'itiie 
finisse chaleur , fait regretter que M. Noël ne noua ait 
jMs donné dans ce i^eueil plus d'occasions de rendre 
justice à son estimable talent. £it générai , cette édition 
eat soignée , et on y remarque peu de ces fautea typ<H 
'graj^iques qui défigurent tant d'autres recueâa. 

.: ïfM recueil que noua venons de faire eonnaStre avait 
été précédé par ui» autre ouvrage du môme genre, qui* 
%vai( paru p^ de meia auparavant chez d'Hau tel, libraire. 
Celui-ci n'est qu'un in- 18, mais il est composé de aept> 
M^lunaee;. et dana deux de ees volumes on trouve , cosoiva 
dana Tautre recueil , ï Essai sur les Elogesy par Thoanas. 

. Dansle recueil en sept volumes lédileur n'a: pomi eu 
la prétention de ne donner que les éloges couronnés i il 
y a )oint s^Assi des éloges d'auteurs anciens , lela aont^ 
ceux de Newton » de Tournefort , de Leibniti» etc. , par 
Font^âjeUe; et des éloges dont \es> auteurs n'ont cherché 
à concourir à aucun autre prix que celui de Testime pu>> 
IHique f tels sont les éloges de Franklin , par Gondorcet« 
de Ôuffoa, par Vicq-d'42ir- 



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Gè tSMUt itMl k pûTti Mt afee ^àùt Ce ilè é6iïï pûè 
!#* é\àgé9 èé^ltônfiéé ^*ôfl lil c/uél^tt^foii Hféé \t plue *è 
plaisir. Leé âdKeûr» y Ont frop éott^é à tt^i^dh- l^ut% 
^ht^fâ, à tfda?ét de ces idées htilïatkiéé, dé e^s aâlK 
ihêséft qiri àfr^èltehf le» ^(^taudisâéibèni deâ aûdit^ur^ 
dans lés séinteÈ académiqoes. Il est d'autres éloges pluA 
Mmf>)eftiènt écrits, qtri éonliennefit pluà dé foifâ, plu^ 
d'Idées jU^te* «t itdtes. Géux-ei fié août biwi yâ^é qa% 
Aûni )e silefidë du dabinet. 

St ié ^etaUt tèeùeii d'élègés éàt imprimé sflhi ^M 
de luxe , Tautre est plus complet , et c'est nn grand aviltl^ 
târgé. Le^éél déH çlent libraires aura un plus proitipt débit 
dé sàh édition II e-es( ce que nous ne saurions décidée ^ 
mais VxïAë et l'Aéré collections méritent dé troit?^ f\stùè 
dans te$ bôfïnés bibliothèi^ueîi. 



Ls Dentiste des Dames ; par Joôeph Le Maire , c&irûr- 
gien-denHste , reçu h la faculté de médecine de JPârisl 
— Vn vol. in-i8 , avec deux gravures. — Prix, i fr! 
5o c' , et 1 (v. franc de port. -^ A Paris , che£ Fou-^ 
cauk , rue, du Cloître-Saint-Benoît i n** n ; TAuteur \ 
quai de la Monnaie , n^ 3 ; Bêchez , quai des Augus- 
iïns'pJanet et Cotelle , rue Neuve-de^-Petits-Cliamps^ 
u? 17. ■ 

9t ta tiïftîtS n6us eût tt>us tratfés Céiiltfté )é éélèbt-è 
Abâ5stdlc^'Abdiil-8afnad , dont lés deti^ mâchoires tté^ 
taietit t^âduhe' côiti posée que d'une seule fiiëee, Fart dd 
dentiste se rédiiihtit à fort peu de chose. 

Mdlàf la hàfui'e' n'accordé pas ses fâVéUi^è I tottt le 
ttiôtltfé , et il faut être a\f moins de la famille des AbAs* 
Âde« pôttif tt'éfoir que déuk dents. Je ne satièéî Hérodote 
a'frtnSeAdd ii'a:ihu*ér k nos dépens , mais il m'aèsùfé cjuè 
ték <?ûfgdnés étaient traitées d'uhé àianièré éhcoré ^xtk 
êirôrtôritlt^é ; èllei ïi'avaiéiit pont- éUès tôutéèf qtt'uttê 
dèht' , <}uf éllé^^é prêtaient successi^emétit qtohd la f$ttt^ 
tatisie d^é rtèngèr leui^ venait. 

N<yu8 ^ottttîie^ , pour notrt malhetif , beaucédp plus 
tich« t^é Ità Gb/é^nes j el rtotis^^ért^dliSî deni^lé* KtbiAb^ 



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356 MERCURE DE FRANCE,^ 

deux denb qui ornent notre bouche, trente-deux source^ 
différentes de doUleur ! Que de larmes n'avons-nous pas 
à verser dan<) notre enfance, quand nos alvéole» s ou- 
vrent pour donner passage à ces trente-deux ossemens 
si importuns et si nécessaires ! Que de pleurs et de gé- 
missemens , quand ils tombent pour foire places à d au- 
tres ! A quel prix n'achetons-nous pas ces dents qu'on 
a décorées du beau nom de sagesse ! Et quels cris ne 
faisons-nous pas entendre , quand une maladie ou un 
accident imprévu nous forcent de recourir à la lime ou 
au fer du dentiste !. 

Au seul nom d*aiTacheur de dents , l'enfance , la jeu- 
nesse , tous les âges tremblent d'effroi. Le guerrier lui- 
n^ême, dont Taudace a bravé le feu de cent pièces d'artil- 
lerie , ne voit pas sans une sorte d'émotion le successeur 
de Garengeot armé de sa clef redoutable. Cest ainsi que 
la nature nous vend chèrement ses faveurs. Cependant 
tous nos maux ne sont pas son ouvrage. Nous travaillons 
fous les jours , nous-mêmes , à eu augmenter le nombre; 
et si ta boite de Pandore fût descendue vide parmi nous, 
nos préjugés, nos passions et notre ignorance se seraient 
hâtés de la remplir. 

Avant de publier le Dentiste des Dames, , M. Joseph 
Le Maire s'était pénétré de ces profondes considérations; 
car M. Le Maire n'est point un de ces opérateurs durs et 
impitoyables qui rient de nos douleurs ; il est également 
éclairé , sensible et poli. Deux beaux yeux en larmes 
soot un spectacle contre lequel la bonté de «on cœur ne 
saurait tenir ; et c'est pour les essuyer ou les prévenir 
qu'il a quitté le davier pour prendre la plume. 

Le beau sexe avait jusqu'à ce jour droit d'accoser 
l'indifférence des dentistes. Tous les arts lui avaient 
adressé leurs hommages. On avait ï Astronomie des 
l)ames , le Voyageur des Dames , le Médecin des Dames , 
le Prédicateur des Dames , la Rhétorique des D&noi-^ 
selles , etc. , mais le Dentiste des Dames manquait ahso^ 
lument ; il était réservé à M. Le Maire de réjparer ce tort^ 
et quel chevalier l'aurait fait avec autant de galanterie! 

M. Le Maire n'a rien épargné pour rendre soa tribut 
digne du sexe charmant auquel il est adr^sé. Format 



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AOUT 1811. 357 

Agréable et délîé, papier fin et choisi , caractères élé- 
gans, style paré de toutes les fleurs de la rhétorique , 
gravure, poésie, tout s'est réuni pour embellir ce joli 
recueil. A la lête de Touvrége, on voit une déesse (c'est 
la Volupté)*, la main appuyée sur un livre ( c>st le 
Dentiste des Dames) ; TAraour lui présente un miroir 
où ses charmes se répètent ; un autre Amour à genoux 
porte sur sa tête un plateau charge de petits pots d'opiat, 
et invite la Volupté à en faire usage. A la suite de cettç 
estampe , on lit les vers su i vans : 

Jetex les jeux sur cp miroir 
Que TOUS présente un Pieu dont vous portei lesariqei ; 

Si Tons oraîçoea de Toqj y Toir , 
Belles , rassurez^vous en copsultapt tos cbannes, 

Plus loin voyci ce Dieu malin ; 

Dans une plus humble poslpre , 

Il TOUS offre encor le mojen 
De soiTre les avis seipés dans la brochure 

Mise & propos sons Totre main, 
n T0U9 parle, écoatez , sur-tont daignez Ten crofa« 1 

11 ne fdut à la Volupté 
Que des lèpres de rose et qu*ua trône d*iToire ; 
Ce aVst qu'il la fraîcheur et <pi*à la propreté , 
Femmes , qnf Tons derez Téclal de Totre gloire. 
Ah ! dn moindre dégoût craignes les acoideiu « 

Vous qui charmez par an soBrire : 
L*homme Teut quelquefois qu'on ifd nwmtr^ les dents ^ 

Maïs ce n*est que pour le séduire, 

Cesl à la raus« de M. de Bury que nous devons ces 
vers. M. Le Maire parait s'en tenir aux honneurs de la 
prose ; mais pour relever par quelque mérite particulier 
la simplicité de son hommage , il a cru devoir y joindre 
son portrait gravé au physionotrace. Ainsi , du cdté des 

Îialités extérieures , il ne manque rien au Dentiste des 
âmes pour faire une fortune brillante dans le monde. 
Voyons s'il soutient ces avantages par les qualités in- 
férieures. Je trouve, en ouv^-ant le volume , un Avant- 
Propos dont la première phrase a besoin de connection} 
il s'agît d'une apostrophe au beau sexe : 

# Mesdames , en ne vous dédiant pas un de ces oor; 



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U9 MERCURE DE FRANCE, 

jLVTrages frivoles qui font pendant deux joqrs Vp^lifa^t 
)) d^ lioudoir», pui«-)e espérer de fixer un iaslant votr? 
» attention ^ et de captiver vos sufirages? » 

Il me semble que Tapteur n'a point dit ce qu'il voul^i^ 
4îre ; car il est évident qu'il veut dédieir son puvr^ge |iux 
Pam^# , et que par conséquent toute négation est ici 4f 
^op. Il ff ll<^it dpnc dire : u £n vous dédiant un pi^vrage 
>> qui n'a rien de coipimin avec ces livrer frivples y etc. » 

Mais on doit faire attention que IVf . Le M$ire est den- 
tiste et non point grammairien ; que ^op art ne s'exerce 
que sur la pureté de la bouche et non s^r la pureté de la 
langue. C'est donc une faute légère et très-exc\isable , 
qui ne saurait nuire au mérite de son ouvrage. Cest ici 
le cas de rappeler Taxiôme de Técole : Non agitur de 
verbis , sed de rébus : Il ne s* agit point de$ mois , mais des 
choses. Or les choses me paraissent très-bien traitées. 

L'auteur observe dabord qu'on n'attache pas assez 
d'importance à la conservation des dents , qu*il appelle 
le moulin de la vie. On a soin d'un bijou , on craint de 
déranger les rquQges d'une montre, et Ton ^ poifr dçs 
choses aussi précieuses que les dents ime insouciamie 
impardonnable. On se fait un kooReur ridicule de les 
compromettre tous les jours dans des jeux puérils et 
dangereux. On les emploie à broyer les corps les plus 
durs , à casser des noyaux de pêche. M. Le Maire a 
connu un jeune homme de vingt ans qui avait les plus 
belles dents , Hqni se cassa toutes celles de devant dans 
un pari insensé, fl S'était engagé à prendre une chaise 
entre s%% dents et k la ^eter par-dessus sa t^te. 

Un autre fit le pari de monter à upe fenêtre em se fai- 
sant élever avi moyen d'ui^ drap qu'il tiendrait, dans ses 
dents. Qu*arrivf-t-il? fîpn-seulement U perdit les qu^lr» 
incisives , mais il tomba 4^ l^ hauteur de la fçaêtre et se 
cassa les deu^iç o$ de la jambe. Que dire de ceux gui 
s'amusent ^ broyer des verres entre leurs dents ? M. 1^ 
Maire ne saurait penser ^ ces expériences sans un senti- 
ment de çplère : O servun\ peçi^s ! s'éçrie-t-ii ^veç qn» 
npble ii^igpation. 

Il est vrai que pes observations regardent, peu le beaii 
s£^9. Qi\ fte VPnUfiy gMè^*^ 4a Pi^ivç^ ^ui çasie^l ^es 



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AQ»W 4^ içèçlip avec Imni deiil«, im ipii tè ikssfiil 
monter en Tair suspendues à uo drap ; mais il est d'autres 
Iprts ^ui, sam âU-e aussi apparens, n'en sont pas moins 
pré)4idiC4^blei^ Un auteur espagnol a dit : M»^ vo/e cm 
^'dwÇe jfi^un di'<;nHfMi0 : êO^i^ vaut une <hnt (fu'un dia* 
m4ni. Qr > 1«$ Dames oot-ellf^s poar leurs dents le même 
«pifi que pour leurs diamans? Les jeuaes personnes sui* 
jfeui^\\%% les préceptes d'Ovide dans son Art tTaîmer? 
H Qve votre bouche soit toujours fraîche, que vos dents 
}> wqwii }>laii<ii9s et pures ; doîs*je vous recoHunander 
» d*«Btretenir Téelat de leur émail? n 
' A peine la nature développe-t-eile ches nous sa pre^ 
mière énergie , que nous devenons les tristes victimes 
4ei*igAorance, de la paresse ou d^s préjugés. Au moment 
de la dentition, des mères imprudentes, au lieu de con- 
sulter les hommes de lart , se livrent à mille pratiques 
tîdieules et chimériques, emploient mille reihëdes de 
iMiiuies-'femmes qqi attaquent la substance osseuse jus^ 
^eadans ses racines. 

- Dans les pensions rien n>st souvent plus négligé (}ue 
le traitement des dents. Les parcns se laissent séduire 
par le charlatanisme des prospectus , les charmes d'une 
belle localité, la déception des promesses, et leurs en- 
fans tombent entre les mains d^mstitutrices inhabiles ou 
merèènajres, de calculatrices avares, plus envieuses de 
profits sordide* que d'actions honnêtes. Aussi voit-on 
fous leà jours chez elles de jeunes personnes de qua- 
torre du seize ans qui dans une bouche céleste renfer- 
ment des dents hideuses. 

' Tellç iji'est point M*® de Chaban , institutrice , rue 
Saîûte-Gënévibve, près dé TEstrapafde. M. LeMaJre nou« 
raconte avec un touchant intérêt les «oins maternel» 
nq'elle prodigue à se^ jeunes élèyes. 
, ^ Ayec qiielle tendre cQmplaisançe , avec quel »fele , 
p avec qjuei courage , celte fepxme respectable nç se 
n montu-t-ellé pas dévouée au soulagement des )eupe* 
M persdimes qui sont sous sa bienfaisante direction! 
' n Lorsqu'il s'agît de quelque opération de la parfclu den- 
^> liste , c'est elle-même qui les détermine avec une bonté 



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d6o MERCURE DE FRANCE, 

)> rare, les encourage, leur tient la tète. NoUi la plus 
» tendre des mères, etc. » 

Mais les soins des institutrices ne suffisent point; il 
faut encore qu'elles sachent discerner le dentiste habile 
du charlatan adroit , qui s'en arroge le titre. « Qui le croi- 
» rait ! dit M. I<Maire, on a vu des chirurgiens pédicures 
» s'ériger en chirurgiens dentistes*, /raZ/^r ies gens de la 
yt tête aux pieds , et du même ifistrument couper un 
» durillon à votre orteil et dégager une dent de votre 
» bouche. » O étrange renversement de toutes choses ! 
quand on est témoin de ces désordres , quand on voit 
réunis sur le même tableau les noms de pédicure et de 
dentiste , ne se sent-on pas frappé de cet indigne .con* 
traste, et n*aimerait*on pas autant, dit M. Le Maire » 
lire sur une enseigne commune ? un tel parfumeur et 
vidangeur. 

Il est vrai qu'autrefois d'orgueilleux préjugés avaient 
tenu d^ns rabaissement l'honorable profession de den-^ 
tiste; mais aujourd'hui la saine philosophie a replacé cet 
^rt utile au rapg qu'il devait occu][)er, et maintenant oq 
voit des docteurs en médecine et en chirurgie ne pas dd* 
daigner de suspendre au-dessus de leur porte une en- 
seigne chargée de ces mots fraternels : un tel ^ docteur en 
Xnéc^ecine et chirurgien-dentiste. 

Je Qe saurais suivre M. Le Maire dans tout ce qu'il 
enseigne 4*utile pour U conservation des dents , leur en- 
tretien, leur remplacement; c'est dans ^9^vrage mênae 
q^u'il t'ant lire ce^ utiles considérations. Mais on ne sau- 
rait trop méditer les chapitres sur les dents artificielles, les 
cosmétiques^, les poudres dentifrices, les boissons, froides 
pu chaudes, les coiffures à la Titus, et syr-tgut la légèreté 
^es vêtemens. 

Par-tout on aperçoit un arlisJe z^Ié, nn fUnateyr en- 
thousiaste du beau sexe , qui gémit sur les torts de cette 
fiimable portion de l'humanité, et cherche à les prévenir 
çu à les réparer, Un ^m\ si nqbte ne mërite-t-il pas d'être 



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AOUT 1812. 3ffï 

î 
mt^^/^^^^^^^^^^ ^ww%i^'%»%^>^«'^^'^ »i%'W%^^»%^^^^^^^ 

liOisiRS CHikMilTRKS , OU Recueil de poésies Jbgititfes; 
par M"*® D« Manbjbiot , née Sahîte-Croix. — Un vol, 
in-8**. — A Lyon , chez Rolland , imprimeur-libraire , ^ 
me du Pérat, n^'ai. 

M™* DÉ Mawpfxot vivant dans la douce solitude des 
champs que le Bhône et la Saône arrosent de leurs eaux 
vivifiantes , dans la paix de ces rians paysages , de ces 
sites enchanteurs qui varient à chaque pas aux environs 
de Lyon ; pleine d'enthousiasme pour les beautés de la 
nature , et douée d'un cœur profondément sensible » a 
coinposé des idylles gracieuses , des élégies non passion-» 
nées , mais sentimentales , ce qui est beaucoup plus 
convenant pour une femme bien née , et diverses pièces 
fugitives qui font honneur à son cœur ainsi qu'à son 
esprit. Elle a réuni ces divers opuscules en un volume 
qu'elle donne au public, avec la timidité qui sied si biea 
au talent et à son sexe. Un recueil de ce genre ne peut 
s^analyser : il. suffit de donner une idée des pièces qui la 
composent. 

On trouve peu de grands vers dans ce recueil : un 
Hommage à la nature , une Epitre à M* de Château^ 
triant , un morceau sur V Emploi du tems , un autre sur 
le Bonheur de [homme des champs, um Mymne an soleil f 
et quelques petites pièces , voilà tout ce qu'il y a en vers 
alexandrins et en style soutenu. 

Un très-grand nombre d'idylles et de fbgitives adres* 
$ées à des parens et à des amis de l'auteur, à M. de Flo- 
rian et à quelques autres poètes , des élégies sur la mort 
de l'époux et du père de M^^de Mandelot, remplissent le 
reste du volume. 

Pour faire connaîtra la manière d'écrire deTauteuf ; 
pous (Moisirons cette petite pièce. 

£L£6IE* 

#*al pevdo tout espoir èê paix ot d» bonlioar; 
X^'époux qno j*acloirài| ne voit pbii la lami^ , 
Et du séjour dies morts la ténébreuse horreur, 
Autov clf moi j l'étfttd SUT b siture 9ati^c«4 



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4«» MERCURE DE FRANCE, 

J^cotendi , je Tois par-tout Tami a«e f ai perdu ; 
n erre tristemeot à Tombre de ces hêtres ; 
^oa nom ai*e$|f répété par les échos chai|ip||rf| , 
Et nourrit la douleur dans mon cœur éperdu. 

Lorsque Tkeufeuk berger , sur sa flûte légère , 
Annonce le retour de Flore et du prfaiteffis ; 
H mç rappelle ^ hé|as ! ^u't^ne voix bien plus otij^rf 
Se plut à célébrer les doux loisir^ des cb^ps 1 
Des Muses autrefois il emprunta la lyre 
Pour chanter la naturç et ses douces fayeurs: 
H aimait les plaisirs que soûlent les pasteurs 
Et ce calme enehauleur que la retraite inspire. . . . 
I. liais je soupire en vain dlmitileâ regrets! 

En vain de ladres pleurs inondent ma panpîibre! 
Et la mort iiii^sible k ma trlsto prière 
• Aux Toeox d« ramiiié ne le rendra jamais. 

Je pourrais reprocher àTauteur plusietirs négligences 
et plqsteurâ rëpétilions j mais je n*en ai pas le covirage, 
éi je craindrais de manquer au;t convenances en traitant 
avec une excessive sévérité les vers d'une femme qui les 
à si bien observées. Je crois qu^un livre est estimable 
lorsqq'il peut être lu avec plaisir malgré quelques négli- 
gences de stj'lè, que l'auteur peut aisément faire dispa- 
raître dans une nouvelle éditipn. M. 



lA RENONCIATION, 

eu LA f LOS BELLE PERSONNE DE BERLIH. 



Prés ^e innst HiiHe éen s , Charles ., disait le riche 
d!Ahler à sop fils , c'est cependant un« be)lê aomni», et J* 
t'tnouf qi» j'ui pfine k me déaider k reft«Bcer k cet kéri- 
lage. Nous sommes déjà aaiez ricfcea , nw.flli»?-ttt, a( ort 
accroissement de fortune n'ajouterait rien à notre bonbeur; 
je conviens de ces deux vérifës , mais cela vaut au moios 
la peine d'y réPé<4ris^ H de na p«a s'exposer à un rtpenlir 
^rdif en rejetait ^w»i h bie» qu# t>i^« nous qpvoie. 
Penses-y bien , OMift fiis. 

Non , mon p^re , rçpppdi» vi,viS90At Ifieu^o lM>Wn« j )^ 



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AOUT 181^. »fi9 

çuîs bîep sur ^e n'éprouver J9initi9 «wcpfl I37gif«t U-det^i^t 
Grades h vos bontés , j'ai pl\)s d'^gept qp^ je pç pui« «H 
dépenser , et.... 

Oui , oui , je Je sais bien ^ lui dit 90Q pire ; t» p'ns pu^ 
le goût de Ifi dépep^e, )f ^^is plwlôt obligé 4e t'e;KUie|' là-; 
dessus que de te releiMjr ; j'4iïppW5 <W IW io fi3sea bop:? 
peur de notre licfcejJ^e , plulôjt que fji eppjoyex top «rgei^t 
secrètement, en boppes ijeuvre^ , il est yr^i, paw qiMl» 
sait ? Tu ressembles i feue ip» fpèjre ; eUe était dan^ sa 
maisop un modèle d'ordre , d'écQppmie , p'aipaail point 
1^ ln;i^e , «e s'accordait aucppe f^ntftisie, e| i9on seul plaiw 
çtait de donner 4 ceu:i qui ep «iV9iep| besoin } 53 boprso 
était ouverte d tous pe$ eipi^ et à tops les malheureux. 
M»i3 pour ce plaisir naêipe IVbopdfipçe de biep ne pui( 
pas , et plus on a , mon fils.... 

Et moins on doppe * «joiMa Cbarieaep «PHniipi. l!9V^ez- 
vous pas remarqué souvept^ ipop père# .que Tejicès den 
richesses endurcit le ccpiir 7 op e^l alor^ fii loin du papyro 
gu'op pe pense plus 9^ i«? be»oip5 , eï IV^/cp (rquve doPt 
çn ne se doutait pas ; voilé ?pr-tout le riwue que jje ne 
yeux pas coqrir; si , ep eflet , com«i^ yopale dite^, j ai le 
bonjjeiu- de ressembler k ma bonne gr«P(F-Pïèr« , je n^ 
veuj pas ê|re plus ri^be qu'eUe , de peur d'eJtérejc celle 
ressemblance. 

, Tu l'es déjà beaucoup plus ^ répondit M» à\JihU}i avep 
VP 9ir de satisfaction. l(o# grand père poiPQiepça noUq 
foriupe , mop père U dopbte 9 moi ie Tw triplée j tu es 
ipon seul ippfent , et si tu i?ontîpue^ à vivre cjp^pipe tu Je 
fai^ , tu ne dépenseras pe» la moitié de po$ revenus : aipsi, 
fais comme tp youdrw pour cet hérita|re , '^^ te Tab^n- 
4onpe 9 sopge pepepdsnt qpe tu P« serai? peut-étrç pas si 
indjlférept sur le cbapjire de la fortune si tes ^dispositions 
yepaiept k changer ?pr un autre article^ comme tu sais 
ape je l'îji sQuvept désiré- -r- Su^r quel article , mon père ^ 
4enpapd? le jeune boipme avec emparr^s 7 

Eb vraiment! cela pe s'eplepd-il pa^ dP soi-ip^iae . sur 
celui du paariage | tu sais combien tp pie ferais plaisir d'y 
pepser : mai» tu parai» avoir pris tpA p^rti de vwre el de 
ipourir célibataire. 

Je vous assure , pijop père , répondit Charles eu ^Quçi*: 
rant , que, quelle qu'ait été ma conduite > cpt égard , je n ai 
pri« aucune réfplutipp définitive. -»- Tu aurais eu çrapd 
tort , mop gbi. Une fbmme vajpe et peu sensible t avaii 
séduit par sa beauté , elle t'a abandonne pour pn rival qui 



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364 MERCURE DE FRANCE, 

lui promeltaTt une existence plus brillante. Quaffe années 
^e sont écoulées dès-lors j est-ce un motif suffisant pour 
renoncer à un autre établissement? Songe que tu appro- 
ches de ta trentième année, et que moi-même.... Mnis îe 
ne te presse plus sur ce sujet , et fais ce que lu voudras de 
ces vingt mille écus ^ je ne te demande qu une seule chose. 
n y a long-tems que tu as envie de voir Berlin, vas-y 
passer quelques mois ; tu te mettras au fait de ce qui cota- 
cerne cet héritage , tu t'informeras si les autres parens mé- 
ritent ce que nous voulons faire pour eux : je ne les con-* 
nais pas du tout , h peine même de nom i d'après ce que 
tu en apprendras sur les lieux , tu prendras le parti que 
tu voudras j c'est à toi que cet héritage devait revenir , je 
te laisse le maître d'en disposer dès-à-présent ; mais je veux 
qu'il soit bien placé. 

Le jeune d'Ahler était bien décidé à céder cet héritage à 
ces' parens inconnus , qu'ils le méritassent ou non, si aail*^ 
leurs ils en avaient besoin , et il avait parfaitement raisoa^ 
liC cousin éloigné dont il venait d'hériter, était comme la 
plupart des riches qui ne reconnaissent pour leurs'parens 
que ceux qui peuvent leur faire honneur , ou par leur for-, 
tune, ou par la considération dont ils jouissent , et laissent 
de côté ceux qui sont pauvres et dont on ne parle pas. 
Retiré des affaires depuis plusieurs années , aimant peu le 
monde et la société , il avait passé les derniers tems de sa 
vie dans une terre éloignée de Berlin , allait rarement dana^ 
cette ville et sans y voir personne ^ il avait absolument perdui 
de vue quelques parens qui vivaient ignorés dans cette grande 
ville , qui ne le connaissaient pas et n'avaient pas osé se 
rapprocher de lui. La pauvreté est presque toujours tiniide 
et craint d'être importune ^ mais il se rappelait fort biei^ 
d'avoir rencontré dans sa jeunesse un cousin qu'on appelait 
déjà alors le riche d'Ahlèr • il n'avait conservé aucune rela- 
tion avec ce parent , qui vivait k trente milles de Berlin ^ 
mais il savait qu'il avait un fils. Il faut , pensa-t-il , que 
ce jeune homme soit aussi appelé comme son père, le riche 
d^Ahler , et que ma fortune reste intacte entre ses mains , 
et ne se divise pas entre tous ceux qui pourraient y avoip 
droit et qui seraient alors à leur aise , et rien de plus } au 
Beu que si je fais héritier ce jeune homme , et que sa for- 
tuné paternelle et U mienne se réunissent , il pourra tenir 
un rang de prince , et cela fera honneur à ma mémoire. 
£n conséquence, il nomma MS(* d'Ahier^ père e< ^;4e3( 
légataires universeU, 



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AOUT 1811. Î65 

Quelquefois les pareus d'un homme riche ne se décou-^ 
Vrenf qu'après sa mort , et c'est ce qui arriva cette fois. 
A peine le vieux M. d'Ahler eut fermé les yeux que ses 
parens de Berlin se présentèrent pour recueinir sa succès* 
sion ; ils tenaient à lui du côté maternel , aucun ne portait 
le môme nom ; ils aur.aient hérité par la loi s*il n y avait 
pas eu de testament , mais il s'en trouva un en. faveur du 
riche cousin d'Abler qui les frustrait de toute espérance. Us 
firent écbter leur plaintes, etThéritier reçut à-la-fois la nou« 
velle de celte succession et celle des murmures des neveux 
déshérités. Le jeune et généreux d'Abler témoigna tout de 
suite II son père son désir qu'une fortune sur laquelle il 
n'avait jamais compté, et qui leur arrivait accompagnée des 
soupirs et des larmes de gens qui en avaient plus besoin 
qu'eux , ne fût pas réunie à celle qu'ils possédaient déjà, et 
suivît sa destination naturelle. Le père alléguait l'intention 
du testateur , et le respect pour les dernières volontés d'un 
homme bien lihre de disposer de ce qu'il avait acquis 3^ lo 
jeune homme répondait que si son vieux parent avait pu 
savoir le peu de cas que son héritier faisait de cette richesse , 
il se serait bien gardé de la lui laisser. Le père résista ; le 
fils insista : ils résolurent enfin de s'en rapporter à l'avis 
d'un ami qui avait la plus grande influence sur l'esprit de 
M. d'Ahler. C'était un homine plein de sens , de droiture 



et d'esprit ) complètement de l'avis du fils , il employa 
pour persuader le père l'arme toute puissante de la vanité, 

3u'il savait l'emporter chez lui sur l'avarice \ il lui parla 
u prod^ieux effet que cette renonciation ferait dans le 
monde 5 il lui dit qu'on le distinguerait désormais sous le 
titre du généreux aAhler , et sut ainsi adroitement tirer 
parti d'un défaut pour faire une bonne action. Et qu'on 
dise encore que l'esprit n'est bon à rien \ la vanité ootint 
ce qui avait été refusé à la justice et même à la faiblesse 

Satemelle. Le jeune Charles d'Abler partit donc pour ' 
•erlin , et ce voyage qu'il désirait de taire depuis long- 
tems l'occupa plus G[u'un héritage dont il faisait te sacrifice 
avec plaisir. Il avait dans cette ville deux amis de collège ^ 
qui tous les deux étaient devenus des hommes intéressons ); 
ils étaient mariés et vivaient heureux et considérés au sein 
de leur famille. H soupira d'abord en se rappelant que 
sans l'inconstance de la seule femme qu'il eût aimée il 
jouirait du même bonheui'; mais il était si bien guéri de 
son amour , que sa seconde pensée fi^t de se féliciter d'être 
libre encore et de pouvoir jouir à son aise des plaisirs de 



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m MERCURE ÈÉ ÈKaNCE, 

&6ïïé i)riRatité catntàb. Ses dbdx Mnt VMTùûmixtéûl otiex 
lés t^etftoiïDeide letti* coûoihiaàtv. Vhùsph^hté et le sotia^ 
tritîté fécbAùttftâ d«» B&rlillôist , b^ <ybj(ffs iilfétes^aùs qu'où 
lui Êiiiait Voir fôûâ leà j6ufâr, rétàtifti acl5t Étth et aax scied^ 
téi , toot' dofltiflir à Sûû actii^Ité" Uti itidii^méitt dont elle 
à^ait {^da Thabitudë » e( ^aitiitiait i^i f^cuUës eDjtourdiéâ 
pkT fa tic itioooTOde qu'il al^it ttkeùéé depuis plusieuré 
artn^eâ : il tëttoUirû teite cftdéUt" , teUt vivacité de l'igé 
<k^iogt atïa di]^ii atâit-souvèût iWrtîiréte. 

t\ ëu fit r^j^i'etiVe un joUi" qti'II s& pi-ottenaif at^ec seà 
AevLt akidis èaf lé WiKielràsplaia ) il reiharqlta de Ibiii uûé 
jeutlè ]»ei^sdilàé, Miisè itiodé&tèrïiéfat , qui Veùait de leuf 
^.ôrë , ^ 4ili lui ^itfat d'âme Ûgan ctitaTtuaâte^ elle 8*ap-i 

1)i-bcflâit , et tforà pbft , et itf démàrcfre , et éé^ tfaits éncliao- 
^rotit ChaHeif : cbdqtié môuvemtnârf dëf elobàait tiué ^râcë 
tie {)lu» , strfl éoùttlioû allait eu cmiftsaut. £tté pas^ à eôté 
d'elle; ou «e salua ; léà yeui^ de la Ikelle peraobné reUedti- 
fl^fetlt tGûx ^1 jéuti^ boixirtie ) tetpte^ïoû qu'elle y rettial-- 
^Ua lui Ûi baià^ef lès siehs , ef tiue doude rougèor Vem-^ 
ballit edcore. Oui e^-e11e 7 6bnHtiéUr se uouirae U {)l(ié 
Belle peréoutte de BetHo ? deManda-t-il viVettletit à uu dé 
è^h atiiis. «^ CTe^ beaucoup dire , lui fépondtt celui-d , lit 
})thâf belle persouue dd Berliu!.. elle e^t ttèfé-belle cepetfdaùf, 
et je ^uis étonné âé ue Tavoih pas etK^ore tenbdurrée f il 
fbut que cé soit wntê étrangèffe. lyAhlei» h èUitrrf âeifeûà 
au^^i Idtig-témy qtt'il put la voir. d(^ atiié le plaisamaiétit 
«6UWû( SVLT /a ptus befte pérshHht dé Bhtin. (Juandleé 
âèntSmeus oM encore quelque chos^.de vaglié, ils pfeââéiit 
àfs^tteui la iéinte de ce qui les etiTôute ; H rëpoUdait 
pilthem ûut (irlàîsàtiténes qu'on lui fai^it int la belle iii-^ 
CnUà>tie , mais dès qu'il était seUl , iei àikposiïldtih dét^^ 
ifdiébt diffërt&dres ; c'était avec uilè espèce db aeli^taéiil âé 
èd*uf qu'il se Wppekit cette déllcîeUfire fifei:hre , trti^er^atit M 
Wilheirfisplaie comtiie une apparitibu céleste. Il la Voyidt 
ioUjtiut-s s*a|)prochef , passer ât OÀlë de lui, b^iaéerf ii^t 
Jreujc eu rOugi*sadt , puiè s'éloigûter et di^frtaîTre. Il'flaa^aii 
des heures ewrièfre* à la firtiétfe de atSù auberge ; àon coéuf 
battait dès qu'il vojrait de loin UUé féiûtbe qtd poûfàJt 
âVoif quelque rapport avét 'Celle qui l'oCcUpait , et il ètf 
dé^ôurUîiii les yeux iristemëut loraqu'én ta Voyant de plui 
|>tès il diétiùguâi< une autre figo/é qnie cette qu'il appëbdl 
itiiéiietitetlDerit , non àeuleitietit la p[i\i b^Ile pérâotlAë d# 
Bèrtin y mais duf moudb entier. Chacun se Fornie ufle idê# 
dé' {^ërfecttoii OQ dt fronheur auqud il d^sife ^MéiàM 



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î 



AOUT >8ta. . 38^ 

s^uB la mbÎDdrb ^ërdâëe (ïf pâfVénfr : t'è^t là be que 
Charles éprouvait: ce4M penèt^^ je £r6 la i'etetTai plus, 
revenait sans c«ase ^ mtlte setiÂattoto» ttisttrà et Vdgoëé à'em* 
pAraieht de son tmegîii^ftcFa : il èe fdnbàît (hitî^ Sa téîe ùii 
■^ittieaR monde Ahàê leque) fi d^vAît feotôittl^t e^lfë <ioi2t 
l'image Tavait si vivement frappé, q^'il ne pouvait Toii- 
blser, et que tous ëèé plaièirè en étaient tfoUÎrléi. 

Dès la seconde semaine de èoti ^éjoth- àBtfriiti, il eut tsN 
miné ce qui regardait Thétitàgé : auétlnie deà |)ersûi]tiéS 
qu'il consulta à ee sujet lie eon naissait partictilièfemenf 
tesqoaire familles que cette suecîessioii intéressait aunûêtne 
deglé; mais d*apfèe les renseignement qtt^il obtitit, il (>u( 
cependant i'atsut^r qn'elleè ëtaieiif tontes trètf-pauvres , 
Boais honnêtes et taherieuses , et que cette fbi^tthié partagée 
entr^eUes les metirdil dacrs uti état d*aisaiicé 6t diâ bonheur. 
Seua de cesparefis étaient de petits marchands en détail, 
ni pourraient étendre leur eomitrerce. L'autre, une Veuve 
le pastenr, dont le fils pleiti d'eSpéfanee , s'enttetenait 
arec peine à Tuniversifë en donnant des leçons f ^a mère 
loi envoyait de teitis en tems quelques faibles secours, |>ro- 
duits de son travail et de celui de sa fille. Le qnairièihé ëtaif 
maître d'ëeo le dans un village àtec six ëcus par inoiâ d*ho- 
soraires , et avait huit enfans k taourrir. Les trois pères dé 
fiimille et ta venve se présentèrent an premier mot d^avis 
ehtz^le jeune d'Ahler , avec le désir et la modèle espérance 
d'en obtenir quelques faibles secours ; il fut vivement tou- 
ché de ^expression d'honn6leté et de vérité avec laquelle 
lia kn exp€»sètent leur situation ^ mais lorsqu'il lenr atmonça 

Îaa aan mtenfien était de leur rendre en etrtiët- lliéritage 
e levr parent, ils se regardèrent les uns les autres d'un 
air éfOB*é , et comme croyant avoir mal coitipris. tJn des 
mardiands eut mùtne ées dontes sur fétat de la té^fe et de 
la raison de Charles ; l'antre Crut qu'il vonlârt se moquer 
d'eudt et àb leurs inutiles prétentions , tant lès hëtiliërs de 
ce genre sont rares t tnaiâ Ibrstjue Charbs avec un air dé 
digUité calme et téfiéeble leur eut dévetoppré ses lAofifs èf 
disjsifié leurs doifti^s", il eu résulta une scétrè dé ^eUtifnètii 
et de reconnaissance qui fit couler ses la;:mes ; il était hon- 
ttnoi idnrs de n'avo4t lait que suivre les lois de la justice tt 
de sa conacienee, et d^ atoir atissi peu de mérite. Dés 
sanglots , des lèvfea tremblantes , àéa^ Màiu^ joint^é , déa 
yeux élevés au ciel , des mots entrecoupée , deir^iardlés saû$ 
mké , des bénédictions mille et mille f 019 répétées fùtéiK 
pauf 1^ jeune homihe* le spectacle hr plus toucbant.- t*à 



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366 MERCURE DE FRANCE , 

veuve éiBit tombëe à genoux , ddb pas devant d'Alikr i 
elle oubliait tout ce qui l'entourait y et les mains jointes 
élevées an ciel , elle adressait des actions de grâce à celui 
qui a soin des veuves et des orphelins ^ le maître d'école 
tout en larmes récitait des psaumes et des passages de Ui 
Bible. 

Dès le lendemain le jeune et généreux héritier confirma 
la renonciation devant la justice } il ne conserva que quel- 
ques livres de la bibliothèque du défunt , et laissa les neu-r 
reux parens partager entr'cux tout Théritage. 

La situation d'ame où se trouvait Charles après avoir' 
terminé cette aQaire, s'accordait fort bien avec sa pensée 
habituelle, l'inconnue de Wilhelmsplate } il s'en occupait att 
milieu des so/ciétés les plus brillantes , et lorsque ses ami» 
le raillaient sur la plus belle personne de Berlin f il les assu-r 
rait très-sérieusement qu'il pensait encore de même) et en 
dépit de la galanterie , il le ait même devant leurs femmes f 
qm auraient pu avoir quelque prétention à ce titre. On 
conçoit que le npm d'Ahler était en vénération chez les 
heureux héritiers, il était leur ange tutélaire. Un des né- 
gocians lui demanda de mettre le comble à ses bontés , en 
acceptant une collation chez lui. M. d'Ahler qui avait pri»" 
véritablement de l'affection pour ces bonnes geos , accepta 
de bien bon cœur cette invitation , où il trouva une réunion 
de famille. Rien ne fut épargné pour lui prouver leur re^ 
connaissance^ ils paraissaient en avoir autant de la faveur 

3u'il leur accordait par sa compagnie que de ses bienfaits y 
s en étaient flattés , honorés 5 Te respect fut le premier 
sentiment qu'on lui témoigna. Quel que soit le sentiment 
qu'on éprouve pour un bienfaiteur , et lors même que lea- 
cœurs volent au-devant de lui , il y a cependant toujour». 
une espèce de réserve, de crainte, qu'un nomme si indif- 
férent pour les biens qu'on estime, ne le soit aussi pour 
les sentimens qu'il inspire , et pour tous les objets qui nou»^ 
occupent et nous intéressent, he» âmes les plus nobles ne 
sont pas toujours celles qu'on comprend le mieux , et il est 
aisé aux âmes ordinaires de se tromper aur les motifs qui 
les font agir. 

Les hôtes de Charles d'Ahler virent bientôt que leur 
bienfaiteur était aussi leur ami } son ton simple et sana 
prétention , l'intérêt , la chaleur avec laquelle il s'occupait 
de tout ce qui les concernait , çli^^ip^i'^Dt bientôt la réserve 
et la cérémonie ^il ne perdit rien de leur vonér|ition , mai» 
il s'y joignit un sentimentplus àpux} on suivait ses regard». 



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AOUT i8i»; -> 36g 

. on était attentif it la moindre de ses pafoles ; on cberc 
à prévenir ses dëêirs, à les deviner. H demanda un 
d'eau à l'aîné des enfans de son hôte } l'en faut fut 
^orté de plaisir de lui rendre ce léger service , et se 
tait à ses frères. D'Afaler s'enttetint amicalement av 
ce qui composait cette réunion de tout ce qui les 
sait j il les écoutait avec attention, et leur demande 
éclaircissemens sur le 'degré de parenté qu'il y avait en 
eux, et parut apprendre avec joie qu'ils étaient plus rap 
proches Qu'il ne l'avait cru. Il leur fit des questio 




Ï>rocbés quiine lavait cru. il leur lit des questions sur 
eurs projets , leur donna d'excellens conseils , et leur dit 
Îu'il eapérait qu'à Tavenirils ne lui seraient plus étrangers. 
Is regrettèrent de n'avoir pas osé amener tous leurs enfans, 
même les plus jeunes , pour les lui présenter :1e maître 
d'école lui dit que , s'il avait pu imaginer qu'il aimât les 
tnfans autant qu'il le paraissait , il lui aurait amené trois 
petits garçons qui déclinaient à merveille , et trois filles 
qui savaient une quantité de fables. — Mais cela peut se 
réparer, dit le frère de l'hôte qui régalait , et si M. a'Ahler 
veut nous faire l'honneur et le plaisir de dîner demain chez 
moi , il connaîtra tous les individus grands et petits d'une 
famille qui lui est h jamais dévouée. Au moment où Charles 
acceptait cette invitation , la porte de la chambre s'ouvre : 
une. jeune personne entre avec précipitation , un grand 
chapeau de paille la cachait h demi : elle salue d'une incli- 
nation de tête toute la compagnie , puis s*avance vers 
d'Afaler d'un air à-la-fois animé e( modeste. C'est ma fille , 
c'est ma Sophie , disait la veuve : c'est ma nièce , disait 
l'hôte. Charles n'entendait rien , il était au ciel, c'était la 
pius belle personne de Berlin j son inconnue de Wilhelms- 
plate. Elle avait pris les mains du jeune homme , et les ser- 
rait doucement aans les siennes. Oh ! Monsieur, lui disait- 
elle avec ^expression la plus touchante, vous avez séché 
bien des larmes, vous avez fait bien des heureux; le ciel 
vous bénira ! et moi.... toute ma vie.... Mon frère, mon 
bon Frédérich.... grâce à vous , il vivra près de nous... que 
ne vous dois-je pas !.... Ses larmes alors coulèrent en abon- 
dance et arrêtèrent sa voix. Elle essuya ses jeux , ils se 
fixèrent sur d'Ahler , elle eut l'air alors de retrouver dans 
sa mémoire les traces d'un souvenir , de se rappeler des 
traits qui ne lui étaient pas inconnus. Mais qui peindra 
les transports du jeune homme 7 Dans l'excès de sa sur- 
prise et de son émotion il ne pouvait articuler un seul mot; 
c'était elle, il ne pouvait s'y méprendre , et son troubla 

Aa 



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3:o MERCUTIE DE FRANCE, 



aiigmontah à diaqite instant. Il put enfiii recouvrer U pa- 
role et lui dire combien il était heureux d'avoir pu obliger 
une personne qui lui avait fait une impression ineDacabre ^ 
il lui rappela leur rencontre h WUheluisplale. Ah ! oui, 
dit-elle en rougissant» c'est donc là; je savais bien cjueje 
vous avais déjà vu quelque part, cl j'eus, je crois, le pres- 
sentiment de tout le bonheur que vous avez répfLodu sur 
nous. Le lendemain je partis pour passer quelque tema 
.auprès d'une amie qui m'ext bien c^ère , et que vous avez 
aussi rendue bien neureuse. Ma mère nous écrivit son 
lonheur , et que son Frédérich ne s*éloignerait pas; il de- 
yait aller remplir une place d'instituteur, qui le séparait 
!de nous pendant bien des années; h présent il restera , et 
mon amie deviendra ma sœur; jugez, Monsieur, de ma 
joie. Je voulus revenir d'abord partager aussi celle de 
jnamau ; je viens d'arriver; j'ai su qu'elle était ici avec 
notre bienfaiteur ,. je sui» accounie, et... et... Je vous ai 
bientôt reconnu pour celui que j'avais rencontré et à qui 
.j'avais trouvé Fair si bon , si sensible , et mon bonheur en 
.a augmenté. 

Celui de Charles était k son comble ; cette aimable (ran- 
.cliise, cette naïveté ajoutait mille charmes à la plus belle 
^personne de Berlin. L'efTet qu'elle prodqisitsur lui n'échappa 
h aucun Ags spectateurs ; ce bon jeune homme n'avait 
jamais su cacher ce qui se passait dans son cœur , pas môme 
à celte qui y était la plus intéressée, et qui en éprouvait 
rautant de son côté. Le tems s'écoulait sans que personne 
s'en aperçût ; il était minuit lorsqu'on se sépara , avec la 
j)romessc de se revoir le lendemain. Sophie dormit peu 
, cette nuit-là, une douce inquiétude chassa le sommeil d« 
.tes paupières. Ce n'était pas ainsi qu'elle s'était représenté 
.l'excellent parent qui leur faisait un tel sacrifice; en appre- 
tnant qu'elle n'était plus pauvre , elle n'avait pu s'empêcbor 
de penser au charmant étranger qu'elle avait rencontré , et 
^e se dire que si elle devait un |our se marier, elle vou- 
drait que son époux eût cette tournure et cette pbjaio- 
oiomie : elle le pensait encore , mais elle ajoutait à présent , 
et aussi qu'il eût te cœur et l'esprit de mon cousin. 

A peine fut-il jour le lendemain que d'Ahler cournt chex 
^•s deux amis pour leur faire part de sa découverte, et h 
^peine. était-il midi qu'il vola chez le négociant qui l'avait 
invité : il y trouva sus antres parent avec tous leurs enfans; 
le maitre a école tout fier de lui en présenter huit, et la 
veuve sa belle Sophie , embellie encore par le sentiment 



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I 



AOUT i«i3. Î71 

3ul Famintît. Ica heures aVoouUrenl «vet I# mémo rapi* 
Ué que la veille. Il eu est de rameiir comme d'un besti 
prûiterosy il e&t difficile de dëtermioer le momept pj^eif 
où il cominence et dé le suivre dans lous ses progoès > 
cbaque printems a un caractère et des Buano's qui lut^oBl 
particulières ; leur dcveloppemeni ne se fait pas seolir pei^t 
dant qu'il j'opère ^ raais lorsqu'il e^ttermiué , un bouton 
fermé le matin est ouvert à midi , et cependant l'oèil ne saisit 

i'amais l'instai^ précis où Ip bouton s^ouvre. {^'admiration , 
'amitié , l'intérêt deviennent de i'amour sans qu'on puisse 
indiquer l'instant où ce cbADgemept a lieu : celui de Charles . 
s'avançait, croissait sans quil sût lui-même comment. La 
même çbofe se passait dans le cçeu|r de Sophie ^ ils surent 
l'uu et Tautre qu'ils s'aimaient passionnément; sans s'être 
aperçu c)u ^lomcQt où ils l'avaient senti. 

Les amij ie d'Ahler approuvèrent son choix lorsqu'il^ 
connurent l'aimable personne qui en était l'objet ; et un 
^ois n'était pas écoulé depuis son départ de la maison àf 
son père, lorsqu'il lui demanda son consentement pour 1^ 
plus douce des unions. Le printems et l'amour passeUt ra* 
rement sans orages ; le vieux d'Ahler désirait beaucoup 

fue son fils se mariât) cependant il eut bien des objections 
faire, et sur la fortune et sur le rang Il fallut le t£* 

ipoignage dej» ^niis de Charles ^ l'un d'eux était neveu du 
premier minisire, et par conséquent il avait une grand^î 
influence sur l'esprit au vieillard, dont le faible in ait la 
vanité. Enfin, ildonaasop cooseptea^ol , parc^ qu^on lui 
assura au'il serait très-flatteur pour lui d'être \ç beau-père . 
de /a pius beffe pèYsonne de Beriin. 

Les deux mois £xés pour le séjour de Charles dans cetl« 
yjKe n'étaient pas finis , lorsqu'il amena dans la maison 
paternelle sa belle et jeujae épouse et i|,a bonne mère. Le 
vi«ux d'Ahler vint quelques n;iilles au-devant d'pi^) la vue 
de Sophie .^i^.sJ^pa au preroier 4Xioineqt tout i;(3 qui pouvait 
lui rester de scrupules , et peu de jours après , il dit à soa 
fils en lui seVrant la main : L'héritage auquel DOfUf avons 
renoncé nous a valu un trésor. 

Celait en effet un trésor ! si les années lui ont faitper^ 
dre de sou ««lat , il â iQUVOiUs coaseiyé #op pqx. Le père / 
témoin du bonheur 4e pas enfans rajeunissait to^is W jours } 
il regardait (ièrement autour d^ lui lorsqu'il donnait le bra^ 
è ii belle-fille , et il semblait dire à tous ceux qu'il ren- 
contrait : poilà la plus belle femme de Berlin, et elle est 
ma fille. . ' 

Aa % 



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3j% MERCURE DE FRANGE; 

tie friia de Sophie ëpousa son amie , et viat s*AabUr. 
daBs la même ville que d'Abler , pour ne paa se séparer 
-de sa inère et de sa sœur. Il n'existe pas deux couples et 
deui grand-pères et grând-mères plus heureux, et c'est 
•ttx vertus désintéresses de Charles d'Ahler qu'ils durent 
leur bonheur. 

Imitée de Stabub par lajLBxixi ds MoxTOiilnT^ . 
VARIÉTÉS. 

SvECtJLCVEB. — Théâtre Français . '^'Le niardi l8 août» 
le sieur Desmousseaux a débuté à ce théâtre par le rôle de 
Tancrède , dans la tragédie de ce nom. Ce jeune homme, 
qui , sans avoir une belle fi^re , a beaucoup de jeu et d'ex* 

I>ression dans la physionomie , nous parait posséder toutes 
es dispositions nécessaires pour devenir un jour un grand 
acteur. Son organe est aussi sensible que sonore , et se d^ 
velopperait même avec plus d'avantage , si quelquefois il 
ne précipitait .pas un peu trop sa diction. Ce qui fait voir 
qii'u ne copie personne , c'est que ce n'est pas toujours dans 
les^beaux vers les plus connus du rôle de Tancrède » atqi^ 
sont attendus des spectateurs , qu'il a produit le plus d'effet. 
Sans doute il a très-bien dit : 

n fVn présentera , gsrdes-vout cl*ea dgMter. 

Biais il a fait valoir les détails qui suivept , avec une grand» 
intelligence et beaucoup de sensibilité , et les larmes ont 
coulé de tous les yeux lorsqu'il a ajouté: 

Non pas pour votre fille , 
Elle est loin d*y prétendre et de le mériter « 
Mail pour Thonneur sacré de sa noble fiimiUe 

n n*a point déclamé avec jactance ces vers , oui, bien loin 
d'être l'expression de l'orgueil, sont le cri ae la douleur 
•tda désespoir: 

Povr non nom , je le tais , et tel est mon dessein , 
Mais, je te rapprendrai les armes à la main. 

Et dans son entrevue avec Aménaïde , au quatrième acfe^ 
la nunière d»nt il a dit , 

Virai hemeiisef et moi je rais oheroher laaertf 



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AOUT i8ia. 373 

fesftît pressentir d'avance que Tancrède ae snnrîrrair pas 
à Taâreuse certitude qu'il croit a<voir acquise de Tiofid^itë 
de sa maîtresse. Malgré les justes éloges que nous dooUoos 
au laleot de cet acteur, nous Tinvitons à ne pas se croire 
parfait. Cet amour-propre , que sans doute il n'a poiiit, est 
un ébueil dangereux , o«r plus d'un talent s'est bi:isé.i:L^inex- 

térienct du théâtre, et la timidité naturelle Viùà Jeune 
omme qui monte pour la première fois sur la> fcène , [ni 
•nt 6té 1 à-plomb qui est nécessaire , sur-tout dans le rôle 
de Tancrède , et qu'à force de )ouer la tragédie M. Des* 
mousseaux acquerra sans doute. Il n^est jamais gencbe , 
mais il est quelquefois embarrassé. Il faut que ces très* 
légers défauts disparaissent, et que sur-tout il n'oublie 

1*amais les leçons ae la très*bonne école d'où il sort , et à 
aquelle il fait déjà beaucoup d'homieur. 

Au Théâtre de flmpéraèrice , dit de VOdéen, on doit 
Teprésenfer bientôt un drame historique en trois actes et 
en vers , intitulé : Hélotte et Ahélard. On dit que , dans 
ttX ouvrage , l'auteur a évité avec beaucoup de bonheiir 
les écueils du sujet. Le rôle d'Héloïse sera sans doute trèe^ 
ftvoiable au développement du beau laleat de li'^Delia* 



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POLITIQUE. 

Dmtis r^poque où noua itods annoncé qoe k traité de 
bêix évec la Bnasie n'avait pas été ratifié par 8a Hanlessie , 
li né s'est élevé aucun doute sur cet objet important. L'ani«- 
baisadeur anglaiâ , M. Liston , n'a pas obtenu la facnllé de 
résider il Fera, et le bâtiment qui le portait n'a pas étéadmia 
Il passer le détroit des Dardanelles. Cet edvové habite una 
inaisota de camparne voisine de Conslatilinople. Le grand- 
seigneur a défendu à set ministres d*avoir avec lui , ainM 
qu'avec M. dltalinski , aucune communication diploma- 
liqne. M. le général Andréossi , ambassadeur de France, 
% éti arriver le l3 juillet k Constantinople. 

On a reçu des nouvelles de l'Amérique méridionale jos- 

3 d'au SI mai. La guerre continuait entre Mon te- Video et 
ttenos-Ajres; le Férou paraissait déterminé à embrasser 
la cause de l'indépendance ; une junte était prête à se réu- 
nir à Lima, où une insurrection avait éclaté; l'armée du 
Brésil était toujours sur le territoire de Monte-Video comme 
alliée; mais le prince relent avait quitté Rio-Janeiro, où il 
paraît qu'uue conspiration avait menacé ses jours. 

L'Amérique a déclaré la guerre h l'Angleterre ; les actes 
d'hostilités ont commencé , mais déjà rAn|çleterre recon- 
naissant ce qu'elle a à perdre dans un tel différent , prend 
des mesures tendantes à éviter le plus possible les effets 
de. la cessation de toute relation avec l'Amérique. 

U Alfred annonce qu'on accordera des licences aux vais- 
seaux neutres chargés de provisions et venant des Etats- 
Unis pour entrer dans les ports de Cadix et de Lisbonne, 
soit que la cargaison appartienne à un Américain ou à un 
autre. 

Cette mesure du goavemenfként , ajoute ce journal /a fait 
une vive sensation ; elle a paru un aveu de l'imminence de 
DOS besoins et de notre défaut de ressources ; on y voit 
clairement dans quel embarras jette le minis ère la dé- 
claration de guerre si imprévue rendue contre nous par 
les Américains ; mais nos ennemis en tireront une bien 
aiUre conséquence et y surprendront un aveu non n^oins 
important , celui de ce principe que nous sommas désoj- 



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MERCURE DE FRANCE , AOUT j.8ia. 37$ 

mais forces à ne pas distinguer l'armateur dç la roarcban* 
dise, à lie pas'saistr celle-K;i parce qu'elle appartient à tel 
ou tel armateut; et qu'enfin la force des choses nous con- 
duira' i^conaaîlre'^lr^ ie ptJpillon coupre la-marchandise ^ 
priilctpe que nous avons nié avec obstination tant que cela 
nous a été possible, et dont la reconnaissance est l'objet 
essentiel et fondamental des demandes delà France. 

wEo cons<^qnence de la déclaration de guerre de la p?irt 
des Etats'^Unis, dit fe Statesman , et de la réunioil d^ 
forces- militaires considérables sur les principaux points de 
]a rivière d^udson , évidemment desHnëes pour 1 invasion 
du Canada, 8ir Georges Prévost avait mis en mouvement 
les forces régulières sous ses ordres , et avait ordonné quç 
fous les hommes non mariés, depuis 18 jusqu'à 3o ans, 
appartenant anx difTérens bataillons de milice , fussent di- 
rigée sur le quartier-général à la Pointe aux Trembles. Les 
volontaires qui s'étaient ennMés h la première apparence 
des hostilités avec l'Amérique , avaienjt également.reçu Tpr- , 
dre de marcher. Les voltigeurs canadiens , copimandés pac 
te capitaine Perrault , s'étaient embarqués pour Longueil , 
se rendant au fort Chambly. 

M Outre les ports par eux établis sur la lign^ du Canada , 
fes- Américains avaient rassemblé une armée à Albanie 
M. Madisson a dA la passer en revue au commencement 
de juillet. On croit qu immédiatement après celte revue , 
Ibs Américains se porteront en avant pour commencer les 
opérations offensives. Les habitans de la frontière se reti- 
rent en toute hâte ; on croit les Indiens du nord disposés 
favorablement pour les Anglais , mais il n'en est rien , et 
nous redoutons aujourd'hui leurs hostilités. 

^vOnditqueM. Forster,en apprenant la déclaration de 
guerre des Etats-Unis , notifia officiellement à M. Monroë 
que la nécessité seule pourrait engager la Grande-Bretagne 
Il agir offiiosivement , et que , dans l'espoir que les points 
en htige entre les deux gouvernemens pourraient encore 
s'arranger, les commandans anglais s'abstiendraient de 
toute hostilité à moins qu'ils ne fussent attaqués. Sans 
doute la guerre avec l'Amérique serait un grand mal ; mais 
depuis quand l'Angleterre répond-elle donc à des déclara- 
.tiens de guerre par de tels ménagemens? Bn les portant 
aussi loin , oe doonctus-nons pas a notre ennemi le secret 
de notre faiblesse , et ne Taotorisons-Dous pas à répéter , 
ainsi qu'il le fait sans cesse , que notre position a chang;é et 
que le tems de notre suprématie maritime n'est plus? 



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376 MERCURE DE FRANCE, 

9» Mais une lettre de liiverpool , en date du 6 de ce mois, 
donne une nouvelle qui rend inutiles les ménagemens 
de M. Eorster. Cette lettre porte que les hostilités aont 
commencées sur les frontières du Canada, et qu'en con- 
séquence de rapproche de 7000 Américains toutes les 
troupes régulières avaient reçu l'ordre de se porter en av«nt. 
Les Américains s'occupaient à construire des fourneaux , à 
rougir des boulets sur tous les points de la côte, n 

Quoi Qu'il en soit , on ne peut tarder à connaître l'issue 
de celte importante coplestation ; en effet, dit encore YAl^' 
jfred, le navire qui portait les dépêches relativement À la 
révocation des ordres du conseil, a été rencontré par le 46* 
degré de latitude , et le 44* de longitude , le J2 du moi» 
passé. Il pouvait en conséquence arriver sur la côte d'Amé- 
rique le 17 , et nous saurons vers te iS de ce mois quel 
effet la révocation aura produit sur le gouvernement améri- 
cain. 

Il y a des personnes qui pensent que le président des 
Etats-Unis n'a pas encore délivré de lettres de marque 
contre nous , et Von a appuyé cette opinion sur ce quejes 
nouvelles de rAmérique-Septentrionale ne disent pas un 
root à ce sujet ^ comme il est de la nature.de tels ordres 
d'éire tenus secrets, nous tirons de ce silenee une consé* 
quence toute opposée. 

Les papiers anglais donnent aussi sur la situation des 
affaires dans l'Espagne méridionale des détails peu satis» 
faisans pour leur cause. 

«On ne peut s'empêcher de remarquer, disent-ils, avec 
quelle énergie les Français se maintiennent sur les divers 
points de U péninsule qu'ils occupent : leur résistance ne 
s'accorde guères avec 1 attente excitée par les prétendus 
succès publiés par les gazettes espagnoles et portugaises. 
Suchet est resté constamment tranquille possesseur de Va- 
lence ; par suite de la manœuvre habile dé Levai , Dallas* 
teros se trouve dans la situation la pluscriliaue , et Cadix , 
qui recèle dans sqs murs une armée peut-être supérieure 
en nombre à celle des assiégeans , éprouve tous les jours 
les horreurs d'un bombardement. Parmi le grand nombre 
d'objets attribués à l'expédition de Sicile , est le dégagement 
de Cadix, mais ce but sera encore manqué par le défaut 
de célérité et d'ensemble. Ls situation passive daas laquelle 
on relient les forces nombreuses enfermées dans cette 
place , ne font honneur ai i la prévoyance ni à la vigueur 
du gouvernement» » 



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AOUT i8ia. 377 

Voici rcxttail d'une lellre de Téhéran (Perse), dalëe 
du i^'.mars 1812. 

M Nous venons de recevoir en ce moment la nouvelle 
d'une victoire remportée par les Persans 9nr les Russes. 
L'armée persane était commandée par des ofliciers anglais. 
Le roi , son ^isir , et toute sa cour sont presque fous de 
joie. Une telle victoiie serait en Europe' considérée comme 
une baealelle; mais ici rien de pareil n'ayant eu lieu jus- 
qu'à présent, on regarde cet événement comme très-rêmar- 
quable. Les Russes ont eu 35o hommes tués , et 5oo faits 
prisonniers. 

n Celle glorieuse victoire. a été remporlée par environ 
9000 Persans , dont une centaine a mordu la poussière.» 

Nos officiers , dit le Journal anglais qui cite celte lettre , 
ajoutent qu'ils sont très-bien traités , bien bourrés de pillau^ 
de confitures, de melons ^ qii'im d'eux, Gore Ousely , « 
été créé par le roi chevalier de l'Ordre du Soleil. Les Russes 
seront un peu surpris de nous trouver en Perse , dirigeant 
leurs ennemis,, tandis qu'en Europe nous les excitons à 
coraballre pour nos intérêts. Les distances expliquent tout, 
et c'est de très-bonne foi que nos officiers , loin de prévoir 
le changement qui a eu lieu dans nos relations politiques, 
dirigent contre uoi^ alliés les forces de l'Empire persan; 
pour peu qu'ils continuent, ils serviront beaucoup mieux 
Napoléon que la politique actuelle de l'Angleterre. 

Nous avons dit , dans le dernier N® , que le maréchal duc 
de Ragnse était campé sur le Duero , en face de l'armée 
anglaise, et que tout annonçait un prochain engagenvent; 
le Moniteur vient de pnl>lier une note sur cet événement 
qui a eu lieu le 22. Voici cette note : 

««L'armée de Portugal , commandée par S. Exe. M. le 
maréchal duc de Ragnse , se trouvait ^ à l'époque du 14 
juillet, campée sur le Duero , en présence de l'armée an- 
glaise; le duc de Raguse passa ce flouvo le 16, à Torde- 
silias , en présence de l'ennemi ; et après plu<>ieurs combats , 
dans lesquels les Français eurent toujours nii avantage 
marqué, l'ennemi fut successivement replié jusqu'auprès 
de Salamanqiie, où les deux armées se trouvèrent on pré- 
sence le 22. La canonnade était engagée de part et d'autre > 
et le maréchal duc de Raguse , décidé h livrer bataille , 
ëlail occupé h faire ses dernières dispositions, lorsqu'il (ut 
atteint par un boulet creux qui lui fracassa le bras droit et 
lui fit deox blessures au côté droit. Cet accident l'obligea 



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378 MERCURE DE FRANCE, 

de c{ui(lerlo ehamp de bataille. Od eai sans inquiétude sur 
ses |ours. 

» Le gëDëral de division Clauzel prit le commandement 
au moment où le combat s'engageait ^ il continua pendant 
plusieurs heures avec le plus grand acharnement. H s'est 
fait des prodiges de valeur et plusieurs actions dignes du 
nom français. Toutefois Taccident arrivé au maréchal duc 
de Ragiise avait dès l'abord déterminé te général Clauzel 
i se retirer sur la droite de la Termes. Après des succès 
balancés , il repassa celte rivière h Alba et laissa une de ses 
divisions pour en couvrirlepont jusqu'au lendemainà n^idi. 
La retraite eut lieu sans être inquiétée par l'ennemi, dont 
k perte a été très-considérable. L'armée française continua 
sa marche le 23 juillet par Penaranda; eHey fut snrvi* par 
la cavalerie anglaise. Notre arrière-garde la combattît avec 
avantage , la força de se retirer à toute bride , et lui fit perdra 
beaucoup de monde. L'armée poursuivit sa marche sans que 
Fennenri ait fait d'autre tentative , et elle est venue re- 

Sendre son ancienne positioa à Tordesillas et derrière le 

Ces DCxnreHes eut été apportées au mini9t^*e de. la guerre 
par M. Fabvier, aide-d«-«amp de M. le duc de Raguee, 
qui a été envoyé par S. Exe. le ministre de la guerre au 
qns^rtier-générai de rEmporeitr. 

En attendant des détails «(Bciels plus étendus sur celte- 
affaire , .«ti la fortune a été contraire au maréchal duc de 
RaffQse,. au moment où toutes ses dispositions et les pre- 
mières actions assuraient d'nne manière si brillante la gloir» 
de ses armes , des lettres particulières de l'armée peuveft^ 
^tre citées. Elles s'accordent à dire que l'armée anglaisai 
paraissait certaine de sa défaite,, lorsqu'un hasard fimesle 
a privé la nôtre de son chef, et n'a pas permis de saivre 
les opérations qu'il avait combinées , avec l'ensemble » 
Funite et la précision nécessaires. Nous n'avons pas profité 
de nos premiers avantages , nous avons repris la position 
que nous avions quittée pour attaquer. Les Anglais n'cnst 
eu que l'avantage d'une défense qu'ils doivent à un mal- 
heur que les hasards de la guerre réservent trop souvent au 
plus brave comme au plus habile. Les pertes de l'araaée 
anglaise ont été considérables. Parmi ses morts on compte, 
fe général Cotton , quic(^mmandait la cavalerie , le général 
Cowle, le général Attari; le maréchal Beresford , 1 un < 



généraux anglais les plus estimés, rété emporté mourant do 
> de bataille. Depuis l'arrivée de l'armée sur leDuero, 



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AOUT i8i«. 370 

rà êllé à reprk sa posltioti sans «Toir perdu d'irtîl^ie ^ 
elle a reçu d^j Nord et de Madrid de» renforts considéra- 
bles , qui sVtèveot À tin âonibre d'hommes de beaucoup 
supérieur à celui qu'elle comptait à la journée du 22. 

^ Yoict la suite dés Bulletins de la Orande-Arméa. 
lo* BULUxar nm la g^uitb^jieméb. 

Witepik ; la 3i Juillet 1812. 

UEmperent de ftassis et le grahcl-duc Constantin ontqnktérarm^ 
et se s^ûAt reodas dans la capitale. Le 17 , Tannée russe a quitté 1« 
camp retranché de Drissa , et s'est portée sur Polotsk et Witepsk. 
L'armée russe qui était à Drissa consistait en cinq corps d*armée « 
cliacnn de deux ditisions et de quatre dirisions de cavalerie. Vu 
corps d'armée , celui du prince Vittgenstein , est resté pour couvrir 
Pélersbourgj les quatre autres corps , arrivés le 24 à Vvilepsk , ont 
passé sur la rive gâuchtf de la Duina. Le corps d'Os'termann , aveo 
une partie de la cavalerie de la garde , s*est mu en niarcUe le aS à la 
pointe du jour , et s'est ^orté sur Ostrovno. 

COMBAT n'OSTROTHO. 

^ Le 25 juillet « le général Nansentj avec les divisloiu Bmj^re et 
Saiot-Oennain , et le 8« régiment d'infanterie légère , se reocootra 
•vee rennemi à deat ligues en avant d'Ostrovoo. Le .combat s'en» 
gagea. Diverses charges de cavalerie eurent lieu. Toutes fuceut hto- 
raâee aua Français. La cavalerie léghre se couvrit de gloire. Le roi 
de Naples cite , comme s'étant fait remarquer « la brigade Pire 4 
eoaposée du 8« de hussards et du i6« de chasseurs. La cavalerie 
russe , dont partie appartenait à la garde , fbt euttmtée. Les batteries 
i]ue l'enneitii dressa contre notre cavalerie furent ealéf ées« L'infiin- 
terie russe , qui s'avança pour soutenir sou artillerie 4 fut rempae et 
•ahiéepar notre eayalerie lég&re. 

Le a6 , Je viee^oi marchant eu tète jdes colonnes s vee la dîvisioa 
DeUoQ , un combat opiniâtre d'avant-garde de i5 il 20*000 hommes 
s'e^agea à une lieue au-delà d'Ostrovno. Les Russes furent chassés 
de position en position. Les bois furent enlevés à la baïonatietle. 

M rot de Nuples el le trice-^roi citent areo éloges les généraux 
bai^n DeUoA * Huard et Rovssèl ; le 8« d'inibirterie légère T las 84* 
et 92* régimens de ligne , et lé t*' régioBeat croates se sout fait 
remerqaer» 

Le général Roussel « brave soldat « après s'ètfe troavé toute la 
jauraée à la tête des bataillons , lé soir à dix henres visiMat les avant- 
postes , un édaireur le prit, pour ennemi ^ fit feu et la balle hii fra^ 
cassa là titane. Il était cnérité de mourir trosS heures ^ao tét sur le 
eham^ de bataille de la main de l'ennaim. 

Le «9|^ . è la pointe du fOur , le viee«roi £t déboucher ea tète la 
Bivklan Breusster. Le 18» régiment d'infenterie légère et la brigsde 
de cavalerie légère du baron de Pire , tournèrent par la droite. La 
divTii^i Bronssrer passa pèr le grand efaemin et fit réparer un petit 
^bI cp» l'etioemi arait détcaât. Aa sobîi Isvaat f oa aperçât l'ar^ 



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36o MERCURE DE FRANCE, 

rifcre*gard# ennêniie , forte de zo,ooo bommet àe erralerie écbe- 
lonn^e dant la phine ; la drpite appuyée k la Dum», et la gavelM à 



un boU garni d iufaoterie et d'artillerie. Jjt général comte Brouasier 
prit position sur onc éminance arec le 59* régiment , en attendant 
^ve toute M division e^t passé le défilé. Deox compagiiios de Tolt^ 
geurs araient pris les derans , seules ; elles loogètent la rire du*O e » v a< 
marrhant sur eette énorme masse de earalerie qui fit nn motiTMcet 
en mw mt et epreloppa «es 200 hommes que Tea omt perdos et oef 
devaient l'être. Il en fut autrement , ils se réunirent aree le ptis 
grand sang-froid , et restèrent pendant une heure entière investis de 
tous côtés ; ayant jeté par terre plus de 3oo cavaliers ennemis- • cas 
deux compaguies donnèrent à la earalexie française le tMBt di 
déboucb«'r. 

Lo division Delf on fila sur la droite. Le roi de Naples dirigea Tat- 
taqiW du bois et des batteries ennemies } en moins d*uoe heure toatei 
les po&iilons de Tenoemi furent emportées et il fut rejeté dans b 
plaine , au-delà d*mie petite rivière qui se jeté dans la Diiina soos 
Vitepsk. L'armée prit position sur les bords de cette rivière , h ana 
lieue de la ville. 

LVoiiemi luoofra dans la plaine x5ooe hommes de eaTidefiesl 
60.000 boiuiues d'infanterie. On espérait une bataille pour le l e a da' 
main. Les Russes se tantaientde vouloir la livrer. L'Bmoereinr pasM 
le reste du jour à reconnaître le champ de bataille et b faire âea di^ 
positions pour le lendemain ; mais 1 la pointe du joar Tankiée jM» 
avait battu en retraite dans toutes les direetiona, se ^endaal^silr 
Snioleusk. 

L*Emperenr étak sur une hauteur , tout près des soo Tokioran* 
qui , seals en plaine , avaient attaqué la droite de la caralene aa> 
nemie. Frappé dr leur belle eonteuance , il envoya demander de 

3uel corps ils étaient. Us répondirent t Da 9* et Us trois quarts ém^mt 
« Parié I — Dites-leur, dttTEmpereur , quê a* soal </# hrap9i §êêi»^ 
Ils méritent tous la crois ! 

Les résultats des trois combats d*Ostrovno sont : 10 pîèeet dt- 
eanon russes attelées , prises, les oanonoiers sabrés ; ao caissensda 
munitions; i.Soo prisonniers; 5 ou 6.000 Eusses tués oa blesséi. 
Notre perte se monte b aoo hommes taés , 900 blessé» et une ôe* 
qnantaine de prisonniers. 

Le roi ^^ rfaples &it un éloge particulier des génétaos Bmyèrav 
Pire et Ornano, du colonel HadziwiU , commandant le 9» de laaciBSi 
polonais , oMcier d^une rare intrépidité. 

Les hussards rouges de la garde russe ont été écrasés ; ils ont pctAi 
400 hommes dont beaucoup de prisonniers. Les Russes ont eu tmàà 
généraux tués on blessés , oon nombre de colonels et d^officioseeupé- 
riears de leur armée sont restés sur le champ de bataille. 

Le aS , à la pointe du jour , bous, sommes entrés dans " Wi i a p^ f 
Tille de 3o,ooo habitans. U y a vingt oouyeas. Notta y ayoïia txôwi 
quelques magasins , entr*autres un majgisin de stl évalué »5,ooo,ôôo. 

Pendant oue Tannée marchait sur Witepskt le prinoe d*KebBabl 
était attaque à Mohilow. 

Bagratton passa la Berezina b Bobmnski , et mareha «sur Norci- 
Biokotr. Le a3 1 b la poî&tiQ du jMir 1 3ooo ooaaqnea altef^briol W > 



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AOUT i8i9. 38i 

le ckalsèiiTt etloSvprfmt loo hommes , an nombre cletcraels se trou- 
▼ent le oolonel et 4 officiers tou» blessés. La générale battit : on en • 
TÎot aux mains. Le général russe Siererse « aveo deux dirigions d*éUte^ 
eomioença Tattaque : depuis 8 heures du matin jusqu^à 5 heures dii 
soir « le feu fut engagé sur la lisiëre du bois et au bont que les Russes 
Toulaient foreer. A 5 heures , le prince d*Eokmuhl fit aranoer trois 
bataillons d*éllte , se mit è leur tète , onlhpta les Russes , leur enlera 
leurs positions et lespoorsuirit pendant une lieue. La perte dés Russes 
est évaluée à 3ooo homipes tués et blessés et à 1 100 prisonniers. Nous 
arons perdu 700 hommes mes ou blessés. Bagration , repoussé , se 
rejeta sur Bickow , où il passa le Borjsth^ne pour se porter sur 
SoM^nsk. * 

Les combats de Mohilow et d*OstroTno ont été brillans et honora* 
blés pour nos armes ; nous n^aTons eu d*engagé que la moitié des 
forces que Teanemi a présentées t le terrain ne pdmportant pas d*aa- 
trei déreloppeoiens. 

Il* BUXXSTIN DI LA OKARDl-AmiCÉX. 

Witeptk , le 4 août i8i:i« 

f Les lettres interetptées do camp de Bag^tion parlent des pertes 
^*e Utes ce eorps dans le combat de Mohilow , et de Ténorme dé* 
sOTtieB ^*il a éprouvée en route. Tout ce qui était Polonais est resté 
dans le pajs ; de sorte que ce corps qui , en y comprenant les eosa» 

res de Phitow , était de 5o,ooo hommes , n>st pas acmellement fort 
3^odo homones. H se réunira , vers le 7 ou le 8 août , à Smolenskt 
à.la pÊSwSm armée. 

La position de Tarmée , au 4 août , est la suivante : 

Le quartier-général li Witepsk , avec quatre ponts sur la Duina j 

Le 4e eorps k Souraj , oceupapt Velij , Porietché et Ousviath ; 

Le roi de Naples à Roudina , arec les trois premiers corps de câ* 
vilerie; 

Le i** eorps « que commande le maréchal prince d*Eckmuhl , est k 
Temboochure de la Beresina, dans le Borjsthbne , avec deux ponts 
nor ee dernier fleuve et un pont sur k Beresina , et des doubles tfttes 
de-pont f • 

Le. S* eorpt, e<muiMn^ parle maréchal duc d'Elchî^gea , est à 
Lîoana $ 

Le 8* corps 4 que eommande le duo d*Abrantës , est à Orcha, aveo 
deax^nts et des tètes de jpont sur le Bor jstbëne ; 

CeS« corps, commande parle prinoe Pooiatowsky, esta MohiloWt 
avec deox ponts et des tètes de pont sur le Borjsthi'^ne ; 

ht ^ eorps , eommande par te maréchal duc de R^ggîo , est sur fa 
Otciesa', ^ avant de Polotsk , sur la route de Sebej ; 

JUe ftinee de Sehwartsemberg est aveo son corps k Slonim ; 

Le f • corps est sur Roaana ; 

Le 4* corps de cavalerie , avee une division dln&nterîe , com« 

sadépar le général eomte Lateuc^Maubourg , est devant Bobrunsk 
etMosser; 

Iéb io« eorps , e^nsuuidé par le duo de Tareate « est devant Duna- 
heucjg et Riga ; , 



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i6% MERCURE DX FRANCE, 

IM 9« eorpt , commandé fmc le éùû àê Bellune. se tenait èTlltitt; 
• Le ri« corps ^ cemmaiidé par U «duc de CastîgUone , ^t à SteHin. 

S.'^. e %iis r«rmée en <{inn>der de rafreiehisseoMiit. La ehalenr 
•at exoetstTe , ei pliM forte <{u*eB Itatie. Le ihertiKHnklra eat à a6 et 
Mf degrfs : le^ nuiltf mâmea sont «iiaudej. 

Le général K^maosii , avaa deuï dirisiaM da eerps de Bagratioa, 
^a»t é»^ eoHpé de ee corps , et o'ajraat pu le rejoindre , est tvntré ea 
Welhinie , s'est r^uni k des dÎTisions de recrues comaïaDdépi par le 
cénéral Tormasow « et a marché s«ir le-f • corps, il a snrprif et «ertfé 
ït général de brigod# Kleogel , aaaoa , ajast aovs ses ordie» «ne 
avaDt-f;arde de Amax ^tailloos «t de deuic eseadvoos da rémneot da 
prince Clémeot. Apres six lieures de résistance , la plus grande par- 
tie de oette arrant-^arde a été tuée ou prise : le général ooflnta Rej- 
BÎer n^a pu venir <}ue denx keures apr^ è sea saeours. Le priaoe 
Seàwaraembarg j*«at mis le So-fuiUet en 'mnr^be pour rejoindre le 
général Rejnier , et pousser rivement la guerre centre |«s dtrisiaaf 
ennemies. 

, Le 19 1 le général prussien Oia w eit a attaqoé les Russes à Ekaa ea 
Courlande , les a culbutés , Uur a fait aoo prisonniers et leur a tué 
l>on nombre d*hommes. Le général Grawert se loue du major Sliem , 
^ , nvae le K' «égûnant de dtagont pruasiens , a «onna frmide part i 
à TaflÀife. Réuni aji ^néral £leiat , le général Gramart m poasfé 
tivwDaat rtannemi anr le chemin de Rma et a imresti la têat M pont. 

X^a 3o , le viae-tei a envoyé k Welij «oe brigade de cpvnlceia 
léigëre iuycnna^ Deux cents hommes jont chargé quatre hataïUeoada 
i^àt ^ se rendaient k Twar , les ont rampas , ont ^t 4onpeiaon* 
niers et pris 100 voitures obaraées de munitions de guarve. 

Le 3i , raide«-de-aamp Triaire , enmf é aveo le téigtmant an dra- 
gons de la Reine de la Ùarde rojaleitalienne , est arrjjré-à Osanalh , 
a fait prisonniers un capitaine et 40 h<H|n"<s , et a*a>t^mpaié de aoo 
«oitnfes ehargées de farine. 

Le 3o , le maréchal duc de Reggio a marché de Polotsk smr Sehcf. 
n 8*est sencontré avec le pénécal WîUgaastaÎD , dont le oorps avait 
été xen£Dceé de celui du prince Rapnin. Un aambat sVst engagé prH 
du x^teau die Jaconbovo. Le 26« régiment dîialanteria iégète s^est 
couvert de gloire. La division Legrancf a aoutenu gtoriensnaenl k 
leu de tout la corps ennemi. • . 

Le 3i , Tennemi s'est porté sur la Drissa pour attaquer le due ds 
Heg^o par son flâne pendant sa marche. Le maréehal a pris pnsîtkm 
derrière la Drissa. 

Le lei ao^t . Tennemi a fait la sottise de Msaar la Prisse nt de se 

filacer en bataille devant le^a» corps. I> duo de Reggio a lawsépasiMt 
a rivière ii la moitié du corps ennemi , et quand il n vn environ 
i5,ooo hommes et 14 pièce» de canon engagés au-delà de la rieikie , 
il a démasqué une batterie de 40 fMèoes de canon qui ont tisd pendant 
vne demi-heure à portée de mitraille. fSa mftme lems , ies mi|fîsâoa« 
l>graad et Vèrdier ont mirohé au pas de charge la baSo n^e li e en 
.avant , et ont jeté les iS.ooo Russes <uns la rivière. Tous les oaaoM 
et caissons pris ,, 3, 000 prisonniers , parmi lesqueb beaucoup d*nii- 
eiecs, et un aide-de-oamp du général Wittgenstaiay et -il^i^pyiifim ^^ 
tués ou nojéa soat le résultat de cette afiaire. . . 



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AOUT i8n. 383 

' Ce combat d« Baissa , ceux d^Ostrorno et de Moliilow , dans d*au* 
' ires guerres , poCrrraiest s^appeler trois batailles. Le doc de Reggio 
fait le .piaf grand élege du généctfl eemte Ziegnnkl , dent le aaDg- 
froid est remarquable suz le ehatnp de botelUe. 11 secoue bwQjooup 
de la conduite du a6« riment dlafaoteme ^gkreet/ki 56«ide Ûgiie. 

L^Empereur de Russie a ordonné des levées d^iionmiûa daxis hu 
âeux gouvernemens de'Witepsk et de Mohilow : mais avant que aèa 
bkflses y -fussent arriréi , nous étions maîtres de ces^prorinces. C4ê 
mesures n*ODC donc rienj>rH»duit. 

Nous jiTons troaTécà Wkepdt des faroolsaMliene nia'imiioe Alex, 
de Wurtemberg , et nous avens appris qu-<Mi SHMaHusatt^RAmsinà 
cbanter des Te Dsum à Poecasion «des Tietoires qb.teoties piff-les 
Busses. Cette pièce curieuse mérite d'être connue. 

12* BUIXBTnr ]» UL OaAlOUI-éaLJttÉB. 

Wîtepsk , le 7 apAt i8is. 

Au combat de la Drissa , le général russe Couloiew , officier de 
troupes légëres tr^s-distingué , a été tué. pix autres généraux ont été 
ble&sés ; quatre colonels ont été tués. 

Le général Ricard est entré avec sa brigade dans Dunabourg le 
ler août. U y a trouvé 8 pièces de canon , tout le reste avait été 
éVciooé. Le duo de Tarente a dû s'y potier le a. Atoai Dunabourg 
que Tennemi travaillait à fortifier depuis cinq ans , où il a dépensé 
plusieurs raillions , qui a coiité la TÎe à plus de ao,ooo hommes de 
troupes russes pendant la durée des travaux , a été abandonné sans 
rtirer un eoup de fusil , et est en notre pouvoir, oomme les autres ou- 
Tniges 'de rennemi , et comme le caônp tetranehé qu'il ataitfaità 
DrisaB4 

En conséquence de la prise de Dunabourg , S. M. a ordonné qu'on » 
équipage de ico bouehes à feu quHl avait fait former à- Magdebourg , 
^t qu*-if avait fait avancer sur le Niémen , rétrogradât sur Dantzick et 
'fût mis en dépôt duns cette place. Au commencement de la campagne 
"On avait préparé deux équipages de siège , Tun contre Dunabourg et 
l^antre contre Riga. 

* Les magasins de Witepsk s'approvisionnent ; les hôpitaux s'orga- 
nisent ; les manutentions s*élèvent. Ces dix jours de repos soutextré- 
mement utiles à rarmée. La chaleur est d*ailleurs excessive. Nous 
tirons ici plus ehaud que nous ne l'avons eu en Italie. Les meissons 
sont superbes ; il parait que cela s'étend à toute la Russie. L'année 
demièiîd avait été mauvaise par-tout. On ne comqiencera à couper 
4es seiglea que dans huit ou dix jours. 

S. M. a nit faire une grande place devant le palais qu'elle occupé 
% l^Titepsk. Ce palais est situé sur le bord de la rive gauche de la 
49uina. Tous les matins è^ heures il y a grande parade . où se trou- 
vent tous les officiers de la 'Garde. *Une des brigades 4le la iGarde en 
grande tenue défile alternativement. 

A la suite du bulletin d^ I2 , le Mi^fUteur publie des 

■ lettres interceptées qui donnent à connaître quelle -dlAK- 

rence on trouve à Moscow et à Fétersbourg entre les pro- 



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384 MERCURE DE FRANCE , AOUT i«is. 

messes faites par TEmpereur Alexandre et les rësubats det 

t»rehiiers évéDemeDS } on y trouve les proclama tiaos !^'A- 
exaodro alarmaoles et décourageantes po\ir, les troupes. 
Suivent les rapports particuliers du prince vice-roi, du roi 
dcNaples , du duc de Tarente et du maréchal duc'de Reig- 
gîo sur les combats mentionnés dans les derniers bliUetiss. 
Ces détails sont très-considérables , ils signalent une foule 
de noms qui ont ajouté beaucoup de gloire à. leur illus- 
tration acquise. Nous regrettons vivement de ne pouvoir 
les consigner tous ici. 

Le jour anniversaire de S. M. a été célébré avec U 
pompe accoutumée. Les réjouissances populaires ont été 
très-animées. Les Champs-Elysées ont présenté dans toute 
la journée du iSTaspect a un immense banquet où 200 mille 
personnes avaient pris place. La présence de S. M.l*Lnpéra- 
trice et du Roi de Rome au balcon des Tuileries , a excité 
le plus vif enthousiasme. Le concert a été très-beau, Tillu- 
mination et le feu d*arti(ice magnifiques. S.... 



ANNONCES. 

Petit Traité sur Us parties Iss plus importantes ie l'agrieultars ; 

Sir M. de Barbançois. Uo yol. in-8«. Prix , 3 fr. 5o c. , et 4fr. 3oo. 
anc de port Chez Grégoire , libraire , quai des Augustins , n^ Sy. 

Caf/« ds la Russie d'Europe , donnaot Tindipatiom exacte de tootes 
les routes de poste , des distances respectÎTes de tous les relais , avec 
la divisîoo actuelle en gouveriiemeiis ; fidèlement copiée sur la carte 
rédigée et gravée au dépôt impérial de la guerre à Saiat-Pétersbonrg 
en 1009. Douze feuilles demi-Jésus , devant être assemblées pour 
ti*en former qu*une de 3 pieds 8 pouces de haut sur 3 pieds 6 pouces 
de large. Prix , en feuilles et enluminée , la fir. ; assemblée « i3 ir. ; 
collée sur toile et pUée dans un étui « 21 fr. Il faut ajouter i fir. poor 
le franc de port par la poste. A Paris « h la librairie géographique de 
Hyacinthe Laoglois , éditeur , rue de Seine , faubourg Saint- Ger- 
main « n*' 12. 

On peut suivre facilement sur cette carte toutes les opérations de la 
guerre actuelle. On 7 trouve toutes les villes , places fortes , bourgs , 
villages. Pour donner une idée de Texaotitade et de rexcellence de 
cette carte , il suffit de dire que le dépôt de la guerre , de Paris , s*cn 
est servi pour publier celle qui dirige la marche de nos années. 

ERM^TA pour le dernier N; 
Page 291 y vers Zf , au lieu de\znst \ lise* : brise. 



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MERCURE 

DE FRANCE. 



N® DLXXX. — Samedi 2g Août 1812. 



POESIE. 

tE POLONAIS AU TOMBEAU DE S-RS PÈRES* 

ODÉ. 

Voti4-t6x7S 1© Sarmale , appujé sur ses armes , 
S*asseoir prës de la tombe où dorment %9i aïeux? 
H soupire , il regarde et baîgoe de ses larmes 
Le monument pîéuz. 

Jadis chéri du'Knde il chanta la victoire ; 
Mais sa lyre aujourd'hui partage sa douleur , 
St triste , sous ses doigts , muette pour la gloire 4 
Né répond qu*au malheur. 

c Guerriers , dont la patrie admira lé courage ^ 
* Quand pounfai-je goûter votre éternel repos? 
» La tombe est un asile où libres d^esclavage 
s Revivent les héros. 

> La servitude pèse , et dans Tame avilie 

9 Répand un noir poison et dé sombres lerreursi » 

> Amante des guerriers , ô Liberté chérie ! 

« Tu réchaufiiis» nos cœors. 

Bb 



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386 MERCURE DE FRANCE, 

» Une femme , loog-tems célèbre par le crime , 
» A jeté dans les fers le Polonais tralii ï 
9 Roi « sujets « trône , an tels , dans un afireux abyme 
9 Tout s^est anéanti. 

* 9 Tel , sur le sein des mers où r^gne le silence , 

» Vogue , exempt de périls , un rapide Yal«seau : 
' > La foudre éclate , et Tceil sur un désert immense 
9 N'apérçpît fu*)m tgml^eau. , [ 

» Hélas ! je rois encor fuir nos vierges timides : 

9 Les boniTcaux par leurs pleurs 1i*étaient point attendris; 

> Et la MK>rt , déployait %•§ TAtemens Krides, 

. 9 Planait sur nos débris. 

% Tout pletitait , tout pérît : dans une bornble (%te, 
» 7>Ue Qi|t voit la Tiotime , aux marches de f antel , 
9 Se débattre , se plaindre et détourner I9 tète 
9 Loin du couteau mortel. 

9 O Ijre , redu-mm cette plainte funèbre 
9 QuVxhala dans les pleurs un prophète dinn , 
9 Quand tomba tout-à-oeup cette ville eélèbre ^ 
9 Ornement du Jourdain. 

9 Jérusalem n'est plus 1 ... sa céleste lumière 
9 Comme un songe léger a passé derant nous. 
9 Jadis , à son aspect « les rois dans la poussière 
9 Fléchissaient les genoux. 

9 L*Orient à gémi , lors^*il a ru deseeiidre 
9 L*éternelle cité du faite des grandeun. 
9 Déplorable Sion ! sur ta royale cendre 
9 Je viens verser des pleurs^ 

9 Quand le lion ojruel te porta les alam^s , . 

> Ta voix se fit entendre au fond de nos déserts ; 
9 Tes amis généreux de leurs pieuses Unnei 

9 Ont arrosé tes fers. 

9 O crime I ô désespoir t Jérusalem sueoombe t . . . . 
» Ses flancs sont déchirés ; Babylone a vaineu ,1 
9 Un peuple est tout entier descendu dans U tombe : 
» IsMël a vécu. 



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AOUT i8ia. I87 

m Jérusalem l ^dit , connM oa ckèfé iup aifc# , 
» Toa vaste é^ttàèmê omlHvgeait runiveri • 
» Désornàb ton oadavre enscreli 89iu TIm^ 
• Est roDg< par 1m ▼«»• 

» tTa insolent rainqu^or , dans son erael délire , 
» Oubliant ^n'à'tes pieds , sous le sc^tre , il trembla, 
» Rit , asHs snr ta tombe , et se pUdt à redire t 
» Jémsalem est là. 

>'Dien d*Abraluim ! grand Dieu que le Jourdain rér^ii, 
9 Viens de tés ennemis châtier les forets. 
» Viens , desêeods ; et sur eu^ de ta stâle colore 
> Epuise touis les traits. 

» Arme-toi , preiid^ cet are que le trépii def«npe| 
» XHmpie k son aspect sera saisi d'effroi. 
m Parais , Dieu des combets : la mort et la Tengetnee 
9 Marcheront devant toi. a 



Se# chants ^iiîeat cc$êé : dent le seÎA d» kl 
Une rois a |V9ubU le séjour du trépee. 
Le brenie au loin résonne , et « n^el ^ totnen* 9 
Appelle les combats. 

Peuple , fév^Ue-4oi ; sors de Ion eeelavage. 
Le héros delà Franee a eenan lei reven. 
Ressaisis tes vertus , ton antique héiilfige; 
n vient briser tes ferf « 

Voit marcher devant lui PétoSe étineelanle 
Qui toufours l*a guidé dans le champ de ràMneor. 
Mortels , reconnftisses h sa dané brillmte 
Le sifine #u boiibmv« 

Dieu sur lui fit descendre une flai^me immorteDeiK 
Soldat , il sut du tr6ne atteindre les hauteurs ; 
Roi , son front couronné d'une palme éternelle 
LâbilfMidetMm. 

Le Nil Ta v)i fMifV^ élQQii4t le lifage 
Que svmmt Alei^die « ok tmmflk» OAsar : 
JjB» lanxîns de la Sprée et lu lanriera du Tift 
EBvirowiwt MQ fhwr, 

Bb a 



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dSd MERCURE DE FRANGE 4 

Entouré de héros i pour orner sa Tictoire , 
Son orgueil après lui ne traîne pas les rois ; 
2f ftis ses drapeaoz.yieillis , mutilés par la gloire f 
Proclament s^ exploits. 

De THereule français la râleur intrépide 
Aux bords du Niémen arrêta Mes trarauz ; 
C'est là c[u*il a vaincu ; là , que son ame kiiàù 
Veut des lauriers nouveaux. 

t7n peuple entier le suit. Sur la fatale rire 
Debout , le glaire en main , il frémit du repos. 
Rois , nations , prêtez une oreille attentive 
A la roix du héros. 

« Le roilk donc , guerriers , le roilk ce rirage 
31 Oà le Czar effirayé reçut de nous la paix, 
s Cest du sang qu*il hii faut : rotre immortel courage 
s Va punir dés forfaits. 

9 Les fiers enfans du Nord , trahis par la fortune « 
» On porté trop long^fems le joag de leur rainquenr. 
» La roix de TEtemel , que le crime importune , 
» M'a nommé leur vengeur. 

» Il a Biis dans mes mains le glaive de la guerre« 
» Les tems &ont arrivés : le* ciel guide mes pas. . 

> Le sang du Motcorke inondera la terre : 

> Je jure-ion trépas. 

9 Polonais , lerez-rous ; repoussez le barbare 

» Dont le bras forcené vous imposa des lois. 

» Marchons « brisons les fers que Torgiieil du tartart 

> Crut forgier pour les rois. 

> Nos mains élèveront invincible barrîëre 

» Qui doit à leur fureur fermer tout l'oniven ^ 

> St là , de ces lions la rage meurtrière 

> Ru^a dans les fers. 

9 Rire du Mincio I rire heureuse et fertile t 

> Un nourel Attila , chef d'un peuple brigand , 
a N'ira plus insulter au bereean de 'Virgile , 

» £t l'iaonder de sangv (*) « 

r '-^ ■ ' ■' 

(*} Campagne ào$ RusKa en Italk . 



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AOUT iSia. 38f 

9 Le Csar ra Mtisfaire à rkonneur de mes amies. 
» En yaia il rôle au trône oà régna Constantin. 
» Tremble t )e Tois le sc^>tre kumide de tes larmes 
M S'éehapper de ta main. » 

Il dit r impatient dans le fleure il s^élanee. 
Un farorable augure arrête tous les yeuz ; 
L*aigle de la Pologne et Taii^e de la France 
Planent au haut ^$ oietix. 

Le Sarmate étonné sent son ame attendrie. 
Incliné sur la tombe , il bénit le mortel 
Qui lui rend à-la-fois sa gloire • sa patrie « 
£t le trône « et Tautel. 

J. M. BlIUTABOk 

LES ADIEUX SOUS LE SAULE PLÎ^UREUR. 

' ROMAKCE. 

Foum. faire de tendres adieux 

Quel est Tasile ûrorable ? 

Choisit-on de sauvages lieux? 

Vu bocage est*il préfiirable ? * . 

Est-oe dans un boudoir galant 

Que Tamour peut rerser des larmes ? 

Saule pleureur, pour un amant 

Ton ombrage seul a des charmes. 

C*est toujours au bord d*un ruisseau 
Que se plaît ta douce verdure ; 
Ton feuillage , ainsi que son eau t 
Du cœur imite le murmure ; 
Si dans' tes rameaux balancés 
On Toit rimage de la rie , 
Que de tonrmens sont amioneét ' 
A Tamant loin de son aoûe 1 

Chëre Adble , entends mes soupirs 9 
Cesl ici que Tamour Rappelle ; 
Cesse de craindre mes désirs , 
Je n*en ai qu*un , soîs^moi fid«lle« 



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3^ MERCURE DE FRANCE» 

Me& j«ax trouUés ptt lâ douleur , 
li'anroBft qu^voe trîau éloqvenoe» 
Viens , rombre d*uA saule pleuceut 
Est propiee è tae i 



Je ne Teint tpé pt e ss e r ton e&nw 
De me HMÎa tîmUe et UretaUente t 
S*il palpite I. . . . chi Tîai benheut 
J^aurai done la preure toaehaiMe t 
Le saule alors doit s*agiter , 

Je pourrais craindre mon irxesse .; 

Hélas 1 il faudra te quitter 

Pour wimxx te prcmyer ma tendrMst. 

liaiaaTant de nous séparer 
Accorde un prix k la sagesse ; 
Fromets de tetAt S6upftei* 
Ok tu Tis ma délicatesse ; 
Dis-toi que le saule pleureur 
Qui sut garantir ma bergère , 
Eikt été pour Tâmant trompeur 
L*oBBbrage qui rend témiéraîre. 



Ét^IGME-LOGOGRIPHE. 

Ma stmetote n^a lîait qui brille, 
J*ai moins de pieds qu*aueun de ma famiQe ; 
Pourtant je Ae suis pas un être sans vigueur ; 
Sourent même on se plamt de ma trop rire ardent. 
Mon corps est plus tenu que ma queue et ma tête , 
Qui Tune et Pautre sont d^identité parfidte. 

S... 



L060GRIPHE. 

^ $n pieds composent ma structure , 
On trouTc en moi « Mas user son eerrea» ^ 
Une céleile eréatue -, 



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AOUT i8ia. 391 

I?» qvn ikeni utt «nllut flHê âfttts fon berceau ;' 
t«*éniiiuil è^nï le nom eontiètit pre»qiie une îài«nrè ; 

Gé tpit frusHtie le TMtesU i 

Et d*ArohiinMe une figure. 

V. B. ( d'Agen. ) 

CHABAOE. 

iLl tout et le teoend Ibrent jadit en France 

Des tnèsnres de contenance. 

Oii pent construire le dernier 
De métal 6n de boit , delà nlmperte gatte ; 

Mais oe fbt tonjonrt le premier 

Qui du tont donna la matière. 
Me inges-m , lecteur , par trop mjntérieut ? 

SssayoBS une autre manito 

De me dévoiler à tes yeux ; 
Après quoi « sûrement , tu derineras mieux. 

ATen croirex-Tous , Jeune fillette ? 

Sans votre mère n*aUes pas , 

Au premier, cueillir la noisette. 

C*e8t là ^*ttn dieu Baalin tous guette 

Pour triompher de ¥0s appas. 

Un auteur dont s*lioneffe à bon droit lltille , 

Sur un sujet grotesque exerçant ton génie « 

Se fit un nom célèbre en cbantant le dernier. 

ATcx^Tons des talens ? saches les employer. 

Aux hommes rendex-Tous utile. 

n ne fiiut point , dit TEvangile , 

Cacher la lampe sous Tentier. 

B. 

Mots de r£iïi6Mi y du LoGOORiPHS et de la Charadi 
insérés dans le dernier Numéro* 

Le mot de l*Bmgme est la lettre S. 

Celui dn Logogriphe est Astr9 j dans lequel en tfoute : i/r#^ ret^ 
Il et a. 
Celui de la Charade e«t Rohinson. 



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SCIENCES ET ARTS. 

Mémoire sur cette question : Est-il vrai que le médecin 
puisse rester étranger à toutes les sciences et à tous les 
arts qui n^ont pas pour but d'éclairer sa prati(me ? par 
Mar. And. Jos. Bouvier, docteur en médecme , mé- 
decin ordinaire de S. A. I. et R. Madame , l'un de« 
présidons de la Sociélé de Médecine de Paris, corres- 
pondant , associé et membre de plusieurs Sociétés 
«ayantes et littéraires; correspondant du gouvernement 
pour Tagri culture et les arts, ancien médecin du garde- 
meuble de la couronne; avec cette épigraphe : 

Qui enîm medicînœ scîentîam sibi vere et apte comparar^ 
volet , is honrm omnium oompos esse dehet y ut naturam 
nactus sit, dootrinam , locum siudUs aptum, insiitU'^ 
tlonem a puero^ industriam et tempus, 

Lçx HippÔcratis. 

Il est hocs de doute que TappUcation exclusive d'un 
ouvrier à un genre ou à une partie de travail qui ne de- 
mande que rhabitude de la main est très-utile au per- 
fectionnement de ce travail; mais ce principe n'est vrai 
que pour les arts mécaniques. Il n'en est pas de même 
des arts libéraux qui tiennent à l'activité et au dévelop- 
pement des facultés intellectuelles , aux combinaisons 
du talent et du génie. Plus le^champ esi vaste pour ces 
combinaison^ , plus l'art auquel elles s'appliquent se per-» 
fectionne. 

Toutes les sciences ont entr'elles une espèce d'alliance, 
elles se prêtent un appui mutuel ; habentquoddam vinçu- 
lum , et quasi çognaiio ne quadam inter se continentur (i). 
Aussi ce que M. Bouvier dit sur les avantages qu'un 
médecin peut tirer des connaissances étrangères à 9qïi 
art, s'applique-t-il au poète qui trouve dans l'étendue et 
la profondeur de ces connaissances une nouvelle sphètfe 
pour les idées poétiques , à l'orateur auquel elles pt4- 

(0 CicçroA. 



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*fiERCURE DE FRANCE , AOUT 1 8 1 1. JqS 

aentént de nombreux alimens pour le foyer de sonëlo- 
quence, à Tartiste qu'elles enrichissent dldées nouvelles, 
àont elles échauffent le génie et auquel elles font enfan- 
ter des chefsrd'œuvre ; cela est également vrai pour le 
magistrat, pour l'administrateur , pour le négociant 
même dont les spéculations doivent acquérir par-là plut 
de justesse et d'étendue. L'opinion contraire est un pré- 
jugé et un préjugé nuisible ; M. Bouvier en a vu les fu- 
jiestes effeis lorsqu'il était à la tête des consultations gra- 
tuites de la Société de médecine de Paris, et lorsqu'il 
remplissait les fonctions de membre du bureau centcal 
d'admission aux hospices. Il aime son art, il n a pu lire 
sans indignation cette foule de certificats , de mémoires 
consultatifs plus ridicules encore par la diction que par 
les fautes grossières d'orthographe qui y défigurent 
chaque mot. Ces inconcevables écrits sortent cependant 
d'une classe d'hommes auxquels, par leur état même, on 
doit supposer quelques lumières et quelqu'éducation. 
On ne pourra pas croire qu'une semblable collection ait 
pu être faite dans la capitale de TEmpire français à la fin 
du dix-neuvième siècle; et assurément, si quelque chose, 
pouvait convaincre la mauvaise !foi , cette collection^ 
serait bien suffisante pour guérir certains écrivains de la 
manie de publier par-tout que les malheurs et les crimes 
de la révolution sont dus aux lumières et à la littérature, 
qui ont été trop généralement répandues dans ces der- 
niers teros. M. Bouvier , en combattatit ce préjugé hon- 
teux et déshonorant pour son art, a présenté sur l'impor- 
tante question qui fait Tobjet de son mémoire quelques 
aperçus rapides et extrêmement utiles. Il n'a pu donner, 
dans les vingt-six pages qu'il lui a Consacrées , tous les 
développemens 4ont elle est susceptible. Cette question 
tient aux vues les plus profondes de La métaphysique ; si 
on la considérait sous tous ses rapports , si on la traitait 
dans tous ses développemens , elle exigerait des volâmes 
entiers et tout l'emploi du tems de leur auteur. M. Bou- 
vier sert bien mieux l'humanité , il soigne et guérit ses 
malades ; il ne craint pas le reproche qu'on pourrait 
adresser à quelques-uns de ses confrères qui oublient 
}fW état et leurs devoirs pour s'occuper d*une vaine glo* 



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394 MERCURE DE FRANCE, 

rioie, on, riVonveut, do soin unique de se faire une repu* 
tiition ; c'e»t dans cette partie sur-tout que Fart fiinestè 
des réputations a été porté à un haut point de perfection: 
Il faut le dire , les grandes réputations à Paris sont sou- 
vent des pièges ^rentables; Fart de se faire un nom eA 
une science particulière > entièrement étrangère à Ift 
science réelle qu'exige l'état dans lequel on vent briller. 
Slans cette ville immense on ne vous connaît pas et oh 
ne peut pas vous connaître par vos succès. La maladie 
difficile dont un médecin habile et modeste vient faire là 
cure est souvent ignorée du plus proche voisin ; mais il 
«st des moyens sûrs de taire passer pour habile l'homme 
te plus ignorant. Parmi ces moyens les docteurs dans la. 
science ^es réputations ne négligent pas la mise au jour 
de quelques volumhneuses compilations bien iiidigestes; 
ils connaissent sur-tout Fart de les produire , de les van- 
ter , de les faire valoir , d en saisir les cent bouches de la 
renommée ; Fart de Fintrigue enfin est cultivé par eux 
avec une effrayante habileté; on croit sut parole, on se 
laisse imposer par un grand nom. Hélas ! quel tableau 
ne pourrais-je pas présenter de ces funestes erreurs et de 
leurs aSreux résultats! Mais quittons d aussi tristes vérités 
et revenons au modeste écrit de M. Bouvier. 

Un )ouFuail a traité cette estimable production avec 
ime eitrème légèreté , je pourrais même dire, aveè 
mauvaise fol» Ces défaut!» si communs aujourd'hui , et 
q«ii ^nt fait d'une profession utile un métier méprisé , né 
sont cependant jMis ordinaires aux rédacteurs de ce jour* 
nal. Il ai d'abord blâmé le style de M. Bouvier. En îail 
de goftt rien ne se prouve, mais si les bornes de cet ar^ 
ticle me le permettaient, je mettrais sous les yeux des leo- 
leurs quelques passages de oe mémoire , et je crois qollà 
ne partageraient pas Fopinion du censeur. J'aveiieMl 
<)ependant que M. Bouvier a dans beauèoup de passkg;e^ 
cette espèce d'obseurité (si on peut Fappek^r de ce nom) 
qiaA semble , en' général , appartenir à tous les écrivains 
obligés de ttaiter dans un cadre étroit des mafières ptîo^ 
fondes. L*extrêine concision daès laquelle ils se #en<^ 
ferment, ex^ la suppression d'une infinité d'idées intef- 
médmires qu'iFs taiiMot^uppléer au lecteot y ^ élltim 



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AOUT i%ia. 39S 

forte à faire le rapprodiemeni subit de ceHes qui panda- 
sent à un grand intenralle les unes des autres : ausn j'ai 
toujours pensé qu'il était difficile d'être trësMslatr et très- 
concis y dans des objets de pure métaphysique dont lea 
abstractions échappent siMivent à l'attention des lecteurs 
lors même qu'on leur dopne les plus grands développe^ 
mens. Mais ce qui est inexcosabledela part du rédacteur 
en journal que l'indique sans le dter , c'est sa mauvaise 
ibi. Il prête à M* Bouvier des idées ridicules ; il lui fait 
dire qu'il faut tout savoir pour savoir guérir ; qu'un mMe« 
cin savant dans les arts mérite plus de confiance qu'un mé« 
decin fort habile en médecine » etc« » etc. Assurément de 
pareilles idées ne peuvent pas appartenir h un honune de 
sens. Si M. Bouvier pouvait avancer de parefls sophismes, 
il entendrait bien peu seg intérêts ; car son véritable titre 
est son habileté en médrcîne. H n'a jamais considéré ses 
autres co£inais8ance& que conone des soutiens , des auxi- 
liaires de sa science médicale. Aussi la seule chose qu'il 
ait prouvée dans son mémoire , c'est que le médecin, en 
même tems qu'il cultive les connaissances nécessaires à 
son art , ne doit pas rester étranger au moins à un gran^ 
nombre de celles qui n'ont auona rapport direct avec sa 
pratique , et que ces connaissances même contribueront 
à son instruction particulière et au progrès de l'art en 
général. 

. Le journal an quel je réponds , ne traite pas avec plus 
de ménagement la logique de M. Bouvier que son styles 
Quoique la logique présente moins à l'arbitraire, cepen-* 
éaat on ne peut pas plus convaincre ou persuader celui qui 
se refuse à la fÎMceet à Tévidence des preuves , que celui 
qui ne goûte pas le talent c^un écrivain ; mais le rédac» 
tour joe devait pas passer sous silence les faits et les rai-^' 
sonneme ns les plus concluans , et chercher à tourner 
l'auteur en ridicule en présentant une simple oMipa-» 
raison comme la seule preuve qu'il ait donîiée de son 
opinion. Ce nVsrt pas en comparant avec le travail de 
l'abeîtte la marche que le médecin doit suivre pour son 
instruction qqe M. Bouvier a prétendu prouver l'opinion; 
qu'il soutient ; il la tait par une série de raisonnemens^ 
aussi . îu^tes qlie bien coordonnés. U établit que toutes 



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3y& MERCURE UE FRANCE , 

les sêiences ne doivent ledr origine qu'à des faits isolés; 
que le corps de doctrine dans chaque science ne s>st 
formé que lorsque les faits ont été assez multipliés , pour 
que les idées pussent êtregénéralisées ; qu^aucune science, 
excepté les mathématiques et la métaphysique qui ne se 
composent que d'abstractions , ne peut connaître ^ de 
bornes dans la collection des faîts qtie présente la nature; 
que les détails ne furent jamais à côté- lun de l'autre ; 
qu'il faut donc les surprendre partout où ils se trouvent , 
et que pour les bien saisir , il faut avoir long-tems 
observé. D'après l'auteur, l'isolement d'une science est 
toujours mortel pour le talent ; ir rétrécit l'esprit , gène 
son activité , empêche son développement ; le génie 
même , contraint de se resserrer dans un certain nombre 
d'objets, dont les liabons existent aiQeurs, s*agite et 
se tourmente sans cesse pour ramener ces objets à quel- 
que point de vue particulier ; il se consume inutilement 
ou s'épuise dans une fausse direction. Cet isolement est 
fatal à 1> science ; il la retient éternellement dans li'en* 
faace ; il la frappe d'une langueur mortelle; ceux qui s'y 
livrent ne peuvent apprendre que ce qu'on a su. Mais 
qu'un savant qui se sera familiarisé avec toutes les con- 
naissances nécessaires à son art fasse une excursion sur 
les sciences qui lui sont étrangères , de ce moment les 
impressions nouvelles donneront aux anciennes un ca- 
ractère qu elles n'avaient point eu encore ; l'imagination 
9e réveille , une partie des anciennes idées s'étend , les 
autres se rectifient. Dans cette multitude de connais- 
sances étrangères , il s'en trouve un très-grand nombre 
qui s'appliquent à la science qu'on cultive. N'y en eut^il 
qu'une seule , cette science sera riehe d'une vérité de 
plus. C'est toujours beaucoup, dit M. Bouvier, qu'une 
vérité de plus pour une science , quand cette vérité est 
de nature à se combiner ave^ celles qui y sont déjà con- 
nues. A cette occasion l'auteur cite les grands résultats 
qu'a eus pour l'astronomie une seule vérité physique. 
Dès-lors , ajout e-t-il, notre savant devient capable de 
rompre les entraves qui s'opposent aux progrès de la 
science , et il en recule les limites. 
A ces preum de raisonnement , Tauteur joÎAt des 



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AOUT t8ia. 397, 

Jireftvesde fait; H <démontre que la médecine repousse 
es simples ouvrier» , même dans les plus petits détails. 
Çue serait-ce , dit-il , qu'ua dentiste , qu'un oculiste qui 
n'aurait que la main? Où en serait Fart dc^s accouche^ ' 
mens si tous les accoucheurs h^avaient été que des sages^ 
femmes? Il recommande Tétude dés éléméns du calcul, 
de la géométrie / et des sections coniques qui conviens 
nent à toutes les sciences » ou parce qu'elles leiir sont 
directement utiles , ou parce qu elles fôrmeiït le juge- 
ment, . cet instrument qui doit lier les procédés de toutes 
l6s sciences. IL présente conune devant amener à d'heu- 
reuses applications en médecine , une certaine latitude 
de connaissances dans Toptique , Tacoustique , les deux 
statiques , et les deux dynamiques ; mais il faudrait 
qu'elles fussent enseignées par de. véritables physiolo- 
gistes. Des professeurs vraiment médecins sauraient se 
garantir de. Terreur de ceux qui ont voulu transplanter 
ces sciences dans la médecine , et qui ont retardé plutôt 
qu'aidé sa marche en ne tenant pas compte des qualités 
physiques qui doivent nécessairement déranger la rigueur 
des calculs. 

Après avoir parcouru les diverses sciences utiles à la 
médecine , telles que l'histoire de Thomme et de ses pas- 
sions , rhistoire natiurelle , la physique , etc. l'auteur 
s'arrête à celle qui est connue sous la dénomination de 
science des fluides élastiques. Il remercie , au nom de 
son art , M. Fourcroy d'avoir créé , pour ainsi dire , cette 
science , qui doit procurer à la médecine les avantages 
qu'en ont déjà retirés la physique et la chimie. 

L'auteur prouve ensuite que la vérité tju'il soutient à 
été sentie dans tous les tems. Nos ancêtres exigeaient de 
ceux qui se destinaient à la carrière médicale , des con- 
naissances tant sur la marche de Tesprit humain , que 
sur les phénomènes et les lois de la nature,; et après nos 
troubles , la nécessité d*une instruction fondée sur ce 
principe ; est la première qui se soit fait sentir à un gou- 
vernement rép^ateur. 

Une preuve sans réplique,, c'est l'opinion d'Hippo- 
crate. On sent qu'elle n'est pas échappée à M. Bouvier; 
c'est sur-tout en' lisant ce qu'il en a dat que les lecteui^ 



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398 MERCURB DE FRANCE, 

regretteront que l*aiiteur n^en ait pas ait davantage , et 
qo*U n'ait pu donner à cette partie de apn tejet de plus 
granda développemens. U n'appartieiit peut-être qu'au 
médecin philosophe de Eure bien tonnaitre cet homme 
extraordinaire qui avait pénétré dans le sanctuaire des 
sciences aussi avant qu'aucun homme de son tems, et 
qui , suivant sa propre cxpressioa, â fait entrer la pU-» 
Ic^ophie dans la médecine , et la médecine dans la pnilo* 
Sophie, n faut peut-être joindre à toutes les connais* 
aances médicales la cultute des autres sciences , pour 
faire connaître les liens secrets par lesquels Hippocrate 
a su unir tant de matériauic épars, et en former le mo- 
tiument Incestueux de Fart de la médecine* Je ne peux 
apprécier Hippocrate conune médecin ; mais le témoi- 
gnage de tous les siècles et de tous les peuples lui a 
déGiiré le titre glorieux de créateur et de législateur uni? 
que de la médecine. En même tems qu'il en a posé les 
bases , il sanble en avoir fixé les limites. H conçut sur- 
tout une de ces grandes et importantes idées qui servent 
d'époque à l'histoire du génie , ce fut d'édairer Texpé^ 
rience par le raisonnement, et de rectifier la théorie pi|v 
lfl( pratique. Mais , dira-t-on , comment a-t^il pu réunir 
tant de sciences diverses , les approfondir , et Mrétac 
encore un art particulier? Ce phénomène s'explique par 
Topinion de M. Bouvier , et (dke la preuve la plus con« 
vaincante de la vérité qu'il soutient ; les récréations d'un 
génie laborieux ne sont que des changemens d'études, 
et il tire de là multiplicité de sei matériaux la facilité de 
les combiner ^ cette science même devient l'auxiliaire 
de ses progrès dans son art, et excite les créations qu'il 
doit à son génie. Aussi ce même Hippdcrate , dont lai 
médecins les plus habiles de tous les mns ont regardé la 
doctrine comrm laparokd'un DieUf^ suivant rexpressioii 
de Galien, es^il digne de toute notre admiration sous 
les rapports les plus étrangers à son art. H a rendu à la 
philosophie le même service qu'à la médecine ; il est le 

!>ère des méthodes expérimentales; il ^ celui de tous 
es anciens qui les à le mieux connues , le mieux déve- 
loppées et le mieux appliquées. Cet illustre disciple 
d'iiéraclite distingua dans les doctrines obscures et sou* 



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AOUT i8i>. l9!> 

vent mystiques et son mailre^ le premier germe de lu 
philosophie de Vexpérience. Dans cette partie U plus 
utile de la l^étaphy3ique » qui t pour objet Tanalyae dea 
facultés de Tesprit humain et Torigiiie de m» connais^ 
sances , il a les vues profondes et le laagpaige de Bacon; 
il a jette sur là pâture un regard véritabLemeut philoao^ 
phique ; il en a étudié Thistoire^ il a observé les faits. U 
ne voulut pas savoir » dit Arisftote, comment les choses 
se sont faites avant de savoir ccHnment elles sont. Toutes 
les sciences naturelles ressentirent rinBuence de son 
génie ; il cultiva avec éclat las sciences inorales; il étudia 
le cœur humain et la marche des passions ; il porta si»r 
les questions politiques des juçemens jaussi sains qu'in^t 
dépendaos. Lorsqu'on le médite avec attention , il do« 
vient souvent pour le lecteur un gpuide sûr dans Texpli* 
cation des points controversés de Thistoire; son boa 
sens l'accompagne par-tout^ et des faits rendus incroya* 
blés par fignorance et les préventions des hûtoriens , 
s'expliquent par les causes naturelles que sait leur assi* 
gner Hippocrate. U cultiva Véloquence, dont il reçut les 
premières leçons de Gorgias le Léontin, le plus célèbre 
rhéteur de ce tems-là. £u mathématiques sur-tout iLsavait 
tout ce qui était connu de son tems ; il avait pour cette 
science une vénération particulière ; il U conseillait à 
son fils Thessalus comme dwant rendit son esprit plus 
intelligent et plus propre même aux objets dépetidans de 
la médecine. Aristote nous apprend qu il s appliqua à U 
physique générale , iellement qu'il tint un rang bono* 
rable parmi ceux qui ti'y étaient le plus distingués) î\ 
perfectionna tant de talens par de fréquens voyages. U 
avait reçu une excellente éducation : « Son père Héra* 
» dîde et son grand-père Hippocrate. I'^ dit M. Dacier» 
» ne se contentèrent pas àç lui enseigner la médecine / 
n dont C étude est ordinairement stérile quand elle est seules 
» ils rinitièrent dans les sciences qui se tienH/omi toutes 
n par la main , et dont aucune ne saurait être pmr^iùia 
» sans ses compagnes; ils lui apprirent la logique , la 
» physique, la géométrie, Tastronomie , car le médecin 
n ne peut être parfait sans ce cercle de connaissances, n 
Ce grand homme consacra ses jours au soulagement des 



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4oo MERCURE DE FRANCE , AOUT i8ïi; 

mdihèareux ; il refusa , dit-on / tant de lichâses ^ tant 
d'espérances off^tes par le plus puissant monarque de 
FAsie^.il sut résister à tout pour consacrer sa vie aux 
malheureux Athéniens désolés par la peste. Son désin-^ 
téressement , sa constance courageuse , Tamour du nom 
Grec , c'est-à-dire Tamour de la patrie , le font placée 
au-dessus des plus illustres bienfaiteurs d'Athènes. Us 
ont pour lui la mime vénération qu'ils auraient eue 
pour Apollon ou pour Esculape. Ils Tinitient aux mys^ 
ihres sacrés ; ils lui décernent une couronne d'or, il 
jouira de tous les privilèges attachés au titre de ci-^ 
toyen dlAthènes. Toutes ses dépenses, pendant sa vie , 
seront acquittées par le trésor public* La reconnaissance 
de la postérité a garanti la durée des hommages que lui 
rend la reconnaissance libre d'Athènes, et ce même 
homme dépose dans des* écrits immortels les principes 
d'une science dont il fut le créateur ; et ce même honune 
dans les autres sciences étrangères à son art déploie une 
profondeur de génie et une étendue de connaissances 
qu'on a peine à concevoir dans un seul individu ; et ce 
même homme, d'un pinceau également vigoureux et plein 
de vérité , fait le tableau des médecins qui déshonorent 
leur profession par leur avidité , leur ignorance et leurs 
vices , qui dégradent le plus noble des arts en trafiquant 
de la vie et de la mort des honunes: imposteurs d'autant 
plus dangereux , ajoute Hippocrate, que les lois ne sau« 
raient les atteindre et que l'ignominie ne peut les humi-^ 
lier. Aussi combien ses écrits n'appellent-ils pas le res-» 

ijeçt sur sa personne même ! on y voit la candeur et 
lionnêteté de son caractère. Avec quelle touchante firan« 
chise il rend compte de ses malheurs et de ses fautes! 
Avec quel charme il trace le tableau du véritable méde-«> 
cin ! L'auteur du voyage du jeune Anacharsis en a ras-» 
semblé les principaux traits , et le. talent de cet illustre 
moderne a su leur donner une physionomie et. un intérêt 
nouveau. Je ne peux mieux terminer cet article qu'en 
rappelant aux jeunes médecins ce morceau qu'ils devraient 
avoir toujours présent à la mémoire, et que l'auteur de 
l'écrit que j'examine semble avoir pris pour règle de sa 
conduite. Boixs. 



lizedb'y Google 




LITTÉRATURE ET BPAUX-AÏIT3: 

TaMAAU PES peuples qui habitent J-TurOPE , CLJ^SfAf 
d'aPAÂS les langues qu'ils PARLE17T , ET TabLEAU DBS 
KELKaOKS QU ILS PJBIOFESSEKT J par FrÉDÉRIC SciïOELL. 

Sea^nde édition ^ entièrement refondue et considéra- 
blement augmentée. — Un vol. in-S** , avec une carte 
géographique. — A Paris , chez F. Schoell , rue des 
Fpwés-Montmarlre , n® i4 , passage du Vigan. 

Il y a dçHX ans que M. Schoell nous donna la pre- 
mière édition ou plutôt Tesquisse de l'ouvrage que nous 
aniic^nçons. Les deux parties dont il est composé ne 
formaient artors qu'une centaine de pages in-i8. Elles 
forment aujourd'hui un volume in-8® de 35o pages '; 
Fauteur , cependant , n'y a rien ajouté d'inutile , mais 
on peut dire qu^il en a fait un ouvrage entièrement neuf, 
en donnant très-souvent les preuves de certains faits 
qu'il s'était d'abord contenté d énoncer , et en dévelop- 
pant dans quelques appendices très-curieux des ppinions' 
qu'il avait sin^j^ement émises. 

Les deux Tableaux que cet ouvrage présent^ sont 
dignes de l'attention de tous les lecteurs éclairés. Ils 
nous offrent la division de TEurope sous les deux rap- 
ports, les plus intérjBssans peut-être aux yeux de l^obser- 
vateur philosophe : celui des langues et celui des reli- 
gions. M. Schoell démontre fort bien l'importance du 
premier dans l'introduction qui ouvre ce volume. Le 
mot de nation , dit il , peut être pris dans trois accep- 
tions différentes. Tantôt il désigne tous les habitans d'un 
nxême pays compris dans des limites naturelles, sans 
avoir égard à leur origine ni |ileur langage; tantôt ou 
appelle nation Tensemble des peuples qui forment 1^ 
même association politique , qui sont régis par les mêmes 
lois ; on peut enfin rapporter ce mot uniquement à l'ori- 
gine des peuples , sans considérer ni le pays qu'ils habi- 
tent, ni le gouvernement auquel ils sont soumis. Sous 

Ce 



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4oi ; MERCmiEDE FRANCE, 

les deux preoiiera rapports, obserre Qotre auteur , les 
lu^oas ont éprouvé de grandes et fréquentes révolu- 
tions. Des peuples entiers ont changé plusieurs fois de 
domicile ; des peuples entiers ont fait successivement 
partie dIStats différens. Ainsi les Goths qui , dans le 

3 uatrième siècle de notre ère, habitaient vers les bouche^ 
u Danube , se retrouvent au cinquième en Italie et en 
Espagne, et c'est en Suède qu'on doit les chercher au- 
jourd'hui ; ainsi les Livoniens ont successivement obéi 
aux gouvernemens polonais , suédois et russe. Cepen- 
dant , quelque fréquentes qu'ayent été sous ces deux 
rapports les vicissitudes de la fortune des pauples , une 
oonnaissance superficielle de la géographie et de l'his- 
toire suffit pour en établir la classification ; mais il n'en 
est pas ainsi de leur troisième caractère : Torigina des 
nations ne peut changer comme leur existence politique , 
ou leur domicile ; ec bien que les efiets de cette origine 
s'altèrent et par la succession des tems et par toutes les 
i^volutions politiques , il en reste un trait distinctif qui 
ne peut s'effacer entièrement. Ce trait c'est la langue 

Sue ces peuples parlent , et qui , malgré toutes les modi- 
cations qu'elle éprouve , dure autant qu'eux et quel- 
.quefois leur survit. Il s'ensuit de là que l'étude des lan- 
gues est un des plus sûrs flambeaux dé l'histoire ; qu'elle 
^eule peut souvent mettre Thistonen sur les traces d'un 
peuplç qui se montre pour la première fois i ou qui 
repérait après s'être retiré de la scène du monde ; que 
dans les langues doit sç trouver le secret des origines 
communes ou diverses , des parentés des peuples et de 
^eurs migrations , et souvent même de la différence de 
leurs génies. Homère distinguait les hommes , en géné- 
ral , par l'attribut de la parole (roca/es homints). Buffon 
disait : le style est l'homme. On pourrait ajouter avec 
autant de justesse : la langue est la nation. 

Mais , dit M. Schoell , si l'étude des origines par les 
langues est un objet de la plus haute importance pour 
l'historien , on n'arrive à la vérité dans cette étude que 

f>ar un chemin semé d'écueils. La comparaison d'une 
, angue avec une autre est souvent une entreprise délicate 
^oùToQ ne saurait trop se défier des rêveries de l'éty- 



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AOUT iSia. 4»3 

mologie et des prestiges de rintâgiuation. H faut , avant 
de s'y engager , bien déterminer quels sont les mots dont 
la ressemblance ou ridentité, d'if ne langue à 1 autre, prouve 
qu^elles ont une même &ouit:e; quelles règles il faut 
suivre pour reconnaître un même mot , malgré les allé-* 
rations qu'il a subies, et quelles sont les fortnes gram- 
maticales qui, n étant pas communes à toutes les langues, 
Souvent la parenté de celles qui en sont en possession. 
« Scboell expose quelques-unes de ces règles , puis se 
référant awt auteurs qu'il a consultés > savoir : MM. 6at- 
terer et Schloezer , et sur-tout MM. Adelung et Vater , 
•il aborde le corps de son ouvrage. Il distingue en Europe 
trente-quatre peuples dilférens , qu'il réduit à douze 
classes'princi pales , ce qui annoncé que nous avons en 
Europe douze langues mères ; nous ne les nommerons 
pas tontes; mais quelque brillant que soit ce titre dm 
langues mères , nous observerons en passant que plu* 
ateurs d'entr'ellès y font peu d honneur. Le fran^is , 
Fitalien , 1 espagnol ne sont que des rejettons de la langue 
latine ; les langues basque , celtique , cimbrique , let- 
tcme et finnoise sont originales ; mais les filles du latin 
Be leuf envieront point leur maternité. 

Cest par Toccident et le nord que M. Sckoell com- 
mence sa revue des langues européennes ; il la termine 
par rorient et le midi, li parle d^abord des Basqoes qu'il 
regarde avec tous les savans comme des restes des Oel« 
libériens ou des Cantabres. Ses qpinions sur les Gelies et 
les Cimbres paraîtront plus nouvelles aux savans tran* 

gis. M. Schoell ne voit de Celtes qu'en Irlande et en 
)osse. Les habitans du pays de GaUes et nos Bas^Bre- 
tons , qui se croient les Celtes par excellence , ne sont ^ 
aelpn lui^ qu'un mélange de Cimbres ou Belges et de 
Gaulois : leur langue n'a pas seulement des motroelti- 
gues et cimbriques. Le séjour des Romains dans la 
Grande-Bretagne y a mêlé au.ssi des mots latins; et les 
mêmes faits qui servaient aux enthousiastes du bas-bra» 
ton à en prouver 1 antiquité et la presqu'universalitédans 
Vancienne Jgurope y il s'en prévaut pour attaquer jusqu'à 
son originalité. " 

. M. S^hgell traiîte beaucoup mieux kits peuplesigenôa^ 

Ce 2 



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4o4 MERCUBE DE FRANCE, 

aiques ; divisés en deux grandes familles , les TeatoMcC 
les Scasdinaves , ils couvrent une grande paràe de l'Eu^ 
rope y et leur langue ti-ès-cultivée dans le dialecte nommé 
le haut allemand est La plus riche des langues modemet«, 
M. Schoell en expose très^bien les avantages , tels que 
la faculté de composer des mots, Tusage .fécond des 
prépositions pour leur donner des significations noa<» 
veliei , l'emploi de Taceent tonique qui , dans un mot 
composé I dirige 1 attention sur telle ou telle de ses parties 
et les différens ordres de construction» Peut*<ètre n'a*t-il 
pas exposé aussi complètement les désavantages de la 
langue allemande ; la pauvreté et Tembarras de &es con«- 
jugaisons , le retour fréquent de certaines désinences 
désagréables , Tinconvénieat des particules séplrables 
des verbes , el celui de ia construction tran^o^tive ; 
«dais noua devons dire à sa décharge qu'il était pkis 
ulile de monirer aux Français les avantages que les 
défiittts d*i»ne langue (pii est aujourd'hui si ridie en ou* 
mages excellens. 

Les Ungues dérivées du. latin ont foumî à l'avleiir 
l'occasion de parler des deux langues latines anciennes» 
dont Tune était pariée par le peuple, et l'autre par les 
geiisl>iffli élevés. Ce futia première qui fut portée dans 
les provmces , circonstance qui n a pas servi à la per- 
fection des idiâmes modernes qui en sont nés. Le tran*» 
^is est criai dont M. Sehoeil s'occupe daivantage. ttlui 
e^ Sième ixinsacré son troisième appendix , tiré d^Mt 
dieieitetien de M. Beck publiée à Léipsick. Des diffi^ 
rentes soctions /qui le composent , nous recommandons 
)nrÎQCtpfllemen4 celle qui contient une Itstede mots fran- 
çais pris de Tallemand. Elle est beaucoup' plus nom^ 
foreese^q^^on ne pourrait croire , sans èke k beaucoup 
près complète , et elle prow^eraeux plus incrédules qu'il 
est impossible de travailler aux étymplogtes de notre 
kftgpie sans bien connaître les deux principaux dialeetes 
4e rettemend. 

Hoois ne suivrons pas M. Selio^ dans son tal>lei^« des 
ueiifiles filaares , dans ceioi des Lettons , des Finn<Ms, des 
Hongrois , des Albanais et des Turcs* Nous pesserons 
Joâie.ceiùi def Grecs., quoiqu'il contknne des -détaiif 



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AOUT i8i^. ' 4o5 

trjte-^insfnict^fs sur les diffërens dialectes du grec incH 
dérne et sur les quatre styles qu'emploient les écrivains 
Grecs d aujourd'hui. Un morceatf encore plus intéressant 
""gaous appelle : c'est le premier appendix , tiré d un ou- 
vrage de M. Frédéric Schlegel , sur Fanalogie de la langue 
indienne ou aùmscrite avec le grec , le latin ^ le persaa 
ou Fallemandv Ce rapprochement paraîtra sans doute 
fort extraordinaire; mais '\\ nen a pas moins été fait 
d'api-ës toutes le» règles développées par M. SchoeH dans 
son introduction. On a comparé les mots dont Tusage 
est le plus, commun , beaucoup de racines principales et 
les formes grammaticales essentielles. [Aprèa avoir lu 
ce mi|Aaatt avec attention ^ cm ne peut guères s'empê- 
cher ^Reconnaître «t ran8k)gîe sur laquelle Vauteur in^ 
siste, et f antériorité du samscrit aux quatre langues qu'on 
vient de lui comparer. Nous oserions même assurer que 
pour céllea de ces langues 4{ue nous connaisaon», Teu- 
leur n a pas usé de toutes ses ressources. Peut-être mi 
Jour Cette opinion sera-t-elle démontrée jtisqu'à Févi- 
dence , et ce sera un vaste champ ouvert aux conjectures 
de ceux qui tenteront de Texplrquer. 

L'appendix n® V, où il est question de.lalangue turque, 
ofirira «[loore un morceau très*cnrienx. Ces t «ne pièce 
«le la chanceiterie ottomane traduite en français^ et dans 
laquelle ona em soin d'imprimer en italique tous leaihota 
persans et arabes dont lecrivain turc s'est servi. Ils ea 
forment plus des sept huitièmes. (^elqtieétonn«ite<|U9 
kkcbosepâîsse paraître, elle lésera âioins pour quiconque 
voudra (aire la même opération sur quelque prosateur 
aiigbris^ en mettant en italique tous les mots entpruntés. 
miX langues latine et française. 

. Nous terminerons rannoftce de ce tabkau des peuples 
européens classés d après leurs langues en diiscàit que 
M. SchoeH y a joint une carte où les pays qii*ils hatbitenl 
•ont désignés par difiérenles couleurs. Il est assez ^-^ 
^ant d'y voir les Grisons et les Valaques colôriéa 
comme les Français et les Espagnols* 
- Ce qui distingue le tableau des religions , c'est l'exccl- 
fent ordre dans lequel M. Sdioell a classé sous ce rap-' 
port les peuples européens et même la plupart de. ceux 



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4c« MERCURE DE FRANCE, 

de lancien monde. Il commence par établir deux grandei 
divisions : la première, des systèmes religieux qui mécon- 
naissent le vrai Dieu : la seconde, des systèmes religieux 
qui reconnaissent un seul Dieu. Dans la première classe 
se rangent d*abord le culte des Fétiches et celui des aatres, 
ensuite l'anthropolatrie ou le culte des hommes, qui com- 
prend Tancienne religion grecque et romaine, lelamisme 
et la religion de Foe. On y voit avec plaisir que Fauteur 
ne range point les Grecs ni (es Romains parmi les ido- 
lâtres, et qu'il explique la religion de Zoroastrede ma- 
nière que le manichéisme ne peut pas s en appuyer. Ari» 
niane y est bien représenté comme lantagQuiste d'Oro- 
mUze , mais au-dessus de tous deux se place unJjhmier 
principe sous le nom de Zerune-Akerone. ^* 

On voit aussi avec plaisir que la seconde division / 
celle des adorateurs d'un seul Dieu , l^omprend beaucoup 
plus de peuples que la première. En Asie , outr^ les dis- 
ciples de Zoroastre dont nous venons de parier , «lie 
compte à la Chine les sectateurs de Confucips^ et dam 
rinde ceux du Bramisme. En Europe, il n'est aucua 
peuple qu'on ny doive ranger. M. Schoell les partage 
en deux classés, les déistes qui n'admettent point de 
révélation, et les adorateurs de Jehovah qui forment 
trois nouvelles divisions, selon qu'ils admettent une seule 
révélation ou qu'ils en reçoivent encore une seconde et 
une troisième. On voit que les uns sont les Juifs , 1er 
autres les Chrétiens, et les demiei's les Musulmans. Les 
premiers et les derniers ont été les plus faciles à s.ab- 
diviser : ceux-là en Talmudistes et Caraites , seloa 
qu'ils admettent ou rejettent le Talmud ; les autres' en 
disciples d'Omar ou d'Ali , en Sunnites et Schiites selon, 
qu'ils adoptent ou réprouvent la Sunna. La classification 
des Chrétiens était beaucoup moins aisée , M. Schœlfr 
ein fait d'abord deux familles : celle des Chrétiens qui. 
entre la Bible reconnaissent une autre autorité en 
matière de foi , et celle des Chrétiens qui ne recon- 
naissent, en matière de foi , d'autre autorité que la Bible. 
Ce serait sortir des bornes de cet article que de suivre 
l'auteur dans les nouvelles ramifications de^ ces deux 
branches principales. Elle sont trop nomlireuses et tien* 



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AOUT i8ia. 407. 

ment à êfi$ o^piniGOê iliéologiques dont le simple exposé ^ 
serait mên^ déplacé dans ce journal. Contentons- nous 
d'obsierver qu'aucune des subdivisions de notre auteur. 
n>st arbitraire ,, et qu'il règne dans toute celte partie 
de son ouvrage une grande clarté. On y trouvé, même 
des choses très-intéressantes et généralement peu con-r 
nues. De ce nombre sont les véritables opinions de Tan- 
cienne église grecque sur la transsubstantiation et le pur- 

Îatoire , opinions assez peu différentes des sentimens de 
.uther pour que ses disciples eussent pu concevoir , au 
seizième siècle , quelque espérance de se réunir aux 
chrétiens grecs. De ce nombre encore est une courte 
histoire de l'église catholique et janséniste d!Utrecht, 
qui a sAbsisté cent ans séparée à*la-fois des protestans et 
de réglise romaine , proscrite par le chef des catholiques 
et soutenue par un gouvernement protestant , et qui n'^ 
été enfin rétablie dans la communion du pape que par la 
réumon de la Hollande à l'Empire français. Citons enfin 
Fappendix n® III de cette partie, sur les Sabéens , Gali- 
léens ou chrétiens de Samt-Jean. Ce peuple singulier 
qui habite dans les environs de Bassora , et dans quel- 
ques parties de Tlnde, de TÂrabie, de la Syrie et de la 
rerse , ne suit point , comme on pourrait le croire , les 
préceptes de Tévangéliste saint Jean , mais il prétend 
tenir sa rtligion de saint Jean-Baptiste. On jugera avec 
quel fondement , en apprenant que bien qu'entée sur le 
judaïsme , elle est mêlée d'opinions chaldéennes , de 
quelques préceptes de Tévangile et de pratiques qui leur 
sont communes avec les chrétiens. Ils vivent d'ailleurs 
entr'eux dans une concorde exemplaire et pratiquent 
rhospitalité. Les détails que nous donne M. Schoell sur 
leurs livres sacrés, leurs cultes et leurs prières, sont ex- ç 
trèmement curieux. 

Je ne sais si Ton trouvera que j'ai donné trop d'étendue 
fc l'annonce d'unrvolume dont la grosseur est assez mé^ 
diocre ; )'ai cependant cherché à être court , mais il est 
difficile de Tètre en analysant un ouvrage aussi plein de 
choses que celui*ci. L'auteur a très-bien rempli le but 
qu'il s'était proposé en le composant ; et je n en connaië 
point, du moins en français , que Ton puisse consnlter 



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4o8 MERCURE DE FRANGE; 

plus éonraiodéoient et avec plus defnrit pout ôonntfitr^ 
ks peuples de notre Europe sous le double rappoi^ do 
leurs langues et de leura religions. C. V. 

ŒtytHES ©ï PoHCE Dsirts ( EcoxrcttjuiD ) tt Biroir , 
membre de FInstitut de France et de la Légîon-d'Hon- 
neur , mises en ordre et publiées par P. L. QntGXJTnt , 
membre de Tlnstitnt; et précédées d'une Notice sur sa 
vie et ses ouvrages , rédigée par l*Editeur. ■ — Çuatre 
vol. in-8** , imprimés par Crapelet. — A Paris , che2 
Gabriel ffarée , libraire, quai Voltaire , n* 21. 

(deuxiâmiî a&ticlx. ) 

Il n'est pas sûr que notre langue fiit dTafcord aussi 
étrangère qu'elle paraît l'être aujourdTiur , aux expres- 
sions et aux tours poétiques les plus hardis ; je ne dis 
pas à sa première origine et dans le misérable état de 
bégaiement où elle resta pendant sa longue enfance , 
qui dura près de quatre siècles ; mais lorsque , dans le 
seizième , elle se dégagea enfin de ses langes , et que sous 
la plume de quelques grands écrivains, elle commença 
à prendre de la régularité , de la force et de la noblesse. 
Pour ne parler que des poètes , celui qui eut alors le 
plus de réputation fut Ronsard. Cest lui qui Ta le plus 
complétemerrf perdue : les autres soitt cruBlîés; hri, on 
le cite souvent cdmme un modèle de ridicule et de mau- 
vais goût. Ces vers de Boileau : 

Réglant tout , brouilla tout , fît un art à fa mode , 
Et toutefois loo^-tems eut un hsureux destiti. 
Itfaîs sa muse , eo français parlant grec et latin , 
Vit dans Tage suivant , par ufa retour grotes(]ue , 
Tomber de ses grands mots le faste pëdantei^e , 

sont souvent répétés, et Von ne voit eus Ronsard <faé 
ce brouillon, ce versificateur grec et latÎD en langue 
française , cp poète ^i n'écrivit qu'avec pédanterie et 
«veG te faste, des grands mots. Il y a sans doiite de toiit 
tela dans son style ^ et quaud.il doaiie à un elifaiit mori 
^ans se^ premières années le« titres ^Ocymort^ OligOf- 



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AOUT 1811. 409 

ehronién^ et quand il adresse à Apollon eefté stroptio 
entière: 

O P^re , 6 Phœbds OytiùÀvû , ' 

O siiitct ApoUoû Pjthi«rt « 

Séign^m' dé Déto , iile c^ià^ , 

Cyreaélh FaUréatt r 

Pav fcn 1er tMpîé th^mbi^tfa 

Les eàolas foivrèf deriotf ; 

y est bien permis S un Français de trouver cela beau- 
coup trop grec ; mais dans ce début d'une de st% odes , 
quoique le mot grec Dircéan s y trouve encore ; 

Efrant dms lé* dianaips de le Graoe 
Qm teint met vei^ de tes eoulenrs , 
Sur le» bordf Direémos f amacae 
L^élite des plus bettes fleurs; 

mai^ dan^ ceux où il dit en parlant d\ih6 rose à une 
belle : 

Les plb de sa robe pourprée , 

Et son teint , au yôtre^ pareil ; 

lorsqu'il s'écrie : 

O traiment marâtre nature , 
Paîsqii*une telle fleur ne dure 
Que du ntatia jtfs^es ëu sokf 

lorsqu'il donne à cette rivale de la rose les conseils in- 
téressés d'un amant : 

Tandis ^e Fotre âge fleuronne 
En sa plus yerte nouveauté , 
Cueilles , cueilles yotre jeunesse ; 
Comme à cette fleur la vieillesse 
Fera ternir yotre beauté ; 

il ny a là certainement ni grands mots ni pédanterie. 

Ce poète do»na le premier une forme harmonieuse à 
nos vers et à nos strophes. Il essaya aussi le premier 
d'empi^unter de Pindare et d'Horace cet art des dîgi'es-» 
sions épisodiques qui agrandit les sujets , les vaqe et tes 
ennoblit i et dans plusieurs de ses odes , il y réussit par- 
faitement, La dixième du premier livre est celle où il y 



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iio MÈUCURE DE FRANCE , 

TéoMÎt le mieux. Elle fut regardée tvec raison x6iiune 
la plus belle; il y chante les louanges du chancelier dob 
1 rlâpital , qu'il loue sur-tout d'avoir ramené des cieux 
les nlles de Mémoire ; c'est Téloge de la poésie autant 
que de ce grand hojnme. Hésiode a fourni au poëte la 
fable de la naissance des Muses , toutes sorties d*un seul 
enfantement du sein de Mnémosyne , rendue mère par 
Jupiter. La déesse les. conduit devant leur père, dans 
un festin que lOcéan donnait aux Dieux. Elles chantent 
plusieurs traits de la mythologie , et enfin la révolte des 
Titans contre les Dieux, et la victoire de Jupiter. Il est 
enchanté de leur voix , de leur poésie , et leur accorde 
pour récompense tout ce charme et tout ce pouvoir 
quelles exercent sur la race humaine par Torgane des 
grands poètes , dociles à leur inspiration , et fidèles aux 
lois de rhonneur et de la vertu. Kevenues sur la terre , 
elles inspirèrent d'abord les sibylles , les oracles , ler 
prophètes , qui s'exprimèrent tous en vers ; ensuite les 
poètes antiques , jusqu'au moment où la barbarie couvrit 
la terre ; alors le bruit continuel des armes effraya la 
filles de Jupiter , et elles retournèrent dans les cieux. 
Elles y restèrent long-tems. Lorsqu'elles veulent revenir 
sur la terre , le Dieu va trouver les Parques , occupées 
à filer la destinée des mortels. Clotho terminait alors U 
fusée de la pius belle pie quoncques retordirent ses doigts. 
Elle la remet aux mains de Jupiter, qui crée tout exprès, 
en la présence des Dieux , un nouvelhomme à son image et 
lui donne toutes les perfections et toutes les vertus. C'est 
lui qui ramène ici-bas les Muses , pat ordre du maître 
des Dieux , et qui leur sert de guide et d*appui. L'éloge 
mérité des vertus, des grands talens de l'Hôpital , de son 
amour pour les Muses et de la protection qu il leur ac- 
corde, termine cette longue fable, longue san^ doute, 
car dans cette ode qui a soixante^douze strophes elle en 
occupe soixante , mais qui dans un tems où toute la 
France regardait comme de très-bon français la langue 
dans laquelle elle est écrite , dut exciter une admiration 
générale. 

Dans une autre ode , adressée au roi Henri II , c'est 
la fable de Francus échappé à Vincendie de Troie, et 



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AOUT i8ia. 4tt 

tige prétendae des Francs. Dans une autre , an Dauphin 
qui lut depuis le roi Françoiâ II , c>st une fable deVin- 
vention du poëte. Catherine de Médicis , jeune nymplie 
n'aimait , comme Diane , que la chasse et les forêts. 
Accablée de fatigue et de chaleur , elle dormait sqr les 
bords de TAmo; Jupiter la vit, en fut épris, et v^ul^t 
en )ouir : le Dieu du fleuve l'arrête en lui prédisant 
que le fils qui naîtra de cette njnnphe sera plus gr^d 
que son père. Klle est destinée à un prince français ; et 
cest de leur hymen que doit naître un rejetton à qui l^s 
parques ont prédit le comble de la grandeur et de Ift 
gloire. Le Dieu réprima son amour; Thymen fut célébré} 
. dix ans se sont écoulés; 1^ prince vient enfin de naitre; 
et le poëte lui prédit qu^il vaincra , qu'il soumettra un 
jour les souverains de l'Europe entière ; qu'ayant étendu 
de toutes parts ses conquêtes , il rentrera en triomphe 
dans la capitale de son empire ; il décrit ce triomphe et 
chante rh3muie de victoire , qu'il termine par des vœux ^ 
pour la paix. 

Des sujets moins élevés amènent d'autres fables; par 
exemple , l'éloge du navigateur Bélon , aloirs célèbre , ne 
manque pas de rappeler au poëte l'expédition des Argo- 
nautes et la conquête qui en fut l'objet. Des digressi#ns 
moins étendues , des allusions continuelles aux fables 
anciennes , et ce qui valait mieux, ce qui le reiulait plus 
national , des noms français d'hommes et oi^ lieux 
souvent employés , des éloges du Vendomois son pa£S , 
de la forêt de Gastine , de la rivière du Loir , de la foiw 
taine Bellerie ^ et de courtes descriptions de ces agréa- 
bles paysages, animent et vivifient un grand nombre de 
9es odes. 

Son style , comme nous l'avons déjà vu , n'est pas 
par-tout aussi mauvais qu'on le croit. En imitant les 
Grecs et ^les Latins , il est loin d'oublier toujours le génie 
naissant de notre langue. On reconnaît en même tems 
le disciple des poètes anciens et le poëte créateur d'eit- 
pressions françaises qui n'ont rien d'étrange ni de bar- 
bare dans cette comparaison de la paix avec les pluies 
du ciel après la sécheresse : 



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4i» MERCURE DE FRANCE. 

Aûui ^e l«f oklaps tapittei- 
De panipre (i) , ou A*éfw» heimu , 
Apres les chaleurs aunrekMiet , 
Désirent les filles des naes (a) ^ 
Ainsi la France t*attendaîc v 
DoQoe novrricièra das homalea « 
Douce rosée qui coosoiomes 
La chaleur ^ui trop nous ardait (3). 

On le reconnaît de même quand îl dît : (Jftf'ïl verse la 
rosée de la louange sur la race des Valoir , 

Goome tiii ^pit prand fMi6 eM|W « 
Seul hdmieur de toii tkrésor , 
Et, dé rang , rerse 1^ la troupv 
Du TÎn (pn rît dedaut Tôt. 

<^9nd il ajoute que l'oreîlle du roi boira la dmioê 
merveille qu'il y veut répandre } quand il emploie le 
verbe chatouiller , presque aus^i poétiquement que le 
grand Racine a dep^is osé le faire , 

Lé ééèur dé cette jeune hande (4> 
Chafomllé d*nii noble désir ; 

quand il appelle le fond de la met le séiA ée$ phÙMi 
salées , et sa surface les campagnes vertes j un U^plaims 
humides ; quand il place dans ces profonik foyaomet 
de Tocéan ^ 

Les semences de toutes choses « 
ïternelles filles des eaux , etc. 

tout cela est neuf et hardi ; mais aucune de ces expres- 
sions n'est repoussée par le génie de la langue. 

Les inversions dont il use fréquemment , sont quel- 
quefois très-dures ; quelquefois aussi elles ont de b 

(i) Enjambement ç[ui n^était point alors regardé oomtaié uué Inté.* 
(ai) Lés pluies. 

(?) Nous brûlait. Ardr9 était alors aussi français que hMsr FM 
maintenant. 
(4) De la jeuAt troupe des Muses dont il ehiott la naissance. 



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AOUT i8«; 4iX 

inollesse et de la grâce , comme daiia le dernier de ces 
quatre verM : 

C^i ^i ii« Bons hoB«re 
ComnM propliëtes des dieux « 
Pleio cl*iui orgueil edieut , 
Lai ilitux il Biiprise encore. 

Ses comparaisons ont souvent quelque chose de bkarre ; 
mais il les exprime avec une force singulière , et toujours 

Soétiquement. Telle est celle-ci qu'il met dans la bouché 
é Jupiter parlant aux Muses ses filles , mii viemient de 
chanter poyr la première fois devant liu. Comme l'ai- 
mant , dit-il , inspire sa force au fer qui le tpuche , puis 
ce fer attire à son tour un autre fer qui en tiris d'autres 
après lui; 

Ainsi ^u>oaJ(UU de Latopiif , , 

Je rarirai Tesprii ^ mpi : 

Lui , du pouvoir que je lui donne 

Ravira les Tostres à soi ; 

Vous par ia force jâpoUmé^ (5) 

Ravires les poëtes sakHs ; 

Eux , de votre puissance aHeints , 

liaviroitf la to.nrbf» é^on^éc. 

On apra beau dire ; il n'y a rien de méprisable y ou 
plttt^ , $i Von se reporte à cette enfance de notre poésie 
et de notre langue , il n'y a rien que de louable dans de 
parfaites iinages , rendues en de pareils vers. 

Depuis environ la moitié de ce siècle jusque vers la 
£n, ^nsard continua de régner sur notre Parnasse; 
ciai^ àm$ les dou2e ou quinze deoiières années un astre 
nai^ant fit pâlir le sien , ^ Téclipsa bientôt après entiè- 
rexBuejtit. molhurbe vint ; il sentit mieux le caractère 
de la tangue , qui était plus avancée ; il fut doué d'un 
aeotimofit esquis de Tharmonie ^ il perfectionna le 
rbythme , et donna aux strophes «ne eoupe mélodieuse 
et aa^wle , à laquelle on n'a presque rien ajouté depuis. 
£o un mot, il mérita , dans tous les points > Téloçe qu'en 
a £iit le législateur de notre Parnasse. 

(9) Sptdikte composée k SI manière , pour dire la force d* Apollon* 



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4i4 MERCURE DE FRANCE, 

Son génie est moins hardi , moins fécond , moins in* 
ventifque celui de Ronsard. Ses plans sont moins vastes; 
H trace jnoins grandement ses dessins; il rattache moins 
d^accessoires à ses sujets principaux. Sa première grande 
ode, à la reine Marie de Médicis, pour sa bien-venue ea 
France, sur vingt-trois strophes n*en a que deux épiso- 
diques^où le poëte feint que, tandis quelle voguait sur la 
nier , Neptune épris de sa beauté , voulut la retenir. Tout 
le reste est en éloges , en Vœux el en prédictions f^ 
rieuses. L'ode sur Tass^ssinat de Henri-le-Grand , à ta 
fin de i6o5/ a plus de mouvement et plus dinventioa. 
L'invocation au Soleil et lautre invocation plus étendue, 
adressée au génie qui préside à TEmpire firançaîs, et la 
fiction du dieu de la Seine qui voyant commettre ce par- 
ricide se replonge dans ses eaux avec ses nynaphes 
effrayées, ef cette belle apostrophe que le poëte leur 
adresse quand le péril est passé : 

RereDex , belles fugitires ; 
De quoi rerses-rous tant de plean? 
Assarei toi amet craintiTes ; 
Remettes Vos ehapeatix de fiei|vs , 

sont d^une riche et brillante poésie. Dans la seconde à 
Henri-le-Grand , dans celle au duc de Bellegarde, dans 
la première et la seconde ode à Marie de Médicis sur sa 
xégence, il y a de grandes beautés , mais presque toutes 
nécessairement dictées par le sujet et qui font admirer 
Tordre des idées , la clarté , la noblesse du génie de 
l'auteur , plus que son imagination. La seule peut- 
être où il paraisse animé de l'esprit de Tode antique est 
Touvrage de sa vieillesse , c'est celle au roi Louis XJfl 
marchant pour aller punir les Rochellois. LVpparition 
de la Victoire aux bords de la Charente e/t son habit de 
gloire , et la fable des Titans subitement et naturellement 
amenée , sont tout-à-fait dans, le genre de Pindare. 
Malherbe y dit : Je suis vaincu du tems; et cette oi^ 
seule assusec^it son inunortalité. 

Il est d'autant plus important de se rappeler les ser- 
vices qu'il rendit à notre langue, que cette langue eslea- 
core entre ses mains pleine de nouveauté, de hardiesse, 



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AOUT iSïik. 4iS 

jetsiènie d'audace , si on I^ campare à presque tous les 
poètes qui Tout suivi. On peut dir9 que, quant au style*, 

.nos plus grands poètes de Tàge suivant ont été quelque* 
fois ce qu'il est presque toujours. 
Boileau noua dit : 

Marchez donc sur «es pas ; aiûios sa piîr^té « 
£t de son tour heureux imitai la clarté. 

Relisez maintenant ses plus belles odes en vous rappel 
lant ces deux vers ; il n'y en a que huit ou dix , et je les 
ai presque toutes citées ^ vous verrez , dès la première à 
Henri*le-Grand , un coup de foudre j 

Qui montre aux ambitieux 
Que les fureurs de la terre 
Ne sont que paille et que verre 
A la colère des deux. 

Vous entendrez le poëte demander aux peuples qoeUes 
victimes ils offriront j 

Et quel indique séjour 
V Une perle fera naître 

D*aM«> de lustre , pour être 
La marque d*un si beau jour ? . 

Vous verres que Cazaux , Tappoi des mutins, est tombé , 
9t qu*un Akide , fils d'Âlcide , 

A qui la France a prêté 
Son inriDcible génie , 
A coupé sa tyrannie 
- D*on giaîye de liberté ; 

hardiesses qui sont toutes placées à la fin de trois strophes 
consécutives. Dans les fragmens de la seconde ode au 
même roi , qui font regreter qu'elle n'ait pas été finie , il 
lui dit : Jamais journée ne fut plus heureuse pour toi j 

Non celle (6) où ta rencontrai 
Sur la Dordogne en désordre 
L'orgueil ^ qui tu fis mor^e 
La poussière de Centras. 



(6) Ellipse » pour nop p0tjnêm$ C€U$. 



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4i$ MERCURE DE FRANCE, 

Il ajoute : Gazeux, ce Titan qui se moquait des dfiiz, a 
vu $Qn audace arrêtée par le trépas j 

Et M rage infidMe , aux étoiles mooiép « 
Du plaisir de sa chuté a £ait nre mes jfivx* 

Dans l'ode ^sur la bien-venue de la reine , il appelle le 
roi notre grand Aldde^ ce qui hii diele •suF4e-€bamp 
cette expression hardie et isijigiili^c f 

Et cette yalenr indomptée* - * 
De fui rkomieur •st<r£iix4sdiée, 

qui pourrait bien ne pas paraître claire à ceux qui ne st 
souviendraient pas tout ae suite que c'étaient les ordres 
d'Euristhée qui précipitaient Tautre Âlcide dans ses péril- 
leuses entreprises. Il ne compare point la chute d'uu 
rebelle à celle des Titans qui voulurent escalader le,^ 
cieua;^ mais à }eur rébeUionmdme ^uHl personnifie ; 

Comme la rébellion < ^ 

Dont la fameuse ibUe 
Fit Yoir à la Thessalk 
Oljmpe sur Pelion. 

n ose dire au roi à qui il promet l'immortalité ^ 

Ta louange dans mes vers | 
D* Amarante couronnée « 
N*aura sa fin terminée 
Qu*en celle de TuBivers. 

Au lieu de dire à la reine : les df;s|ijpLeès. dA la France'Ia 
protègent tellement contre les vepts séditieux, que, etç.j 
il lui dit j *• 

I Et la Frauce a l^s destin^^^ 

pour elle tellement fournéef 
Contre les rents séditieux , 
Qu^au lieu de craindre la temFfète , 
. n semble ^ue {amais sa tèie 
Ne fiit plus "V^Msine des oîeiis. 

Jl.dit de nos guerriers : 

Tout a flécbi sdus leur méttict. 



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AOUT i8is; 
tldit à la même reine : 

Que saurait enscigiver aux prince^ 

Le gsanà démon (7) qui les instruit « 

Dont ta sagesse en nos provinces 

Chaque jour n^épanche le fruit ? ^^^ ^^^ K^^r'*»--.^ ^ 

niui dit ailleurs, en poëte fier de son talent et 

d'indignation contre les envieux qui le harcèlent : 

• ** 

Si quelque avorton 4e TEnvie • 

Ose encore lever les yeux , 

Je yeux bander contre sa rie 

L*ire de la terre et des cieux (8) , 

Et dans les savantes oreftles 

Verser de si douces merveilles , «ete. 

n ne dit point : ainsi quand les Grecs partis des bords 
du fleuve ^naure traversèrent la mer de Scythie; il dit 
admirablement : 

i^i quand la Gr^ee partie 
D*où le mol Anaure eoulait 
Traversa les mers de Scythie 
En la navire (9) qui .parlait. 

Pour exprimer les agitations qui signalèrent le commen- 
cement de la régence de la reine y il ne dit point : dans 
quel nouvel orage son courage ne fut-il pas éprouvé? 
mais : 

£n quelle nouveauté d'orage 
Ne fut éprouvé son courage ? 

•t il j^ursuit : 

Et quelles malices des flots 
Par des murmures efiroyables 
A des vœux , k peine payables 4 
N'obligërent les matelots ? 



(7) Le grand génie* 

(8) Cette expression énergique représente la colVre de la terre et 
<les cieux comme un arc qu'il tient dans sa main. 

(9) Navire était alors du genre féminiji. 



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4i8 MERCURE D^.' ^AaNCE, 

Il ne dit point : le repos dont noUè jottlssons nbnis fer# 
Oublier même lusage da fer, si les Èuménî^es ne vien- 
nent point nous exviter à de nouveaux parricides, mais 
il dit: , 

Et si les pâles Edniénide» 

Pour réreiller nos parricides 
' \ ■ Toutes trois ne sortent dVnfef , ciew 

Pour marquer le confie de la félicité publique,' il se 
garde bien de dire ; on verra les moissons jaunir dans 
nos plaines ou même jaunir nos plaines sans 1 usage des 
charrues , il dit : 

Et sansTiisnge des charrues 
* Nos plaines jaunir de moissons. 

Enfin on parcourrait toutes les odes decesageécmain, 
par qui là tangue fiû rëpatée^ sans en trcTuver une seule, 
èt'sàtife trbiitf^r presque une seule strophe où il n'y ait; 
soit dans le tour, soit dans TexpressioU, quelque har-^ 
diesse pareille. % 

Dans les citations que j'ai ehoisieH ctj^me dans celles 
que j'ai- tirées de Ronsard, on petit remarquer trois 
choses. 1°. Ces expression* , à rexception de quelques 
mots qiii ne les constituent pas, et qui ne contribuent cri 
rien à la Wdiéise dès figures , n'ont point vieilli, éi 
sont èiicoré toiit aussi françaises qti'elks Tétàleht dans 
iêiiîr nouvëàiilé. 'à''. Dans ce tems-là mêttie elles étaient 
hardies, extraordinaires, et étrangères non-seuleftient à 
la langue parlée , m$is au style de la prose. 3". Quoi- 
qu'elles soient encore françaises , un poëtè tVançais n'ose- 
rait, pour la plupart, les employer aujourd'hui on ta 
employer de semblables ; on les lui disputerait , on les 
discuterait Tune après l'autre; au lieu de le louer , on le 
blâmerait de ces heureuses inventions. Il est naturel d^en 
conclure qu'il n'est pas vrai que notre langue soit essen* 
tiellement privée de ces caractères qui constituent une 
langue poétique, et que les étrangers s'accordent à lui 
refuser; que ce n'est point ce qui dans n^s premiers 
bons poètes fatsaît Tcssence de c^te langue poétique qui 
a vieilli , mais que ce sont nos esprits qui se sont en 
quelque sorte dépoétisés ; qu'en un mot , cotnme je l'ai 



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AOUT i8i!i. 419 

«m plus haut» notre nation entière a reçu , depuis une 
certaine époque, une mauvaise éducation poétique , qui 
kiifait méconnaître, dans sa propre langue, cette langue 
de la poés\e qui^^ependant y est toujours. 

Elle n'était point encore méconnue quand J. B. Rous-» 
seau parut. Sans compter le grand Corneille , qui lavait 
souvent parlée avec beaucoup d'audace , Boileau , Ra« 
cine et Lafontaine ne s*éta^nt pas montrés moins hardis, 
et quoique Ton vante sur-tout l'exactitude du premier, 
l'élégance du second, et le naturel du troisième, ils ont 
tous trois dans leurs différens styles une qualité com- 
mune, qui est Taudace et le génie d'invention. 

Si j'écrivais sur le style poétique en général , et non 
pas uniquement sur celui qui convient à l'ode , j'en accu- 
mulerais facilement des exemples , tirés de ces trois grands 
jpoëtes ; et cependant Tun n'ayant guère traité que des 
sujets du genre tempéré*, l'autre ayant eu toujours à 
l'aire parler des personnages , au lieu de parier lui-même 
en son nom, et l'autre enfin s'étant rarement élevé au<^ 
dessils du ton familier de l'apologue , aucun d'eux n'a 
pu oser toutce que comporte la langue, et tout ce qui 
^est permis à un poète lyrique. Rousseau, élève de Des- 
préaux , pouvait donc, sinon être plus hardi que ne Tont 
été quelquefois ces trois grands maîtres , du moins Têtre 
plus continûment qu'eux , dans Un genre qui exige ce 
que Iml genres ou ils se sont illustrés leur ont seulement 

Eermis. Il pouvait modeler Iç tissu de son style sur les 
ardiesse^ au leur^ et sur celles dont Malherbe lui don- 
nait habituellement l'exemple ; mais la nature , en le 
4oqant de plusieurs des qualités qui constituent le poëte, 
l'avait inoins libéralertient traité à cet égard. Une no- 
blesse et une élégance soutenues , une clarté parfaite , 
.une abondance d'images suffisante pour animer le style 
et l'empêcher de languir , un sentiment exquis de l'har^ 
monie , et le talent de plier sa pensée à toutes les fonue3 
de la période poétique , distinguent éminemment Rous- 
seau. Il est plus vaste et plus fécond dans ses plans que 
Malherbe , mais il est moins inventif et moins hardi dans 
4on style; il ose beav^coup moins que lui. 

Il est cependant loin de manquer dç ce mérite j et Y on 

Dd d 



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4^0 MERCDRE t>E FRANCE r 

trouve datis ses belles odes un assez grand nombre de 
ces «expressions créées , qui furent signalées comme des 
fautes par les critiques de son tems. La.première de ses 
grandes odes où le poëte libre dans sa ^rche*a semé de 
ces ornemens épi^odiques, qui sont si fréquens dans 
Pindare et dans Horace, et dont Malherbe usa trop 
parement , eat Tode sur la mort du prince de G}nti. 
Apres un juste tribut de regrets et après des pensées 
philosophiques naturellement amenées par ce triste 
sujet y le poète remonte au berceau des sociétés y à 
Torigine des lois et des rois , à qui fut commis le soin 
de les taire observer. Mais ces rois ont laissé appro- 
cher d'eiix la flatterie qui a corrompu en eux les sources 
du pouvoir. Némésis vengera la vérité et Féquité ou* 
tragées. Tout-k-coup c*e&t elle-même qui parle et qui 
menace du courroux des Dieux les princes que les 
flatteurs ont séduits ; mais celui à qui cette ode est 
consacrée n*a rien de pareil à craindre ; il écarta de lui^ 
les flatteurs , et sa renommée passera sans tache à la 
dernière postérité. Ce plan si bien tracé est exécuté dans 
le style le plus noble et le plus harmonieux. On y ren- 
contre aussi des hardiesses, dont on ne peut reprocher 
à Rousseau que d*avoir été trop avare. C'est là qu'on 
tK>uve cette belle métaphore sur la flatterie : 

Serpent contagicax , qui des sources pAbliques « 
Empoisonne les eaux. 

Et celle-ci qui est dans le discours menaçant que Né- 
mésis adresse aux rois : 

D*un encens nsurpé Jupiter est jaloux ; 
Vos flatteurs dans ses mains allument le tennetre 
Qui s'élève sur vous. 

Et celle-ci enfin , qui montre le démon de Torgueil creu- 
sant un cercueil pour les grandeurs , et se servant des 
mains mêmes de ceux qui en sont revêtus: 

Je livrerai vos jours nu dëmon de Torgueil , 
Qui, par vos propres mains , de vos grandeurs funestes 
Creusera le cercueil. 

Laharpe a très-bien fait sentir dans son Cours delitté^ 



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AOUT i8ia. 4ii 

rature (lo) l'artifice et la beauté du plan de quatre au- 
tres des plus belles odes de Rousseau, celles au cpmte 
du Luc , au prince Eugène de Savoie, au duc de Ven- 
dôme , à Malherbe , et sur-tout de la première. H Ta citéie 
presque d'un bout à l'autre , quoiqu'elle soit fort longue , 
cl n'y a repris que cette seule métaphore qu'il trouve 
de mauvais goût : 

Et je Yerrais e^fin de mes froides alarmes 
Fondre toul lés glaçons. 

Je m'étonne qu'il n'ait rien dit de la construction hardie 
de la 4* strophe , si hardie en effet qu'il est impossible 
de la réduire en prose à une constmclion régulière : 

Mais sitôt que cédant k la fbreur divine , 

Il (mo/r esprit') reconnaît enfin du Dieu qui le domine 

Les souveraines lois , 
Alors tout pénétré de sa vertu suprême « 
Ce n*estp]us un mortel , e*est Apollon lui-même 

Qui parle par ma voix. 

Autre hardiesse, non moins remarquable dans un genre 
différent ^ et qu'il n'eût pas été mcins ^propos de faire 
observer ; le poète , dans la .7* strophe de cette ode qui 
commence par la lable de Prolée, dit qix'un prophète 
fidèle, ^ 

S*élançait dans les airs comme nn aigle intrépide , 
Et jusque cbct les Dieux allait d'un vol rapide 
Interroger le Sort» 

Les dieux et le sort que l'on interroge ne sont pas de 
la même mythologie que le prophète, mais elles sont 
toutes également à la disposition du poète , et chez les 
dieux pour dire le séjour céleste, et le sort pour signifier 
la volonté divine qui règle ce qu'on appelle la destinée 
ou le sd|^«ont des. expressions poétiques très-légitimes. 
Le c^^ue aurait pu encore indiquer, dans le début 
d'une autre strophe, une figure très-hardie. Le poëte dit 
fLUX Parques , en tâchant de les fléchir : 

Ainsi daigne le ciel toujours pur et tranquille 
(lp)T. VI, p. ii4clsuir. 



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4a« MERCURE DE FRANCE, 

Veraer sur tous les jours que votre inaïa. nous file 
Un regard amoureux. 

n aurait peut-être trouvé mauvais que le ciel, au- 
quel on attribue ici un regard et qui par conséquent est 
pris figurément poinr les habitans , où si Ton veut pour 
le maître du ciel , fût confondu avec le ciel proprement 
dit, avec le ciel physique , à qui seul peuvent convenir 
les épithètes pur et tranquille, et que le ciel, au Heu de 
jeter ou d^abaisser un regard favorable sur nous à cha- 
cun des jours que la Parque nous file, versât sur ces 
jours mêmes un regard amoureux. Tout cela est d*un 
langage auquel les critiques de profession font rarement 
grâce , et que Laharpe, quand il en trouvait Toccasion, 
ne pardonnait pas plus que les autres. 

Dans l'ode au prince Eugène , il a cependant rendu 
une justice éclatante à Tadmirable expression du Tems : 

eette image mobile 
De rimmobile éternité ; 

mais il a moins Justement chicané d*au(res expressions 
qui sans être ai^si belles n^ont rien de repréhensible , si 
Von accorde au langage poétique les licences qu'il doit 
avoir ; il a repris aussi trop sévèrement Tune de ces 
hyperboles que les poètes louangeurs se sont toujours 
permises , et que ceux à qui ils les adressent ne leur 
reprochent jamais. Il n'en est pas moins vrai , comme 
le dit Laharpe, que dans cette seconde partie de l'ode , 
k poète ne soutient pas le vol qu'il avait pris dans la 
première. Il lest encore que même dans ses plus belles 
«trophes , on admire la noblesse et la vérité des images, 
Télégance du style et Tharmonie des vers, sansy Irou- 
Ter, si Ton en excepte cette magnifique expregion , qui 
est une beauté du premier ordre , aucune dld||béatioii8 
ou de^ hardiesses heureuses que nous avons nRarquëes 
dans Iode précédente. 

En citant les quatre premières strophes de Tode au doc 
de Vendôme , notre critique n'y remarque que des 
rimes en épilhètes, qui sont trop faciles dan&une de ces 
strophes» et dont le choix est admirable dans l'autre. Il 



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AOUT i«i». 4a3 

eût pent-ètre été plus utile de relever ^ dans lapreBiière, 
ces mots : 

Jusqu'à la deroiëro Heipérie « 

pour dire jusqu'aux exlrëmîlés de THespérie , et ceux-rci 
que Neptune adresse aux Néréides : 

Soutenez son TaÎMeau firagiU 
Quand il roulera sur mes flots. 

OÙ l'on voit que par le seul root roulera^ au Heu de voguera 
qui se présentait natuFelIement , le poète donne Tidée de 
comparer ce vaisseau voguant sur la mer avec en char 
roulant dans la carrière. 

Dans Tode à Malherbe , comment Laharpe irni loue 
avec tant de raison le poète d'avoir appelé l'homme 
nouvellement formé 

Le naissant ouvrage 
Des maios de Deucalion , 

n'^-t-il pas désigné à l'admiration cette expression auda- 
cieuse qui donne à Homère d'immenses rameaux comme 
.à un vif ux chêne ^ et dont l'extrême audace consiste sur- 
tout en ce que les rameaux sont d'abord donnés à Homère 
et qu'il n'est question du chêne que dans le vers suivant : 

A la source d^Hippocrëoe 
Homëre ouvrant ses rameanx , 
S*élëre comme un f ieux ohène 
Entre de jeunes ormeaux. 

Ce sont des créations de celle espèce qni renden^t une 
langue poétique, quels que soient d'ailleurs ses élémens, 
se% constructions , son génie , si les poètes qui ^ parlent 
en créent avec abondance, si les critiques les approuvent 
.et apprennent au public à les admirer. Ce sont ces locu- 
tions neuves et hardies qui forment ce que les anciens 
nommaient la langue des dieux, parce qu'en effet elle 
n'est point celle du commun des hommes , et qu'il n'a 
été donné qu'à quelques êtres privilégiés de la parler. 
En s'en servant ils savent bien qu'ils n'écrivent ou ne 
parlent que pour le petit nombre , et Taxiôme cancre 
paucis ne doit paji être absent de leur mémoire \ mais ce 



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4^4 MERCURE DE FRANCE, 

petit nombre $*accroit à mesure qu'une nation s'éclaire ; 
quand son édacation littéraire est bien dirigée ; quand 
ses poètes sont vraiment poètes , c est-à-dire inventeurs, 
et quand leurs inventions , quand les expressions neuves 
et créées dont ils enrichissent leur langue ne sont pas 
épiloguées et repoussées au lieu d'être applaudies. 

J'ai dii avouer que Rousseau , Sans manquer de cette 
faculté créatrice , Teut à un moindre degré ou Texerça 
moins habituellement que les* autres quidités qui font 
le poëte, et que Malherbe ne lavait eue avant lui. De- 
puis Rousseau elle a presqu'entiërement disparu dans 
cequ on nous a donné pour des odes. Celles deLamothe 
sont presque une dérision ; et Ion croit rêver quand o& 
voit ce titre d'Odes en tête des stances dures , froides et 
prosaïques auxquelles il osa le donner. 

Les règles que cet hérésiarque littéraire voulut établir 
' pour autoriser Tabsence totale de poésie qui règne cons- 
tamment dans ses vers , ne semblent pas avoir faîi for- 
tune , et cependant il est resté de ces fausses théories et 
de sa détestable pratique, et de quelques autres causes 
quHl serait trop long d'indiquer, je ne sais quoi d'impoé- 
tique qui s'est emparé de la langue et des esprits , et qui a 
fkit qu'au lieu de s'enrichir et de s'enhardir par la culture, 
la langue a toujours été perdant de sa richesse , et les 
esprits se dépoétisant de plus en plus. Ecrire avec élé- 
gance , avec noble^e , donner aux stances de la ron- 
deur et des chutes heureuses , OQt paru le nec plus ultra 
de la perfection du style lyrique , et personne n'a plus 
senti en soi ce don de création dans le style qui di^ 
tingue nos grands poètes depuis Malherbe jusqu'à Rous- 
seau , ou n'a plus osé en faire usage. '^ 

Cette langue poétique qu'ils s'étaient feite existait ce- 
pendant toujours , quoiqu'elle pârôt tombée dans une 
sorte de désuétude , quand Le Brun foqné à l'école des 
anciens, commença sa carrière poétique. Il sentit de 
bonne Heurç à quoi tenait parmi nous cet aflFbiblissement 
du langage, }1 remonta a\ix sources , et guidé , à ses 
premiers pas, par le fils du grand Racine, on peut dire 
qu'il devint ensuite élève tle Racine lui-même , de MaK 
terbe çt dç Boilesu , parce qu'il apprit à les étudia' ^ à 



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AOUT i8ia. 4*5 

distinguer dans leur style ce qui est simplement élé- 
gance , pureté , harmonie , et ce qui est dû au génie 
d'invenlion dont ils furent éminemment doués. Il se 
sentit porté à les imiter sous tous ces rapports ; ils ne 
x[uitlèrent plus ses mains , et quoiqu'il professât pour 
Rousseau une admiration dont il a laissé des témoi- 
gnages publics , il se convainquit que le véritable modèle 
.de notre style lyrique était dans Malherbe , dans celui 
de ces trois poètes dont l'autre nous avait dit du ton 
d'autorité qui sied à un législateur : Marchez donc sur 
ses pas. 

La question est maintenant de savoir si un homme de 
beaucoup d'esprit et né poète , qui a reçu cette première 
éducation , qui s'en est ensuite donné à liii-mème une si 
bonne , qui a toute sa vie concentré ses études dans un 
petit nombre d*excellens modèles , qui n'a jamais laissé 
approcher de lui aucun fatras, qui a eu en horreurtoutes 
lés hérésies littéraires élevées de son tems et tous les pot- 
sons étrangers que Ton a voulu importer dans notre lan* 
gue , si cet homme , dis-je , l'a constamment blessée et 
défigurée dans ses vers, ou si , à quelques fautes ptès , où 
Vont entraîné Faudace naturelle de son génie et le désir 
de redonner à notre style poétique celle qu'il avait perdue, 
il n'a pas travaillé avec iruit à rendre k cette langue la 
force , la richesse , et le caractère inventif qui lui appar- 
tient autant qu à aucune autre langue moderne* 

GiNGUENÉ,, 

( La suite à un numéro prochain, ) 

VARIÉTÉS. 

Spectacles. — Théâtre Feydeau. *— Débuts de M** 
Boullancrer et de MM. Ponchard et Cœnriol. 

Lé théâtre Feydeau est privé de ses plus chers souliens, 
Slleviou est encore absent; il est allé faire sa récolte an* 
nuelle d'argent et de lauriers. M""* Duret est malade, et 
Martin est h peine de retour de son dernier voyage. En l'alvi 
'i^nct? de 09ê talent aimés duj^ldblio , d%ut débuts fixent tout 



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4a6 MERCURE DE FRANCE, 

les yeux, et donnent dëià pins que des espéniqces ; leprer 
.mier est celui de M"'* Boullanger , qu'une maladie longue 
et douloureuse avait long-tems tenue éloignée de la scèue. 
Beaiuïoup d'actrices , après un long exercice théâtral, dési- 
reraient posséder un talent de comédienne aussi distingué 
que cette débutante ; sa voix est pure , fraîche et étendue j à 
son excellente méthode on reconnaît qu'elle est élève du 
Conservatoire , de cet établissement qui ne répond ans 
calomnies qu'on colporte contre lui , qu'en peupUot nos 
théâtres lyriques de sujets précieux. Je rémarquerai en pas* 
faut que c'est du Conservatoire que sont sortis Dérivis , 
Rolland » Nourrit , Eïqy., Ponchard , M™''Brancbu, Himm 
et Boullanger; et n'en déplaise à ceux qui prétendent que 
c'est en chantant au lutrin qu'on peut seulement se former 
pour le théâtre , je ne sais dans quelle cathédrale on aurait 
trouvé de pareils sujets. 

La continuation des débuts de M** Boullanger attire la 
foule f elle triomphe même des ardeurs de tu canicule rie 
-caissier voudrait que l'on prolongeât ses débuts ; mais je 
-pense que l'intérêt mieux tntendu du théâtre doit faire 
-prompteraent admettre cette jeune actrice au nombre dea 
Sociétaires; ja ue pense pas que son nom sur l'afiBcbe 
iassQ alors moins d'effet , et la certitude de la revoir ajou* 
tera encore au plaisir de l'entendre. 

Les débuts du jeune Ponchard sont moins Ibrillans, mais 
ne donnent pas des espérances moins fondées. II s'est 
essayé dans les rôles les plus difficiles de l'emploi ; on Ta vu 
dans /Ami de la Maison , Zémire et Azor, FélLc , et il a joué 
Blondel dans Richard Cœur^de^Lion, Dans tous il» a fait 

Îreuve d'intelligence. Sa taille est peu élevée; aa diction est 
onne; il est toujours en scène; son organeestun peu voilé y 
mais flatteur; sa voix comme chanteur est faible dans les 
cordes basses , mais douce et flexible dans le médium , at sur- 
tout dans les cordes élevées. Il eal «acora^ve de ce Con* 
servatoire qui , si Ton n'y prend garde, ramènera à l'opéra 
cette mauvaise habitude de chanter que certains artistes 
avaient presque fait perdre : grâces à deux acteurs que je 
«e nommerai pas , mais dont l'un repréAtntail les grtfnds 
prêtres et les tyrans, et l'autre les jeunes premiers, à soixante 
ans, il était généralement convenu qu'on ne devait plus 
chanter la musique de Gluck , Piccini et Sacchini , mais 
qu'il fallait la parler; ces Messieurs jouaient donc la tra- 
gédie, ils ne chantaient plus Topera, et j'avoue que moi- 
gnêmo j'étais aissjez content de cette jn^ov^tiop lorsque fêtai» 



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AOUT 1811. 4*7 

iorcé cle les entendre. Mais Toilà qu'ils ont été remplacée 
par deux jeunes gens, Dérivis et Nourrit ^ élèves ie ce 
Conservatoire maudit ; ces hardis novateurs ont la témé* 
rite de chanter ef Jouer tout à-la-fois leurs rôles; ils trou- 
vant même le moyen de se faire applaudir , Fun sans rdnilejr 
sur la scène comme un tuyau aorgue , et l'autre sans se 
démener sur le théâtre comme un convulsion n aire de 
Saint-Médard. Nos lecteurs voient bien que le bon tema 
iist passé , et que le goût se perd tous les jours. 

Théâtre du Vaudetfiïïe. — Première représentation du 
Piège y vaudeville en un acte de M. Théaulon. 

Une première représentation. fst un piège auquel le pu- 
blic se laisse toi^'ouiss prendre: en vain Vexpérience lui ap» 
prend-elle qu'il devrait attendre la seconde épreuve, Tattrait 
de la nouveauté, si puiasant sur^tout pour les Français^, Ty 
fittire sans cesse \ somme totale, les spectateurs ne pourront . 
^plaindre de s*étjre laissé prendre à oelui<pci. 

Un majordebussarde, âgéde cinqi^nte ans et nommé 
Dermond, aépo^sé une jeune femme de vingt ans; il croit 
toujours être jeune et aimable comme au prmtems de sou 
|ige« erreur trop coounune. Bien persuadé que M^** Der- 
piond ne peut tromper un honrune comme lui , il part pour 
Mayence oiN se trouve son régirent-, et la laisse sur parole 
il Paris : M™* Dermond , piquée peuj[,-4tre de la trop grande 
confiance de son mari» et sachant sur'-tout qnei ascendant 
Yine femme peut prendre sur son époux lorsqu'elle a su lé 
mettre dans son tort , abandonne la capitale et se rend se* 
crèlemtnt près de Mayence dans un château qui appartient 
h une de ses amies; elle fait tomber entre les mains du 
major une lettre de rendez-vous adressée par la baronne de 
Schlossberg au capitaine Dermond , neveu du major et qui 
sert dans le même régiment; celui-ci ravi de souiller une 
bonne fortune è son neveu se rend à sa place au château ; 
mais quel est son désappointement I la baronne de Schloss- 
berg paraît âgée au moins de soixante ans, et comme c'est 
i'our de jeune , on ne sert à déjeûner que des noisettes , des 
biscuits e| de l'eau. Pour achever de le désespérer, il ap- 
Îrend par une fausse confidence que le baron de Scliloss- 
erg est l'amant et l'amant aimé de M"** Dermond , auprès 
de laquelle iLse trouve en ce moment à P.nris \ la prétendue 
vieille baronne, qui n'est autre que M°^* Dermond, lui * 
présente pour preuve son portrait qu'elle dit avoir trouvé 
dans une des poches du baron ; le major furieux veut ii Tins- 



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4i8 MERCURE DE FRANCE, AOUT i«i2. 

tant partir pour aller punir rinfidelle , maiis les portes du 
châteat] soDt fermées , et le major n'oblient sa liberté de 
sortir de la place qu*eD signant une eapilulatioQ que ta 
baronne dicte elle-même. Peu de tems après elle reparait 
dans tout l'éclat d'une parure recherchée et qui convient 
mieux à son âge oue son premier déguisement, seulement 
elle est voilée^ elle présente au major les clefs de la forte- 
resse , mais il n'est plus pressé d'en sortir; l'élégance de la 
dame voilée promet qu'elle doit être jolie ; Dermond curieux 
de la connaître devient plus pressant , le voile tombe et le 
ttajor reconnaît sa'femme. 

Depuis la retraite dej M"* Belmout , on a cessé de repré- 
senter un fort joli vaudeville appelé Hortense, dans lequel 
'M. Théaulon me paraît av6ir pris l'idée principale de sa 
pièce : on retrouve bien aussi dans cette nouvelle produc- 
tion quelques réminiscences de Défiance et MaUce, et une 
scène toute entière àwMariage deWigaro^ mais si le fonds 
peut être contesté à Fauteur, la broderie lui appartient en 
toute propriété ; les couplets qui font cette broderie et qui 
couvrent le fond de l'étoffe , sont toujours spirituels , gais 
quelquefois, mais jamais libres. 

M^^ Desmares a puissamment contribué au succès do 
Vouvrage ; elle joue avec un véritable talent le rôle difficile 
de M™* Dermond : elle est bien secondée par Saint-Léger 
qui représente le major, et par Laporte qui joue avec ori» 
{inalité le rôle d'un valet goguenard. . B. 



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POLITIQUE. 

LïS mouvemens des Russes sur le^Danube aDDODçaienl 
le projet d'entrer en Servie. Toutes les dispositions parais- 
saient prises pour porter sur ce point le théâtre des opé- 
rations f et déjà les corps autricniens stationnés dans la 
partie la plus voisine , étaient dirigés sur leur extrême 
frontière, lorsque tout-à-couples nouvelles fâcheuses du 
Nord ont déterminé d'autres dispositions ; l'ordre est 
arrivé à tous les corps russes de quitter les bords du Da- 
nube , et de remonter en toute hâte le cours du Dnieper. 
Tous les camps ont été levés , et par le fait , les provinces 
qui étaiefit l'objet delà contestation entre les. Russes et les 
Turcs vont se trouver évacuées. La situation de ces pays 
est fort étrange. Les Russes y donnent au plus ofirant le 




Servie. , 

L'Aiaiante , de 20 canons, est arrivée à Yarmouth le 
18 août, d'Halifax, d'où elle est partie le 23 du mois passé ^ 
ayant h bord M. Forsier, le général Barclay, consul gé* 
néral , et leur suite. M. Hamillon , secrétaire de M. Forster, 
a débarqué et est parti immédiatement pour Londres. 

Le Gleaner était arrivé à Halifax , se rendant aux Etats* 
Unisj M Forster s'était retiré à Halifax avant l'arrivée du 
dealer dans ce poi:t , y a reçu ses dépêches, dans les- 
quelles il n'a rien trouve qui pût le porter à attendre de 
nouvelles instructions ou à retourner aux Etats-Unis , 
attendu que les mesures adoptées par le gouvernement 
américain , ne lui ont laissé aucun aoute sur sa détermi- 
nation de faire la guerre à l'Angleterre. Plusieurs bâtimens 
américains ont déjà été conduits à Halifax. L'anair^l Sawger 
a détaché cinq frégates pour observer l'escadre américaine 
à Ncw-Yorck. Le Gleaner était parti pour New-Yorok avec 
les dépêches pour le gouvernement américain. ^ 

Le retour de M. Forster à Londres a produit la plus triste 
sensation : on a vu que la guerre était inévitable : les fonds 
«»nl baissé. 



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43o .MERCURE Dfi FRANC^,^ ^ - 

Les premières idées qai se préseuttmt , a dit /r Staies^ 
mon, soot la guerre, la famine, la noorr. A ces idées, oa 
jeÎBt celle du Dom du dernier chaDcelier de L'échiquie);*', 
de M» Stephens , de M. Bydes y de M. Castelreag , et 
enfia de tous les coûseillers des mesures désastreuses dont 
nous ressentons si vivement les effets. 

On écrit en effet de Baltimore des détails qui doivent 
donner de bien vives inquiétudes au commerce anglais : 
ull est probable, y est-il dit , que nous allons recevoir des 
nouvelles de notre expédition navale ^ il y a tout lieu df 
croire que notre Commodore est dans le chemin droit de 
la Jamaïque, et quoiqu'il se soit trouvé & deux ou trois 
jours de chemin de lui , la qaanière lente dont ce convoi 
marche , ajoulée à la marche supérieure de l'escadre amé^ 
ncaiùe , donne à croire que dans ce moment une prise it 
la plus haute importance a été consommée. 

» On peut évaluer cette flotte de la Jamaïque à dix ou 
douxe millions sterlings \ qu'elle soit prise ou détruite pat 
l'«scadre américaine , cet événement aoyX produire à Lon- 
dres et à Liirerpool une sensation dont il est impossible de 
prévoir et de calculer les suites, n 

Les Anglais n'ont fait aucun mouvement contre ranDét- 
française en Espagne depuis l'atTaire du 22 juillet. iBettt 
atmée occupe sa position sur le Douro ) des renforts lui 
sont arrivés de toutes parts, et tout annonce qu'elle est sur 
le point de reprendre celte offensive dans laquelle elle 
avait, suivant tous les rapports particuliers, un avantage 
si rtiarqué lorsque son chef a été mis hors de combat. De 
son côté, le maréchal duc de Dalmalie presse le corps du 
général Hill du côté de Zafra , et paraît vouloir le forcer à 
tm engagement âérieux , tandis que Ballasleros, rejeté sur 
la côte de Malaga, est coupé de ses lignes de Gibraltar par 
les généraux Levai et Rey. 

Au surplus , nos ennemis eux-mêmes font souvent sur 
les afl'aires d'Espagne des aveux qu'il importe de recueillir. 
C'est ainsi qu'ils conviennent , dans leurs lettres , de l'état 
de désorganisation et du défaut d'ensemble qui règne dans 
les mesures concertées entre le gouvernement anglais et 
la régence de Cadix. 

Sous le rapport delà situation intérieure de l'Angleterre, 
les journaux anglais continuent à présenter des détails sur 
les troubles qui l'agitent. Récemment ceux de ScbeiBeld 
ont été très-sérieux^ un incendie a dévoré d'immenses ma- 
gasins à Manchester. A l'égard des finances ^ il est impos- 



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AOUT i8i«. 43^ 

slMe, dit le Star , ie lire les débats svr W» proposUion* 
qui onl été faites au sujet des fioances le 23 du mois passé, 
sans faire les réflexions le^ plus sérieuâes. Peodaot tout lis 
débat y il régnait une sorte de stupeur. La discussion res- 
semblait parfaitement au tableau cité par AL Wbtlbfend ; 
c'était la dernière et triste consolatioii entra lee otiiciefa 
d'il a vaisseau qui doit coulera chaque n^oment. Les mesurée 
les plus désespéi'éas ont été proposées de san||;«froid parlas 
principaux orateurs. Au commencement du débat, ou a 
présenté la tableau des dépenses des neuf dernière» an n^ées^ 
eu insinuant que 100,000,000 liv. sterl. doivent être levés 
en Angleterre , et ceci doit aller en augmentant jusqu'il ce 
au*on puisse recourir ^ un autre moyen. Le chancelier de 
1 ccbiquier a pensé que notre patience n*était pas encore 
épuisée^ il s est montré convaincu que, quelque grandi 
qu'aietit été nos efforts , ils doivent être bien plus grands , 
si la guerre doit être continuée sur le pied actuel. Dan3 
une autre partie de son discours , il a. rendu ce si inutile , 
car il a déclaré qu'il ne voyait point de perspective à la 
paix ; « et quant à l'économie , autant qu'il pouvait le 
savoir, il pensait, a-t-il dit, que l'on ne devait pas en 
attendre beaucoup de chose ^ mais il croyait qu'une tûkè 
sur les capitaux était une mesure préférable. » 

Les nouvelles particulières de la Grande-Armée fonf 
partir l'Empereur de Wilepsk le |3, pour se porter en avant, 
o. M. se porte à merveille , elle se repose des fatigues de la 
campagne par les travaux du cabinet. La saison est belle , 
les chaleurs excessives > les maiMons seroat superbes, et 
teus les pays couverts et garautis fytr l'armée française » Im 
assurent les fruits les plus abondans. Les petits équipages 
de l'armée , espèce de voitures comtoise* destinées à porr 
ter les vivres d nn bataillon pendant un certain nombre de 
jours , sont arrivés et sont d'un très-utile secours. Le g^- 
néfol Friaut a été reçu à la parade en qualité de colonel des 
grenadiers de la garde , en remplacement du comte Doiw 
senne. C'est une belle et digne récompense des longs ser- 
vices de cet ofHcierv un des vétérans les plus distingués de 
l'armée, qui depuis vingt ans constamment en âc(ivit4, 
s^est toujours trouvé au poste d*honneur sur le Ahin , en 
Italie , en Egypte, en Allemagne et aujourd'hui en Russie, 
le raarécharduc de Bellune est artrivé sur la Vislule. Le 
maréobal duc dt CsBtigliotte lAspeoteies câ4es de la Pomé* 
raate et de Mecklenbourg , et les couvrç avec 60,000 ' 

9.. .. 



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43a MERCURE DE FRANCE , AOtT 1 8 1 1. 

Wi^Mii^ilP^M^—— >1i*— 1^^— i»^—i— ^^— ^NB> 

ANNONCES. 

Tahleau de Vjimour conjugal , ou Histoire complète de la génén-* 
tion àê rhomtne. SBli^meot refondu' et mit k la hauteur des con-' 
Bàîiiances modernes eu physiologie et en médecine ) augmenté de 
tous les systèmes sur la génération de rhonune , de tous les moyens 
qui peuyent eoncourir k sa perfectibilité physique et morale , tels 
que Part de faire de beaux tnfans ^ celui de faire des ^nfans d'esprit f 
celui d^aroir des enfans sans passions , etc. terminé par Thistoire des 
monstruosités humaines ; par Ji R. J. D. . . . , médecin. Quatre toL 
in-i8 , ornés de 19 figures en taille-douce , très-bien gravées. Prix « 
4 fr. j5 c. , et 5 ir. 25 c. franc de port ; figures coloriées , 6 fr. 5o c. » 
et 7 fr. 5o c. , franc de port. Ghex L. Duprat Duverger , rue des 
Grands- Augustins , n® 2i. 

De l'aménagement et de VKrploitaiion des forêts qui appartiennent 
mup particuliers ; par M. JS'oirot, arpenteur yérificateur. Un Tofam# 
in-ia. Prix , x fr. 5o c. , et i fr. 80 o. franc de port. Chex Arlhus^ 
Bertrand « libraire « rue Haute^euille , n* :i3. 

Réponse de 3f, Cagniard aux critiques qui ont paru sur le Upre infi" 
tulé: Discours à Ariste. Un yol. in-S**. Prix, 2fr., et a fir. 5o 0. ftias 
de port. Chex Lenormand , imprimeur-libraire , me de Seine « n* 9* 

Bpitome historitr sùeree , auetore Lhomond ; nouTeUe édition , 80^ 
Aenlée de notes françaises 4 des signes prosodiques et de Tinterpréts* 
tion des mots en regard « peur remplacer le Vocabulaire et faeîlilet 
Pétude'du latin ; par C. B. de Brughat* Un yol- in*i8. Prix, i fr. 
Chez Beaucé, au Bureau commercial de Typographie; rueJ.-J* 
Rousseau , n* 14. 

Ze Retour d^ Apollon , poSme satirique ; par M. Viellet Le Dotf. 
Brochure in-ia. Prix , i fr. ao cent. ; papier yéfin , i fr. 80 e. Cbes 
Janet et Cotelle, libraires , rue Neuye-des^Petits-Champs , n«i7; 
d^unay , libraire , Palais-Royal « galerie de bois ; Brunot-Labbe , 
libraire , quai des Augustins, n« 33^ et ches Martinet, libraire, me 
du Coq-Saint-Honoré , n» i5. ' 

I^ Nouçel Art poétique , poëme en un chant , dn même auteur. 
Troisième Jditi9n. Brodhure in-XA. Prix, x fr. 5o c. Cheiles mêmst 
libraires. 



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MERCURB5: 

DE FRANCE. 



N® DLXXXI. -^ Samedis Septembre i8ij. 



POESIE. 

ODE SXSK LE RÉTABLISSEMENT DE LA FOLOQNE. 

« QiT*EST devenu ce tems si cher à ma mémoire , 
9 OÙ le Sarmate «hier , guidé par la yictoire , 

> Portait mon nom iameuz an bout de Tunivers » 

> Et de %t% premiers rois arborant la bannière y 

s Cliatsait de ma frontière 

> Ces Tartares errant vomis par les déserts ? 

» O douleur ! des guerriers qui surent me défendre 
9 Un peuple de brigands a pu fouler la cendre ! 

> Mes champs sont envahis , mes fils dégénérés : 

9 Que dis-je ? les cruels ! ils m*oscnt mécennaitre , 
» Et sous le jottg d*un n^aitre 

» Courbent indignement leurs front» déshonorés I 

t 

9 Héros libérateur qui régnes sur la France , 

> Je me fie à ton bras du soin de ma vengeance ; 

> Relevé les débris de U Pologne en deuil t 

> Et que les bataillons des rives de la Seine , 

> Aux flots du Borjsthène , 

> D*un perfide oppresseur vifsiMmt puair Torgiieil. 

£• 



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434 MERCURE DE FRANCE, 

» C«tt Dicti qui t'a choUi pour venger ma querelle ^^ 
» Marche , nouveau Cjrus , où la gloire t'appelle s 
» Défeodre ip malheur est digne d'un guerrier. 
» FttÎMe de la patrie heureuse et renaissante 

» La main reconnaissante 
9 A ta noble couronne ajouter un laurier I > 

A ce touchant langage , à cette humble prière , 
Dieu I qui reconnaitrait cette reine si fière 
Qui vint offrir son sceptre au dernier des Valois , 
Dans ce tems malheureux de vengeance et de crimes , 

Où la sang des victimes 
Inondait , chaque Jour , le palais de nos rois? 

O cid I quel changement ! proscrite et rejetée , 

Parmi les nations elle n'est plus comptée : 

Jjn rides du malheur ont sillonné son front; 

Sa couronne est brisée : et , pour comble d'outrage ^ 

Les fers de l'esclavage 
Imi^riment à seê mains un immortel affront. 

Ah ! ne te livre plus à de vaines alarmes : 
Le Grand Napoléon , pour essujer tes larmes , 
De sa noble présence a privé ses Etats. 
CoBtole-toi. Tes cris rallumant son courage « 

Dans les champs du carnage 
La trompette guerrière appelle ses soldats. 

Les braves d'Austerlitx partent pour la victoire* - 
Que de peuples divers , au signal de la gloire , 
Veulent suivre an combat un prince aimé des cieux ! 
Grossie à chaque pas et d'ardeur enflammée , 

Sa formidable armée 
S'élance , avec l'espoir de vaincre sous sêa yeux.. 

Tel un fleuve échappé d'une source profonde , 
Slnriohi des tributs apportés à son onde , 
Dans les champs effrayés se promène en grondant , 
Et géant indomptable , au bout de sa carrière , 

Semble , dans sa colère , 
Vouloir au Dieu des flots arracher le trident. 

On dit que l'oppresseur de ces belles contrées , 
Des bords du Taaaïs , des monts h jperborées , 



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SEPTEMBRE i8,a.\ 435 

Ver» le fleuve de paix porte ses pavillons. 
C'est peu : le téméraire , ivre de $a puissance , 

Dan» sa folle esp^rknce , 
Dé]k du sang français inonde ses sillon». 

Ont-ils donc oublié la fameuse journée , 
Où dérobant au fer sa tête couronnée , 
Leur maître , dans U foule , évitait les dangers, 
Lorsque ses combattans privés de funéraille« 

livrèrent leurs entrailles 
A la ero^ fiûm dei vautours étrangers? 

Voyons si dans ces ehamps qn'ili sont prèu k diftodre , 

Ces esclaves si fiers oseront nous attendra I 

Déjà par le héros leurs mors sont menacés , 

Il paraît.. Où sont-ils ? quoi ! le vent d« sa foudre 

Brise et réduit en pondre 
L*édifice insolent de leurs vœux insensés. 

Que dis-jc ? à son aspect , du sein de la poussière , • 
La nouvelle Sion levant sa tète altiëre , 
Retrouve sa splendeur, sa fortune , ses dieux , 
Et ses tribus naguère en proie à l'esclavage , 

Selon Tantique usage , 
Ptomènent , en chantant , l'aigle de jeutB aïeux. 

Les accenu qu'en ces murs fait naître la victoire , 
Ces cris de Uberté, de Patrie et de Gloire , 
Réveillent des guerriers les mânes belliqueux 
Qui , debout sur la tombe et secouant leur lance, 

Admirent en silence 
Les exploits immortels d'un héros plus grand qu*eux. 

Poursuis, Napoléon, ces hordes vagabondes , 
Dont les barbares œiûns , en ruines fécondes » 
Sur leurs pas destructeurs sèment encor reflroi j 
Chasse-les d'un climat que leur fureur embrase , 

Et qu'aux pieds du Caucase 
Ces 4jrans repousses fléchissent sens la loi. 

M. Lalavjxe, 



E e % 



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439 MERGURE DE FRANCE, 

LA BATAILLE D'EYLAF. 

Poème p mentionné honorablement f eni^Q& , part Aca- 
démie 4ûs Jeux Floraux. 



Jusium et ttn^êm prop^siti pirum» 



La nuit régaait encore , et le dieu du repoa 
Aux lauriers des Français mêlait quelques pa?oti« 
Napoléon veillait Dans un profond silence 
n médite la pai;c , la paix qui de la Franee 
~^l>oît h jamais fixer les dettias glerieuz. 

Un farouclie guerrier se présente 2k ses jeux ; 
Il semble provoquer le trouble et les alarmes , 
Et d*un air menaçant il agite uê armes. 

c Quel est Vaudaoieuz qui porte idi ses pas? 
s — Je suis 041» , le diev de ces sombres oHmats*; 
% Mon bras vient arr^r ta marche triompliaBle, 
» Sauver et raffermir la Prusse ohancelante. 

> Si le Tibre , le Nil , le Danube et le Rhin 

9 Sur leurs flots e^ajést^ouvrirent un obemtB « 
» La Vistule sera le terme de ta gloire. 

> Ne crains-tu pas enfin de lasser la victoire ? 

> Les champs d^Ejlau couverts de nies braves gUerricrt 

> N*offrent point aux Français de fiiciles lauriers. 
9 Tu conduis , il est vrai , de vaillaotes milices ; 
% Mais du sort inconstant redoute les caprices. 

> Quel exploit désormais peut illustrer ton nom? 
» Charlemagne eovirait le grand Napoléon. 

> La France a Ta par toi les haines étoufiées , 

> Et le temple de BCars est plein de tes trophéei* 
9 Que manque-t-il encore à tes vastes projets ? 

» Dans nos climats enfin que cherches-tu? » — « La paix. 

» Assez et trop long-tems tes hotdrs inhumaines , 

» Torreni dévastateurs , désolëjent nos plaines ; 

» A nos faibles aïeux les barbares du nord 

» N*apportèrent jamais que des fers ou la mort. 

» A la voix d* Albion Alexandre s*avanoe ; 

» Aux Tartares-Calaottlks il reut lirrei la Franee ; 



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SEPTEMBRE idia. 437 

9 Maïs de nos légîotis le choc imp^taeaz 
» Saura les refovlf r dans leurs cHmats aflrenk. x 
» Pour rendre le repos à rfinrope , à FAsie , 
» Le Français belliqneax domptera la Russie • 
» Tu verras , par nos mains , ten aatel renrersé , 
» Et.roUrier croîtra sous ton pôle gbèé. 3 

Tel un taureau raineu par une main pubsante 
Fait retentir les airs de sa voix mugissante. 
Tel et plus furieux le Dieu du nord frémit , 
Frappe son bouclier , gronde , menace , fuit. 
L*aurore cependant chasse la nuit obscure , 
Et déjà dans les camps s*élè?e un long murmoie. 
A la voix de Bellone , impétueux Français , 
Armez yos bras ; Tolez à de nouveaux «ncoës. 

L*intrépide Augereau , le brave Saint-Hilaire , 
Le front ceint de lauriers entrent dans la oanière. 
Par le bronze tomiant rennemi foodrojé 
De ce lotrenf de feux eif d^abord effrayé ; 
Mais le terrible Odin , avide de carnage , 
Prend du vieux Sonvarow la forme et Pair MOYagè j 
Presse , menaee , ooort , vole de rang en rang , 
Et se baigne avec )oie en un fleute de saag. 
Illustres com'pagnens « dit le Sejtbe implacable ^ 
Revojei Souvarow votre chef indomptable} 
Vainqueur du Musulman , fléau du PolonaÂi , 
Il vient «xtemdoer ces odieux Français. 
Suivez mes pas \ Il dit ; Ton se heurte ; on se mUe ^ 
Dans les yeax du soldat la fureur étincelle; 
La mort précède et suit U f6udfe et les éclairs , 
Et les globes d*airain se heurtent dans les airs. 

Parmi les oombattans Murât se précipite , 
Je vois déjà pâlir Torgueilleux Moscovite. 

Mais quels sont ces Françab , ces généreux soldats ^ 
Restés sans mouvement au milieu des combats ? 
L*airain gronde h Ten tour , la mort les environne » 
Le sang de ces guerriers dans leurs veines bouillone> 
Un regard du héros enchaîne leur valeur. 
Tel un rocher frappé par la mer en fureur, 
Elevant jusqu'aux cieux son orgueilleuse tète, 
Brare lé diea des flots , la fondre et la temf Ite^ 



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43é MERCURE ^E FTiAiiCE, 

Tentmàs d^jk les cris de« Fnnçtîs trîorophaos^; * 

Odin . le fier Odin , tremble pour «•# tofao» ; 

II rentre furieux au séjour des nuages : 

« Accoures \ ma yolx , impétueux orages « 

9 Ouragans destructeurs , rapides aquilons , 

» Neige . grêle , frimas ; et tous noirs tourbillons , 

9 Accables les Gaulois sous vos traits redoutables « 

> Ou du moins arrêtez leurs troupes indomptables. 

» Le tems presse , accourez > Les vents séditieux 

Bouleversent les mers , et la terre et les cieux. 

Le jour a disparu ; la nuit* la nuit profonde 

A d*un voile lugubre enveloppé le monde , 

Et la grêle brujanle . et les après frimas 

Frappent ë coups pressés le front de nos soldats. 

La Discorde trioinpbe , et sa bouche livide 

Souffle de tous côtés une tlammç homicide. 

Par Tavtugle fureur les rangs sont confondus 9 

Et le vainqueur expire au milieu des vaincus. 

Le sang coule à grands flots. Mais que vois^je ! 6 disgrâce! 

Victime de ton zële et de ta noble audace , 

O généreux d^fiaupouH , Timpitojable mort 

Te ravit h nos jeux ! mais en dépit du sort , 

Des foudres arrachés k Tarmée ennemie 

X/e bronze enoor fumant te rappelle à la vie. 

Nous reverrons tes traits , et nos derniers neveux 

Inclineront vers toi leurs fronts respectueux. 

Que ne puis-je nommer cette foule innombraUe 
De héros qu*illustra ce combat mémorable I 
La France avec transport répéterait mes vers « 
Et mes chants dureraient autant que Tunivers. 
Magnanimes guerriers , un temple magnifique 
Keçoit vos noms sacrés sous son vaste portique ; 
Du Tems qui détruit tout la redoutable main , 
En faveur de vos noms respectera rairaîn. 

L*orage cependant dévaste les campagnes « 
Entraine les forêts , ébranle les montagnes. 
Vous ë qui Mars remit son foudre destructeur , 
Bravez d*up dieu jaloux Timplacable fureur. 
Inutiles efforts ! .... la foudre menaçante 
Vous échappe et s^ételnt dans la neige sanglante. 



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SEPTEMBRE i8ia. 43g, 

K9poUon les roit un momeot hésiter t 

c La ▼ietoire esta nput , pourez-Tous en douter ? 

» Ces fiers enfons du nord , colosses impassibles , 

» Ont appris h fléchir sous tqs bras invincibles ; 

» Ces essaims de guerrieiy trop redoutés jadis , 

9 Se souyiennent encor des plaines d*AasterIitz. 

> ITeppartenez-TOUs plus à cette grande armée 

» Dont la gloire. • . ? » A oes mots leur ardeur rallumée 

Par de noureauz exploits seconde le héros. 

Nej , Daroust , accouref ; fixez sous nos drapeaux 
La yictoire I elle fut trop loag-tems disputée , 
Déjà par trop de sang nous Tayons "achetée. 
Je yois fuir devant yeus ^ à guerriers yaleureuz « 
Du Cosaque indompté les flots tumultueux. 
Dans la Prégel enfin la peur liss précipite. 

Le Dieu du nord , réduit à protéger leur faite ^ 
ChangjB Tonde mobile en youte de cristal. 
L*ennemi qui touchait à son terme fatal 
A franchi la Prégel. La glace crie et Tonde 
Reprend en mugissant sa course yagabonde. 

Qu*aujourd*hui la Prégel yous senre dé remparts* 
Russes , yous reyerrez flotter nos étendards , 
Quand les tildes véphjrs souriront h la terre ; 
Si toujours écoutant la perfide Angleterre , 
Vous dédaignez la paix qu* Alexandre improuya , 
Nous yous la dicterons aux hor.ds de la Neva. 

AuovsTxRiGAm». 



ÉNIGME. 

Daits Thistoire sacrée ainsi que dans la fable , 

On m*attribue un rôle déplorable ; 

Dans Tune objet de malédiction y 

Dans Tautre de dissention : 

Pour moi , dans Tune , on fut ingrat , on fut lebélle-f 

Dans Tautre fexoitai jalousie et querelle. , 

On me reneontre en tons paji, ,' 
Dans la terre » dans Tair e( )usqii*en paradis» 



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440 MERCURE DE FRANCE, SEPTEMBRE 181 a. 

Dbs la création du monde , 
Je pltiB à r<feil , ab goût , soit {Marina forme ronde , 
Far ma saveur, soit autrement. 
Anssi TOit-on qa*en toute circonstance , 
Quand il s^agtt de récompense , 
On m*ad{nge au plus méritant. 

S.:..'.., 

LOGOGRIPHE. 

MALttBirAtux tfai Terfes des pleurs , 
Je puis par mes pttrots suspendre tos douleurs; 
liais s*il anive un }oof que je perde la tête , 

Conseles-Yous dé ma défaite ; 
' Un autre mê méoédera 

Qui , par les accords de sa Ijre « 

Au même mstant vous jettera 

Dans les doux accis d*un délire 

Qui plus puissans que mes parots , 

Ayront Tart de charmer tos maux ; 
Et n*eussiei»TOtts de loi que sa moitié première , 
elle TOUS suffirait |>our bannir la misère. 

S 



CHARADE. 

Ds mon premier couTre ta peau ; ^ 
' 'Mon éênàét est oourert de peau ; 
Et mon entier est tout de peau. 

Par M. Gardarkins « ^Uetêur 
dm département dti Lot, 

MoU de TEnigme / du loGOGRiïW ei de la Chahad» 
insérés dans ie dernier Numéro. 

Le mot de Mtogwe4ofogripbe est Été ( testas ). 
Celui du Logogriphe esV Langue 9 dons le^d M troQTel tfaj^j^ 
ImP^e , ans y an et angle. 
Celai de la Chaitde utB^ksieu^ 



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LITTÉRATURE ET REAU^-ARTS. 

Description de l'Egypte , ou Recueil des obsejvalions 
et des recherclies qui ont été faîtes en Egypte pendant- 
Pexpédiiion de l'armée française , publié par les ordres 
de Sa Majesté l'Empereur Napoléon-le-Grand. — 
Première livraison. — Â Paris , de Tlmprimerie impé- 
riale. 

Préface historique par M. le baron Fournisr. 
(premier article.) 

Au centre de Fancien continent, entre l'Afrique et 
FAsîc , se trouve une contrée célèbre dont ITiisloire a 
conservé de grands souvenirs. Le Nil y promène se« 
eaux à travers ces bosquets silencieux , où jadis la fable 
inventa %e% illusions , ^^s charmes et ses honeurs ; à 
Faspect seul de ces lieux mémorables l'observateur re- 
connaît bientôt que ce pays tuf aussi la patrie des sciences 
et des arts. Des monumens immortels dont l'histoire 
ignore l'origine, des temples et de^ palais magnifiques y 
subsistent encore et semblent dire au voyageur étonné : 
<r C'est ici qu'Homère, LycuTgue , Solon , Pythagore et 
n Platon avaient étudié les sciences, la religion et les 
» lois. Cette ville opulente fondéepar Alexandre vit de- 
« vaut st% murs Pompée, Auguste, César et iMarc-An- 
i> toine décider entre eux du sort du monde. C'est ici le 
I) berceau et l'école de toutes les nations civilisées. )> 

n ne s'est fonné, dans TOccident ou dans l'Asie, au- 
cune puissance considérable qui n'ait porté ses vues sur 
ce foyer des sciences, des arts et des lumières, qui 
n'ait regardé en quelque sorte TEgypte comme son apa- 
nage naturel. Tous les grands événemens qui ont influé- 
sur les mœurs, le commerce et la politique des empires 
ont ramené la guerre sur les bords du Nil. 

L'Egypte a joui , pendant une longue suite de siècles , 
d'un gouvernement éclairé et puissant : les lois » les 



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U% MERCURE DEvFRANCE, - 

coutumes publiques /les habitudes domestiques , con*- 
couraient à un même but : elles étaient fondées sur-la 
connaissance des mœurs de Thomme et sur des principes 
d'ordre et de justice. 

Cependant cette contrée qui a transmis ses connais- 
sances à f^nt de nations est aujourd'hui plongée dans la 
barbarie. Défendue autrefois par des milices nombreuses 
formées de ses propres guerriers , elle était alors redou- 
table aux états voisins ; mais elle a perdu depuis long* 
tems , avec ses institutions , son indépendance , ses lu- 
mières et même jusqu'au souvenir de sa première gran- 
deur. « Elle obéissait sous se? premiers rois , dit M. le 
» baron de Fournier, à des maximes invariables : une 
» sagesse persévérante veillait au maintien des lois , des 
» coutumes et des moeurs; elle gémit aujourdhui sous 
n 1 autorité la plus arbitraire et la plus imprévoyante. 
» Elle a civilisé l'ancienne Cokhide, et ce même climat 
» lui envoie aujourd'hui des princes farouches dépour- 
» vus de prudence et de lumières, n 

Le sort de ce peuple serait plus tolérable , si rantorîté 
de ses chefs devenait fixe et héréditaire , car au milieu 
des troubles anarchiques de l'Egypte l'autorité du sou- 
verain est toujours méconnue ; elle ne peut ni proté- 
ger les peuples , ni garantir Texécution des traités faits 
avec les puissances alliées. C'est cette dernière circons- 
tance qui détermina en partie l'expédition mémorable 
des Français. Mais lehéros quila dirigea nebomait.pomt 
ses pues à punir les oppresseurs du commerce du monde; 
il donna à ce projet une élévation et une grandeur nou- 
velles et lui imprima le caractère de son génie. En appré- 
ciant l'influence que cet événement devait avoir sur les re» 
lations de l'Europe avec l'Orient et l'intérieur de l'Afrique, 
isur la navigation de la Méditerranée et le sort de VAsie^ 
le chef illustre de cette expédition s'était proposé de rap- 
peler l'ancienne gloire de Thèbes etde Memphis , et le 
séjour des muses grecques dans la capitale des succes- 
seurs d'Alexandre , d'offrir à l'Orient l'exemple de l'in- 
dustrie européenne, de rendre la condition de ses habi- 
tans plus douce et de leur procurer enfin tous les avan- 
tages d une civilisation perfectionnée. 



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SEPTEMBRE 1812. 44* 

L^intërét des beaux-arts et de la littérature exigeait 
encore une description fidèle et com];xlète des monu- 
mens qui ornent depuis tant de siècles les rivages du 
Nil et font de ce pays le plus riche musée de lunivers» 
On a mesuré toutes les parties de ces édifices avec une 
précision rigoureuse, et on a joint aux plans d'arAitec- 
ture les pians topographi^es des lieux où les villes an* 
ciennes étaient situées; on a représenté dans des dessins 

Îai*ticuliers les sculptures religieuses , astronomiques ou 
istoriques qui décorent ces mmiumens. Indé{>endi^m* 
ment des mémoires et des dessins propres à faire con- 
naître lancien état de TEgypte , on a rassemblé ceux qui 
doivent ofiTrir le tableau de son état actuel. On a levé un 
grand nombre de cartes topographiques, la situation 
des côtes et des ports , celle des villes actuelles , des villes 
anciennes, des villages, des hameaux ou des autres points 
remarquables , et le cours du Nil depuis la Cataracte de 
Syène jusqu'à la Méditerranée. Enfin on s est appliqué à 
lexamen de toutes les productions naturelles. 

Les résultats de ces différentes recherches sur lliis- 
toire naturelle et la géographie de TEgypte , sur son an- 
tiquité et son état moderne, ont été réunis dans un seul 
ouvrage. Cette collection dont lamunificence d'un grand 
prince va faire jouir TËurope , est sans contredit l'ou- 
vrage le plus important qui depuis plusieurs siècles ait 
contribué à fixer le domaine de Thistoire et de la géo- 
graphie. 

Dans la préface historique placée à la tête de ce grand 
ouvrage, M. le baron Fournier retrace rapidement This- 
toire de cette contrée célèbre, depuis les tems les plus 
reculés jusqu'à nos jours; il indique à grands traits les 
caractères des divers gouvernemens qui Tout successive- 
ment régie , il montre Tbeureuse influence que l'intro- 
duction d*un gouvernement européen avait eue sur ce 
pays, il expose les avantages qui avaient déjà commencé 
à en résulter, il raconte enfin les travaux divers des 
membres de l'expédition et il en indique les principaux 
résultats. «L'état de l'Europe, dit ce savant administra- 
» leur, n'a point permis que TEgyple reçût les dons qui 
.» lui étaient ofl'erts, mais ie sout^enir de V expédition frari" 



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444 MERCtRE DE FÔÀNCE, 

» çcuse ne sera point sans fruit. Le gonVernement de 
w Constantinople contiaîtra tous les avantageis qu'if ponr- 
w rait retirer en donnant à cette province une meiHeure 
n administration. Il jugera facilement Celles étaient les 
V i^uès de celle des puissances européennes qui s'est attùr- 
)) ché^à rétablir le pouvoir des Mamelouks, Il ne pdovaH 
)) y avoir de moyen plus asafiré de priver l'Egypte de» 
ti avantages qui lui sont propres que de la livrer à ses 
rt premiers oppresseurs également ennemis du bien publie 
)ï et de Fhutorit^ légitime. ¥.ïAn la cour ottomane puisera 
)) cfes conseils utiles dans la collection que Ion publie 
» aujourd'hui. Elle pourra recourir aux arts dtf rOcci* 
A dent, obtenir d'elle-même une grande partie des rêsul- 
. n tats que Itii assurait le concours de nos arrtiées , et 
» réaliser ainsi les voeux que la France avait formés pour 
ii le bien des peuples. » 

Le corps littéraire qui s*était formé dari^ la capitale de 
TEgypte sou6 la protection des armes françaises avait, 
dès le premier abord, senti qu'une description physique 
et historique était un élément nécessaire et un de ceux 
qu'il importait le plus de transmettre k l'Europe, et la col- 
lection que rôn publie aujourd'hui renferme (es^résuHah 
des principales recherches qui ont été entreprises k et 
sujet pendant la durée de Vexpédition française. 

Cet ouvrage est composé du texte el du recueil des 
planches. Le texte contient les mémoires et les descrip- 
tions. L'atlas contient, i^ les dessins des antiquités; 
a® les dessins relatifs à l'Egypte moderne; 3°Fes planches 
de zoologie, de botanique et de minéralogie; 4** les caries 
géographiques. 

La carte géographique est composée de ciïiqilàûte 
cartes particulières qui offrent tous les détails que l'an 
peut désirer. Il n'y a aucune des régions de l'Europe que 
Von ait décrite d'une manière aussi complète. Ce grand 
travail fondé en partie sur des observations astronomi- 
ques comprend tout le pays situé entre là Cataracte de 
Syène et la mer, et depuis les dernières constructions à 
fOccident d'Alexandrie jusqu^aux ruines de l'ancienne 
Tyr. On y a joint les plans particuliers des villes et des 
ports ; des cartes et des mémoires reiatiEs à la géogra* 



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SEPTEMBRE 1811. 44$ 

phie ancienne , des remarques sur la population , la 
culture , rétendue des terres fertiles , la navigation > 
rindustrie, et sur les vestiges des anciennes villes. 

Ainsi les scienices , après un long exil , revoient leur 
patrie et se préparent à l^mbellir. La géographie étend 
ses recherches sur les ports , les lacs et les côtes»; elle 
£j:e la position de tous leâ^ lieux remarquables ^ et fonde 
ses mesures sur l'observation du cieU La physique étu*- 
-die les propriétés du climat , le cours du fleuve , le sys" 
4ëma dea irrigations , la nature du sol , celle des ani^ 
snaujc , des minéraux et des plantes. Les beaux-arta 
retrouvent leurs . antiques modèles , et se préparent à 
' transmettre fidèlement à TEurope ces vestiges inunortels 
4u génie de FEgypte. Un grand homme répand sut tous 
ces objets l'éclat de. sa gloire personnelle ; il encourage 
par sa présence toutes les découvertes , ou plutôt il les 
suggère , et son esprit vaste s applique en même tema 
avec une incroyable facilité à la guerre , à la politique.', 
aux lois et aux sciences. Boseîiçtjsik. 

Cearusmaghb y poëme héroïque en dix chants ; par 
Charles Milusvote. — Prix , 3 fr. 5o c. , et 4 fr. franc 
de port. — A Paris , chez Firmin Didot , imprimeur- 
libraire , rue Jacob , n* 24. 

TAirnis que nous nous occupions d'un ouvrage de 
M- Mîllevoye , qui a paru assez récemment , la voix 
publique annonçait un nouveau triomphe de ce jeune 
poète dans la lice où il compte déjà tant de succès. 
L'Académie française vient de couronner , dit-on , sa 
pièce de vers en Thonneur de ce héros de Thumanité , 
^i a donné , il y a quelques mois , à la ville de Liège, 
un si bel exemple de courage et de dévouement. C'est 
dire assez que M. Mille^oye, l'un de nos poètes les plus 
distingués , est aussi Tun des plus laborieux et de ceux 
^i se laissent le moins séduire aux douceurs d'un repos 
trop souvent funeste au talent. 

La cottT de Charlemagne kii avait déjà fourni le sujet 
de ton poëme à'f^g^têori et Emma , morceau plein de 



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446 MERCURE DE FRANCE, 

grac€ et de sentiment , et qui n*est pas le' nftoiiidm Relief 
de son recueil d'élégies publié au commencement d& 
cette année. 

Le poëme de Charlemagne est un ouvrage de {dos 
longue haleine. Le sujet est la prise de Pavîe el la de- 
faite des Lombards. Si ce m'est pas une de ces grandes 
compositions dans lesquelles se développent toutes les 
richesses de Tépopée , c'est du moins un jo^ tableaa dé 
chevalet , remarquable par le fini des -détails , la fraî- 
cheur du coloris , et la vérité du costume. Deux ou trois 
autres de nos poètes se sont déjà emparés de ce règne 
de Charlemagne si fécond en grandes choses , et parais- 
sent s'être tracé un plus vaste plan que celui de M. Mil-' 
levoye ; ils vengeront sans doute ce monarque de TaffiroBt 
que lui fit éprouver , dans le dix-^septième siècle , un 
chantre maladroit et ridicule dont louvrage n'est plus 
guère connu aujourd'hui que par ces vers de Boileaa, 
dans le Lutrin: 

Au plus fort du combat , le chapelain Garagne , 
Vers le sommet du front « atieiot d*uo Charlemagne t 
( Des vers de ce poëme effet prodigieux ! ] 
Tout prêt à s*endormir , bâille et ferme les jeux., 

ïi'auteur de celte misérable production , dans une 
préface digne de l'ouvrage , nous dit avec une amusante 
naïveté, u qu'il a toujours fait une singulière estime du 
)> poëme épique , et qu'il n'en a jamais regardé Tentre- 
n prise quavec une sorte de terreur, n Puis il ajoute, 
au sujet des qualités qu'exige , selon lui , ce genre de 
composition : « Il faut avoir du feu et du flegme, être 
M politique et galant, courtisan et philosophe, entendre 
^) la guerre et le monde ; enfin , il faut avoir un heureux 
j) naturel avec un grand savoir, et joindre à tant d'ima- 
» gination , d'invention et d'élégance , un jugement A 
» exact et si ferme, pour ne pas sortir hors des règles 
» et pour retenir les trop grandes saillies de l'esprit, que 

» la seule pensée en fait peur n 11 avait commencé 

par donner les six premiers chants de son poëme , afin 

d'essayer le goût du public , et puis aussi ce parce que 

' >» la poésie est une espèce de musique, et que les meil'r 



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• ^PTEMBRE aSia. 447 

» leurs concerts lassent ou assoupissent s'ils durent trop 
M long-tems.'». 

Voici quelques exemples, çntre mille, de la musiijut 
de M. Louis Le Laboureur. 

Soudain, il tombe entre eux un orage de coups , 
Et Ton Tojait voler mailles , lamés et clous. 

Un g)obe en sa main droite , et dans Tautre trob pommes « ' 
Dont le bol or tentait Tarare faim des homm^. 

Semblable au sanglier qui , frappé d*un noir plomb , 
S'en prend aux bois prochains qu*il renverse et qa*il rompt « 
Ce démon forcené , de »ei griffes aiguës , 
I Pirouettant en Tair , mit en pièces les nues. 

On voit qu'il ne lui a manqué , pour être aussi célèbre 
que Chapelain , et attirer plus particulièrement l'atten- 
tion de fioileau, que 

D*ètre le mieux rente de tous les beaux esprits. 

n faut pourtant lui attribuer le joli madrigal : 

Que fais-tu dans ces bois , plaintire tourterelle ? 

si Ton en peut croire les auteurs, très-sujets à se tromper, 
du Dictionnaire hbtorique de Lyon. 

Nous demandons grâce à nos lecteurs de les avoir 
aussi long-tems entretenus d'un ouvrage frappé , depuis 
cent cinquante ans , de ridicule , et passons au poème 
de M. Millevoye, qui n'a de commun avec celui de 
Le Laboureur que le titre. 

Charlemagne, vainqueur des Saxons, a établi à Aix 
le siège de son empire , dans lequel il s'occupe à faire 
fleurir les arts et les sciences. Ulda, sa sœur et l'orne* 
ment de sa cour , aime un jeune chevalier , qui , de son 
côté , brûle sans espoir pour Ulda. Le secret des deux 
amans n'a pu échapper à Charlemagne qui , voulaqt ré- 
compenser dans Angilbert la vaillance et la loyauté , lui 
donne sa sœur en mariage. Cependant Didier, -roi des 
Lombards, faisait demander pour son 61s Adalgise la 
main d'Ulda. La réponse de Charles est un refus. Adàl* 
gise, qu irrite c« refus, force son père à en demander 



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448 MERCURE DE FRAN.CE, 

yepgeaAce. Cbarlemagne passe les ^Ipes , d^fiaii^ lep 
Lombards , assiège leur roi dans sa capitale y ; et s'eo 
empare. , •..'"' . ,- ; 

Voilà le sujet du poème , dépouillé des épifpdf s et 4% 
merveilleux dont l'auteur 9 embelli sa fable. Quant au 
choix du merveilleux, il n^étail pas douteux, ou, pour 
mieux dire , il était commandé par le sujet même. Les 
tems de la chevalerie sont Téppquë brillante de la féeriei 

Des boas démons^ ées esprits familiers , 
Des farfiidets aux mortels secourabhes. - - 

* Oa écoatflit tout oei faits admirables 
Dans son château , près d*un large fojer. 
Le përe et Toncle , et la mëre et la fille , 
Et les Voîsîos et toute la famille , 
OavraitDt Toreille à mousieur raomôaicr 
Qui leur 0ûsait des contes de sorcier. 

M. Millevoye a donc choisi pour agent principal du 
merveilleux de son poëme, taiîéi! Morgane, sœur d'Al- 
cine. On connaît sts amours avec Ogier le Danois; 

Le brave Ogier 

Qui s^indignant d'une légëre offense 
A des Français déserté Tétendard , 

et est allé prêter à Didier ses services et son bras. Le 
chevalier a répondu long-tems à Tamour de Morgane} 
mais un autre objet remplit son cœur. Quelquefois en- 
core , Morgane , 

^ Enveloppant d*un nuage embaumé 
S«n char brillant de sapliir et d'opale , 
Vient enlever le héros bieo-aimé , 
Et le retient sur so^ sein enflammé , 
En attendant Tétoile nuitinale* 
Mais rinfidële effleure avec ennui 
Des voluptés la coupe enchanteresse , 
Et , dans les bras de sa belle maîtresse , 
Son boiJieur même est un tourment pour lui. 

Cependant la fée a découvert la cause du refroidisse-* 
ment d'Ogier ; elle jure de s en venger. Sa rivale sera sa 
première victime ; c'est la fiUe de 0idier, Vintére^saotf 



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SEPTEMBUE iSift. 

C^héKe. Un songe envoyé par Morgane ta v 
cette ame innocente et pure le poison de Ta 
montrer Charlemagne dans Téclat de sa glo^ 
jEUinuner pour lui 

Le cœur naïf àé celle qui peut-être , 
Cédaut un jour itu doux besoin d'aimer , 
Eût partagé Tardeur qu*elle fit naHre. 

D'autres charmf^s plus puissans encore sont 

pour séduire Charlemagne. Parvenu au sommet des 

Alpes , à rheure 

Où la suit solitaire 

Vient de ees monts obscurcir la pAIeur , 
Et confondant et les cieux et la terre , 
Ote aux objets la forme et la eQuleur, 

il allait se livrer au repos , quand la fée lui apparaît, et 
lui offrant un asile , l'engage à la suivre. 

..«,.«, ^ne porte d*eirain 
Que par trois fois touche sa maip légète , 
S*ouyre , et voilà qu*un jardin menreilleuz « 
ftiant séjour sorti du êm de Tombre» 
Sur le plateau de ces monts sourcilleux 
A déplojé ses prestiges sans nombre. 



Près du héros qu'elle aspire à charmer , 
S^empressc alors chaque aimable sylphide^ 4 
Et la plus jeune en souriant le guide 
Vers les rameaux dont Tarbre fait aimet. 
Elle triomphe .... Espérance troqipée I 
Charles soudain fait luire son épée , 
Frappe le prisme , et le prisme en éclats 
Se briso , vole et tombe avec fraeas. 
Les béanoi latins , les brillantes sylphides , 
Z^s boaux palmiers et les ruissetut limpides f 
Xont disparait. 

Cette fiction , brillante de poésie , ne nous parait pas 
àVâbri d'un reproche. Elle offre quelque chose de vague 
cfoe Tesprit conçoit mal , et qui nuit à reffet de Tensem- 
bie; On se demande , par exemple , quel est ce prisme 

Ff 



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4$^ MÈRCI>RE' DE FRANCE. 

auquel est attaché Tenchant^nent de ces lieux, ci que 
Cbarlemagne fait voler en éclats. On a besoin deserap-' 
peler ces vers du secpnd chant , dans lesquds le poëte & 
fait la description de l'arbre d'amour: 

Un charme j)ur de sa tige s^exhale ; 

Un prisme éclate au milieu de ses flears « 

Et mollement la brise opentale 

En fait mouvoir les ohao géantes couleurs. 

Voilà qui explique les effets du prisme ; mais Tesprit 
n'est pas encore satisfait : ce prisme, dont la brise onen- 
taie fait mouvoir les changeantes couleurs , est apparem- 
ment suspendu. Il fallait nous faire voir à quoi et com- 
ment. C'est à de pareils détails que tient quelquefois tout 
l'effet d'une peinture. Il suffit a Une circonstance omise 
ou négligée , et qui ne se retracera pa9 d'une manière 
vive et nette à Timagination , pour jeter tiu louche h\\x 
tout le reste. 
M. Millevoye , dans son poème , fait un grand usage 

Des bliincs lutins , des brillantes sylphides. 

Veut-il peindre Morgane escprtée de sa cour et se met- 
tant en voyage ^ 

Quatre lutins k Taile diaprée 

Sont les coursiers de son ehar néhultux. 

Ailleurs f c'est le peuple lutin 

Qui Tient , aux sons d'un laûivagu^ et sonore 
Sous les rameaux du jeune sjcomore , 
Panser en rond jus({u^aux feux du matb. 

On ne peut comparer au luth vague des lutins , que la 
table mystique autour de laquelle est assise la Trinité , 
dans un poëme éclatant ^ d'ailleurs de grandes beautés. 
M. Millevoie fait peut-être abus de ces tons vaporeux i 
de ce trait mal arrêté , dans certaines peintures de sot 
poëme. En convenant que la féerie et ses enchantemens 
étaient le moyen de merveilleux le mieux assorti ati sujet 
qu'il traitait , nous n'avons entendu parler toutefois qac 
de ce merveilleux qui a une vérité relative , et qui t^ 
en poésie une espèce de donuée si^r laquelle tout le 



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SEPTEMBRE i8ït. 45r 

«onde est d'aècord. Noos' noderions ranger dans celte 
classe de merveilleux ces génies élé/nealaires , eni'ans^ 
de la cabale , êtres fantastiques , impalpables , dont la 
couleur ni les propoiiions n ont jamais été déterminées , 
dont les formes aériennes échappent même à Timagina- 
lion , ici formant un peuple et habitans de la sylphirie , 
là l'enfermés dans la coupe d'u/i lis^ 

Nous avouerons , pour notre compte , et tout en ren-- 
dant justice au talent poétique qui brille dans ces des- 
criptions, que nous préféirons celles dans lesqueDet 
M. Milievoye peint une natuce'^ et des effets connus: 
sDans la foule des moiceaux de ce genre qui se pré-« 
sentent à notre mémoire , nous citerons , au risque de 
répéter ceux qui nous ont précédés dans le compte rendu 
de cet owrage , le combat de Charlemagne et d'Adal- 
gwe. 

Alors eommioiice une «tta^oe nonTelle. 

De leurs coursiers tous deux sont desoendus : 

Le cimeterre en leurs buûos étiuoelle ; 

Les ooups fréqnens , ensemble coufoudus , 

Tout à-la-fois sont portés et rendu$. 

L^oier traoohant des lames tâgaâêém ' 

frappe à grand bruit les lisières brisées. 

L*éclair jaillit des mailles ,.des pUstrons : ^ 

Aux champs d*£tna , tel et moins prompt eoeovt 

L*ardent marteau des nerreux forgerons ^ 

A coup pressés , batVenclume sonore. 

Du cheyalier le fer vole en édirts « 

Mais le poignard préparé pour son bras 

A rempiaeé le large cimeterre. 

Le front rojal vient 4**n tod «ffl**^^* 

Ce poignard est celui dont Morgane wtmk le bra$ 
d'Adalgise. Sbn atteinte est mortelle. Aussi Charlemagne 
en a à peine été frappé , 

.Au front brûlant où siège le poîibn , 
La fièvre monte , et le sang qui fermente 
A menacé de rompre sa prison. ^ 

Tandis que 'les jours du héros sont menacés et quQ 
Talarme est dans le palais ; un jeune pèlerin vient ofirir 

F f a 



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45^. MERCDBC PE FRANCE, 

i(8s. secour» au moaarqoe» II. ne demande que jusqo*aa 
lendemain pou!r répondre de sa vie. IL est agréé. Le ka- 
demain 

é . 4 . . 6bofilieurf ômerTeillef 
I.è toi chéri , doDotm6nt se r^treille. 
n croit sortir cTufi songe plein d*attraiti. 
Un calme keureuz respire dans set traits. 
' • Pn pèlerin ee bieù&it est TonTrage. 

I On l'environne , 4m le presse de se &ire connaihv* 
Qgier sur-tout , Ogier impatient de voir celui à qui il 
doit les jours de son roi , 

S^approolie et le supplie 
De contenter leur avide regard» 
Ah ! malheureux I peux-tu savoir trop tard ?. . •« 
Tu l'as Toulu , reconnais Opbélie 1 
Bientôt hélas f finiront ses tîes^itas. 
î)^k la mort stir set lèvres ninèttès , 
Change 1» roae en pâles violettes. 
Son £roBl est ttoriM et lee jeux sont éteints. 

Elle périt ,'velont«fre victime t 

Et les poisdBS fst se bouche aspirée 

Jus^^ MO eoi«r irriv ew t par degrés. 

Le poëme de M. MtUevoye se fait remarquer, comme 
toutes ses autres productions , par une versification 
brillante et pure , et par un intérêt de styJe qui ne couvre 

Îieut-être pas toujours assez lo défaut d'intérêt de la 
able. Une critique vétilleuse trouverait quelques tachei 
légères , telles que le retom* asses fréquent de cette fot* 
mule de phrase. 1 

BBe petit , la vierge magnanime f 
Elle se tait , la jeune prisonnièit I 

Nous ne croyons pas non plus que le mot nomade 
s'emploie sans celui de peuplacle ou de peuple, et y^'o^ 
puisse dire : 

Tel en aursaut s^éreille U Nomade 



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SEPTEMBRE iBîa, il» 

n y a une antithèse pln& brillante que juste dalu cek 
vers : , . -» 

'C*ët8it ainii que U liércM pieu ^ 

Se reoaeUkit au sein au êstuitwt» ; 

CétaitAinAÎ que le roi de U terr* 

Se préparait le rojatraoïe cits oieox. ,<i '^ 

Chrétiennement pariant, on ne peot assimiler , èomme 
le fait ici M. Millevoye, le royaume delà teiirf**et le 
royaume des dçux. On &ail £iss£z ijue ,riea n& se res- 
semble moins : le dernier est à tons , aux faibles comme 
aux puissans, aux pauvres comme ûux iiche« . niati à 
personne pour y être roi,, comme on pourrait l'induire 
des deux derniers vers'. 

Passant dn style aux caractères , on pourrait désirer 
que quelques-uns eussent plus d'expression et de phy- 
sionomie. Celui de Didier est un oaélangi? de faiblesse et 
de lâcheté cruelle. Morgane esi plus souvent conduite 
par un délire iiveugle. que jpar rieftéfèt de 'Sii vengeance, 
il semblerait qu'à Tinstarxies divinités épiques, elled&t 
poursuivre de sa haine les peepies seuls danslepaHi des- 
quels se trouvent les objets tte sotl fessentimenl 5 ^Wôh 
• conçoit mal la cause de son anrmosité contre Ghati^-- 
magne. Tout lui parait bon , pourvu qu'etteinrise": 

Tros Editulusçe Jmt. . , t « 

liC caractère de Charlemagne lui-même n'est pcdt-étre 
jias assez épique. Lé poetequi avait sous les yeux le beau 
portrait de ce prince fait par Montesquieu , et qui aurait 
pu s'en servir comme les peintres font des camées anti- 
ques, quand ils ont à représenter un de ces héros ou 
grands hommes dont la tête est consacrée ; le poëte , 
discyis nous , a pris seulement les traits les plus mar- 
^uàns , substituant dans le reste Hdéal àla resseriiblançe. 
Ainsi Montesquieu dit entre autres choses , en parlant de 
Charlemagrie : « Il fut peut-être trop, sensible au plaisir 
» des femmes,.,.. » ]Vt. Millçvoye peignant ce prince au 
pilieu des; piégss de la volupté » lui fait garder un front, 
révère et due, 

Contre t^Aoi'oàr npn cœut s*cst affermit ' 



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454 MEBCDRE DE FRANCE, 

.Ce^ f«ît xin prince plus parfait , mais un personnage 
peut-êlre moins ëpîque. 

Ce pgeme , au surplus , qu'o» peut regarder comme 
une ëtiide et une préparation à un oninrage du même 
genre, mais plus vaste, donne la mesure^decequ'on peut 
espérer de M. Millevoye quand il appliquera son beau 
talent à un su}et Heureux, à^nplan mûri dans le silence 
;ef la réflexion. 

DE L'EFFET GÉNÉRAL DES LUMIÈRES. 

Les. ol>servat!ons insérées , il y â queloue tems , dans le 
Mercure au sujet de la perfectiDiIité inaé6Qie de l'espèce 
hiimaine , appartiennent à cetfe quesTion générale : Vac- 
croisse.meot ces lumières est-il nuisible on utile au genre 
liumain (i) ? Ce ne serait pas ici le lieu dé l'examiner 
entièrement ; maïs ce qu'elle a de plus essentiel paraît sns- 
iseptiÛe d'être réuni dans un petit nombre de considë* 
lations. 

. La fausse science d^nattire les edets du système social : 
fo]^ les désordres proviennent soit des hypothèses témé* 
iairea> des principes hasardés , de l'erreur ^enfin qa'eU« 

(l) Une quesdon analogue à celle-oi, mais plus cireonserite , fut 
proposée il j a soixante ans. L*on s^it comment J. J. y répondit. Rn 
xef^nnaissant le pvir de la science , en rendant justioa aux vrais 
sa vans , il condamna la science vulgaire et trop répandue , la onlturt 
Irop universelle des lettres. Plusieurs de ses nntagpnistes ont affecté 
de croire qu'il blâmait les lumières en général ; mais cette into^pré- 
talion est visiblement fausse , quoique divers endroits du discours 
aient pu y donnor lieu, .i^u reste , rautorilé de J. J. ne serait p^ ici 
dans toute sa force ; c'est son premier écrit , il a plus d'éclat que de 
profonfieur ; et ce morceau académique couronné difi^re er cel#d'aa 
autre discours qui plus tard n'eut pas le prix , ainsi que des pfinmptax 
ouvrages de ce grand écrivain. 

Dans cet aperçu rapide, op ue discutera ni Topinlon de J. J. . m 
celle d'aucun autre. L'on s'j interdira égatemenf /Aiaîs avec regret , 
de faire usage de certes d'cdire les réflferîons de M. de Booffiers qui 
juraient le plus de rapport avec ce sujet peu d^ffî^rent'da sien ; il oé 
paraît pas naturel tpie jans nécessité le M/rcurt, olç» U Morwire. 



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SEPTEMBRE i8ia. 455 

pe^^hie , soit du mépris qu'elle inspire pour la véritable 
simplicité des mœurs. Cependant la vérité est l'aliment de 
l'intelligeoce , et la science doit être pour l'homme un bien 
. réel. Commentle vrai d«iviendra*t*il propre à nous tromper, 
et quelle étrange nature serait la nôtre si une clarté sans 
voile pouvait nous égarer 7 La science- réelle est bonne ; 
mais la science apparente ou fausse est tellement nuisible 
que des connaissances insuffisantes ou imparfaites , quoiir 
que fondées sur la vérité , «ont très-souvent dangereuse», 
parce qu'elles ne la font pas entièrement connaître. Jus- 
qu'ici presque tous les hommes sont d'accord; ailssi n'est- 
ce pas précisément en cela que consiste la question ; mais 
il fallait d'abord reconnaître cet principes pour en déduire 
des conséquences relatives à l'état présent des choses 
liumaines. 

Quelque grands que puissent être , direz -vous , les 
avantages des vérritaoles lumières , nos ancêtres, nous et 
Bos neveux nons aurons consumé de longs siècles dans des 
•efioris qui peut-être n'y conduisent pas. L'ignprance-oa 
plutôt V inscience, la paix de l'esprit, la sécnnié du cœur, 
et la liberté de l'instinct n'eussent-eljes pas été préférables? 
Pourquoi tant de sacrifices pour jin lems qui ne nous ap- 
{lactiendra poi^nt7 pourquoi tant d'études et tant de règles 
. dans une vie d'un jour/ 
. Sans examiner si l'objet de ces recherches serait suscép- 
Hbjl d'une démonstration positive, je répondrai que du 
moins il n'est pas indispensable d'en savoir le résultat, €i 
que c'est du point oh les peuples sont parvenus qu'il con- 
vient déconsidérer la route qu'on suivra désormais. H ne 
' dépend pas d'un peuple, il ne dépendrait pas même du 
genre humain de rétrograder vers cet état d'ignorance et de 
simplicité sauvage. Le cours des choses ne peut Fy ramener 
dans un même âge du globe. Des penchans nécessaires 
l'entraînaieqt hors de ces lieux qu'il croyait quitter volon- 
tairement. L'absence de la douleur en faisait peut-être im 
Eden , mais tout regret serait inutile ; on n'y rentre pas , ' 
^wi génie invincible en garde la porte. Le genre humain 
- rnaissant n'aurait pu s'y maintenir que d'après une résolu- 
tion unanime r or le raisonnement que cette résolution 
MTppose cAt ext|çé beaucoup de lumières ou beaucoup tfex- 
jiënence. n était impossible que cette résolution fltt priafe 
. alors , et il auffisait qii'elle ne le fôt nas pour que le prodige 
. . .équivoque det notre industrie résultat tôt ou tard du déve- 
loppement de nW iacuhés. Lea éircon stances qui s'y oppô^ 



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456 MERCURE DE FRANCE, 

•eot quelquefois ne peuvent avoir qvkt des effets parties* 
licrs et momeolanés. U qo ett à^^ ceci oomma de la euerre. 
Pè3-lorA qu'il n'existe pas une. convention universelle , la 

fuerre fût-e)ie universellenient détestée , se fera toujonrs. 
i daos un seul pa^s on la fait ou l'on. a Tiotention de Im 
f^ire , il faut qu'ajileurs ^9 se mette en état de repousser 
ou de prévenir les attaques. C'est asses DiéD»e qu'il existe 
partout des années ; quand les choses et les hommes sont 
•préparés* on veut a^r, et rat4eDte des combats suiBt poor 
ep susciter Içs occasiODS. 

Eu prônant pour cfonnées les conséquences directes des 
lois physiques du globe , et les facultés indéfinies qui sont 
Iq partage de l'esprit humain, il parait impossible .que les 
Iiimièiies ne naissent point , ou qu'ayont pdru elles s'étei-*- 
gnent jamais. Il reste donc h savoir s'il est bon d'en sas** 
pendre le. cours, pourainsi dire, et de perpétuer autant 
qn il serait en noire pouvoir l'état présent du monde, on 
s il convleut de buter les progrès des lumières , et de tra<% 
v^Uer à ce que Ton est déjà convenu d'appeler io perfeo^ 
tionnen>ent de notre espèce. 

,1.0 ui'duvement de la nature est double en tonte diose« 
tTne inipulsion pcrpcliialle contrebalancée par une perpé^ 
tueile réaction promût l'univers organisé. Deux pnncipaa 
opposés, mais égaux, s'y combinent simuUanémest dans 
des proportions toujours analogues et toujours diverses. 
Cette loi des deux moteurs se retrouve dans i'homme> et 
$i\ est libre , son choix déterminera la prépondérs^œ de 
Vun ou de l'autre » de l'instinct ou de la raisoq , du motif 
particulier ou du movf général. A l'instinct , dansTacsep** 
tioQ, que ce mot reçoit ici , appaJrtiennent les mouvenens 
nas&ionnés , les goCkts irréfléchis et les premiers pencbans. 
La raison réunit au présent , l'avenir et le passé , elle sufaor^ 
donnQ l'injérét actuel a yinturét permanent, «t elle aooniet 
le dcsiv mi^me aux convenances de la vie. 

Dans les premiers iems Tiustincl (cooduiasît les hommes; 
EnUaioés vivement , i^ais d'une seule maûère , ils s'abanh 
donnaient, comme l'on s'endort sur ujt»t eau rapide dent 
rieu n'embarrasse le co,ius. On ne oon naissait alora d'autre 
pial qiu.* ,1e mal présent | .c'est à-peu-pitèa n'en pas^ «on- 
naîti;c^ Quand la raison aura pris un véritiablBjnceiKhnt, 
toi^t. sera rt'glé , convenable et disposé avec .harmonie; 
l'on ne sentira d'av(re,QQqc,.qqp.^0i4lieij d'uo io^ig <lont tes 
py^^tagqs^eroiil vi»iWç^,. ç^ d^n^f^éiroitftJiuMteicb^hiefil 
|][i^U(c(^ 09 sa\^4 çunstanc(uie|it jouir <lc4an\'ié*, 



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SEPTEMBRE i8]9. 4S7 

Il en est ainsi chez les individus $'pour leur repos il faut 
qu'ib soienl soimiifl partictilièrèmenl à Tane ou h l'autre da 
ces deux lois. Sous relie de rinslioct , leOrs penchaos res« 
, teot dans Tindëpendance , l'inquiëtude et les regrets leut 
sont inconnus. S'ils n'obéissent qu'à la raison , ils se trou- 
vent circonscrits dans les limites d'une médiocrité qui n'a 
rien de pénible lorsqu'elle est volontaire , leurs penohans 
redeviennent libres et leur vie est paisible. 

Lorsqu'on est sorti de la situation déterminée , de l'état 
fixe qui résultait de l'instinct , Ton devient le {ouet deS 

{lassions mobiles ou des difficultés d'une morale irrégu- 
ière , et cette fatigue duré jusqu'à ce qu'enfin l'on sacha 
•• placer dans une autre situation également fixe , plus 
tranquille y même , et sur-^tout plus durable, celle que la 
raison procure. Tant que les deux puissances se disputent 
l'empire , c'est un étal de guerre et de détresse (2). rour- 
moi , dira-t*on,lâ nature livre*t^lle à cette misère tant 
ae milUona d'hommes 7 pourquoi tant de siècles s'écon-> 
lent-îb dans cette lutte molheutettse? Parce que ce n'est 
pas l'intention expresse de la nature que l'homme soit 
cpnicnt : rien du moins ne l'annonce ; mais elle veut qu'il 
•oitactif sur le globe , qu'il en disposé et qu*il en façonne 
à lOD çré la sur^ce. Quand il aura préparé sa demeure > 
il y vtvra tranquille. Si par des raisons que Ton ne peut 
connaître , la nature veut que cette tâche soit remplie , 
faitet^U promptement )iifin d'arriver au repos que vous ne 
pounivis obtenir avant qu'elle fôt achevée. 

Dna deux états o^ Tame ne soufire point , le second seul 
est -vraiment bon , puisqu'il paraît imposable que l'on ne 
•ortn pas du premier, rih-il même plus facile de rétro- 
grader, on ne devrait pas l'entrcprenare } cette marche ne 
ponrmit être suivie jusqu'au terme. S'il était en notre pou» 

(a) Xfout ftoxnmes agîtéf , inquiets et péDil>leœ«nt of posés à doim^ 
fuèmes, ifuaacl ces deux forces sont à-peu^près égal&t , du qaa dn 
moins U plus faiUe peut eiuiofe résister k Tantre ; e*est la tempête 
ezoilée par le ohec des vous. L'komme ainsi touratcnté peat dere^ 
nlr , je l^oue , an iostxciinent plus actif des desseins secrets de là 
natura ( iêum oetle idipéloissité Téloigne du bonheur , et il se trooire 
imutelé t)oar des ûbs ineoiinue» , ou* peut-être poux des résultats for-* 
tuîts , o<yraeiie H coursier tro]p ardent s'épuise et tombe en procurai^t 
voie Victbire don^ il 'èe satttiçn , et oui souvent n^est qu*un jçu pom? 
f çlui mênie oui le sacrifie. 



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458 MERCURE DE FRANCE, 

voir de rester oii nous sommes , cela ne serait pas pins 
convenable ; c'est le manque de lumières suffisantes qi|i 
fait rinconvënieot du peu de lumières que Ton possède. , 
comme une lueur n'éblouit que dans l'obscurité. Le dé- 
sordre dont les commencemens de la sagesse peuvent ^tre 
l'occasion , ne vient que de la résistance du principe con- 
traire. C'est 4 la. raison à réprimer les excès de l'esprit et 
de rindustrie. £es lumières utiles peuvent seules nous dé* 
livrer des lumières vaines dont les suites, toujours funestes, 
consument sans fruit. nos facultés ou notre tems , etpro- 

E>agent impunément l'erreur au milieu de la confusion. Si 
'ordre, social a pour base les combinaisons de la pensée , 
il deviendra moins défectueux lorsqu'on obtiendra 6^ 
notions plus parfaites. Sans les vérités. morales. on verrait 
subsister encore la politique des prenûers siècles , le char- 
latanisme des brigands. 

Voyez l'ensemble de la destinée du genre humain dans 
le cours de la vie d'un hompne parvenu à la sages